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mardi 12 janvier 2021

La chronique économique : Quand Peugeot épouse Fiat

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 7 janvier 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

Les fiançailles auront donc duré un an avant la noce. Le 16 janvier prochain, les constructeurs automobiles Peugeot et Fiat-Chrysler seront réunis en une seule entité nommée Stellantis (« parsemé d’étoiles » en latin). Le nouvel ensemble de 400 000 employés sera le quatrième groupe mondial en termes de véhicules vendus (8 millions par an) et le troisième en ce qui concerne le chiffre d’affaires (170 milliards d’euros). Au total, Stellantis comprendra 14 marques dont Peugeot, Fiat, Chrysler, Opel, Citroën, Alfa Romeo, Maserati, Dodge et Jeep.

 

Enjeux stratégiques et emplois

 

Les autorités de concurrence européenne et américaine ont donné leur feu vert et Stellantis sera coté sur les Bourses de Paris, Milan et New York. La fusion a aussi été plébiscité par les actionnaires des deux entreprises (plus de 99% des votes lors des deux assemblées générales extraordinaires respectives) et la presse spécialisée est plutôt positive. Cette opération était attendue et elle est vue comme la condition nécessaire pour garantir la survie de marques comme Fiat, Peugeot ou Chrysler. En effet, au-delà du défi immédiat posé par la pandémie de Covid-19, le secteur automobile est confronté en ce début de siècle à de nécessaires choix stratégiques que seuls des groupes ayant une taille critique sont capables d’assumer.

 

Comme ses concurrents, Stellantis devra trancher : faut-il favoriser le développement des véhicules électriques – en prévision du renforcement des législations favorables à l’environnement et à la lutte contre le réchauffement climatique ? Faut-il croire au développement de la voiture autonome sur laquelle de grands noms de l’informatique fondent beaucoup d’espoirs pour se diversifier et concurrencer les constructeurs traditionnels ?

 

Le discours accompagnant cette fusion comporte les habituels éléments de langage. Elle est censée « créer plus de valeur », c’est-à-dire offrir plus de revenus aux actionnaires. Elle doit aussi « réduire les coûts » (5 milliards de dollars par an) grâce aux inévitables « synergies ». Or, comme toujours, la vraie question concernant ce type d’opération concerne la préservation des emplois. Les dirigeants des deux groupes ont promis qu’aucune usine ne sera fermée mais, on le sait, les promesses n’engagent que celles et ceux qui y croient.

 

Car un bref regard sur la situation du nouveau groupe oblige à la prudence. Nombre de ses usines tournent au ralenti depuis des années, situation que la pandémie n’a fait qu’aggraver. On considère ainsi qu’une usine est rentable si elle tourne à 80% de ses capacités or le taux moyen est de 45% pour Stellantis. Il ne faudra pas être surpris à court terme si des marques sont cédées ou si des sites sont fermés au nom de la sacro-sainte rentabilité (laquelle conditionne le taux de rémunération des actionnaires).

 

 

Mode de consommation

Enfin, on ne peut évaluer cette fusion sans penser aux évolutions en cours. Selon un sondage de YouGov réalisé en 2020, les jeunes sont partagés à l’égard de la voiture avec une part non négligeable d’entre-eux qui n’envisagent pas d’en acquérir soit faute d’intérêt soit en raison du coût. D’autres voient dans la voiture un usage occasionnel auquel sauront répondre des plateformes de location plus accessibles que celles qui existent aujourd’hui. Autrement dit, la voiture risque fort de devenir, notamment en milieu urbain, un produit dont on ne paie que l’utilisation sans avoir à l’acquérir. De quoi faire revoir à la baisse les projections des constructeurs même si pour ces derniers l’eldorado chinois (20 millions de véhicules par an) constitue une sécurité pour l’avenir.

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lundi 17 décembre 2012

Et si Renault ne s'installait jamais en Algérie

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SlateAfrique, 17 décembre 2012

La visite de François Hollande en Algérie va-t-elle mettre un terme aux interminables négociations et tensions sur le projet d'installation d'une usine du contructeur Renault dans ce pays?

Usine renault, Villamuriel, Espagne, novembre 2012. © CESAR MANSO / AFP
L'AUTEUR
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Quinze mois de négociations, de rumeurs et de tensions bilatérales.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le projet d’implantation d’une usine du constructeur automobile français Renault est un véritable feuilleton, mais aussi un bon exemple du caractère turbulent et incertain des relations franco-algériennes.
Au départ, le constat des autorités algériennes est simple: Renault étant la première marque automobile en Algérie(Elle y a écoulé 93.000 véhicules durant les dix premiers mois de l’année 2012), il était normal d’inciter le constructeur à mettre en place une usine de montage.
Pas de taxe à l’importation contre création d’emplois, le marché «gagnant-gagnant» apparaissait évident pour des autorités algériennes quelque peu irritées par le fait que Renault ait choisi le Maroc, et la ville de Tanger, pour installer un grand centre de production (Tanger-Med a une capacité de 400.000 véhicules par an).
«Le message du gouvernement algérien a été clair: l’Algérie étant l’un des principaux marchés de Renault en Afrique et en Méditerranée, il était plus qu’urgent qu’une usine soit construite sur place», expliquait à l’époque un officiel algérien.

Poker menteur

Las, les négociations traînent en longueur. Alors que Tanger-Med au Maroc est déjà opérationnel, on en est encore à se demander si l’usine Renault en Algérie sera installée ou non dans l’ouest du pays.
Selon plusieurs informations de presse, le projet devrait être confirmé lors de la visite de François Hollande les 19 et 20 décembre, mais un doute subsiste.
D’un côté, la législation algérienne ne facilite pas la tâche. Hors hydrocarbures et pétrochimie, le pays a du mal à attirer les investisseurs étrangers, lesquels critiquent une législation trop pénalisante et une bureaucratie plus que tatillonne.
A cela s’ajoutent les différentes interférences plus ou moins légales. Intermédiaires à la recherche d’une bonne commission, représentants de concurrents pas fâchés de freiner le projet, sans compter les pressions de nombreux importateurs qui craignent que l’Algérie ne décide d’augmenter ses taxes pour inciter les autres constructeurs à localiser leur productions: le projet de l’usine Renault est tout sauf un fleuve tranquille.

Le précédent Fiat

De l’autre côté, on peut se demander si Renault n’a pas délibérément traîné des pieds, espérant peut-être que le projet meure de lui-même comme ce fut le cas dans les années 1980 pour l’usine Fiat (laquelle n’a jamais vu le jour, malgré dix années d’études et de négociations!).
C’est, en tous les cas, le sentiment de plusieurs officiels et hommes d’affaires algériens étonnés par la lenteur du dossier. Interrogé par SlateAfrique, un haut-responsable explique que les négociations ont même failli capoter par la faute du constructeur français:
«Ils ont posé comme condition la nécessité pour l’Etat algérien d’ouvrir la frontière avec le Maroc.»
Une exigence que la partie algérienne aurait vécue comme une véritable provocation tant ce sujet est explosif.  
«Sur le plan logistique, on peut penser qu’il y a du sens à relier la future usine à Tanger-Med. Mais, connaissant la tension qui existe entre Alger et Rabat sur ce dossier, cette demande relevait soit de la maladresse inexcusable soit d’une provocation délibérée pour faire capoter le dossier», juge le haut-responsable.
Plus récemment, les fuites autour d’une entrée de l’Etat algérien dans le capital de Peugeot —l’autre grande marque française présente en Algérie (54.500 véhicules vendus sur les dix premiers mois)— ont été diversement interprétées.
Malgré le démenti apporté par l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin après sa dernière rencontre avec les autorités algériennes, il semble bien qu’Alger regarde de près le dossier.
Est-ce pour mieux mettre la pression sur Renault et l’obliger à conclure son implantation au plus vite? Ou est-ce aussi pour montrer que l’Algérie a, enfin, décidé de mettre en place une gestion plus dynamique de ses réserves de change (200 milliards de dollars investis principalement en bons du Trésor américain)?
Plus retors, certains observateurs du dossier à Alger se disent persuadés qu’une telle information pourrait servir de prétexte à Renault pour suspendre un projet d’implantation que l’Etat algérien lui a imposé de manière un peu trop pressante...

Akram Belkaïd
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