Retours en Algérie

Retours en Algérie
dernier ouvrage paru (Carnetsnord) lien : http://retours-en-alg.blogspot.fr/

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jeudi 24 juillet 2014

La chronique du blédard : Gaza : mais que font les Arabes ?

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 24 juillet 2014
Akram Belkaïd, Paris

Commentant l’un de mes articles concernant le massacre commis par Israël à Gaza, un ami m’a écrit les mots suivants : « C’est à désespérer du monde arabe ! Il devient le trou noir de l’humanité. La Tunisie mise à part. Que retenir de ces cinquante dernières années arabes ? De l’Atlantique jusqu’au Golfe ? Rien, le vide abyssal. Peut être juste un prix Nobel de littérature et quelques écrivains ». Il est vrai que dans la tornade d’indignations et de colères à l’égard des crimes commis par l’Etat hébreu, l’incapacité du monde arabe à peser sur cette dramatique situation est systématiquement relevée et critiquée.

« Mais que fait le monde arabe ? » est donc la question posée et elle mérite réflexion. De façon générale, on sait que les opinions publiques ont à cœur le sort des Palestiniens et, quoiqu’en dise une certaine propagande distillée par les milieux occidentaux pro-israéliens, cette solidarité est réelle et dépasse même les clivages politiques et religieux. Pendant longtemps, les partisans d’Israël ont essayé de faire croire qu’elle était manipulée par les pouvoirs avec cette phrase mainte fois entendue : « les dictateurs arabes expliquent à leurs peuples qu’il ne saurait y avoir de démocratie chez eux tant que la Palestine ne sera pas libérée ».

Concernant certains pays comme l’Irak de Saddam Hussein, la Syrie d’Assad père et, à un degré moindre l’Egypte de Nasser, cette affirmation se vérifiait. Par contre, elle devait être fortement nuancée pour le reste du monde arabe et, de toutes les façons, elle ne veut plus rien dire aujourd’hui. Désormais, les agendas locaux passent devant le reste. Cela ne signifie pas que la Palestine et les Palestiniens sont oubliés, loin de là. Leur sort est un sujet constant d’indignation et d’échauffement des esprits. C’est aussi un motif réel de détestation d’un Occident accusé, à raison quand il s’agit de ses gouvernements, de prendre systématiquement le parti d’Israël et de pratiquer un relativisme d’essence coloniale quant à l’effroyable bilan humain (et civil) des bombardements israéliens.

Ces derniers temps, j’ai lu beaucoup de bêtises ahurissantes quant à la nature de la solidarité à l’égard de Palestiniens. Bien sûr, il est évident que ce qui se passe à Gaza est l’occasion idéale pour que les judéophobes s’en donnent à cœur joie ou que les islamistes essaient d’imposer leur vision conflictuo-religieuse du monde. Mais cela n’est rien, cela est peu, face à ce que tout être humain – quelles que soient ses convictions politiques et ses croyances - peut ressentir quand un peuple, enfermé dans une prison délabrée à ciel ouvert, se fait massacrer car tel est le verbe que l’on doit employer.

On l’aura compris, la nouvelle manière de décrédibiliser la solidarité à l’égard des Palestiniens est d’affirmer qu’elle relève finalement d’un racisme ethnico-religieux. Pourtant, comme l’a bien rappelé l’économiste algérien El Mouhoub Mouhoud, ce qui se passe à Gaza ou en Cisjordanie est surtout un problème colonial comparable à ce qui s’est déroulé au Vietnam, en Afrique du sud ou même en Algérie. Quand des Chiliens ou des Boliviens dénoncent le sort des Palestiniens ils font écho à la même colère des Algériens ou des Marocains face à une situation de « hoggra » qui n’a que trop duré. Hier, les humbles, les petits de ce monde et autres damnés de la terre se reconnaissaient dans le sort d’un juif du ghetto de Varsovie. Aujourd’hui, hélas, c’est dans celui d’un habitant de Gaza.

Il reste maintenant à se poser la question suivante : que veulent les opinions publiques arabes ? Qu’attendent-elles concrètement de leurs pouvoirs vis-à-vis de ce drame ? La réalité, c’est que tout le monde a compris que ces pouvoirs sont impuissants. La Ligue arabe est une blague, un machin inutile que personne ou presque n’écoute. On le sait, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais d’unité politique arabe. Rivaux, jaloux les uns des autres, unis dans le même mépris qu’ils affichent pour leurs peuples, les dirigeants arabes n’ont aucune envie de s’engager dans une guerre contre Israël. D’ailleurs, et à quelques exceptions près, notamment celle du Hezbollah libanais et de la galaxie djihadiste, la rhétorique guerrière du type « prenons les armes pour aller libérer Jérusalem » ne prend plus.

Alors, à défaut de faire la guerre, qu’attendent les Arabes de leurs dirigeants ? La réponse est simple. Ils aimeraient qu’ils soient à la hauteur de la situation. Qu’ils fassent en sorte que les Etats qu’ils dirigent pèsent de tout leur poids dans cette crise ne serait-ce que pour amener l’Occident à adopter une position plus équilibrée. En théorie, la chose est possible notamment grâce à l’usage de l’arme économique. Nous ne sommes plus en 1973 où le nord industrialisé était le seul fournisseur du sud et où l’embargo et le boycottage ont échoué. Le monde aujourd’hui est multipolaire. Des alliances peuvent se nouer avec les pays émergents. L’échiquier est vaste et le mouvement est possible. Par exemple, comment, en 2014, peut-on (et c’est le cas de l’Algérie) faire du business avec une multinationale présente dans les colonies en Cisjordanie alors que des alternatives existent ? De même, les institutions internationales sont un champ de bataille où le rapport de force est permanent. Tu veux ma voix ? Ok, mais à condition que tu fasses pression sur Israël… C’est une question d’ingénierie et de mobilisation diplomatiques.

Mais encore faudrait-il en avoir les moyens et, surtout la volonté. Car, avec Gaza, les Arabes redécouvrent de nouveau, comme dans un cauchemar sans fin, que leurs dirigeants sont tenus. Au-delà des discours à deux sous sur les souverainetés nationales, chacun comprend, de l’Atlantique jusqu’au Golfe, qu’aucune capitale arabe n’a les moyens de bouger sans se faire taper sur les doigts. La raison en est simple : l’illégitimité des pouvoirs politiques et, tout aussi important, leur corruption. Les dirigeants arabes ne peuvent rien faire de concret pour Gaza parce qu’ils ont trop besoin de ceux sur lesquels ils devraient faire pression. Si les Palestiniens tombent par centaines, c’est parce que le monde arabe est le vassal politique de ceux qu’il devrait influencer. On entend souvent dire qu’Israël est la seule démocratie (pour les seuls Israéliens) de la région Mena (Moyen-Orient et Afrique du nord). Mais on oublie de préciser que l’état hébreu tire un grand profit stratégique et diplomatique de l’absence de démocratie chez ses voisins…
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mercredi 23 juillet 2014

Gaza, les intellectuels arabes et la peur du blanc...

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Il y a, en Israël, de nombreux intellectuels qui sont conscients du fait qu'il faut un Etat palestinien. Néanmoins, il n'en sont pas moins très fermes sur ce qu'ils considèrent être comme les principes de fond : la pérennité et la sécurité d'Israël. Disons qu'ils sont les représentants d'un "mainstream" avec lequel on pourra tôt ou tard s'entendre. Et je note, qu'il ne viendrait l'idée à personne, en Israël ou ailleurs, de les assimiler aux fous furieux qui versent dans l'abomination à l'image de cet "universitaire" pour qui "violer des Palestiniennes" permettrait de régler la situation à Gaza. D'ailleurs, personne ne leur demande de se différencier. On ne les oblige pas à une longue déclamation de prérequis pour qu'ils puissent s'exprimer.

Par contre, dans les camp des pro-palestiniens, je note une tendance médiatique, entretenue par des intellectuels arabes eux-mêmes, à dévaloriser leurs propres prises de positions par d'incessantes démarcations vis-à-vis des djihadistes qui ont une vision religieuse et ethnique du conflit. Quel manque d'assurance ! Quel manque de confiance en soi ! Dire, je suis solidaire de la Palestine mais pas pour les mêmes raisons que les extrémistes qui existent chez moi, c'est jouer petit bras. C'est presque s'excuser. C'est être le petit arabe au fond de la classe qui a un peu honte de lever le bras à cause des cancres qui l'entourent. C'est finalement, encore et toujours, la peur du blanc. Et, surtout, l'envie de lui plaire...
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mardi 22 juillet 2014

La chronique du blédard : Gaza, Amina et la forme de l’eau

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 17 juillet 2014
Akram Belkaïd, Paris


Dans l’un de ses romans policiers, voici ce que l’écrivain italien d’origine sicilienne Andrea Camilleri fait dire à l’un de ses personnages : « Un jour, je vis que mon ami avait mis sur le bord d'un puits une écuelle, une tasse, une théière, une boite à lait carrée, toutes pleines d'eau à ras bord, et qu'il les observait attentivement. ‘’Qu'est-ce que tu fais ?’’ je lui demandai. Et lui, à son tour, me posa une question : ‘’Quelle est la forme de l'eau ? - Mais l'eau n'a pas de forme ! dis-je en riant. Elle prend la forme qu'on lui donne. » (*)

Ce propos fait allusion aux différentes manières avec lesquelles on peut présenter un fait ou une situation. Si l’on assimile l’eau à la réalité – voire à la vérité – on se rend compte que l’on peut lui donner autant de formes que l’on veut. Certes, et comme me l’a fait remarquer un ami après que j’ai partagé cet extrait sur les réseaux sociaux, c’est elle qui prend la forme du contenant et non l’inverse. On pourrait dire aussi qu’elle s’adapte à son environnement mais rien n’est jamais figé puisque, d’une manière ou d’une autre, cette eau « travaille » son enveloppe et arrive souvent à s’en échapper.

J’ai pensé à ce passage en réfléchissant à deux actualités récentes. La première concerne les bombardements sur Gaza. C’est à chaque fois la même chose mais j’avoue être incapable de m’y faire. Concernant la majorité des médias occidentaux, le traitement de cette situation intolérable obéit aux mêmes règles. C’est simple, il faut donner l’impression que c’est une guerre entre deux entités comparables et de forces égales d’où cette fameuse phrase entendue en boucle sur les chaînes d’information en continu. « Aux roquettes du Hamas répondent les raids de ‘Tsahal’ ».

Attardons-nous un instant pour décrypter cette phrase-type très emblématique de cette couverture médiatique plutôt insidieuse même si elle prétend à l’objectivité. Parlons d’abord des roquettes. Personne ne peut contester que pour une population civile, ce genre d’engins est porteur d’effroi. Mais, à ce stade du conflit, il est rare d’entendre un journaliste préciser qu’ils sont artisanaux et qu’ils n’ont fait que de légers dégâts matériels. Ajoutons aussi le fait que durant les premiers jours des bombardements, le Hamas a répété à plusieurs reprises qu’il n’était pas l’auteur de ces tirs de roquettes (artisanales) mais cela a été très peu repris.

Surtout, c’est l’immense déséquilibre des forces en présence qui est presque systématiquement ignoré ou minimisé. On notera ainsi l’emploi du verbe « répondre » qui, d’une certaine façon, donne à penser que les armes en présence sont d’impacts égaux et que chacun a les moyens de terrasser l’autre. On fait donc comme si les deux camps disposaient de moyens comparables. De même, fait-on semblant qu’il s’agit de deux Etats en guerre alors que Gaza n’est rien de moins qu’un bantoustan, une enclave à la plus forte densité humaine du monde qui vit sous blocus depuis maintenant sept ans. Les habitants de Gaza ne peuvent fuir nulle part, ni en Egypte ni ailleurs et encore moins prendre le large puisque leurs côtes sont quadrillées par la marine israélienne. On connaît la fameuse expression selon laquelle la vérité est la première victime de la guerre. C’est totalement vrai pour ce qui se passe à Gaza. Les Israéliens et leurs alliés, déclarés ou tacites, donnent à l’eau la forme qu’ils veulent et il est heureux que les réseaux sociaux permettent de faire passer d’autres messages.

Ce qui précède vaut aussi pour la manifestation de solidarité avec le peuple palestinien organisée à Paris dimanche 13 juillet. Médias et hommes politiques ont repris à l’unisson la version selon laquelle les manifestants auraient attaqué une synagogue avec des cocktails molotov. Indignation, sirènes habituelles condamnant l’antisémitisme croissant au sein de « certaines population » : nous avons eu droit à la panoplie classique. Reste que la réalité est toute autre puisque les violents incidents ont été sciemment provoqués par des groupuscules sionistes dont on se demande pourquoi ils sont autorisés en France alors qu’ils sont interdits aux Etats-Unis et même en Israël.

L’autre événement où la vérité présentée n’a rien à voir avec la réalité concerne Amina, cette fameuse ex-Femen tunisienne. Il y a quelques jours, j’ai reçu plusieurs messages, notamment via Facebook me reprochant mon silence et l’absence de condamnation à propos du fait qu’Amina aurait été agressée et rasée à l’aube en plein Paris par des salafistes. Je n’ai pas répondu à tous les messages mais, dans l’un deux, j’y expliquais justement que la forme de l’eau me paraissait suspecte. Des salafistes qui, en plein potron-jacquet, se baladent du côté de la place de Clichy – un lieu et une heure où, habituellement on tombe sur une autre faune – et qui ont tout le temps de raser les cheveux de la pauvre militante. Bizarre, trop bizarre pour être vrai et cela sans oublier les versions contradictoires livrée par l’intéressée.

Oui, mais la forme de l’eau était tellement belle. Elle collait à ce que certains et certaines aiment à entendre et à lire. Des islamistes radicaux qui s’attaquent en plein Paris à un symbole de la lutte pour les droits de la femme et qui la tondent, c’est-à-dire qui ont recours à cet acte par lequel de pauvres femmes ayant « fréquenté » l’occupant allemand furent traitées. C’est aussi mobilisateur qu’une somalienne réfugiée en Europe qui affirme avoir subi un mariage forcée et qui, une fois démasquée, s’en sort en affirmant que le plus important est que cela aurait pu lui arriver… Concernant ce genre de fable – on pourrait aussi citer la mythomane du RER D - mes confrères américains ont une expression toute faite : « I don’t buy it ». Je n’achète pas. C’est ce que j’ai expliqué ici et là, recevant en retour quelques accusations détestables de misogynie. Ma3liche. Pas grave…

Le fait est que l’on vient d’apprendre que la concernée a été placée en garde à vue pour « dénonciation de délit imaginaire ». L’ex-Femen maintient toutefois ses accusations. Dans cette affaire, comme pour tant d’autres, chacun donnera à l’eau la forme qu’il souhaite…
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(*) in La forme de l’eau, traduction de l’Italien par Serge Quadruppani avec l’aide de Maruzza Loria.

mardi 15 juillet 2014

La forme de l'eau

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"Un jour, je vis que mon ami avait mis sur le bord d'un puits une écuelle, une tasse, une théière, une boite à lait carrée, toutes pleines d'eau à ras bord, et qu'il les observait attentivement. 'Qu'est-ce que tu fais ?' je lui demandai. Et lui, à son tour, me posa une question : 'Quelle est la forme de l'eau ? - Mais l'eau n'a pas de forme ! dis-je en riant. Elle prend la forme qu'on lui donne."

in, La forme de l'eau, Andrea Camilleri

samedi 12 juillet 2014

Etre solidaire avec la Palestine

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Parmi les arguments utilisés pour délégitimer le soutien au peuple palestinien, il en est un particulièrement insidieux. C'est celui qui formule l'accusation selon laquelle cette solidarité serait sélective. Qu'elle serait basée sur un tropisme islamo-arabe (c'est à dire, pour dire les choses plus clairement, raciste, xénophobe et confessionnel) et qu'elle ne relèverait pas d'une simple et sincère adhésion aux valeurs humanistes. En clair, ava...nt de parler de la Palestine et des Palestiniens, nous voici donc sommés de clamer, en préalable, notre soutien à tous les damnés de la terre. Certains le font. Pour se distinguer, pour ne pas se mêler à la foule voire pour plaire au lobby pro-israélien. Pour ma part, je dis que je suis solidaire du peuple palestinien. Point. Et, au passage, je félicite mes confrères d'Al Huffington Post Algeria (à ne pas confondre avec le reste) pour leur une de ce soir !!!
http://www.huffpostmaghreb.com/algerie/

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La chronique du blédard : Qui, pour aider les Palestiniens ?

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 10 juillet 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Qui peut aider les Palestiniens ? A l’heure où l’armée israélienne se prépare à une nouvelle offensive terrestre contre Gaza, cette question, hélas récurrente, est encore une fois posée. Qui peut secourir ce peuple brimé, persécuté, qui refuse d’abandonner sa terre (de plus en plus émiettée) et que l’on ne cesse de punir pour cela ? Les Etats-Unis ? Certainement pas. Depuis toujours, l’Oncle Sam prend systématiquement parti pour l’état hébreu Qu’il s’agisse de son administration, de sa diplomatie ou même de ses principaux médias, les Palestiniens seront toujours les fautifs même s’ils meurent par dizaine et que leurs blessés se comptent par centaines.
 
Il y a quelques temps, circulait l’hypothèse selon laquelle Barack Obama prenait ses distances avec Tel Aviv et que cela inaugurait d’un nouveau rapport de forces au Proche-Orient. Il y a eu peut-être quelques velléités de rééquilibrage mais gardons en tête les nombreuses humiliations infligées à la diplomatie étasunienne par le gouvernement Netanyahou comme par exemple l’annonce de la construction de nouvelles colonies dans les Territoires occupés alors même que le Secrétaire d’Etat John Kerry était en visite officielle en Israël. A chaque fois, Washington a encaissé et est passé à autre chose.
 
Non, l’Amérique ne bougera pas. Par faiblesse, par calcul politique aussi. On sait ce que pèse le lobby pro-israélien dans les campagnes électorales. A la télévision, à la radio, dans la presse écrite, les congressmen et tous ceux qui composent le monde politico-médiatique de Washington s’empressent de clamer leur soutien à l’Etat hébreu. Dans le même temps, ils n’ont pas de mots assez durs à l’encontre des Palestiniens. On connaît la ritournelle. Ce seraient eux qui refuseraient la paix. Ce seraient eux les terroristes. Ce seraient eux les empêcheurs de vivre tranquille avec leurs roquettes artisanales qui, on le sait, sont aussi puissantes qu’un F16 ou un char d'assaut…
 
Aux Etats-Unis, les Palestiniens ont aussi un ennemi puissant. Il s’agit de Hollywood et de son industrie cinématographique. Qui peut citer un film produit au cours des vingt dernières années où les Arabes auraient le beau rôle. Où un personnage palestinien serait simplement décrit dans son humanité ? Dans une tranquille normalité ? Bien plus que le discours des politiciens et des médias, le cinéma hollywoodien façonne une représentation manichéenne où les Palestiniens sont les méchants, les créatures irrationnelles voire les héritiers des antisémites européens. Israël, elle, n’est que puissance, beauté, technologie et modernité.
 
Bien sûr, tout le monde n’est pas hermétique au sort des Palestiniens. Dans les milieux universitaires, par exemple, les soutiens se multiplient et la dénonciation de la politique d’apartheid pratiquée par Israël est régulièrement dénoncée. Ce n’est pas négligeable. Cela met du baume au cœur mais, à vrai dire, cela ne pèse guère dans l’appréciation générale. Du moins, pas pour le moment. Quant aux Américains d’origine arabe, il faut juste rappeler que les attentats du 11 septembre 2001 et les évènements qui ont suivi les ont tétanisés. Ce sont des communautés désormais sur la défensive, obligées de démontrer qu’elles sont intégrées et, même si elles n’en pensent pas moins, la question palestinienne n’est pas le genre de sujet pour lequel elles peuvent se mobiliser notamment sur le plan électoral.
 
Qui, pour aider les Palestiniens ? L’Europe ? Si la situation n’était pas aussi tragique, on pourrait en sourire. La chose est désormais entérinée. L’Europe n’est même plus dans la situation où, pour se donner bonne conscience, elle se contentait d’allonger les euros pour financer ce que l’aviation israélienne allait tôt ou tard détruire. A Bruxelles, ses institutions sont travaillées au corps par une armée de lobbyistes au service d’Israël. Bien sûr, la Commission européenne est bien obligée de faire semblant de respecter le droit international qui, par exemple, déclare les colonies illégales. Mais, dans les faits, Israël avance jour après jour ses pions au sein des instances et institutions communautaires. Bien sûr, les Palestiniens sont présents eux aussi à Bruxelles. Mais, de leur propre aveu, la disproportion des moyens est trop importante pour leur permettre de mener une lutte d’influence efficace.
 
Cela étant dit, on doit tout de même rendre aussi hommage aux nombreuses organisations des sociétés civiles européennes qui se mobilisent et donnent de la voix. Leur activisme, leur engagement, font honneur au continent où sont nées les Lumières. A dire vrai, heureusement que ces organisations existent et qu’elles compensent ce que le monde arabe dans son ensemble est incapable de réaliser.
 
Par ailleurs, et à l’inverse de ce qui se passe aux Etats-Unis, les communautés arabes ou musulmanes d’Europe sont moins enclines à se taire. Contrairement à ce qui était le cas il y a quelques décennies – on pense notamment à l’invasion du Liban en 1982 – dire haut et fort son soutien aux Palestiniens et sa détestation de la politique coloniale du gouvernement Netanyahou (ou de ceux qui l’ont précédé) n’est plus rare. Cela ne change pas forcément la donne mais, tôt ou tard, cela aura son importance sur le plan politique et électoral. C’est ce qui explique pourquoi les attaques contre ce type d’engagement sont nombreuses. Menées au nom de la lutte contre le communautarisme voire même de l’extrémisme, elles n’ont pour seul but que de faire taire celles et ceux qui entendent ne pas laisser passer sous silence le déni de droits fondamentaux dont sont victimes les Palestiniens.
 
Qui peut aider les Palestiniens ? Certainement pas les pays arabes et leurs dirigeants corrompus, efficaces quand il s’agit de cogner contre leurs propres peuples mais n’ayant aucun poids pour peser sur l’échiquier géopolitique moyen-oriental. Dans un dossier récent, l’hebdomadaire The Economist a estimé que seule la Tunisie était une démocratie en devenir dans le monde arabe. Confronté à de sérieuses difficultés, ce pays  (qui a déjà payé son écot à la solidarité palestinienne) a des défis vitaux à relever. Quant à ses voisins, proches ou lointains, ils vivent dans le désordre permanent ou se bercent d’illusions quant à leur puissance. Pour eux, la Palestine, c’est loin et ce n’est en réalité qu’un slogan démagogique. De cela, les opinions publiques arabes en sont conscientes et cela entretient une colère que l’on pensait avoir disparu avec les révoltes de 2011.
 
Qui, pour aider les Palestiniens ? Ces armées de djihadistes qui se constituent ici et là avec l’étrange passivité des Etats-Unis et la bénédiction à peine avouée de leurs alliés du Golfe ? Certainement pas. Ces troupes sont bien trop occupées à massacrer leurs coreligionnaires pour se préoccuper du sort d’un peuple qui, finalement, a compris depuis longtemps qu’il ne peut compter que sur lui-même...
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Gaza : Du silence des personnalités françaises d'origine maghrébine

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Pourquoi les personnalités françaises d'origine maghrébine se taisent-elles à propos de Gaza ?
Extrait d'une chronique publiée le 29 novembre 2013 dans le Quotidien d'Oran :

La règle implicite est connue de tous et elle ne souffre d’aucune exception. Pour monter en grade, pour réussir, pour ne pas rester en marge du cercle auquel on aspire à appartenir, il faut mettre de côté et taire sa sympathie (éventuelle) pour les Palestiniens. En clair, et c’est une image symbolique, il faut remiser son keffieh. Des grandes figures d’origine maghrébine qui vivent en France, lesquelles peuvent s’exprimer à leur aise à propos de l’insupportable sort d’un peuple qui attend toujours son Etat ? Aucune ou presque. Qui peut tout simplement dire, à une heure de grande écoute, je m’appelle Morad ou Nora, et, sans être un extrémiste ou un antisémite, je soutiens la cause palestinienne et je demande à ce que mon gouvernement, c’est à dire le gouvernement français, fasse tout son possible pour que soit stoppée la colonisation illégale de la Cisjordanie? Personne... Car le faire, c’est prendre le risque d’être jugé trop encombrant et d’être renvoyé à sa cité. C’est prendre le risque de ne plus en être. De voir son ascension (peut-être jugée inespérée par la personne concernée) être brutalement stoppée.
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vendredi 11 juillet 2014

Jimmy Page et la puissance de Led Zep.

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Jimmy Page, guitariste légendaire de Led Zeppelin à propos de la puissance dégagée par son groupe.


Le Nouvel Observateur : Ce 10 octobre 1969 à l'Olympia (...) Le groupe dégageait une impression de puissance inouïe. Je n'avais jamais rien éprouvé de tel, même aux concerts des Stones et des Who. Etiez-vous conscient de cette puissance ?
Jimmy Page : Oui, j'ai ressenti cette puissance irrésistible dès la toute première répétition du groupe (Robert Plant, John Bonham, John Paul Jones et moi), dans un local minuscule. (...) Il s'agissait d'une puissance collective : le groupe était plus grand que la somme de ses membres. Et nous avons réussi à canaliser cette puissance en une véritable dynamique qui intégrait des moments de finesse et de fragilité (...) Le terme d'alchimie me semble absolument exact pour décrire le mélange d'influences musicales qui nous insufflait cette dynamique. C'était une inspiration au sens mystique du terme. Et nous accédions effectivement à une autre dimension. La communication entre nous s'apparentait à de la télépathie. Et cette communion d'esprit s'est imposée d'emblée, avant même que le groupe s'aguerrisse. Le plaisir profond que nous prenions à jouer venait aussi de sa plasticité. La veille ou le lendemain, nous n'aurions pas donné le même concert, les morceaux auraient été complètement réinventés. On créait des distorsions temporelles, le temps devenait élastique. C'était exaltant de communiquer cette perception au public.

in Le Nouvel Observateur, 29 mai 2014
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jeudi 10 juillet 2014

Massacre en asymétrie majeure

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La pluie crépite sur la vitre. Je la devine glacée et décidée à durer. Ce matin, les nouvelles sont encore plus désespérantes que la veille. Rien n'arrêtera la tuerie. Toujours des morts et des blessés. Et cette saleté de voix qui sort du poste en cherchant absolument à me convaincre du bien fondé des bombardements. Massacre en asymétrie majeure...
Il pleut de plus en plus fort. Dans l'immeuble d'en face, un drapeau brésilien pend encore à une fenêtre. Vrillé, ses couleurs délavées, on dirait une serpillère gorgée d'eau. A chaque fois que le vent le soulève, je pense avec soulagement que quelqu'un le retire enfin. Mais il est toujours là.
A la radio, on me parle d'un pauvre type qui, c'est devenu une habitude, vient de baisser son pantalon.
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mardi 8 juillet 2014

La mondialisation a tué le (beau) football brésilien

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Il est des moments où le football s'imprègne d'éléments inexplicable voire surnaturels. C'est ce qui s'est passé durant la rencontre entre le Brésil et l'Allemagne avec cette incroyable défaite des auriverde. Sept buts à un ! Une fessée. Un carnage. Comment expliquer l'inexplicable ? Comment trouver une logique à tout cela au-delà du beau jeu et efficace pratiqué par les Allemands ?

On parlera pendant longtemps de la faiblesse psychologique des Brésiliens. De leur émotivité exacerbée, de la pression populaire qui s'est exercée sur les joueurs, de leurs larmes pendant les hymnes. Dès le départ, lors du match contre la Croatie, on a senti que cette équipe n'était pas un grand Brésil. Exception faite d'un attaquant hors pair, Neymar, et d'une charnière centrale solide, on avait la sensation de voir évoluer une vulgaire équipe européenne de deuxième division.

On parlera aussi de la tactique frileuse imposée par Scolari à l'image d'un Oscar interdit de franchir la ligne médiane lors du quart de finale contre la Colombie. On parlera encore et encore de Fred et de Hulk, deux joueurs qui n'ont rien de brésilien et dont on se demande ce qu'ils faisaient dans cette équipe. On pourra même regretter certaines absences : Coutinho, Lucas et même Ronaldinho sans oublier Kaka. De même, on se demande pourquoi Maxwell n'est pas entré sur le terrain au moment où il était évident que Marcello avait du mal à tenir son couloir.

Mais une chose est certaine. Les joueurs brésiliens ne sont plus ce qu'ils étaient. Le football brésilien a changé. Il a muté. Et la mondialisation en est responsable. Il fut un temps où les joueurs brésiliens ne partaient en Europe qu'à l'âge mûr, après avoir gagné leurs galons chez eux. On pense notamment à Falcao, Zico ou même Socrates sans oublier le roi Pelé qui n'est allé au Cosmos de New York qu'avec le statut de semi-retraité.

Aujourd'hui, les joueurs brésiliens partent très jeunes. Arrivés en Europe, ils perdent de leur spontanéité, s'obligent à lisser leur jeu, à renoncer à la fantaisie et au romantisme qui font le beau jeu. Avec ses contrats mirobolants et son industrie des transferts, la mondialisation tend à uniformiser le jeu dans le sens voulu par les clubs les plus riches, comprendre les Européens. C'est à cela que devraient réfléchir les responsables du football brésilien. Mais une chose est certaine : la défaite du Brésil face à l'Allemagne est peut-être le signe que le beau jeu auriverde n'est rien d'autre qu'un souvenir du XXème siècle. En matière de football, le XXIème siècle a commencé au stade de Bello Horizonte.
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L'écrivain sud-africain Mark Behr à propos de Nelson Mandela

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Mark Behr est un écrivain sud-africain (il écrit en anglais et en afrikaner). Il a été soldat et a combattu en Angola.

 
- « Si Nelson Mandela était considéré comme un terroriste par l’Afrique du Sud blanche, d’autres en faisaient autant. Trois ans avant sa libération, après vingt-sept années d’enfermement, Margaret Thatcher, première ministre britannique, parlait encore de l’ANC, dont il était le leader comme d’un ‘’exemple typique d’organisation terroriste’’.  (…)
- Maintenant que le nom de Mandela est universellement célébré, il est gênant de se rappeler que, il y a peu, c’était nous, les gens prétendument civilisés, qui utilisions ce langage pour justifier notre politique et nos guerres ; nous, dont les privilèges, le silence et les actes ont maintenu des gens comme Nelson Mandela en prison, et la majorité des Noirs d’Afrique en situation d’infériorité et de servitude légale. Nous étions des racistes. C’était même sans doute nous, les Blancs – moi compris – les vrais terroristes. (…)
- Sa [Nelson Mandela] volonté d’humaniser l’adversaire et tous ceux qui s’opposaient encore à l’égalité raciale et à la démocratie a changé la nature du discours politique à tout jamais. (…)
- Par ses paroles et ses actes, Nelson Mandela suggère que l’imagination et la responsabilité morale sont au cœur de toute démarche vertueuse. Chez Nelson Mandela, comme chaque jour dans ce pays, nous avons assisté à une libération du potentiel humain sous des formes qui obligent à se demander, parfois avec remords, honte et un sentiment nouveau de responsabilité, ce qu’aurait pu être l’Afrique du Sud – et le monde aussi, d’ailleurs – si l’on n’avait pas laissé le fléau du racisme souiller l’histoire de l’humanité pendant cinq siècles.
- La démocratie ne peut s’épanouir qu’au sein de civilisations ne fuyant pas le dialogue : un dialogue ancré dans le présent, mais qui cherche néanmoins à saisir les rapports entre passé et présent. (…)
- Nelson Mandela nous lègue la certitude que, sans cette forme d’empathie absolue – cet effort d’imagination pour se mettre à la place des autres, les marginaux, les pauvres, ceux qui n’ont toujours pas voix au chapitre, qui possèdent le moins -, il ne pourra y avoir aucun changement personnel, social ou politique, et, à coup sûr, aucune justice.

In Le Monde, 8 décembre 2013 (traduction de l’anglais par France Camus-Pichon)
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lundi 7 juillet 2014

La chronique du blédard : Des Français qui aiment l’Algérie

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Le Quotidien d’Oran, jeudi  3 juillet 2014
Akram Belkaïd, Paris

On ne répètera jamais assez que ce qui entoure le football est souvent plus important que le football lui-même. Les réactions en France liées aux dernières rencontres de l’équipe nationale (EN) algérienne en sont le parfait exemple. De fait, on a beaucoup parlé des débordements de certains « supporteurs » et des multiples incidents qui ont suivi chaque match des Verts. Tapages nocturnes, affrontements avec les forces de l’ordre, voitures et poubelles brûlées, commerces saccagés : une minorité de voyous et de casseurs a souvent réussi à gâcher la (belle) fête.

Comme on le sait, ces comportements inacceptables ont été du pain béni pour l’extrême-droite qui s’est emparée de l’affaire pour dénoncer l’existence d’une cinquième colonne algérienne en France et pour exiger la suppression de la double nationalité franco-algérienne. Dans certaines villes de l’Hexagone, des groupuscules extrémistes ont cherché l’affrontement avec les jeunes issus de l’émigration maghrébine et sub-saharienne. A Bourges, des abrutis ont ainsi brûlé le drapeau algérien en chantant la Marseillaise (l’un d’eux a été identifié par les internautes et son nom circule sur internet. Le pauvre…). A Carcassonne, des parachutistes ont défilé dans la ville avec un drapeau allemand – (un acte nostalgique ?) – après la (très honorable) défaite de l’EN face à la Mannschaft et il semble bien que certains d’entre eux aient mené une ratonade dans un quartier populaire. Enfin, à Nice, le député-maire Christian Estrosi, alias le « motocrate » ou « motodidacte », a décidé d’interdire par arrêté municipal la présence « ostentatoire » de drapeaux étrangers, une mesure, on l’aura compris, qui visait essentiellement l’étendard vert et blanc aux croissant et étoile rouges.

Bien entendu, les médias ont largement relayé ces excès de part et d’autre. Cela a contribué à créer un climat plutôt détestable, pesant. On pense notamment à ce sondage mis en ligne, le dimanche 29 juin, sur le site de l’hebdomadaire Le Point avec cette interrogation : « Faut-il supprimer aux Français d’origine algérienne leur double nationalité ? ». La question, raciste, a fini par être retirée après les protestations de nombreux internautes (elle avait eu le temps d’enregistrer 81% de « oui »…) mais elle mérite un commentaire. Retirer la double nationalité ne veut rien dire sur le plan administratif, légal ou technique. En réalité, Le Point n’a pas osé aller jusqu’au bout de sa pensée en demandant simplement à ses lecteurs s’ils sont d’accord pour retirer ou non leur nationalité française aux binationaux franco-algériens. Car c’est là la vraie revendication de l’extrême-droite et des mouvements facho-identitaires.

Mais il faut se garder de sombrer dans le catastrophisme et en conclure que les temps sont durs pour les Algériens de France, qu’ils aient ou non la double nationalité. Par facilité, par ce pessimisme structurel propre aux journalistes mais aussi par refus d’accepter la réalité, on pourrait s’épancher durant des heures sur cette ambiance frelatée qui offre la possibilité à certains de continuer à revêtir l’habit de la victime persécutée ou celui de leur porte-parole auto-désigné. Oui, il y a des racistes. Oui, il y a des Français qui ne supportent pas la vue du drapeau algérien. Oui, il y a des allumés qui rêvent d’un grand nettoyage ethnique qui, plusieurs siècles après, ferait écho à l’expulsion des morisques d’Andalousie.

Mais combien sont-ils ? Et quelle est la réalité au quotidien ? Le fait est que de nombreux Français, dits de souche, étaient heureux du parcours de l’équipe algérienne dans ce mondial. La joie de nos supporters leur faisait plaisir à voir et a même constitué un élément positif dans un contexte politico-économique des plus maussades. Au fil des jours, exception faite de deux ou trois allusions aux excès de fêtards trop bruyants (relevant aussi de la détestation du football), le présent chroniqueur n’a entendu et reçu que des messages de sympathie et de soutien. Et il ne s’agit pas d’un cas isolé, loin de là. Autrement dit, et contrairement à ce que l’extrême-droite veut imposer comme idée, notamment en donnant l’impression du nombre sur internet grâce à de vraies campagnes organisées, il y a beaucoup de Français qui se sentent proches de l’Algérie. Des Français qui aiment l’Algérie ou, tout du moins, qui ne lui sont pas hostiles. Des Français qui sentent, parfois sans pouvoir l’expliquer, que ce pays de l’autre côté de la Méditerranée leur « parle ».

Ce serait être malhonnête et injuste que de passer cela sous silence. Ce serait continuer d’entretenir de mauvais feux que d’insister uniquement sur la tentation frontiste d’une partie de la classe politique française. Car le vrai problème est là. Ce n’est pas de l’Algérie et des Algériens qu’il s’agit mais de l’incapacité d’une bonne partie des politiciens et médias français – ah ces maudits talk-shows- d’assumer publiquement le fait que la France et l’Algérie sont de plus en plus liées et que leurs peuples respectifs ont une part commune bien plus importante qu’il n’y paraît.

 « En France, l’Algérie est presque partout » m’a dit un jour un confrère parisien. C’est vrai. Mais ce qu’il faut préciser, c’est que contrairement à ce que peuvent laisser entendre les médias et certains politiciens, l’acceptation de cette situation fait son chemin à l’ombre des indignations et des polémiques stériles. Certes, il y a des jours où ces dernières sont difficiles à supporter mais il suffit alors de s’en remettre au réel, à la vie quotidienne, et de débrancher télés et ordinateurs.
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mercredi 2 juillet 2014

Enrique Labó Revoredo n'est plus

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Enrique Labó Revoredo, qui fut l'arbitre du mythique Algérie-RFA (2-1) lors de la Coupe du monde de football n'est plus. Nous présentons nos condoléances attristées à toute sa famille.
Voici l'entretien qu'il nous a accordé en novembre 2009



Enrique Labó Revoredo : « Je souhaite bonne chance à l’Algérie »
Le Quotidien d'Oran, 17 novembre 2009
Propos recueillis à Madrid par Akram et Yacine Belkaïd

Arbitre de l’historique rencontre Algérie-RFA de juin 1982 (2-1 pour l’EN), Enrique Labó revient sur cette rencontre dont le souvenir demeure vivace dans notre pays et ailleurs.
Le Quotidien d’Oran.- Avant toute chose, que devenez-vous ?
Enrique Labó Revoredo.- Je suis un retraité qui travaille toujours dans le cadre sportif au niveau du département dans lequel je réside à Lima. Ma retraite me permet de profiter de mes trois enfants et de mes quatre petits enfants. Cela me permet aussi de suivre avec un grand intérêt l’actualité du football international et national.



 
Votre nom est associé à jamais au match Algérie-RFA lors de la Coupe du Monde de 1982. Vous attendiez-vous à la victoire algérienne ?
Lors d’une Coupe du Monde, toutes les équipes partent à égalité. Logiquement, avec son palmarès, l’Allemagne était la favorite mais je savais que l’Algérie possédait un groupe de bons joueurs et que l’on pouvait effectivement s’attendre à une surprise. J’avais entendu parler de certains d’entre eux. De plus, je les avais observés lors du match préparatoire entre l’Algérie et le Pérou (1-1 au stade du 5 juillet à Alger, ndlr). Déjà, lors de ce match, ils m’avaient fait une forte impression.

A quel moment du match avez-vous compris que l’Algérie allait l’emporter contre la RFA ?
Franchement, il était difficile de prévoir le résultat final. La partie était serrée, la sélection algérienne jouait très bien et faisait le nécessaire pour gagner. Elle méritait ce bon résultat.

Quels joueurs vous ont impressionné lors de la rencontre ?
Le gardien de but (Cerbah, ndlr), un défenseur central dont je ne me rappelle pas le nom (Korichi ou Guendouz, ndlr) en plus des auteurs des deux buts, Madjer et Belloumi.
Avez-vous une anecdote particulière concernant ce match ?
Il y en a plusieurs. Pendant la rencontré, j’ai sifflé un coup franc indirect dans la surface de réparation de l’Algérie. A ce momento-là, le joueur allemand Stielike (qui jouait en Espagne à l’époque, ndlr)  est venu vers moi et, à ma grande surprise, m’a dit espagnol « c’est un pénalty ! ». Je lui ai répondu que ce n’était que du jeu dangereux et que dans n’importe quelle partie du monde cela n’aurait pas donné lieu à un penalty. Quelques jours plus tard, j’ai rencontré l’arbitre algérien Belaïd Lacarne (qui a arbitré la rencontre Argentine-Hongrie, ndlr). Il m’a dit « Bon match, bon match ». Evidemment, il était heureux pour son pays. Je regrette vraiment que l’Algérie n’ait pas pu passer le premier tour. Mais il y a quelque chose qui m’a vraiment étonné et dont je tire une grande fierté. Après le Mundial, en arrivant à Lima, mon épouse m’a donné plusieurs lettres en provenance d’Algérie où l’on me félicitait pour mon arbitrage durant cette rencontre. C’est quelque chose qui me remplis d’orgueil et que je n’oublierai jamais. Pour terminer, je souhaite beaucoup de chance à l’Equipe d’Algérie. J’espère qu’elle jouera bien mercredi contre l’Egypte [match de qualification à Khartoum, ndlr] et qu’elle pourra revenir au Mundial.
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La chronique de l’économique : Un fonds souverain pour l’Arabie Saoudite

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 25 juin 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Début juin, l’Arabie Saoudite a annoncé son intention de créer un Fonds souverain (Sovereign wealth fund, SWF, en anglais). Une information qui a mis en émoi le monde de la finance internationale et notamment l’industrie de gestion de fonds. En effet, cela fait plusieurs années que le géant pétrolier réfléchit à une telle structure afin d’investir au profit des générations futures. Jusque-là, le royaume ne disposait pas d’un vrai fonds souverain comparable à ce qui existe, par exemple, à Abou Dhabi ou au Qatar, deux émirats qui placent une partie de leurs surplus financiers dans des SWF à l’image de ce que font aussi la Norvège, la Chine ou Singapour. A ce jour, c’est la Banque centrale saoudienne ou Saudi Arabian Monetary Agency (SAMA) qui est en charge de la gestion des réserves de change et ses placements extérieurs – à l’image de la Banque centrale algérienne – se font essentiellement en obligations du Trésor étasunien.
 
Une diversification plus active
 
Selon les informations fournies par Ryadh, la nouvelle entité devrait recevoir 30% des surplus budgétaires, soit une moyenne annuelle de 15 à 20 milliards de dollars avec un fonds de départ de 70 milliards de dollars. Contrairement à la SAMA, ce fonds pourra effectuer des investissements sur d’autres segments que les obligations américaines. On pense notamment aux marchés d’actions, à l’immobilier mais aussi aux devises. Cette option de diversification active, adoptée par les autres monarchies du Golfe depuis déjà trente ans, est une bonne nouvelle pour les intermédiaires financiers et autres gérants de fonds qui vont essayer d’obtenir des mandats pour placer une partie des avoirs de ce qui devrait être appelé le Fonds de réserves nationales.
 
Mais il reste encore à savoir désormais comment va fonctionner ce SWF. Va-t-il opérer comme n’importe quel fonds souverain, en privilégiant d’abord la rentabilité de ses placements quel que soit l’actif dans lequel il aura investi ? Ou bien alors sera-t-il soumis à une « chariâ compliance », c'est-à-dire l’obligation de respecter la charia ce qui exclut de nombreux secteurs d’activités (armes, alcools et spiritueux,…) ? Surtout, il sera intéressant de voir si ce Fonds de réserves nationales va pouvoir se doter de la même indépendance à l’égard de la monarchie que celle dont dispose la SAMA. Forte de son statut de Banque centrale, cette dernière a toujours évité les interférences politiques et la rigueur de sa gestion est reconnue mondialement. Qu’en sera-t-il avec un fonds souverain plus exposé et plus actifs sur les marchés internationaux ? La question mérite d’être posée tout comme celle de l’indépendance à l’égard des partenaires internationaux de l’Arabie saoudite. On le sait, certains fonds souverains du Golfe ont servi récemment à amortir les effets de la crise de 2008 et ont été plus ou moins « encouragés » à se porter au secours de certaines grandes banques occidentales (le secret de leurs pertes est à ce jour difficile à percer…).
 
Le débat perdure en Algérie
 
En tout état de cause, cette décision saoudienne devrait relancer le débat sur la question de la création d’un fonds souverain algérien et cela pendant qu’il est encore temps. Pourquoi l’Algérie ne dispose-t-elle pas d’un SWF dédié à préparer l’après-pétrole ? Cette question n’a pas de réponse officielle si ce n’est qu’elle serait à l’étude. Jusqu’à quand ? Les réserves de change dont dispose le pays ne sont pas éternelles. A moins qu’il ne s’agisse d’un problème de compétences ou, c’est plus probable, de volonté politique de garder la haute main sur les ressources financières du pays et de ne pas permettre l’émergence d’une structure de gestion plus autonome que la Banque centrale algérienne. Le débat reste donc ouvert.
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lundi 30 juin 2014

La chronique du blédard : Mais qui veut la peau du vilain petit Qatar… ?

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 26 juin 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
« Vous devriez écrire sur le Qatar. Il y a tellement de choses à dénoncer. Si vous le souhaitez, on peut se rencontrer. J’ai quelques informations qui peuvent intéresser vos lecteurs ». Voilà, vite résumée, la teneur d’un appel téléphonique adressé au présent chroniqueur. Disons-le tout de suite, dans le métier de journaliste, ce genre de sollicitation est fréquent. Des gens vous contactent car ils ont des choses à dire, à révéler ou à dénoncer mais, trop souvent, la matière qu’ils offrent est inexploitable car les preuves manquent ou sont impossibles à recouper quand ce n’est pas le solliciteur lui-même qui fait machine arrière.

Mais quand une ex-consœur, officiellement reconvertie dans la communication, incite ses anciens confrères à dire du mal du Qatar, on dresse l’oreille. Bien sûr, on ne l’a pas attendue pour savoir que beaucoup de choses sont à critiquer dans cet émirat dont personne ne parlait il y quinze ans encore et qui, depuis, ne cesse de faire la une (et de manière de plus en plus négative). Qu’il s’agisse des conditions troubles dans lesquelles il a obtenu l’organisation de la Coupe du monde de football de 2022 ou de la manière dont y sont traités les travailleurs migrants en provenance du continent asiatique, les dossiers de mise en cause ne manquent pas. A cela, on peut aussi ajouter le rôle controversé dans le « soutien » aux révoltes arabes notamment en Syrie où de nombreux observateurs estiment que l’argent en provenance de Doha a beaucoup aidé les groupuscules islamistes radicaux à prendre le dessus sur l’opposition dite laïque.

Mais, le journalisme, c’est aussi se poser des questions sur les motivations des sources. Quand une attachée de presse vous appelle pour vous demander de vanter telle ou telle destination, avec la possibilité d’un voyage sur place tous frais payés, c’est une chose habituelle. C’est la (mauvaise) règle du jeu et on est libre d’accepter ou de refuser. Ouvrons ici une parenthèse pour relever que la presse française, notamment écrite, est dans un tel état critique sur le plan financier, qu’un reportage sur quatre est désormais financé par celui sur qui on est censé écrire, le lecteur n’étant pas toujours averti de la chose contrairement à ce qui se passe, par exemple, dans la presse québécoise. Fin de la parenthèse.

Revenons aux sollicitations. Quand une communicante bien introduite sur la place parisienne, mais aussi très active sur la scène du monde arabe, vous appelle pour vous inciter à « enquêter » sur le Qatar, l’enquête se résumant, dans le cas présent, à recevoir des informations déjà emballées par ses soins, alors on se dit qu’il y a baleine sous le gravier. Surtout quand on sait que la même partition se joue à Londres ou à New York.  Il faut bien se comprendre. Il n’est pas question ici de défendre le « petit Qatar » mais juste de relever un point majeur que toute personne qui s’intéresse à la région doit avoir en tête : actuellement, beaucoup d’argent est dépensé pour nuire à cet émirat. La multiplication d’articles négatifs à son encontre ne relève donc pas du hasard.

On le sait, la monarchie de Doha est en froid avec tous ses voisins à commencer par l’Arabie saoudite et, surtout, les Emirats arabes unis (EAU) qui l’accusent d’avoir encouragé l’activisme de Frères musulmans sur son sol. Ces tensions ont débouché sur plusieurs couacs diplomatiques avec rappels d’ambassadeurs et menaces militaires à peine voilées. Mais, dans le même temps, une guerre d’influence est en cours. Exemple : à Beyrouth, des maisons d’édition sont encouragées – avec force arguments financiers – à traduire en arabe la flopée d’ouvrages très virulents à l’égard du Qatar qui ont été publiés récemment en Occident. A Genève comme à Washington ou Londres, des publications viennent soudainement de voir le jour pour nous expliquer à quel point le Qatar est peu respectueux des droits de l’homme (ce qui, bien sûr, n’est certainement pas le cas de certains de ses voisins où on continue de décapiter les condamnés à mort…).

C’est en ayant en tête cette bataille de l’ombre qu’il faut d’ailleurs décrypter la récente condamnation en Egypte de trois journalistes d’Al Jazeera à de lourdes de peine de prison. Dans cette scandaleuse affaire, le maréchal-président al-Sissi ne fait que complaire à ses riches soutiens du Golfe dont l’un des objectifs est de faire définitivement taire la chaîne qatarie tout comme ils souhaitent que les centres de recherche (think tank) installés à Doha ferment leurs portes et cessent de publier des études plus ou moins dérangeantes sur les pays de la région.

Vu de loin, on peut être tenté de dire que le Qatar n’a que ce qu’il mérite. A force de se voir trop vite trop haut, on finit toujours par se prendre des coups de bâtons. Il fut un temps où c’était l’émirat de Dubaï qui tenait ce rôle. Au milieu des années 2000, il était de bon ton de s’y déplacer pour y enquêter sur le revers sombre de sa vertigineuse émergence. Aujourd’hui, on n’en parle plus ou presque alors que, peu ou prou, les mêmes problèmes structuraux y perdurent à commencer par un statut des travailleurs asiatiques qui n’a guère évolué cela sans compter les questions liées à l’afflux de capitaux plus ou moins suspects dans une place financière qui a récupéré nombre d’activités « grises » impossibles aujourd’hui à mener à la City de Londres ou à New York.

Quand on me parle du Qatar, en bien ou en mal, je pense immédiatement à Robert Ménard élu récemment maire de Béziers grâce aux voix du Front national. Pourquoi lui ? Tout simplement parce qu’il y a quelques années, il a été choisi par les plus hautes autorités du Qatar pour prendre la tête à Doha d’un centre de défense de la liberté de la presse… (« il fallait un Occidental et un nom prestigieux. Ces gens sont des complexés » m’a expliqué un confrère, candidat malheureux au poste). Bien entendu, l’idylle entre l’ancienne figure de Reporters sans frontières et les chouyoukhs s’est mal terminée. Remercié, Ménard a pondu un livre – fort intéressant au demeurant – où il dit tout le mal qu’il pense de ses ex-employeurs et où il raconte comment une bonne partie de la classe politique française se déplace à Doha la sébile à la main. A bien des égards, l’affaire Ménard résume bien ce qu’a été le Qatar au cours des années 2000. Il reste désormais à savoir si ses difficultés du moment vont le faire rentrer ou non dans le rang.
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One two three

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Ce que parler veut dire

"On parle du problème palestinien alors qu'il s'agit du problème de la colonisation israélienne ou du problème noir aux Etats-Unis alors qu'il était d'abord le problème blanc, du problème du statut de la femme dans les pays musulmans alors qu'il s'agit bien évidemment du problème de l'attitude des hommes".
Pierre Conesa, in La Fabrication de l'ennemi, Robert Laffont
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dimanche 29 juin 2014

Participation à l'émission Kiosque sur TV5 (29 juin 2014)

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Emission Kiosque sur TV5 (cliquer sur le lien)

LES THÈMES DE L'ACTUALITÉ

Les cas de V. Lambert et du Dr Bonnemaison ont secoué la France, l'occasion de comparer les façons d'envisager la fin de la vie ici ou là ;
Après l'échec de B. De Wever à former un gouvernement en Belgique, c'est à nouveau Louis Michel qui est nommé informateur du Roi ;
La justice égyptienne condamne 3 journalistes de la chaîne Al Jazeera à la prison ;
Un référendum non reconnu par les autorités chinoises se tient à Hong Kong
pour demander l'instauration du suffrage universel sur l'île ;
Enfin, sur la toile comme ailleurs, la coupe du monde de foot déchaîne les passions

 
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samedi 28 juin 2014

L'Algérie réussit un exploit historique

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HuffPost Algérie  |  Par Akram Belkaïd Publication:
Impossible alors de ne pas penser à la mésaventure des Ivoiriens, éliminés à la dernière seconde. Impossible de penser à tous ces matchs aux résultats cruels. Bref, nous avons eu chaud même si le scénario a peut-être été ce que les Verts pouvaient espérer de mieux. Je m’explique.
Dans un billet précédent, j’ai relevé que cette équipe avait pour marque de fabrique de s’en sortir de manière laborieuse, stressante pour les nerfs de ses supporters. Ce qui s’est passé contre la Russie n’a pas changé la donne. Mais, paradoxalement, ce but encaissé dans les premières minutes a rendu service à l’équipe nationale. Il l’a obligée à mener une course poursuite durant une bonne partie de la rencontre.
LIRE AUSSI: Jeu à l'algérienne et stress
De quoi lui éviter de se retrouver dans la même situation que contre la Belgique et, à un degré moindre, contre la Corée du sud. C’est-à-dire deux matchs où on a senti à plusieurs reprises que les Verts ont du mal à conserver un résultat et à ne pas éprouver cette fameuse peur de gagner qui a mené tant d’équipes à leur perte. C’est cela le foot, des situations qui peuvent paraître négatives et qui, en réalité, préparent un dénouement positif.

L’objectif essentiel a été atteint. Maintenant, ce ne sera que du bonus. L’Algérie a vaincu le signe indien du premier tour. Cette équipe a fait mieux que son illustre devancière de 1982 – vous savez celle qui a battu la RFA par deux buts à un - en se qualifiant pour les huitièmes de finale. Il lui reste maintenant à enfoncer le clou et à réaliser un nouvel exploit pour reléguer nos vieux souvenirs aux oubliettes. Pour cela, il lui reste désormais à réaliser un exploit en battant cette même Allemagne ; Ce ne sera pas une partie de plaisir mais on a hâte d’y être.
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Petite passe d'armes :

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- La cliente : Quand même, ces voyous qui cassent tout. Vous les avez mal éduqués. Il faut faire quelque chose !
- Le commerçant, algérien établi en France depuis 2000 : Madame, c'est la France qui les a mal éduqués. Pas l'Algérie. C'est à vous de faire quelque chose...
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jeudi 26 juin 2014

A propos de la victoire allemande lors de la Coupe du monde de football de 1954

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"La victoire de l'équipe allemande en finale [de la Coupe du monde de football de 1954] contre la Hongrie 3-2 dépassa, à Berne, le simple exploit sportif. Elle fut vécue comme une renaissance. Le "Miracle de Berne" (Das wunder von Berne) donna au peuple allemand, écrasé de culpabilité et contraint de vivre dans un pays détruit, le sentiment d'être à nouveau quelqu'un (Wir sind wieder wer, selon l'expression de l'époque). (...) Joachim Fest, le grand historien du nazisme, va même jusqu'à qualifier cet événement de "vraie date de naissance" de la République fédérale allemande (Geburtsstunde der Bundessrepublik Deutschland)".

Christophe Bourdoiseau in, Allemagne : la mémoire libérée, collection L'âme des peuples, Editions NEVICATA
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mercredi 25 juin 2014

Chrissie Hynde et les animaux

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Le Monde : Le monde est déséquilibré ?
Chrissie Hynde, chanteuse de The Pretenders, auteure d'un album solo, "Stockholm" : "Oui, c'est un désastre, un cauchemar [elle le dit en français]. Je suis végétarienne depuis les années 1970. C'est peut-être mon seul message, c'est inadmissible de tuer des animaux. Les animaux vivent selon leur instinct, ils ne prennent pas de décision, ne détruisent pas l'environnement. Dans la hiérarchie de la nature, nous prenons plus que nous n'avons besoin. Nous détruisons et nous tuons. Le déséquilibre est immense. Vivons avec les animaux, regardons-les vivre.
in Le Monde, 19 juin 2014

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mardi 24 juin 2014

​​La chronique économique : Bruxelles et l’optimisation fiscale en Europe

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 18 juin 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Beaucoup s’exclameront « il était temps ! ». Après de nombreuses tergiversations, la Commission européenne vient de décider d’ouvrir une enquête formelle sur les régimes fiscaux dont bénéficient certaines multinationales implantées dans trois pays membres de l’Union européenne (UE) : L’Irlande, le Luxembourg et les Pays-Bas. C’est Joaquin Almunia, le Commissaire européen chargé de la concurrence qui en a fait l’annonce en personne. Une initiative que l’on peut considérer comme un événement majeur même si les résultats de l’enquête ne sont pas attendus pour tout de suite.
 
Concurrence déloyale ?
 
De quoi s’agit-il ? On le sait, il n’y a pas d’harmonie fiscale au sein de l’Union européenne, chaque pays déterminant ses propres barèmes d’imposition sans concertation avec les autres membres. Dans le lot, les trois pays visés par l’enquête se distinguent depuis plusieurs années en attirant de grandes multinationales grâce à des législations fiscales particulièrement attractives. C’est ainsi que de grands groupes comme Google, Apple ou Starbucks, ont localisé leurs sièges sociaux en Irlande tandis que d’autres entreprises vont au Luxembourg ou aux Pays-Bas. Le résultat est connu et il ne cesse d’être dénoncé par de nombreux politiciens : les multinationales réalisent de grands bénéfices en Europe mais y paient très peu d’impôts. Une situation qui engendre de nombreuses tensions à l’heure où les gouvernements européens se sont engagés dans des politiques d’austérité et de réduction drastiques des dépenses publiques.
 
Il faut rappeler que la Commission européenne n’a aucun mandat pour harmoniser les législations fiscales. Par contre, et comme l’a bien précisé Joaquin Almunia, Bruxelles peut vérifier si les dispositions fiscales particulières offertes aux multinationales sont en réalité des aides indirectes faussant la libre-concurrence. A ce jour, le Luxembourg et l’Irlande ont réfuté avec plus ou moins de virulence ces accusations mais la pression monte pour que ces pays fassent un geste. Il sera aussi intéressant de voir si l’enquête établit ou non l’existence de dispositions particulières négociées de gré à gré entre les mis en cause et les multinationales. Jusqu’à présent, Dublin nie, par exemple, avoir contracté des accords à la carte avec de grandes entreprises internationales américaines mais aussi européennes. Or, de nombreuses enquêtes publiées dans la presse tendent à prouver le contraire. En clair, l’Irlande, le Luxembourg et les Pays-Bas ont mis en place des systèmes destinés à tirer la couverture à eux malgré l’irritation croissante de leurs voisins.
 
Jean-Claude Junker en difficulté
 
Par ailleurs, cette enquête n’est pas une bonne nouvelle pour Jean-Claude Junker, ancien Premier ministre du Luxembourg et aujourd’hui candidat à la présidence de la Commission. Ce dernier s’est toujours opposé aux demandes d’enquêtes sur le sujet de l’optimisation fiscale dans son pays. Or, il est évident que ce sujet fait partie des thèmes qui minent aujourd’hui la cohésion de l’UE et qui, plus grave encore, freinent la construction européenne. Faut-il interpréter l’ouverture de l’enquête de la Commission comme un nouveau signal de désaveu à l’égard de sa candidature (on sait que la Grande-Bretagne est ouvertement hostile à sa nomination) ? En tout état de cause, il sera intéressant de voir si Jean-Claude Junker a changé d’avis sur la question ou s’il maintient qu’un membre de l’UE a le droit de « piquer » ses multinationales à ses partenaires.
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dimanche 22 juin 2014

Jeu à l'algérienne et stress

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HuffPost Maghreb  |  Par Akram Belkaïd Publication:   |  Mis à jour: 22/06/2014 23h52 CEST
Il y a des matchs qui vous en rappellent d’autres et font soudain remonter à la surface des souvenirs mitigés. En suivant la rencontre entre l’Algérie et la Corée du Sud, je n’ai pas pu m’empêcher de revenir à un certain Algérie-Chili (3-2) lors de la Coupe du monde en Espagne (24 juin 1982).
Que s’était-il passé ? A la mi-temps, les Verts menaient par trois buts à zéro, tout comme en ce dimanche 22 juin 2014. Joie intense donc mais petite inquiétude avec cette question insidieuse : vont-ils tenir le résultat ou, plutôt, vont-ils savoir tenir le résultat.
En Espagne, le Chili a failli arracher le nul en marquant deux buts à l’EN. Deux buts qui, au final, ont pesé lourd dans le goal-average et ont ouvert la voie à ce fameux match arrangé entre l’Allemagne et l’Autriche qui a éliminé l’Algérie.
On comprendra donc l’inquiétude éprouvée quand la Corée est revenue à 3 buts à 1 puis à 4 buts à 2. Je voyais poindre le scénario catastrophe. Un nul ou même pire, une défaite sur le fil avec son lot de regrets, de soupirs et de mises en causes.

A l’Algérienne
Finalement, l’Algérie a gagné malgré le fait qu’elle a reculé en deuxième mi-temps. Mais, regardons les choses en face. C’est un peu la marque de fabrique de cette équipe algérienne que de gagner dans la douleur et le stress. Cela fait au moins quatre ans que ça dure et il va peut-être falloir s’y habituer.
En tous les cas, l’auteur de ces lignes fait partie de ceux qui préfèrent gagner par 4-2 que par un terne 1-0 mais chacun sa philosophie…
Mais le plus important est que ce match a démontré que le " jeu à l’algérienne " existe. Nous l’avons vu se déployer en première mi-temps et en quelques occasions lors de la seconde. Passes courtes, déviations, jeu en avant, positionnement entre les lignes avec un extraordinaire trio Feghouli – Slimani – Brahimi. On attend désormais la suite contre la Russie. Avec impatience.
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samedi 21 juin 2014

La chronique du blédard : Ce monde qui se redécoupe

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 19 juin 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Nous n’avons pas encore pris la mesure des conséquences de la chute du mur de Berlin et de la dissolution de l’ex-URSS. A l’époque, cet événement majeur n’a peut-être pas été suffisamment analysé sous l’angle prospectif, quelques provocateurs allant même jusqu’à nous annoncer « la fin de l’Histoire » pour reprendre le titre du célèbre ouvrage du politologue américain Francis Fukuyama. Alors que les décombres de l’empire soviétique étaient encore fumantes, un mécanisme de dérèglement général s’est donc enclenché qui se poursuit encore sans que l’on sache jusqu’où ce réajustement du monde va aller.
 
La tragédie yougoslave a été analysée, à juste titre, comme le terrible suicide d’une nation. On y a vu aussi la conséquence directe, mais isolée, de la disparition du dogme communiste et de la résurgence des passions nationalistes. Mais ce drame a rarement été analysé comme étant la confirmation que, contrairement à une conviction largement répandue, les Etats et leurs frontières sont tout sauf inamovibles. On ne le dira jamais assez, des pays peuvent mourir, disparaître et, pourquoi pas renaître. La République fédérative socialiste de Yougoslavie a été démantelée en 1992 et a définitivement disparu en 2003 après la séparation entre la Serbie et le Monténégro. A la même époque, la Tchécoslovaquie s’est scindée en deux entre République tchèque et Slovaquie. De même, à quelques dizaines de milliers de kilomètres de l’Europe, la Somalie, longtemps dirigée par un régime dictatorial « marxiste » plongeait dans un chaos total qui perdure encore et qui fait que ce pays de la corne de l’Afrique est divisé aujourd’hui en une demi-douzaine d’Etats autoproclamés dont le plus connu est le Somaliland.
 
De fait, c’est le précédent somalien, même s’il n’a pas (encore) été officiellement acté par la communauté international (qui refuse de reconnaître la partition de fait de ce pays), qui s’est révélé être l’annonciateur de la remise en cause à venir du principe de l’intangibilité des frontières africaines héritées du colonialisme. Le Soudan, ex-plus grand pays d’Afrique, a connu la partition (laquelle ne semble avoir rien réglé puisque le jeune Sud-Soudan est plongé dans une effroyable guerre civile génocidaire). Et la perspective d’une division voire d’un démembrement d’autres pays du continent alimente de nombreux scénarios que l’organisation de l’Union africaine (ex-organisation de l’unité africaine ou OUA) prend très au sérieux. C’est le cas de la République démocratique du Congo (RD Congo) dont le territoire est occupé par ses voisins et dont de nombreuses provinces continuent de rêver de sécession. Une sécession qui guette aussi le Nigeria, un géant aux pieds d’argile où l’Etat fédéral a du mal à imposer son autorité notamment dans les provinces du nord où les crimes de la secte Boko Haram ne sont qu’une manifestation de la déliquescence du pouvoir central. On peut aussi évoquer la Libye où la chute du régime de feu Mouammar Kadhafi a finalement ouvert la voie à toutes les possibilités comme en témoigne la volonté de nombre d’habitants de la Cyrénaïque d’obtenir une large autonomie de leur région ou même son indépendance.
 
C’est évident. Une recomposition globale est en cours. Elle touche aussi l’Europe où les velléités indépendantistes s’exacerbent en Ecosse, en Catalogne ou même au Pays basque quand, dans le même temps, rien ne permet d’affirmer qu’un pays comme la Belgique est assuré d’échapper à la division définitive entre Flamands et Wallons. Que dire aussi de l’Italie du nord ou de la Corse et même de certains Länders allemands ? L’idée que ces forces centrifuges ne sont destinées à ne durer que le temps d’une transition entre l’ordre ancien, celui qui prévalait durant la Guerre froide, et celui du triomphe définitif de la démocratie dans le monde, s’avère aujourd’hui totalement dépassée. La chute du mur de Berlin et la fin de l’URSS ont plongé le monde dans l’incertain durable. Dans la remise en cause de ce qui paraissait acquis au lendemain de la fin de la Seconde Guerre mondiale. En clair, rien n’assure que les frontières d’aujourd’hui seront celles de demain.
 
Et cela vaut bien sûr pour le Proche-Orient où la Syrie, l’Irak et la Jordanie sont dans l’œil du cyclone. En Syrie, c’est la guerre civile qui, de fait, a divisé le pays en plusieurs zones où l’Etat central n’a plus aucun pouvoir. En Irak, c’est l’émergence de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui menace directement le pouvoir de Bagdad et qui pourrait constituer le catalyseur d’une partition dont rêvaient déjà les néoconservateurs américains à l’origine de l’invasion de 2003. Un pays sunnite à cheval entre l’Irak occidental et la Syrie, un pays chiite et un Kurdistan définitivement indépendant sont peut-être en train de naître dans le fracas des obus et des nettoyages ethnico-religieux. Certains pointeront du doigt le Printemps arabe, affirmant que ce qui se passe en Irak est la conséquence directe des révoltes et bouleversements de 2011. Ce n’est vrai qu’en partie. Cette nouvelle géographie politique qui se dessine peu à peu – et qui attend certainement d’autres crises majeures pour évoluer – a des racines bien plus anciennes. Près d’un siècle après leur conclusion en 1916, les accords Sykes-Picot de partage des dépouilles de l’empire ottoman et leurs conséquences concrètes sont en train de s’effacer. Cela concerne aussi la Jordanie, pays fragile et vulnérable que d’aucuns en Occident verraient bien un jour se transformer en Palestine de rechange. Cela concerne enfin Israël dont les dirigeants semblent persuadés que cette tempête qui lève ne les concerne pas. A moins qu’ils n’espèrent qu’elle leur permettra d’effacer tout héritage du partage de 1948.
 
Ce monde d’incertitudes peut donner des arguments aux partisans d’un pouvoir fort en Algérie avec, comme devise (à l’égyptienne), « au diable la démocratie, vive la stabilité ». Ce serait un très mauvais calcul car, on ne le répétera jamais assez, le meilleur vaccin contre le morcellement progressif – ou insidieux - d’un pays est justement la démocratie et le respect du droit aux droits.
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