Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : L'Algérie en 100 questions. Un pays empêché (Tallandier, 2019)

lundi 23 mars 2020

Quelle est donc la stratégie de ce gouvernement ?

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Pas de gel, pas de masques, pas de gants, pas de tests (quoique certains députés, ministres, personnalités du showbiz et grands patrons ont pu y avoir droit, eux…), pas de chloroquine. Au-delà du fait d’ânonner « restez chez vous », quelle est donc la stratégie de ce gouvernement de la honte ? En a-t-il une, d’ailleurs ? Je suis certain que toute cette engeance ne pense d'ailleurs qu’à une seule chose : les effets de la pandémie sur l’élection présidentielle de 2022.
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dimanche 22 mars 2020

Foutez-nous la paix !

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Depuis le début de la crise pandémique et de la mise en place du confinement général, nous sommes submergés d’injonctions de continuer « à faire ». Nous voilà bombardés de listes de livres à lire, de musiques à écouter, de spectacles à visionner, tout cela comme si l’idée de « ne rien faire » en ces temps difficiles était inacceptable ou honteuse. Or, il n’y a rien de grave à faire un repli sur soi, à écouter le silence, à s’emplir de ce vide forcé et à utiliser cette vacuité pour résister à la panique et au stress ambiants. Nous sommes en jachère forcée, et ce n’est pas la fin du monde.

Mais il y a pire. Les adeptes de la « continuité d’activité » sont déchaînés. Exemple, cette structure qui devait m’accueillir pour une conférence à la fin du printemps et qui tient absolument à ce que je tienne la dite conférence via internet. Et de me bombarder de liens pour télécharger tel ou tel logiciel et pour apprendre à l’utiliser « convenablement ». Dans le lot, et nombre d’amis m’en parlent car cela ne me concerne pas, il y a aussi les dingues de la visio-conférence alors que jamais les réunions, déjà inutiles, n’ont été aussi inutiles…

Dans les circonstances que nous vivons, il est des continuités d’activité qui sont inutiles et qu’il convient de reporter. Que l’on fonctionne a minima, soit. Que chacun mène sa mission dans son coin, d’accord. Mais faire feu de tout bois en se la jouant Londonien subissant avec courage le Blitz et les V2, non. Cela vaut pour les écoles aussi. A quoi bon bombarder de devoirs des gamins anxieux qui, de toutes les façons, les traiteront par-dessus la jambe ?


Nous vivons une grave crise sanitaire. Ces injonctions « à faire » atteignent parfois des malades, des parents de malades, des gens angoissés qui se savent dans la catégorie à risque. Croyez-vous qu’ils aient l’esprit à ça ? Il serait plus humain et censé de faire une pause et d’accepter, pour celles et ceux qui le peuvent, cette inactivité forcée. En un mot, calmez-vous les gars, laissez filer et foutez-nous la paix.
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samedi 21 mars 2020

De la confiance en l’État

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 On se moque beaucoup des survivalistes qui peuplent certaines zones reculées aux Etats-Unis. On aime bien se gausser de leur paranoïa, de leur vision apocalyptique du monde où l’idée d’un grand affrontement à venir régit leurs décisions et leurs actes. Stockage de denrées, d’armes, entraînements quasi-militaires… 
Le cliché est connu et il fait le bonheur de nombre de documentariste. Mais on oublie souvent que ces gens ont une rationalité basée sur un postulat simple : ils n’ont aucune confiance dans leur État et dans son gouvernement. Empli d’une mentalité héritée des pionniers qui, jadis, devaient se débrouiller seuls, ces gens sont persuadés que Washington, ses élites mais aussi les administrations fédérales et régionales n’ont pas l’envergure pour faire face à une crise majeure.

En Europe, et en particulier en France, la confiance en l’État et ses institutions sont grandes. Est-ce que cela continuera à être le cas avec cette pandémie déjà marquées par des scandales majeurs (absence de masques, de tests, de gel ; organisation du premier tour des municipales, etc…) ? Je n’en suis pas certain. Dans les écrits de nombreux collapsologues et tenants des thèses de l’effondrement, une chose revient souvent : la nécessité de l’organisation de solidarités locales indépendantes de toute interférence administrative ou étatique. Malgré le confinement, on commence à voir certaines initiatives de ce genre. Est-ce juste une question de circonstances ? Ou assisterons-nous demain à une remise en cause profonde des institutions et modes d’organisation tels qu’ils existent aujourd’hui ? Comment cette tendance éventuelle affrontera la tentation autoritariste que l’on sent poindre les dirigeants européens ? A suivre…

vendredi 20 mars 2020

Dans la rue

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La rue est vide. Ou presque. On entend les oiseaux qui s'en donnent à coeur joie. Il est bientôt midi. On dirait un 15 août. En plus frais... Au loin, au milieu de la chaussée, deux ombres mouvantes qui se rapprochent. Un couple, tenue fluo de joggers - il paraît qu'on dit "runners" maintenant -, jeunes et blonds tous les deux; elle un bandeau autour des cheveux et des lunettes de soleil. Lui, de simples écouteurs et un regard belliqueux, du genre "on fait ce qu'on veut". Je lance à voix haute : c'est coool de prendre soin de votre bodiiiii. Le gars ralentit, hésite puis repart en lâchant quelques insultes.
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jeudi 19 mars 2020

La chronique du blédard : Le Hirak au temps du Coronavirus

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 19 mars 2020
Akram Belkaïd, Paris

Commençons par répéter, et expliciter, un message déjà partagé sur les réseaux sociaux. Depuis le 22 février 2019, j’ai toujours soutenu le Hirak, défendant envers et contre tout sa rationalité politique, son exemplarité et son caractère historique. Et quand des voix défaitistes ont entonné la ritournelle du déclin et de la nécessité de tendre la main au pouvoir né de « l’élection » présidentielle du 12 décembre dernier, j’ai essayé, à mon modeste niveau, de faire entendre la voix de la poursuite de la mobilisation et du « on ne lâche rien ». Pour autant, en tant que membre de la diaspora, je ne me suis jamais permis d’émettre la moindre recommandation, le moindre conseil et encore moins une prescription, qu’elle soit politique ou pratique.

Depuis quelques jours, après avoir longuement travaillé sur la question de l’épidémie due au coronavirus Covid-19 – en interrogeant notamment des membres du corps médical mais aussi des chercheurs, je déroge à ce principe. Il n’y a plus lieu de tergiverser. Il n’y a pas de nuance ou de compromis à privilégier : Les marches hebdomadaires, celles du mardi, du vendredi et même du samedi, doivent absolument être suspendues. C’est une question de raison et de bon sens. La situation est simple : l’Humanité fait face à l’agression d’un organisme vivant particulièrement contagieux et pour lequel il n’existe encore ni traitement curatif ni vaccin. Ce qui s’est passé en Chine, ce qui se passe en Italie mais aussi désormais en France, notamment dans l’Est de l’Hexagone, va se répéter en Algérie. Croire que le pays serait immunisé grâce à je ne sais quelle raison relève de l’ignorance, du déni ou, pire encore, de l’affabulation dont nos dirigeants sont passés maîtres. Pour être clair, le wanetoutrisme ne sauvera pas le pays de la catastrophe !

Chaque jour passé sans prendre de mesures de confinement, de distanciation sociale (ne pas se rassembler, ne pas se serrer la main, ne pas s’embrasser) est un temps précieux de gâché. Le présent chroniqueur n’est pas médecin mais de formation scientifique. Il croit en la science, au progrès et en la parole des spécialistes. Quand la totalité d’entre eux, notamment des virologues, affirment que sans réaction vigoureuse de confinement, ce virus a de quoi anéantir une partie de la population mondiale, il faut les écouter. Je suis stupéfait de voir, qu’en Algérie, des ânes – pardon pour les baudets – parlent de choses qu’ils ignorent et que des « confrères » irresponsables leurs tendent les micros pour qu’ils répandent leurs conneries. Il y va ainsi de ce hmar qui prétend avoir trouvé le remède contre le virus. La mythomanie semble, elle aussi, épidémique. Et comment peut-on affirmer que l’Algérie possède des équipements médicaux qui n’existent pas en Europe ? Comment peut-on être inconscient à ce point ? La France, sixième puissance mondiale, pays où nos dirigeants et leurs proches se soignent pour la plupart, découvre qu’elle manque d’équipements, de produits et même de soignants. Et l’Algérie ferait mieux ? Nier le réel, le transformer, est la marque des régimes autocratiques et des incompétents. Souvent, ils sont les mêmes.

Demander la suspension du Hirak, ce n’est pas le trahir. C’est reconnaître que dans la vie, il y a des priorités, la première étant la (bonne) santé des gens. Bien sûr, la colère contre ce système est forte. Bien sûr, nous sommes tous travaillé au corps par cette tentation jusqu'au-boutiste, nihiliste diront certains, de faire coûte que coûte tomber ce pouvoir qui ne comprend rien, qui ne lâche rien, qui ne fait rien (sauf castagner les hirakistes) et qui ne sortira jamais, je dis bien jamais, l’Algérie de l’ornière. Comme le note le frangin de Ténès (protégez-vous les gars), il y a de l’esprit suicidaire des harraga dans cette marche organisée ce mardi 17 mars. Qu’importe le risque, qu’importe le danger, « corona welle ntouma » : le corona plutôt que vous ! Dans ce genre de circonstances, on se rend compte à quel point le pays manque de voix consensuelles, de voix de la sagesse qui pourraient porter car, on le sait bien, aucun éditorialiste, aucun chroniqueur, aucun activiste ne semble capable de faire entendre raison aux protestataires. Le pouvoir a créé le vide politique et culturel. Le pays en est pénalisé.

Le régime, lui, se frotte les mains à la manière d’un croque-mort qui sent venir de bonnes affaires. Pour lui seul compte la fin du Hirak. Ce qu’il ne sait pas, c’est que la colère reviendra et elle sera bien plus forte. Rendez-vous est pris après la fin de l’épidémie. Ceux qui lui survivront sauront exiger réparation. Car, autant le dire tout de suite. Il n’y a rien à attendre du pouvoir. L’épidémie qui vient sera un terrible révélateur de l’état réel de l’Algérie, la grande « œuvre » de Bouteflika et de sa camarilla dont certains serviteurs sont encore en poste. Le drame dans l’affaire, c’est que la population va encore subir les conséquences de décennies de désinvolture, d’incompétence et de corruption.   
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