Retours en Algérie

Retours en Algérie
dernier ouvrage paru : Retours en Algérie (Carnetsnord) lien : http://retours-en-alg.blogspot.fr/

samedi 23 août 2014

La chronique du blédard : En montagne, en pensant à Jassim

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 21 août 2014
Akram Belkaïd, Paris

Il y a ce moment où débute la marche. Alors que les brumes matinales se dissipent peu à peu, on se force à ne pas être à l’écoute de ses sensations et petites douleurs. La journée va être longue. Très longue. Un point de côté dès les premiers dénivelés, un essoufflement prématuré, une articulation du genou qui grince, des jambes qui paraissent lourdes : il faut faire avec et se rappeler que, là-haut, les choses seront bien différentes, souvent plus difficiles et que celui qui gambade trop vite le matin peut traîner la patte à midi tandis, qu’au contraire, celui qui peine en aval se met à voler en amont…

Il y a ce moment où l’on pénètre dans la forêt de sapins et de mélèzes, impressionné par le calme qui y règne. Il a plu la veille, le sol est encore détrempé et l’odeur âpre des colonies de champignon prend à la gorge. Serein, on avance en étant persuadé d’être observé et que le silence environnant n’est qu’illusion. On songe à ces contes pour enfants où la traversée aventureuse d’un bois symbolise un rite initiatique, le passage à l’âge adulte, celui de l’innocence perdue. On réalise aussi pourquoi les forêts, jadis, peut-être encore aujourd’hui, ont été des lieux de culte car il est impossible de ne pas ressentir la puissance mystique de l’endroit.

Il y a ce moment où tout ou presque n’est qu’herbes hautes et fougères. On pense alors, entre deux ahans, aux Tendres souhaits, poème romantique du dix-huitième siècle mis en musique par Antoine Albanèse. Pendant toute l’ascension, les premiers vers de cette vieille chanson française tourneront sans cesse dans la tête du randonneur : « Que ne suis-je la fougère / Où, sur la fin d’un beau jour / Se repose ma bergère / Sous la garde de l’amour ? ». Chanter pour se donner du courage. Pour canaliser la tristesse qui s’est invitée sans crier gare mais on y reviendra.

Il y a ce moment, magique, où l’on sort de la forêt et où, peu à peu, la rocaille, le granit et l’ardoise commencent à prendre le dessus. Ici, une voie impraticable en hiver. Là, un déversoir d’avalanches. Plus loin, un vieux télésiège qui ne sert plus et dont on se demande s’il n’a jamais fonctionné. Plus on progresse, plus le sentiment de solitude s’épaissit. On est ensemble mais seuls. Solidaires, nécessairement solidaires, mais seuls.

Il y a ce moment – il vient toujours – où la vue d’un alpage inondé de soleil ou d’un nuage laiteux pris au piège de pitons acérés provoque une exaltation soudaine. On reprend son souffle et l’on se dit qu’il suffisait d’attendre un peu, que la récompense de cette débauche gratuite d’efforts est bien là. Que faire d’autre alors si ce n’est de murmurer, un peu bêtement, « Que c’est beau ! Dieu, que c’est magnifique ». L’ascension, aussi difficile soit-elle n’est là que pour servir la contemplation. La contemplation d’un univers de puissance et de forces telluriques destinées à impressionner n’importe quel être humain.

Il y a ce moment où l’oxygène commence à se raréfier. L’instant où tout semble flotter. Maux de têtes, picotements, fatigue, découragement de plus en plus marqué et même hallucinations auditives… C’est l’instant où une petite voix suggère que rebrousser chemin ne serait pas honteux mais l’organisme finit toujours par s’adapter. Et on continue de grimper.

Il y a ce moment, ces moments, où un plissement, un vieux muret, un éboulis, un précipice vertigineux, le tronc calciné d’un arbre foudroyé, un moment donc où tout cela rappelle d’autres ascensions, d’autres joies et, parfois aussi, d’autres frayeurs. C’est ainsi. La montagne est toujours source de réminiscences, de déjà vu ou vécu, mais, désormais, tous ces moments se vivront autrement. Ils ne pourront plus être appréhendés de la même manière. D’un pas à l’autre, à la vue d’un glacier proche ou lointain, à une cordée engagée, à une varappe délicate, il sera alors impossible de ne pas penser à Jassim Mazouni, ce beau jeune homme, vif et intelligent, qui aurait fêté ses dix-sept ans il y a quelques jours.

Le 9 juillet dernier, Jassim a disparu lors d’une ascension vers le Mont-Blanc par le versant italien. Au bout de plusieurs jours de recherche dans des conditions météorologiques très difficiles, lui et son guide, Ferdinando Rollando, n’ont pas été retrouvés par les sauveteurs. Après avoir déjà gravi le très ardu Monta-Rosa, deuxième sommet en Europe occidentale, Jassim souhaitait, cette année, découvrir ce qui constitue le rêve de n’importe quel amoureux des cimes. Le Mont-Blanc, seigneur majestueux des massifs alpins. Le destin, injuste, en a hélas décidé autrement et rappelé que la montagne peut être impitoyable.

Cette chronique est dédiée à Jassim. Cela n’apaisera certainement pas la peine de ses parents Samia et Halim et de ses sœurs Sophia et Leïla. Mais ce texte souhaite rendre hommage aux deux disparus, Jassim et « Nando », et cela au nom de cette fraternité anonyme que constituent celles et ceux qui ne cessent d’arpenter les sommets. C’est aussi un message amical de soutien et de sympathie à deux familles frappées par une effroyable douleur. Qu’elles sachent que nombreux sont ceux qui pensent à elles.
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samedi 16 août 2014

La chronique du blédard : All inclusive

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 14 août 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Quelque part au sud de la Turquie. Au pied de montagnes chauves, dans un « resort », sorte d’enclave luxuriante pour touristes encagés où tout (ou presque) est compris (autrement dit, déjà payé), la bataille des transats fait rage. L’Allemand se lève très tôt et avant même de fondre sur le buffet du petit-déjeuner, il se dépêche d’étendre ses serviettes à la plage ou à la piscine. Sa satanée obsession de la profondeur stratégique le mène souvent à réserver plus de chaises longues que nécessaire. Au grand dam de l’Anglais, son grand rival, qui n’hésite donc pas, pensant que personne ne le regarde, à jeter les dites serviettes sur la pelouse et à récupérer quelques pliants au risque d’une grosse tchaqlala une ou deux heures plus tard. Voici d’ailleurs ce que dit le journaliste Christophe Bourdoiseau à propos de ce conflit qui peut gâcher les vacances des uns et agrémenter celles des autres : « Une véritable ‘guerre des serviettes de bain’ oppose depuis des années Britanniques et Teutons (…) La réservation est une véritable obsession chez l’Allemand. Il vous réclamera son siège numéroté dans un cinéma même si la salle est presque vide ! » (*).
 
Le Russe se lève tôt lui aussi ce qui n’est pas un moindre exploit quand on sait qu’il a levé le coude jusqu’à tard dans la nuit au son de Shakira ou de Tarkan. Visage bouffi, accompagné par madame, blonde, cela va de soi (même si elle est plus souvent fausse que vraie), et de leurs deux ados - tout ce beau monde faisant la mine - il accorde un bref regard de mépris à l’Allemand en train de délimiter son périmètre. Puis, la « semya » au complet chausse ses palmes et entre dans l’eau encore froide sans la moindre hésitation. En moins d’une minute, la voilà déjà au large, presqu’invisible. Son éloignement inquiète un peu l’Allemand qui se demande si les Russes ne vont pas saccager sa mise en place une fois sortis de l’eau. Il hésite à attendre leur retour mais l’appel des œufs brouillés et des crêpes à la confiture de rose est trop fort.
 

Le Français, lui, râle. Bien sûr, cela fait cliché que de l’écrire mais la réalité est ce qu’elle est. Pourquoi n’y-a-t-il pas de vraies saucisses de porc à la place de ces merguez de volaille au cumin, est son premier grief de la journée. Quelques minutes plus tard, découvrant l’étendue des annexions germano-britanniques, il va se mettre en quête « d’un responsable » pour protester puisque le règlement – placardé sur la plage - interdit la réservation de transats : « Faut pas charrier ! Parce que, bon, je veux bien, mais quand même ! » Un garçon de plage finit par lui trouver un parasol de libre et, gros bouquin de Marc Levy ou de Jean-Christophe Grangé en main, voici notre râleur qui, enfin calmé, joue au tournesol. De temps à autre, la moitié de la plage (ou presque, n’exagérons pas) bénéficie de ses réflexions. Il juge ainsi que l’arak ressemble un peu trop à l’ouzo mais que, de toutes les façons, rien ne vaut le pastis et les vacances en Corse. Sa femme, elle, se demande si acheter un faux sac Vuitton au marché d’à-côté est vraiment dangereux. Un seul, pas dix, comme les Russes, précise-t-elle.
 
Tiens, voilà un Algérien accompagné de sa femme et de celle qui semble être sa belle-sœur (l’hypothèse d’une seconde épouse n’étant pas à écarter, bien au contraire). Le premier jour, ces dames se sont baignées entièrement vêtues d’une ample robe noire. A la piscine, un maître-nageur leur a fermement demandé de quitter le bassin pour raisons hygiéniques et elles ont été obligées de se rabattre sur la plage où des dizaines de regards, curieux, réprobateurs ou carrément hostiles, ont pesé sur elles. Quelques jours plus tard, une certaine sensation de détente et de frivolité générale aidant, les robes de bain ont fini par disparaître remplacées par de sages maillots une-pièce achetés à la boutique hors de prix de l’hôtel… Comme le Français, avec lequel il a fini par sympathiser, l’Algérien parle haut, avec cet accent néo-algérois si difficile à blairer. Mais il ne râle pas. Il s’extasie devant tout ce que font les Turcs. « Qu’est-ce qu’ils travaillent ! On aurait pu tellement apprendre d’eux. On est loin, vraiment ! Pourtant, Béni Saf c’est bien plus beau qu’Antalya, non ? ».
 
Toutes nationalités confondues, les mâles de la plage ne cessent d’observer les quatre ou cinq Iraniennes qui, telles des stars, arrivent tard et repartent toujours les premières. Nez visiblement refaits, poitrines opulentes et tailles de guêpes, pagnes transparents, maillots, ou plutôt strings de marque, longues cigarettes à la main et ne dédaignant pas une pression servie dans l’une des multiples buvettes gratuites, ces jeunes femmes assurent le spectacle et montrent, s’il le fallait encore, que rien n’est simple concernant le pays des ayatollahs.
 
Au plus fort en début de journée à cause de la course au transat, la tension diminue progressivement au fil des heures et chacun vaque à ses occupations, la plus stupide (et la plus fréquente) étant celle qui consiste à se tasser autour de la piscine chlorée dans un vacarme digne d’un marché à bestiaux. Mais quand vient l’heure du dîner, c’est de nouveau l’heure des affrontements et du parcours du combattant : Trouver une table, convaincre un garçon exténué par des journées de travail de seize heures, de débarrasser, d’amener des couverts et une bouteille d’eau minérale (sans gaz) tout en espérant qu’il reste encore des kebabs arrosés d’ayran. Visage rouge et épaules en feu, l’Anglais n’hésite pas à dîner en tongs, marcel défraichi et bermuda là où les rares clients turcs présents s’affichent en costume de lin, chaussettes fines et chaussures blanches. Que dirait Agatha Christie qui aimait tant décrire l’élégance de ses compatriotes voyageant en Orient ?
 

Autour des buffets, ça se toise, ça vérifie que l’autre n’a pas quelque chose dans son assiette qu’on aurait raté, ça slalome, ça n’attend pas son tour pour récupérer quelques calamars carbonisés, ça se fait des queues de poisson, ça se donne des coups d’épaule. Parfois, un plat se fracasse au sol. Son propriétaire ne perd pas une seconde et repart à l’assaut. Les assiettes se remplissent à ras-bord. Ça mastique, ça fait travailler les mandibules. Et, surtout, ça gaspille des kilogrammes de nourriture qui finira dans les composts du potager bio dont le « resort » est si fier. Le Russe fait d’énormes provisions, surtout au buffet des desserts. C’est par assiettes entières que les cargaisons de kabak et de gâteaux au miel vont monter dans sa chambre. Pour couper une faim nocturne ou peut-être la peur de manquer… Et comme chaque soir, la Française n’est pas contente. « Encore no caramelo ? », demande-t-elle à un serveur qui essaie de sourire alors qu’il tombe de sommeil. « Pourquoi hein ? Pourquoi toujours no caramelo ? Bon puisque c’est comme ça, vanilla alors ! ».
 
Il est vingt et une heures. La sarabande s’apaise. Il est temps d’aller courir à l’amphithéâtre pour suivre le spectacle du soir, des danses cubaines ou des jongleurs anatoliens (l’Allemand peut prendre son temps, il a envoyé ses enfants pour réserver des sièges). Parmi les retardataires au restaurant, l’Algérien, lui, est tout content. Il vient d’apprendre par la bouche d’un serveur que dolma veut dire légume farci…

(*) Allemagne, la mémoire libérée, Editions Nevicata.
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mercredi 13 août 2014

Les islamistes selon feu Samir Kassir

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"Les islamistes ont longtemps fait le jeu des Américains (et des Israéliens). Mais si l'islamisme n'est pas - ou n'est plus - un agent de l'étranger, c'est à l'étranger qu'il donne raison. Justifiant le clash des civilisations, l'assumant même, il est ce qui donne raison aux partisans de la croisade de se croiser et à l'Occident d'employer tous les moyens que lui permet sa capacité technologique pour maintenir sa suprématie sur les Arabes"
in, Considérations sur le malheur arabe, 2004
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dimanche 10 août 2014

​La chronique du blédard : Les deux imams bouffons

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 7 août 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Le duo de comiques est une vieille tradition dans le monde. On connaît, pour ne citer qu’eux, Laurel et Hardy, Bud Abbott et Lou Costello, Pierre Dac et Francis Blanche ou encore Omar et Fred. Loin de ces talentueux amuseurs, la France se découvre désormais une doublette appelée peut-être à faire date dans la longue liste de bouffons dont le pathétique le dispute à l’obscénité. Il s’agit de deux imams prétendant incarner une autre voie, celle de la distanciation à l’égard d’un islam qui serait dévoyé, rétrograde et sanguinaire. Deux imams que l’actualité récente à Gaza a encore mis sur les devants de la scène hexagonale pour le plus grand intérêt des défenseurs d’Israël.
 
Entendons-nous bien. Le présent chroniqueur s’inscrit pleinement dans la revendication d’une modernisation radicale du monde arabo-musulman avec, à la base, une réinterprétation courageuse du texte coranique et la remise en cause d’une pensée sclérosée, figée depuis le Moyen-Âge et pleinement responsable de l’arriération de nos sociétés. L’expression de « musulman libéral » reste encore à conceptualiser mais elle paraît porteuse de promesses pour qui estime que nos peuples sont loin d’avoir achevé leur émancipation. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il faille accepter les élucubrations de plus en plus médiatisées des imams Chalghoumi et Birbach puisque c’est d’eux qu’il s’agit. Plus important encore, il est hors de question d’accepter que l’on fasse d’eux les symboles de l’islam libéral, progressiste ou même « républicain ». Certains disent que cette paire ne représente qu’elle-même et qu’il ne faut pas lui faire de publicité d’autant qu’un imam ne saurait être représentatif de populations d’origines maghrébines qui refusent d’être enfermée dans une identité exclusivement religieuse. Il n’empêche, l’installation progressive de ce « duet » dans la sphère médiatique qui influence l’opinion publique mérite tout de même une mise au point.
 
Ces deux religieux sont à la jonction entre, d’un côté l’opportunisme des concernés et, de l’autre, l’urgence pour les milieux pro-israéliens en France de se trouver des interlocuteurs à la fois présentables mais, surtout, manipulables à souhait. En clair, sous couvert de dire et penser un « autre islam », lequel ferait moins peur, Birbach et Chalghoumi n’ont de cesse de fustiger les Palestiniens en ramenant tout à la responsabilité du Hamas, et en dénonçant l’antisémitisme dont feraient preuve celles et ceux qui, notamment en France, s’indignent du sort sanglant des habitants de Gaza. Et ce n’est donc pas un hasard si les deux hommes sont devenus les chouchous du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et d’autres instances qui font de la défense d’Israël et de ses intérêts l’un des piliers de leur activité en France.
 
Ainsi, Chalghoumi et Birbach sont instrumentalisés pour accréditer l’idée qu’un « bon » musulman ou qu’un musulman « libéral », « progressiste », « humaniste » ne peut pas critiquer Israël et son armée « la plus morale du monde ». En clair, un musulman qui penserait contre les siens et sa société – ce qui est, répétons-le une urgence vitale pour l’avenir de nos pays – ne pourrait être un adversaire politique d’Israël. Bien au contraire, les propos des deux calottés, même s’il s’agit d’un salmigondis des plus comiques, conforte l’hypothèse que la solidarité à l’égard des Palestiniens est suspecte puisque nécessairement motivée par l’antisémitisme et la judéophobie. Et c’est ainsi qu’imam numéro-un et imam numéro-deux sont exhibés de télévisions en manifestations pro-israéliennes, le but du jeu étant de démontrer qu’il existe une « autre voie » et que, finalement, les pro-Palestiniens ne sont pas aussi majoritaires que ça.
 
Bref, Birbach et Chalghoumi ont assimilé la règle qui permet d’aller très loin : ils disent et répètent à l’envi ce que certains prépondérants rêvent d’entendre. La méthode est aussi vieille que le monde. Dans l’Algérie française, le colonialisme a toujours essayé de discréditer les révoltés par la mise en scène de béni-oui-oui prompts à servir n’importe quel discours pourvu qu’ils en retirent quelques avantages. D’ailleurs, et sans verser dans le racisme social, on se rend bien compte que les deux religieux répondent à un critère bien précis. Leurs têtes et leur élocution en langue française (entendre parler Chalghoumi relève à la fois du supplice et de la franche rigolade) correspondent parfaitement au cliché de l’arabe, de l’immigré « d’hier », c'est-à-dire celui qui rasait les murs et ne faisait pas trop d’histoire. Certes, le Crif et ses alliés se sont aussi trouvés quelques soutiens auprès de rares intellectuels maghrébins bien plus brillants et plus éloquents mais ces derniers ont, de temps à autre, la décence et l’intelligence de prendre un peu de distance et, au moins, de se taire quand, dans le même temps, Chalghoumi et Birbach squattent la scène en permanence.
 
Le plus étonnant dans l’affaire, c’est que nombre d’historiens ont montré les limites et l’échec annoncé de ce genre de stratégie d’instrumentalisation. Le Crif et ses alliés peuvent-ils comprendre que leur affection pour les deux imams-troupiers n’apaisera pas les tensions intercommunautaires et n’arrangera rien ? Se choisir, ou plutôt se fabriquer ses propres interlocuteurs pour décrédibiliser ses vrais adversaires politiques ne résoudra rien. Bien au contraire, cela ne peut que continuer à échauffer les esprits et à alimenter nombre de thèses conspirationnistes.
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samedi 9 août 2014

De l'Histoire et des hommes qui la façonnent

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Extrait de "La poursuite de l'ombre" de Mehmed Uzun. Un roman kurde (traduit en français chez Belfond) dont la lecture est fortement conseillée.

"L'histoire n'es pas une stalle où l'on va choisir son cheval, comme chez son père... Elle n'est pas non plus ce plat de bouchées de viande grillée qu'on déguste l'une après l'autre... Camarades, l'histoire, on la crée, on la façonne. Quelles que soient les catastrophes et les difficultés, et Dieu sait s'il y en a, on la fabrique en les surmontant. Et puis, n'ayons garde d'oublier que nous vivons le siècle des peuples opprimés créant leur histoire".
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jeudi 7 août 2014

Nous sommes tous des Chrétiens d'Irak

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#‎Irak‬. Nous sommes tous des Chrétiens d'Irak. L'‪#‎Eiil‬ (Etat islamique en Irak et au Levant, connu aussi sous l'acronyme Daech) déshonore et souille l'islam.
Aucune indulgence à avoir à l'égard de ces criminels.
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lundi 4 août 2014

Courrier au médiateur du Quotidien Le Monde

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mediateur @ lemonde.fr
 
Cher Monsieur, cher Confrère,
 
Je m'étonne que Le Monde continue d'employer dans ses articles et ses éditoriaux (à l'image de l'édito du 3 août) le terme "Tsahal" pour désigner l'armée israélienne. En effet, cet emploi est loin d'être neutre.
Concernant ce point, voici ce qu'en dit un guide élaboré en 2007 à l'intention des journalistes de Radio France :
Tsahal : (acronyme de tsa hagana léyisrael - armée de défense d'israël) a acquis une connotation familière synonyme d'attachement très fort pour les israéliens qui s'en servent comme on le fait d'un diminutif chargé d'affection dans le sens "notre armée". Conclusion : ne pas utiliser.
Il est possible que les journalistes concernés cherchent avant tout à éviter la répétition fastidieuse de l'expression "armée israélienne". Si c'est le cas, il serait judicieux de mettre alors le terme "Tsahal" entre guillemets. Cela lèverait ainsi toute ambiguïté. et écarterait l'idée que Le Monde fait sienne "l'affection" que portent les Israéliens à leur armée.
 
Bien cordialement
 
Akram Belkaïd, journaliste 
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dimanche 3 août 2014

La chronique du blédard : Israël ou la folie de Sparte

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 31 juillet 2014
Akram Belkaïd, Paris

Jusqu’où et jusqu’à quand ? La folie criminelle d’Israël ne semble plus avoir de limites comme en témoigne le bilan humain sidérant de son intervention militaire à Gaza. Plus de 1.200 morts au 30 juillet (plus de 1600 au 3 août 2014) ! Des victimes civiles pour leur grande majorité. A cela il faut ajouter des milliers de blessés, des quartiers entiers réduits en cendres, des infrastructures, déjà très rares et vétustes, entièrement détruites et une population profondément traumatisée qui se sait abandonnée à son terrible sort. C’est une gigantesque tuerie qui est en train de se dérouler à Gaza et elle confirme qu’Israël, célébré par certains pour sa « démocratie », n’est rien de moins que Etat voyou. Un Etat terroriste, ivre de sa force militaire, qui s’affranchit de toutes les règles et lois internationales et dont le gouvernement actuel mériterait d’être traîné devant un tribunal spécial chargé de juger les crimes de guerre massifs commis contre les Palestiniens.

Dans le monde entier, l’indignation et la colère ne font qu’augmenter à l’encontre de ce massacre. Comme en 2006 (attaque contre le Liban) ou en 2009 et 2012 (interventions à Gaza), les opinions publiques dénoncent cette sauvagerie prétendument appelée guerre alors que les forces en présence n’ont rien de comparable. Mais Israël n’en a cure. Son gouvernement comme la majorité de sa population d’ailleurs. Bien sûr, il existe une minorité israélienne honorable, active, qui dénonce ce qui se passe à Gaza et réclame une paix durable. Des hommes et des femmes tentent avec courage de manifester à Tel Aviv malgré les menaces de l’extrême-droite. Ils sont l’honneur d’un peuple qui, il faut tout de même le dire, est peu ou prou en accord avec l’usage de la violence contre les Palestiniens. Ainsi, selon un sondage rendu public en début de semaine, seuls 4% des Israéliens interrogés estiment que l’opération « bordure protectrice » est disproportionnée. On sait qu’il faut toujours manipuler les sondages avec prudence mais tout de même ! Combien de morts palestiniens faudra-t-il pour que l’opinion israélienne réalise qu’elle est la complice de crimes massifs contre des civils désarmés ? Deux mille ? Trois mille ?

Quand on évoque la situation dans cette région du monde, il est de bon ton d’affirmer que le peuple israélien veut la paix. En réalité, il est à l’image de ses dirigeants actuels qui n’ont aucune intention de permettre la création d’un Etat palestinien souverain. En clair, Israël ne veut pas la paix mais « sa » paix. Une paix bâtie sur la sujétion extrême des Palestiniens et c’est le message implicite de ce qui se passe à Gaza. « Nous vous voulons le dos courbé et la tête baissée », tel est en somme le message adressé à une population encagée depuis 1948 et soumise à un implacable blocus depuis 2006.

Dans cette épouvantable affaire, nombreux sont ceux qui blâment le Hamas, l’accusant d’être le premier responsable des malheurs de son peuple. Outre le fait que c’est vite oublier que le Hamas a été élu à la régulière en 2006, ce genre de position sert surtout à ménager les critiques à l’encontre d’Israël et, pour ce qui est de certains intellectuels arabes, de faire allégeance de manière plus ou moins assumée aux lobbies pro-israéliens. Mais c’est surtout faire mine d’oublier que la situation en Cisjordanie n’est guère meilleure. Bien sûr, Naplouse ou Ramallah ne sont pas bombardées. Du moins, pas encore… Ces vingt dernières années, le Fatah et ses alliés au sein de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) ont multiplié les concessions. Pour quels résultats ? La colonisation continue aggravant le morcellement d’un Etat palestinien qui n’est encore qu’une virtualité. Plus les jours passent, et plus l’impossibilité de revenir aux frontières de 1967 augmente. Jour après jour, les Israéliens créent ce que l’on pourrait appeler des « facteurs de situation irrémédiable ». Ici, une route à l’usage exclusif des colons qui perce un village palestinien ou une oliveraie. Là, ce sont des maisons que l’on dynamite. Cela sans oublier ce mur de séparation, témoignage physique de ce qu’est aujourd’hui la réalité de la situation, c’est-à-dire un apartheid visant à installer un « développement séparé » entre un Etat souverain et des bantoustans. Israël, c’est, d’une certaine façon, l’Afrique du sud d’hier. C’est le Mississipi, l’Alabama ou la Géorgie des années 1950…

Hamas ou pas, Israël ne veut pas d’un Etat palestinien. Mais cela ne s’arrête pas là. Car ce pays, cela a déjà été écrit à plusieurs reprises, c’est Sparte. Une cité antique guerrière qui ne vivait que pour et par la guerre. Israël a besoin de la guerre. C’est ce qui forge ses consensus politiques, c’est ce qui lui permet de réaliser le « vivre ensemble » entre des populations qui n’ont pas grand-chose en commun si ce n’est la même appartenance religieuse. Les Palestiniens font aujourd’hui les frais de cette dévotion à la guerre. Demain, ce sera de nouveau les Libanais ou peut-être, qui sait, les Egyptiens. Israël est plus fort que tous ses voisins arabes réunis. Cela lui procure l’ivresse du puissant. Une ivresse qui, tôt ou tard, conduira cet Etat voyou, qui ne respecte ni le droit international ni les résolutions de l’ONU, à sa perte.
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vendredi 1 août 2014

Tu me dis, tu me dis, mais, toi qui ne dis mot, tu n'es rien d'autre que le complice des assassins

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Tu me dis Syrie... T'ai-je attendu pour maudire Assad, sa clique et ses ennemis qui ne valent guère mieux que lui ?
Tu me dis Libye... T'ai-je attendu pour m'inquiéter de ce qui s'y passe ?
Tu me dis Irak... T'ai-je attendu pour soupirer et me mordre au sang quand je pense au sort de ce pays et de son peuple ?
Tu me dis Liban, Soudan,... T'ai-je attendu pour m'indigner et espérer mieux pour le monde arabe ?
Tu me dis, tu me dis...
Mais quand moi, je dis Gaza, tu ne dis plus rien ou alors tu me parles du Hamas.
Alors, dis moi, pourquoi ne condamnes-tu pas ton Bibi aux mains sanguinolentes ?
Non, pas de circonvolutions, pas de phrases soit disant mesurées.
De toi, j'exige une condamnation directe d'Israël pour ce qui est commis à Gaza. Pour la saloperie infligée aux Palestiniens.
Allons ! Un peu de courage. Trêve de duplicité !
Tu me dis, tu me dis...
En fait, tu me dis pour ne rien dire sur l'essentiel.
Et, en cela, toi qui ne dis mot, tu n'es rien d'autre que le complice des assassins.
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Pauvre France...

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Voici la a réponse du porte-parole adjoint du Quai d'Orsay (ministère français des Affaires étrangères) à une question d'un journaliste sur Gaza et sur le fait que la France condamne ce qui s'y passe sans nommer directement Israël.
Cette réponse est un cas d'école en matière de langage diplomatique et de duplicité.
Pauvre France...

Quai d'Orsay - déclaratio​ns du porte-paro​le adjoint - 31 juillet 20145 - Gaza

Question (d'un journaliste) - La France à deux reprises hier a condamné  l'attaque contre l'école onusienne à Jabaliya, sans citer le responsable. Le représentant de l'ONU sur place indique que les tirs proviennent des forces armées israéliennes. Est-ce-qu'on peut conclure aujourd'hui que ces tirs sont en fait israéliens? Soutenez-vous la thèse de l'ONU là-dessous et, si oui, faut-il une enquête internationale et faudra-t-il des sanctions et une réflexion dans le domaine de crimes de guerre pour cette attaque, et une précédente contre l'ONU, et contre les cibles civils, hôpitaux, mosquées, infrastructure d'électricité et bien d'autres et le fait que 80 pourcent des morts sont des civils à Gaza, dont 20 pourcent des enfants?

Réponse  - Le président de la République et le ministre des Affaires étrangères et du développement international ont condamné hier le bombardement qui a frappé une école des Nations Unies, dans le camp de Jabaliya dans la bande de Gaza, causant la mort d'au moins seize Palestiniens.
La France s'associe au Secrétaire général des Nations Unies qui a jugé ces faits « injustifiables », estimant que "les responsabilités devaient être déterminées" et que "justice devait être rendue".
La France exige la mise en place d'un cessez-le-feu immédiat. Tous les efforts doivent converger vers cet objectif.

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