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Un article d'Algérie-Focus à propos des relations algéro-marocaines avec citations d'Akram Belkaïd
Algérie - Maroc : la tragédie économique
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Lignes quotidiennes, par Akram Belkaïd
Blog au fil des jours, quand la chose et l'écriture sont possibles.
vendredi 24 mai 2013
mercredi 22 mai 2013
mardi 21 mai 2013
Entretien accordé à H24Infos : La "paix froide" va continuer» entre le Maroc et l'Algérie
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Akram Belkaïd est journaliste et essayiste algérien. Il vient de publier Retours en Algérie (Editions Carnetsnord, mai 2013). Il travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Au fait des arcanes du pouvoir algérien, il livre à H24info son analyse de la crise politique traversée par l’Algérie à cause de la maladie et des rumeurs de décès du Président algérien. Il explique aussi ce qu’un éventuel décès de Bouteflika pourrait avoir comme impact sur les relations entre les deux frères ennemis.
Comment interpréter les informations contradictoires, entre version officielle et information de presse sur l’Etat de santé du président Algérien ?
C'est une chose habituelle, propre au système algérien. A la fin des années 1970, il avait fallu plusieurs mois avant que les autorités ne reconnaissent la maladie du président Boumediene. Aujourd'hui, ces éléments contradictoires démontrent à quel point le système algérien préfère le silence et refuse la transparence. D'ailleurs, la règle en la matière est simple : ceux qui savent se taisent et ceux qui parlent sont ceux qui ne savent rien. Je pense aussi qu'il y a un flottement au sommet de l'Etat sur la manière dont doivent être organisées les choses pour la suite.
Si jamais Bouteflika décède. Que prévoit la constitution algérienne ? Que risque-t-il de se passer ?
La Constitution prévoit qu'il y aura un intérim assuré par Abdelkader Bensalah, le Président du Conseil de la Nation. Cela durera le temps que de nouvelles élections soient convoquées. Quant à savoir ce qui va se passer, personne n'est capable de le prévoir aujourd'hui. Une chose est certaine, le système algérien va faire en sorte que le formalisme soit respecté et que le processus électorale présente toutes les garanties de validité. Quant à savoir ce qui va se passer en coulisse... J'imagine qu'il y aura un "beauty contest" entre divers candidats...
Qui préside aux affaires de l’Etat algérien pendant la période de maladie du président ?
L'exécutif n'a pas cessé de fonctionner car, ne l'oublions pas, cela fait déjà plusieurs années que le président algérien est malade et diminué. En fait, le système fonctionne par à-coup. Les décisions ordinaires sont prises au quotidien mais rien n'est décidé pour les grands dossiers. C'est cela qui est inquiétant. L'Algérie fait du surplace même si sa bonne santé financière donne le change.
Quel impact le décès de Bouteflika pourrait-il avoir sur les relations maroco-algériennes ?
Il n'est pas sûr qu'il y aura un impact immédiat. Le successeur de Bouteflika devra d'abord faire face à nombre d'enjeux internes et je le vois mal prendre une initiative majeure à destination du Maroc. Le scénario d'une "paix froide" telle qu'elle existe depuis plusieurs décennies est le plus probable même si une grande surprise est possible. De toutes les façons, ce n'est pas un seul homme, aussi puissant soit-il, qui changera la donne. Il faudrait que deux élans, algérien et marocain, se rencontrent.
Les médias internationaux pronostiquent l’arrivée d’une aile dure aux commandes de l’Algérie si le président, considéré comme un des derniers représentants de l’ancienne garde, venait effectivement à mourir ?
Dès qu'il s'agit d'Algérie, nombre de médias étrangers aiment à imaginer des scénarii catastrophiques. Certes, le risque d'une succession heurtée est là. Mais, c'est aussi un pays qui a vu pire notamment durant les années 1990. La société algérienne n'a pas envie de revenir à des temps difficiles où elle serait privée de la relative aisance dont elle bénéficie. Peut-être que l'arrivée au pouvoir d'un représentant de la génération post-Guerre d'Algérie aidera à faire évoluer le système politique en place depuis l'indépendance. Il y a urgence à faire face aux grands défis de l'Algérie : santé, éducation, diversification de l'économie.
Y’aura-t-il un changement dans la gestion par l’Algérie du dossier du Sahara et sur la question de l’ouverture des frontières entre les deux pays dans ce cas ?
Sur le Sahara, il ne faut pas s'attendre à des changements sauf à imaginer un rapprochement spectaculaire entre l'Algérie et le Maroc. Alger continuera de défendre l'option du référendum d'autodétermination. Par contre, on peut imaginer un geste de détente à propos de la frontière mais, là aussi, cela passera nécessairement par une négociation globale. Et, à ce sujet, les déclarations récentes de certains politiciens marocains parlant de recours à la force pour reprendre certaines villes a eu un effet des plus déplorables. La situation entre nos deux pays est déjà difficile, il est complètement irresponsable d'en rajouter !
Propos recueillis par Z.C.
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Qu'est-ce qui pourrait changer entre le Maroc et l'Algérie si le président Bouteflika décède? L'Algérie, qui fait face à des défis internes, ne risque pas de chambouler sa diplomatie. Akram Belkaïd, journaliste algérien, nous livre son analyse.
Akram Belkaïd est journaliste et essayiste algérien. Il vient de publier Retours en Algérie (Editions Carnetsnord, mai 2013). Il travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Au fait des arcanes du pouvoir algérien, il livre à H24info son analyse de la crise politique traversée par l’Algérie à cause de la maladie et des rumeurs de décès du Président algérien. Il explique aussi ce qu’un éventuel décès de Bouteflika pourrait avoir comme impact sur les relations entre les deux frères ennemis.
Comment interpréter les informations contradictoires, entre version officielle et information de presse sur l’Etat de santé du président Algérien ?
C'est une chose habituelle, propre au système algérien. A la fin des années 1970, il avait fallu plusieurs mois avant que les autorités ne reconnaissent la maladie du président Boumediene. Aujourd'hui, ces éléments contradictoires démontrent à quel point le système algérien préfère le silence et refuse la transparence. D'ailleurs, la règle en la matière est simple : ceux qui savent se taisent et ceux qui parlent sont ceux qui ne savent rien. Je pense aussi qu'il y a un flottement au sommet de l'Etat sur la manière dont doivent être organisées les choses pour la suite.
Si jamais Bouteflika décède. Que prévoit la constitution algérienne ? Que risque-t-il de se passer ?
La Constitution prévoit qu'il y aura un intérim assuré par Abdelkader Bensalah, le Président du Conseil de la Nation. Cela durera le temps que de nouvelles élections soient convoquées. Quant à savoir ce qui va se passer, personne n'est capable de le prévoir aujourd'hui. Une chose est certaine, le système algérien va faire en sorte que le formalisme soit respecté et que le processus électorale présente toutes les garanties de validité. Quant à savoir ce qui va se passer en coulisse... J'imagine qu'il y aura un "beauty contest" entre divers candidats...
Qui préside aux affaires de l’Etat algérien pendant la période de maladie du président ?
L'exécutif n'a pas cessé de fonctionner car, ne l'oublions pas, cela fait déjà plusieurs années que le président algérien est malade et diminué. En fait, le système fonctionne par à-coup. Les décisions ordinaires sont prises au quotidien mais rien n'est décidé pour les grands dossiers. C'est cela qui est inquiétant. L'Algérie fait du surplace même si sa bonne santé financière donne le change.
Quel impact le décès de Bouteflika pourrait-il avoir sur les relations maroco-algériennes ?
Il n'est pas sûr qu'il y aura un impact immédiat. Le successeur de Bouteflika devra d'abord faire face à nombre d'enjeux internes et je le vois mal prendre une initiative majeure à destination du Maroc. Le scénario d'une "paix froide" telle qu'elle existe depuis plusieurs décennies est le plus probable même si une grande surprise est possible. De toutes les façons, ce n'est pas un seul homme, aussi puissant soit-il, qui changera la donne. Il faudrait que deux élans, algérien et marocain, se rencontrent.
Les médias internationaux pronostiquent l’arrivée d’une aile dure aux commandes de l’Algérie si le président, considéré comme un des derniers représentants de l’ancienne garde, venait effectivement à mourir ?
Dès qu'il s'agit d'Algérie, nombre de médias étrangers aiment à imaginer des scénarii catastrophiques. Certes, le risque d'une succession heurtée est là. Mais, c'est aussi un pays qui a vu pire notamment durant les années 1990. La société algérienne n'a pas envie de revenir à des temps difficiles où elle serait privée de la relative aisance dont elle bénéficie. Peut-être que l'arrivée au pouvoir d'un représentant de la génération post-Guerre d'Algérie aidera à faire évoluer le système politique en place depuis l'indépendance. Il y a urgence à faire face aux grands défis de l'Algérie : santé, éducation, diversification de l'économie.
Y’aura-t-il un changement dans la gestion par l’Algérie du dossier du Sahara et sur la question de l’ouverture des frontières entre les deux pays dans ce cas ?
Sur le Sahara, il ne faut pas s'attendre à des changements sauf à imaginer un rapprochement spectaculaire entre l'Algérie et le Maroc. Alger continuera de défendre l'option du référendum d'autodétermination. Par contre, on peut imaginer un geste de détente à propos de la frontière mais, là aussi, cela passera nécessairement par une négociation globale. Et, à ce sujet, les déclarations récentes de certains politiciens marocains parlant de recours à la force pour reprendre certaines villes a eu un effet des plus déplorables. La situation entre nos deux pays est déjà difficile, il est complètement irresponsable d'en rajouter !
Propos recueillis par Z.C.
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lundi 20 mai 2013
A propos de Bouteflika : Non, rien de rien, je ne sais rien !
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L'une des caractéristiques du système algérien quand viennent les turbulences est de gagner du temps. A tout prix. Il faut donc multiplier les diversions, lancer des rumeurs, convoquer les excellents relayeurs de rumeurs, distiller les fausses-vraies informations en attendant de trouver une solution qui arrange tout le monde.
Non, je ne sais pas où en est Bouteflika. Je ne sais pas s'il est à Paris, à Alger ou s'il a déjà rejoint le Créateur. Que l'on me permette de ne rien croire de ce qui est écrit à Alger comme à Paris... Que l'on me permette de faire mentir cette règle qui veut qu'en Algérie, celui qui sait se tait et celui qui parle, ne sait rien ou manipule. Moi, je ne sais rien et je préfère me taire...
Ah, parmi les agités du moment, il y en a qui m'avait juré en 2008 que Bouteflika était mort et qu'il fallait absolument balancer "l'info" sur le net. Hum...
Prudence, prudence. Une info, c'est deux sources indépendantes. Pas un gars qui vous appelle sous le sceau d'un soi-disant secret...
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L'une des caractéristiques du système algérien quand viennent les turbulences est de gagner du temps. A tout prix. Il faut donc multiplier les diversions, lancer des rumeurs, convoquer les excellents relayeurs de rumeurs, distiller les fausses-vraies informations en attendant de trouver une solution qui arrange tout le monde.
Non, je ne sais pas où en est Bouteflika. Je ne sais pas s'il est à Paris, à Alger ou s'il a déjà rejoint le Créateur. Que l'on me permette de ne rien croire de ce qui est écrit à Alger comme à Paris... Que l'on me permette de faire mentir cette règle qui veut qu'en Algérie, celui qui sait se tait et celui qui parle, ne sait rien ou manipule. Moi, je ne sais rien et je préfère me taire...
Ah, parmi les agités du moment, il y en a qui m'avait juré en 2008 que Bouteflika était mort et qu'il fallait absolument balancer "l'info" sur le net. Hum...
Prudence, prudence. Une info, c'est deux sources indépendantes. Pas un gars qui vous appelle sous le sceau d'un soi-disant secret...
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vendredi 17 mai 2013
La chronique du blédard : Le PSG, les ultras, les jeunes de banlieue et le drapeau algérien
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Le Quotidien d'Oran, jeudi 16 mai 2013
Akram Belkaïd, Paris
Les désordres et violences qui ont accompagné la célébration du titre de champion de France de football du Paris Saint-Germain n’ont rien d’étonnant. Tout cela était même prévisible pour qui connaît l’histoire de ce club. Ainsi, il était évident que les groupes d’« ultras » allaient profiter de l’occasion pour clamer tout le mal qu’ils pensent de l’évolution récente de cette formation et dénoncer les relations difficiles qu’elle entretient avec ses supporters les plus turbulents. Comme cela a été fait dans les années 1980, lors de la lutte contre le hooliganisme en Grande-Bretagne, le PSG a décidé de « pacifier » ses tribunes et d’en interdire l’accès aux fauteurs de troubles. Une transformation qui a été entamée avant son rachat par les Qataris et que ces derniers ont renforcée. Or, depuis plusieurs mois, les ultras critiquent avec virulence le glissement « bling-bling » du club, exigent le retour de leurs tribunes réservées et s’indignent vis-à-vis de ce qu’ils considèrent comme une remise en cause de l’identité historique de leur équipe avec, par exemple, la modification du logo ou des slogans du PSG. Cela sans oublier la disparition de la date de sa création sur les blasons et autres fanions officiels. Les « festivités » du Trocadéro, lundi 13 mai, leur ont donc offert une opportunité en or de se faire entendre et il ne fait nul doute que ces radicaux recommenceront à la prochaine occasion.
Bien entendu, il n’y avait pas que les ultras, une partie de ces derniers ayant même nié être à l’origine des violences et des destructions tout autour du Trocadéro et de la Tour Eiffel. L’événement a aussi attiré de nombreuses bandes venues des banlieues ou des cités populaires de la capitale. Bagarres entre groupes rivaux, agressions contre des touristes, saccages de cafés et de commerces, affrontements avec la police, voitures brûlées : nous avons eu droit à un remake de nombre de dérapages passés qu’il s’agisse des attaques contre les cortèges de lycéens qui dénonçaient un projet de réforme du gouvernement Villepin (le CPE) ou des règlements de compte à la Gare du nord. C’est d’ailleurs devenu une habitude. Qui dit évènement à Paris dit grands risques de violences contre les personnes et les infrastructures surtout si cet événement est festif. C’est ce que ne cesse de répéter le personnel urgentiste et hospitalier de la ville. Qu’il s’agisse du réveillon du 31 décembre, de la fête de la musique ou des bals du 14 juillet, à chaque fois les blessés sont nombreux et les forces de l’ordre sont sur les dents et obligées de courser des bandes aussi mobiles que déterminées à en découdre. Désormais, on voit même la police intervenir en amont, c'est-à-dire dans les gares de banlieues, pour empêcher les casseurs de fondre sur Paris.
Dans ces colonnes, il a souvent été question du syndrome du jeune à capuche. Ce qui s’est passé lundi dernier ne va pas changer le caractère négatif de la perception générale même s’il faut rappeler que, de tout temps, la banlieue a été accusée de vouloir mettre Paris à feu et à sang. Car, avant le jeune à capuche, on parlait, en mal, des « apaches », des « rouges » et des « blousons noirs » et tout ce beau monde était rarement bronzé… Il reste que le comportement d’une partie de la jeunesse des banlieues, en clair des Noirs et des Maghrébins, va encore servir à stigmatiser toutes les minorités visibles. On l’a bien senti dans les discours et analyses qui ont suivi les débordements. Bien sûr, la droite a eu beau jeu de mettre en avant la responsabilité de la Préfecture de police ainsi que celle du ministre de l’Intérieur. La gauche, elle, a essayé de mettre sur le grill la direction du club et donc les Qataris accusés d’avoir voulu mettre en scène une carte postale avec leur équipe et la tour Eiffel en arrière-plan. Mais la petite musique qui s’est imposée au fil des heures concernait la banlieue et ses populations dites à problèmes. Dans ce genre de circonstances, il est toujours difficile de garder son calme mais aussi de rester lucide. On sent bien que l’amalgame est fait et que, pour nombre de commentateurs ce gerne de dérapage est l’occasion idéale pour mettre tous les Maghrébins et les Noirs (qu’ils soient Antillais ou sub-sahariens) en accusation. Et une telle mauvaise foi et un tel opportunisme provoquent des crispations qui empêchent toute réflexion commune et apaisée pour que la société française fasse échec à ces excès.
Par ailleurs, pendant les affrontements, des abrutis, car comment les nommer autrement, ont grimpé sur des échafaudages et quelques-uns d’entre eux ont déployé un drapeau algérien. On sait que ce genre d’exhibition n’est pas rare. On l’a vu le soir de l’élection de François Hollande (ou de Jacques Chirac en 2002…). On le voit lors de n’importe quel grand match de football européen comme, mardi soir, pendant la rencontre entre Arsenal et Wigan. L’on pourrait même y consacrer un long montage avec quelques scènes surprenantes comme ce drapeau algérien déployé lors d’une rencontre de hockey-sur-glace en Amérique du nord ou pendant un tournoi de Golfe en Australie. « Les Algériens… partout » : comme le proclame une adaptation algérienne du tube planétaire Gangnam Style, le message est clair et peut faire sourire.
Par contre, ce drapeau déployé sur un échafaudage et cadré par toutes les caméras alors que se déroulaient les saccages au pied du Trocadéro, était une manifestation de bêtise. A quoi cela rimait-t-il si ce n’est à mettre les Algériens dans la gêne et à conforter l’idée qu’ils sont responsables de ce genre de débordements ? C’est une manière de clamer son attachement au pays, disent celles et ceux qui défendent ce genre d’acte ou qui, pour être plus précis, refusent de le critiquer publiquement car, selon eux, cela contribuerait à renforcer le racisme et l’islamophobie ambiants. Or, en réalité, ce qui fait plaisir à Marine et à ses compères, c’est bien ce genre de provocation, cette manière de dire à la société française : « on est ici et on vous em… ». Que cette jeunesse d’origine algérienne se sente des liens forts avec le pays de ses pères n’a rien de problématique. Mais, qu’elle révulse une partie - non négligeable - de la population française (et pas simplement celle qui vote à droite ou à l'extrême-droite) en exhibant le drapeau algérien en toutes circonstances, surtout les plus pénibles, n’est pas acceptable.
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jeudi 16 mai 2013
La chronique économique : La mondialisation heureuse et le drame de Rana Plaza
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Le Quotidien d'Oran, mercredi 15 mai 2013
Le Quotidien d'Oran, mercredi 15 mai 2013
Akram Belkaïd, Paris
Heureuse, la mondialisation ? Cela dépend pour qui comme en témoigne la tragédie qui vient de se dérouler au Bangladesh avec l’effondrement d’un bâtiment de neuf étages abritant une usine textile à Savar, près de la capitale Dacca. Le bilan de cette catastrophe est lourd : Au moins 1127 morts sur les 3500 employés de ce complexe appelé Rana Plaza. On sait que de nombreux travailleurs ont alerté leurs supérieurs sur l’apparition de fissures dans le bâtiment mais que ces derniers leur ont imposé de continuer leur labeur.
Les profits contre la sécurité
Bien entendu, la responsabilité directe de ce drame incombe aux propriétaires de cette usine, des Bangladais qui se sont enrichis grâce à la sueur de leurs compatriotes, payés une misère et obligés de travailler dans des conditions pires que ce que décrivait Dickens dans ses romans à propos de l’Angleterre industrielle du 19ème siècle. La règle d’or de ces esclavagistes est simple : la réduction maximale des coûts garantit les plus gros bénéfices. Du coup, ils rognent sur les dépenses de sécurité, de formation et d’hygiène. Et cette situation n’est pas propre au Bangladesh, pays qui est le deuxième exportateur mondial de textile avec des recettes annuelles de près de 30 milliards de dollars (80% des exportations du Bengladesh). En Chine comme dans n’importe quel pays du sud-est asiatique mais aussi en Afrique subsaharienne, il existe des millions d’usines dangereuses pour leurs propres employés.
Dans le cas du textile, les donneurs d’ordre se trouvent essentiellement en Occident. Depuis la catastrophe de Dacca, c’est à qui rivalisera en déclaration de bonnes intentions. Ainsi, la société suédoise H&M a-t-elle promis de revoir les conditions de sécurité de ses fournisseurs en ayant recours à des inspections indépendantes. Que ne l’a-t-elle fait avant ! Il faut savoir aussi que tous les grands noms du textile mais aussi les chaînes de distribution comme Wal Mart ou Carrefour sont présents au Bengladesh. La question est simple : à qui ces symboles de la mondialisation vont-ils faire croire qu’ils ignoraient les conditions de travail dans ces usines ? Cela fait plusieurs décennies que les syndicats et les ONG tirent la sonnette d’alarme à propos de cette question. En vain.
A ce sujet, on peut revenir en arrière à la fin des années 1990 quand se négociait la libéralisation totale du commerce mondial du textile. A l’époque, le discours des grands donneurs d’ordre était que cette ouverture allait profiter aux pays pauvres car cela allait leur offrir des revenus supplémentaires. Ces mêmes acteurs s’étaient alors engagés à prévenir tout dumping social et à faire en sorte que les conditions minimales d’hygiène et de sécurité soient respectées chez leurs fournisseurs. De belles promesses…
Des salaires dérisoires
La question de la responsabilité des donneurs d’ordre se pose aussi quant aux salaires de misère payés par l’industrie textile du Bangladesh. Trente euros, c’est le salaire mensuel moyen versé dans les quelques 4 500 usines dans les alentours de Dacca. C'est-à-dire le prix de vente d’un tee-shirt dans un magasin en Europe ou en Amérique du nord… Cela donne une indication sur les marges réalisées par les grandes marques de vêtements et de distribution. Pour elles, la mondialisation est bien plus heureuse qu’elle ne l’a été pour les victimes de la catastrophe de Rana Plaza… Pourtant une chose certaine : une revalorisation des salaires ainsi qu’une amélioration des conditions de travail des employés du textile au Bangladesh ne pénalisera guère les profits de l’industrie textile mondiale pas plus qu’elle n’entamera les dividendes de ses actionnaires.
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dimanche 12 mai 2013
Tunisie : En attendant la nouvelle République
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Dimanche 7 avril 2013. La perspective matinale qui se dessine du haut de la colline de Sidi Bou Saïd est époustouflante mais elle inquiète aussi. Sur la gauche, vers l’ouest, le bleu azur de la baie de Radès scintille sous un soleil printanier déjà vigoureux. Sur la droite, vers le sud et l’est, de gros nuages noirs s’accumulent en un mur au-dessus de Tunis et semblent avertir que l’éclaircie ne durera pas. Quelques heures plus tard, un véritable déluge s’abattra sur la capitale tunisienne. Un signe du ciel sur ce qui nous attend, diront alors plusieurs Tunisois, oubliant qu’à peine deux années plus tôt ils auraient commenté autrement ce caprice de la météo, saluant une pluie bienfaitrice pour l’agriculture et pour des nappes phréatiques bien malmenées par le tourisme de masse. Mais là, cette pluie a fait bruyamment soupirer car ressentie comme une nouvelle déconvenue à ajouter à une liste de déboires déjà très longue. Bien moins négatifs, des activistes présents aux tables-rondes organisées par le Festival Al Kalimat et le Marathon des mots préféreront retenir de cette journée le magnifique arc-en-ciel qui suivra ces précipitations. « C’est une période extraordinaire pour la Tunisie, relève ainsi l’avocate et activiste démocrate Dalila Ben MBarek MSaddek. Tout est possible pour ce pays, le pire comme le meilleur et je crois au meilleur. Nous avons suffisamment de ressources pour y arriver. Je ne regrette qu’une seule chose. C’est de ne pas être entrée en politique avant la révolution ».
Akram Belkaïd, à Tunis
La suite de l'article est à lire dans le numéro du mois de mai 2013 d'AFRIQUE MAGAZINE.
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Dimanche 7 avril 2013. La perspective matinale qui se dessine du haut de la colline de Sidi Bou Saïd est époustouflante mais elle inquiète aussi. Sur la gauche, vers l’ouest, le bleu azur de la baie de Radès scintille sous un soleil printanier déjà vigoureux. Sur la droite, vers le sud et l’est, de gros nuages noirs s’accumulent en un mur au-dessus de Tunis et semblent avertir que l’éclaircie ne durera pas. Quelques heures plus tard, un véritable déluge s’abattra sur la capitale tunisienne. Un signe du ciel sur ce qui nous attend, diront alors plusieurs Tunisois, oubliant qu’à peine deux années plus tôt ils auraient commenté autrement ce caprice de la météo, saluant une pluie bienfaitrice pour l’agriculture et pour des nappes phréatiques bien malmenées par le tourisme de masse. Mais là, cette pluie a fait bruyamment soupirer car ressentie comme une nouvelle déconvenue à ajouter à une liste de déboires déjà très longue. Bien moins négatifs, des activistes présents aux tables-rondes organisées par le Festival Al Kalimat et le Marathon des mots préféreront retenir de cette journée le magnifique arc-en-ciel qui suivra ces précipitations. « C’est une période extraordinaire pour la Tunisie, relève ainsi l’avocate et activiste démocrate Dalila Ben MBarek MSaddek. Tout est possible pour ce pays, le pire comme le meilleur et je crois au meilleur. Nous avons suffisamment de ressources pour y arriver. Je ne regrette qu’une seule chose. C’est de ne pas être entrée en politique avant la révolution ».
Akram Belkaïd, à Tunis
La suite de l'article est à lire dans le numéro du mois de mai 2013 d'AFRIQUE MAGAZINE.
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vendredi 10 mai 2013
La Fouine à l'IMA...
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La Fouine invité à l'IMA par Jack Lang : ça recommence ! Rap et Tag. Comment folkloriser la culture arabe ? Passer de Darwich à La Fouine...
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La Fouine invité à l'IMA par Jack Lang : ça recommence ! Rap et Tag. Comment folkloriser la culture arabe ? Passer de Darwich à La Fouine...
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La chronique du blédard : Du système de santé, de l’échec de l’Algérie indépendante et de sa refondation
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Le Quotidien d'Oran, jeudi 9 mai 2013
Le Quotidien d'Oran, jeudi 9 mai 2013
Akram Belkaïd, Paris
L’hospitalisation à Paris d’Abdelaziz Bouteflika n’a pas fini de faire réagir les Algériens. Il y a d’abord les questions plus que légitimes qu’elle pose à propos de la capacité du chef de l’Etat à assumer sa mission voire à briguer ce fameux quatrième mandat présidentiel. A cet égard, il est effarant de voir à quel point ce sujet est évacué du débat public où, encore une fois, seuls les réseaux sociaux et la presse jouent leur rôle tandis que la classe politique – appelons-la ainsi même si c’est lui faire beaucoup d’honneur – rivalise en mutismes gênés ou en déclarations serviles de soutien à l’intéressé. Dans un pays normal, avec une société consciente des enjeux du moment, qu’ils soient internes ou externes, les incertitudes à propos du président devraient pourtant générer des analyses en boucle. Au lieu de cela, c’est le silence radio et on se croirait revenu à l’époque de la maladie de Houari Boumediene où tout le monde ou presque avait fini par être au courant sans que personne n’ose en parler publiquement…
Nombreux sont les Algériens qui n’admettent pas le fait que leur président soit soigné à l’étranger, et plus spécialement en France alors que tant de leurs compatriotes endurent le martyr dans les hôpitaux du pays quand ils n’y laissent pas tout simplement la vie faute de soins ou d’équipements adéquats cela sans parler d’une hygiène des plus déplorables. La colère et l’indignation des Algériens – car c’est bien de cela qu’il s’agit – sont donc compréhensibles. En effet, comment leur donner tort quand on sait la misère et la crasse dans laquelle s’est enfoncé le système de santé public algérien ? Mais ce n’est pas tant le fait que Bouteflika se soigne à l’étranger qui devrait déranger et provoquer des polémiques. Après tout, nombreux sont les chefs d’Etats, y compris occidentaux, qui se déplacent hors de chez eux pour bénéficier de l’avis des meilleurs spécialistes et traitements mondiaux. Admettons donc qu’il s’agit-là de l’un des nombreux privilèges de la fonction présidentielle. En réalité, le vrai problème dans l’affaire, c’est la sombre situation du système algérien de santé publique. Une situation qui n’est rien d’autre que l’un des échecs majeurs de cette Algérie qui fête le cinquantième anniversaire de son indépendance.
A la suite de ce qui précède, on pourrait se précipiter pour mettre en accusation les responsables de cette triste situation où, exemple parmi tant d’autres, il faut avoir de l’argent et de l’épaule pour espérer être convenablement soigné. Pour autant, il est d’abord nécessaire de convenir qu’il y a bien échec de l’Algérie en la matière. Or, chose curieuse, c’est tout sauf évident. Ne parlons pas de la voix officielle qui nie complètement le problème. Pour elle, tout va très bien et l’Algérie est un pays envié et admiré par des milliards de terriens… Délabrement des hôpitaux publics, agonie organisée de la médecine gratuite, pratiques indues des cliniques privées, conflits d’intérêts chez des mandarins accrochés à leurs postes depuis des décennies (et ayant dégoûté des générations entières de jeunes médecins), déversement de médicaments contrefaits grâce à la libéralisation du commerce extérieur, voilà autant de dossiers qui alimentent pourtant la chronique et qui prouvent que l’idée d’une bonne médecine pour tous a vécu comme tant d’autres idéaux de l’indépendance.
Il est donc effarant, pour ne pas dire plus, de voir nombre d’Algériens nier la réalité de cet échec majeur. Dans les sphères privées, dans les discussions à bâtons rompus, on se complaît dans une étrange schizophrénie. On en veut au pouvoir, on le critique avec virulence pour l’état des hôpitaux (et pour tant d’autres choses...) mais, dans le même temps, on se gargarise de grandes déclarations, on se félicite de l’excellente formation des médecins algériens, on loue leur valeur marchande et on rappelle que les hôpitaux français, canadiens ou autres, se les disputent. Ce faisant, on contribue à éluder le problème et à reconnaître la gravité de la situation. Ce qui, dans la foulée, évite aussi d’avoir à se poser les bonnes questions sur les raisons de ce naufrage de l’hôpital en Algérie.
« Le Val de Grâce pour tous »… Tel a été l’un des slogans mobilisateurs sur la Toile pour protester contre l’hospitalisation de Bouteflika en France. D’autres internautes n’ont pas manqué de suggérer l’idée d’une pétition nationale pour exiger l’annulation du projet de grande mosquée d’Alger et son remplacement par un grand hôpital pour la capitale. Mais un grand hôpital pour quoi faire ? a-t-on envie de demander. Pour qu’il se délabre en deux trois ordonnances ? Pour que ses équipements flambants neufs tombent rapidement en panne ce qui permettra leur réforme rapide suivie par une discrète revente à quelques cliniques privées du coin ? Ce n’est pas le mur ou l’infrastructure qui font le système de santé mais les hommes et les femmes qui en sont responsables ainsi que la politique qui le définit et l’encadre. Croire que les problèmes de santé des Algériens vont être réglés parce que l’on va « importer » le Val-de-Grâce, c’est commettre une erreur d’appréciation. C’est, pour user d’une analogie informatique, confondre le software et le hardware. C’est continuer de croire que c’est la technologie qui transforme les mentalités alors que ce sont ces dernières qui peuvent la rendre inutile.
L’emploi des jeunes, l’éducation, l’agriculture et le système de santé devraient constituer les chantiers prioritaires de la nécessaire refondation de l’Algérie. Or, pour qu’il y ait refondation, il doit d’abord y avoir reconnaissance de l’échec en la matière. Et cela passe par l’abandon des discours d’autoglorification qui ne servent qu’à fuir la réalité et à s’inventer un beau pays qui n’existe que dans les imaginations chauvines ou naïves.
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mercredi 8 mai 2013
La chronique économique : Du « modèle » allemand...
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Le Quotidien d'Oran, mercredi 8 mai 2013
Akram Belkaïd, Paris
Pour la droite française comme pour bon nombre d’économistes européens, l’affaire est entendue. L’Allemagne est « le » modèle à suivre par une Europe en bien piteux état sur le plan économique voire politique avec la montée en puissance des mouvements populistes. Alors que l’Espagne, l’Italie et même la France font face au spectre de la récession durable et à l’explosion du chômage, l’Allemagne fait figure de champion à part du fait du dynamisme de ses exportations et d’un maintien de la croissance de son Produit intérieur brut (+0,8% prévus en 2013).
Un livre qui remet les pendules à l’heure
Ainsi, le « modèle allemand » est-il porté aux nues et fait figure de feuille de route que certains pays, dont la France, feraient mieux de suivre. De quoi s’agit-il ? A parcourir la presse économique anglo-saxonne, on se rend compte qu’il est demandé à ces pays européens d’imiter l’Allemagne dans ce qu’elle a accompli en matière de réformes du droit du travail sous les mandats de Gerhard Schröder. Flexibilité, diminution des allocations chômage, limitation des exigences syndicales, austérité budgétaire, ce « downsizing » social ne cesse d’être réclamé par de nombreux patronats européens qui y voient l’unique possibilité de renouer avec la croissance.
Il est vrai que l’Allemagne s’en sort mieux mais il faut tout de même être prudent sur cette notion de modèle. Pour bien le comprendre, il faut lire l’ouvrage du journaliste Guillaume Duval sur ce sujet (*). Oui, ce pays est différent des autres et réussit à tirer son épingle du jeu, reconnaît le rédacteur en chef du mensuel Alternatives économiques. Mais, juge-t-il dans le même temps, il est nécessaire de bien cerner les raisons de cette réussite mais aussi de relativiser cette dernière. En effet, tout n’est pas rose en Allemagne, loin de là. Si les métiers de l’industrie résistent à l’érosion des droits sociaux que connaît le reste de l’Europe, ce n’est pas le cas dans les services où il n’existe pas de salaire minimum et où la flexibilité du travail est la norme. Une flexibilité qui, d’ailleurs, pénalise principalement les femmes. A ce sujet, il est étonnant de voir que la presse occidentale ne se soucie guère du caractère archaïque du statut des Allemandes dans le monde professionnel.
Pour Guillaume Duval, le succès, aussi relatif qu’il soit de l’Allemagne, relève plus de la société allemande, de ses mécanismes de solidarité, de ses mentalités – à l’image de ses exportateurs qui n’attendent rien de l’Etat fédéral pour aller à la conquête des marchés étrangers – et de ses structures de dialogue et de conciliation entre patronats et syndicats. En clair, c’est une imposture que d’affirmer que l’Allemagne résiste à la crise grâce aux réformes imposées par Schröder, un dirigeant aujourd’hui adulé par la presse libérale européenne alors que The Economist s’était interrogé un jour à son sujet en demandant à ses lecteurs s’ils se sentaient capables de lui acheter une voiture d’occasion…
Que sera l’Allemagne sans l’Europe ?
Mais il est une autre question qu’il faut aussi poser. Que sera le « modèle » allemand si le reste de l’Europe continue de plonger ? Comme le rappelle Guillaume Duval, c’est l’Allemagne qui prête de l’argent à ses voisins « cigales » pour qu’ils achètent ses produits. Que se passera-t-il si ces pays s’avèrent incapables de rembourser leurs dettes et qu’ils s’effondrent sur le plan social ? La réponse est claire et Berlin fait mine de l’ignorer. Ce sera la fin de l’Union européenne et le retour à une période que l’on croyait révolue : celle de la fragmentation politique d’un continent avec ce que cela fera peser comme risques pour la paix.
(*) Made in Germany. Le modèle allemand au-delà des mythes, Paris, Seuil, 2013, 230 pages.
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mardi 7 mai 2013
Dessin à propos d'une période plus ou moins révolue
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Ce dessin de Red date de 1992.
Il reste l'un de mes favoris car il parle de lui même.
Puissance du trait, puissance de la suggestion. Unanimisme, violence, mépris...
On devine qu'il s'agit des caciques du FLN, parti qui, à l'époque, n'était plus unique depuis 1989.
Quelle serait la version de 2013 ?
Une chose est certaine. Les figures émaciées, austères, seraient remplacées par des bouilles rondouillardes aux bajoues pendantes, preuve d'un engraissement, voire d'un gavage, continu.
Le temps des sloughis fussent-ils prédateurs est terminé. Règne désormais celui des poussahs lubriques...
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Ce dessin de Red date de 1992.
Il reste l'un de mes favoris car il parle de lui même.
Puissance du trait, puissance de la suggestion. Unanimisme, violence, mépris...
On devine qu'il s'agit des caciques du FLN, parti qui, à l'époque, n'était plus unique depuis 1989.
Quelle serait la version de 2013 ?
Une chose est certaine. Les figures émaciées, austères, seraient remplacées par des bouilles rondouillardes aux bajoues pendantes, preuve d'un engraissement, voire d'un gavage, continu.
Le temps des sloughis fussent-ils prédateurs est terminé. Règne désormais celui des poussahs lubriques...
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samedi 4 mai 2013
La chronique du blédard : Jour de muguet
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Le Quotidien d'Oran, jeudi 2 mai 2013
Akram Belkaïd, Paris
Il fait gris sur Paris, peut-être va-t-il pleuvoir. Quelqu’un a certainement kidnappé le printemps et on attend toujours sa demande de rançon. Fichu temps qui rappelle celui d’une élection passée. C’était il y a bientôt un an. Lointain souvenir d’une euphorie vite détrempée par la pluie et par un tweet malheureux qui, à sa façon, annonçait douze mois de cafouillages et de grosses bêtises. Un an… La joie de virer le nabot et sa sinistre valetaille, le sentiment que le climat allait enfin s’apaiser en France avec moins de violences, physiques ou verbales, avec moins de divisions sciemment entretenues et moins de souffrances. Un climat plus serein avec plus de perspectives pour des millions de personnes minées par la peur du déclassement. Cela sans oublier tous ces pauvres et exclus dont il est rarement question si ce n’est lorsqu’il s’agit d’égrener les statistiques. Un an, et au bout du compte… Qui aurait pu penser que… Quelle déroute, mais quelle déroute ! L’enlisement, le chômage qui croît, les scandales qui se suivent les uns après les autres et cette inconfortable sensation d’improvisation permanente au sommet de l’Etat.
C’est le matin du muguet, belle tradition que les gangs de roumains n’ont pas encore réussi à monopoliser... Ici et là, de petits étals aux prix sensiblement égaux. Un euro le brin, dix euros le petit pot, quinze si l’on ajoute une belle fleur. « N’achetez pas de muguet aux capitalistes. Achetez celui du parti communiste » crie un jeune homme, gros blouson en cuir, keffieh et barbe de plusieurs jours. A ses côtés, un autre jeune confectionne les petits bouquets tandis qu’une femme, la soixantaine, distribue les tracts du PCF appelant à la traditionnelle manifestation du 1er mai. « 15h00, Bastille direction Nation : De l’argent, il y en a, dans les poches du patronat ! » annonce la feuille de papier avec tout un argumentaire appelant à l’action immédiate. « La lutte, c’est maintenant ! » proclame-t-elle en détournant un fameux slogan de campagne qui semble désormais si dérisoire.
Les clients sont nombreux. Ils boudent ostensiblement le stand tenu par une asiatique pour le compte d’une paroisse locale. Etrange. Dans ce quartier plutôt réputé à droite, le PCF semble faire recette et les deux jeunes ne chôment pas. Parfois, tout de même, un passant refuse de prendre le tract et maugrée quelques mots qui laissent deviner son appartenance politique. « Du muguet pour aider le parti communiste français ! Achetez votre brin de muguet ! » continuent de crier les militants en hochant la tête. Un client s’approche et commande plusieurs brins. « C’est pour ma boulangère qui vote UMP » dit-il en souriant. Cela déclenche quelques remarques amusées mais aussi des commentaires acerbes.
Un autre acheteur fait la réflexion suivante : « je remarque que cette année, vous ne proposez pas de brin de muguet combiné avec une rose. C’est voulu ? ». Les présents rient de bon cœur et poursuivent la plaisanterie. Ah, la rose socialiste ou, faudrait-il désormais écrire, la rose des socialo-traîtres… C’est ce que pense l’un des militants-vendeurs. « La rose, ça a plein d’épines et ça pique. Il faut toujours s’en méfier… » Le tract distribué ne dit pas autre chose : « Communistes, nous ne vous avons jamais laissé croire que le ‘changement’ viendrait de l’élection de Hollande en 2012. Toutes les illusions sont retombées. Hollande inscrit bien, simulant la modestie ou l’impuissance, sa politique dans le cadre de l’Europe du capital. Avec les organisations de collaboration, il casse le code du travail, facilite les licenciements. Il prend aux allocations familiales pour donner aux banques. Sous son masque de Zorro, le ministre Montebourg ne fait qu’accompagner la casse du potentiel industriel national… »
Certes. Mais fallait-il pour autant reconduire le mari de la chanteuse ? Fallait laisser filer pour aller au pire en se disant que ce n’est qu’ainsi que l’on peut mieux reconstruire ? Pauvre gauche dite « responsable », en total désarroi, divisée, incapable de peser sur le cours des événements, se contentant de ferrailler sur la morale et la société pour mieux masquer ses faiblesses et l’indigence de son programme politique en matière économique. Pauvre gauche dite « apte à gouverner » mais pénalisée par un vide idéologique abyssal et, finalement, si peu capable de se différencier des politiques de droite. Car, que fait Hollande si ce n’est du « Sarko light », un succédané qui ne satisfait personne et qui laisse entrevoir une belle déroute électorale dès les municipales de 2014 (ne parlons pas encore de la présidentielle de 2017).
La vente de muguet se poursuit. « Moi, je suis dans le chômage », répond une cliente au militant qui vient de lui demander ce qu’elle fait dans la vie. « Un métier d’avenir grâce aux actionnaires » lui dit-il en composant un bouquet à six brins. La réplique ne fait pas son effet. La dame paie et s’éloigne avec son mari laissant derrière elle un sillage de douleur silencieuse. Des gouttes de pluie commencent à tomber. Un froid humide s’est installé sur la ville…
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mardi 30 avril 2013
Immobilisme à l'algérienne
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De manière régulière, l'Algérie se retrouve au centre d'une agitation médiatique basée sur une règle de base : personne ne sait rien ou presque (lire ici l'éditorial du Quotidien d'Oran sur cette question de l'opacité).
On ne sait pas à quel point le président Bouteflika est malade et quel est son état réel. On ne sait pas non plus comment est gérée son absence et comment l'appareil d'Etat algérien supplée à cette vacance du pouvoir.
Du coup, il ne reste que les conjectures et les analyses. Cette hospitalisation en France, signifie-t-elle la fin de toute possibilité d'un quatrième mandat ? Faut-il d'ores et déjà considérer la piste d'un empêchement du président pour raisons médicales ? Il faut être honnête pour dire et répéter que, comme c'est souvent le cas en Algérie, ceux qui savent se taisent et ceux qui parlent et s'agitent sont ceux qui en savent le moins.
Mais une chose est certaine. L'Algérie, avec ou sans président aux manettes, continue de fonctionner cahin-caha. Dans un environnement marqué par une inertie à tous les niveaux (ghadoua, demain, étant le maître mot), la mise sur la touche du président ne semble guère avoir d'effets. Certes, on peut dire que c'est un signe positif qui prouve qu'il y a une continuité de l'Etat quelles que soient les conditions. Mais on peut dire aussi que c'est la preuve de l'existence d'un grand blocage et que l'absence de Bouteflika ne change rien à la situation...
Akram Belkaïd
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De manière régulière, l'Algérie se retrouve au centre d'une agitation médiatique basée sur une règle de base : personne ne sait rien ou presque (lire ici l'éditorial du Quotidien d'Oran sur cette question de l'opacité).
On ne sait pas à quel point le président Bouteflika est malade et quel est son état réel. On ne sait pas non plus comment est gérée son absence et comment l'appareil d'Etat algérien supplée à cette vacance du pouvoir.
Du coup, il ne reste que les conjectures et les analyses. Cette hospitalisation en France, signifie-t-elle la fin de toute possibilité d'un quatrième mandat ? Faut-il d'ores et déjà considérer la piste d'un empêchement du président pour raisons médicales ? Il faut être honnête pour dire et répéter que, comme c'est souvent le cas en Algérie, ceux qui savent se taisent et ceux qui parlent et s'agitent sont ceux qui en savent le moins.
Mais une chose est certaine. L'Algérie, avec ou sans président aux manettes, continue de fonctionner cahin-caha. Dans un environnement marqué par une inertie à tous les niveaux (ghadoua, demain, étant le maître mot), la mise sur la touche du président ne semble guère avoir d'effets. Certes, on peut dire que c'est un signe positif qui prouve qu'il y a une continuité de l'Etat quelles que soient les conditions. Mais on peut dire aussi que c'est la preuve de l'existence d'un grand blocage et que l'absence de Bouteflika ne change rien à la situation...
Akram Belkaïd
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lundi 29 avril 2013
De la misère des hôpitaux algériens...
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Extrait de mon livre Un Regard Calme sur l'Algérie (Editions du Seuil, 2005). (lien pour cet ouvrage)
Pages 144 à 146
Ce livre a été publié en 2005. A l'époque, le pays ne connaissait pas la même aisance financière tandis qu'aujourd'hui ses réserves de change sont de 200 milliards de dollars. Pour autant, la situation dans les hôpitaux est toujours la même si ce n'est pire. Voilà pourquoi, nombre d'Algériens cherchent à se soigner à l'étranger y compris leurs dirigeants.
Misère des hôpitaux
Revenons à la presse algérienne et attardons-nous un peu sur les petites annonces, dont la lecture est riche d’enseignements. Les avis de décès montrent par exemple que le terrorisme est loin d'avoir disparu, et c'est un moyen comme un autre pour les rédactions de déjouer la mainmise du régime sur l'information dite «sécuritaire », c'est à dire tout ce qui touche de près ou de loin aux violences commises par les groupes armés. Régulièrement, aussi, les quotidiens publient, à côté de l'amoncellement de condoléances et d'hommages à des inconnus balayés par la violence, des appels à la générosité nationale : ici, à El-Eulma, c'est un père qui attend un rein pour son fils ; là, à Relizane, monsieur K.E. fait appel à la solidarité des ses « frères concitoyens » pour un traitement contre le diabète.
Depuis le début des années 1990, le discours officiel ne cesse de rebattre les oreilles des Algériens des milliards de dollars que des entreprises occidentales veulent à tout prix investir dans le secteur local du médicament. Tous les grands noms de cette industrie scélérate, qui laisse froidement l'Afrique mourir du Sida, mais qui jappe la tête basse et la queue entre les jambes lorsque l'Amérique lui ordonne de baisser les prix des antibiotiques pour faire face à la menace de l'anthrax, sont régulièrement évoqués par les communiqués triomphateurs du pouvoir.
Oui mais voilà, dans l'Algérie des torchères, Mr K.E., qui pourtant travaille, n'a pas les moyens de payer ses médicaments. Jusqu'à la fin des années 1980, il fallait se traîner dans toute la ville pour trouver l'ensemble des prescriptions portées sur une ordonnance. Une pharmacie, un médicament, et ainsi de suite à condition de disposer ici et là du bon piston. En dix ans, après la libéralisation du commerce extérieur et l'abandon des monopoles d'Etat, la plupart des médicaments sont certes disponible mais ils restent hors de la portée d’une bonne partie de la population qui, faute d’emploi déclaré, vit sans protection sociale.
Janvier 2002. Une jambe aux veines en feu, j’atterris de
nuit aux urgences de l'hôpital Saint Joseph à Paris.
Dans la chambre, s'affairent autour de moi deux aides-soignantes
tandis que le médecin de garde, un jeune rouquin,
m'interroge longuement. Lui aussi est Algérien comme me le
laissent deviner ses intonations et son nom inscrit sur un badge,
mais par un accord tacite, nous continuons à parler en français.
Le plus intéressant dans notre dialogue est le non-dit. Je le
ressens lorsqu'il commence à dicter la liste des examens
que les infirmières doivent réaliser.
Ses yeux complices me disent : « Oui, c'est aussi simple que
cela. Ici, c'est possible. On peut réaliser tout cela dans les minutes
qui viennent.» Pas d'attente, nul besoin de piston, nul besoin de
graisser la patte à quiconque...
Rien à voir avec ce que Hachemi T. a vécu quelques mois
auparavant. Âgé de 39 ans, marié, père de quatre enfants, il a
quitté l'armée algérienne en 1992 grâce à un bon piston mais aussi
un dossier médical qualifié de « sincère » par la hiérarchie militaire
quitté l'armée algérienne en 1992 grâce à un bon piston mais aussi
un dossier médical qualifié de « sincère » par la hiérarchie militaire
qui a accepté sa radiation des effectifs. Grand sportif durant sa
première jeunesse, il s'est détruit les articulations à force de
soulever de la fonte dans les salles de musculation des
différentes casernes où il a été affecté. Lorsqu'il me téléphone à
la mi-septembre 2001, c'est pour me dire, après les salutations
d'usage, qu'il va encore se faire opérer.
soulever de la fonte dans les salles de musculation des
différentes casernes où il a été affecté. Lorsqu'il me téléphone à
la mi-septembre 2001, c'est pour me dire, après les salutations
d'usage, qu'il va encore se faire opérer.
«J'ai enfin trouvé le bon chirurgien, me dit-il. J'ai tous les produits
qu'il faut mais il me manque du fil. Est-ce que tu peux m'aider ?»
Les Algériens qui vivent à l'étranger, surtout en France, reçoivent
parfois des demandes loufoques de la part de leur familles ou amis
restés au pays. La chose reste compréhensible car la
société de consommation et ses appels permanents sont des aimants
dont la force d'attraction passe au-dessus des mers surtout lorsque
société de consommation et ses appels permanents sont des aimants
dont la force d'attraction passe au-dessus des mers surtout lorsque
fleurissent les antennes paraboliques. Un pare-brise de véhicule,
une cocotte minute, un baromètre, passe encore, mais du fil
chirurgical ! Un pharmacien de la rue Montmartre, à Paris, me
regarde de travers, un brin suspicieux. Peut-être envisage-t-il même
de téléphoner - il l'a sûrement fait - à la police en ces temps
où les Arabes font la terrible actualité de New York à Kaboul.
Je pense un moment appeler des hôpitaux, chercher une société
de vente par correspondance, mais pour finir l'ami (algérien) de
l'ami (algérien) d'un chirurgien (algérien) vient à mon secours.
où les Arabes font la terrible actualité de New York à Kaboul.
Je pense un moment appeler des hôpitaux, chercher une société
de vente par correspondance, mais pour finir l'ami (algérien) de
l'ami (algérien) d'un chirurgien (algérien) vient à mon secours.
La difficulté de pouvoir s’acheter des médicaments n’est rien en comparaison des affres de celui qui doit passer sur le billard de l'un des hôpitaux de cette Algérie qui dans les années 1970 clamait au
monde entier sa fierté d’offrir une médecine gratuite à tous ses
enfants. Pas d'alcool, pas de compresses, un personnel paramédical démobilisé, souvent sale et méprisant à l'égard des malades, une
absence d'hygiène, des professeurs de médecine découragés, et c'est
ainsi que l'on entre au bloc pour un ongle incarné et que l'on ressort
de l'hôpital les pieds devant, emporté par une quelconque
septicémie.
L'Algérie membre de la puissante Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep), qui exporte de 800.000 à 1,5 million de barils d'or noir par jour et près de 80 milliards de mètres cubes de gaz naturel, cette Algérie qui encaisse de 12 à 25 milliards de dollars de recettes par an, est incapable de soigner son peuple.
Dans un pays où l'on tue et où l'on égorge comme on éternue, dans
un pays où le frère, le cousin ou le voisin est peut-être un indicateur
des groupes armés ou de la sécurité militaire, dans ce pays qui a
formé des dizaines de milliers de médecins et dépensé des milliards
de dollars en dispensaires et centres de santé, les Algériens et les Algériens n'ont qu'une crainte majeure après Dieu : celle de tomber malade et de devoir affronter la misère noire des hôpitaux.
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samedi 27 avril 2013
La chronique du blédard : Après la défaite…
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Le Quotidien d'Oran, jeudi 25 avril 2013
Akram Belkaïd, Paris
Mercredi matin. A sa mère qui l’interroge sur les raisons de sa mine rembrunie, un petit homme prononce les paroles suivantes. « Hier, c’était vraiment une journée de m…, de bout en bout ! ». Face à la surprise consternée de l’intéressée, le père se dépêche de fournir quelques explications. La faute au Barça, dit-il, qui a pris quatre buts à zéro dans la figure contre le Bayern de Munich. Une tréha dial el-klab, une raclée pour les chiens… Une déroute jamais vue depuis seize ans ! La fin d’un règne aussi, celui d’une équipe qui a presque tout gagné ces quatre dernières années. Du coup, le petit supporter, « culé » jusqu’au bout des ongles, n’a guère envie de prêter attention au printemps enfin de retour et aux vacances de pâques qui approchent à grande vitesse.
Mais, il n’y a pas que ça. La veille, c’était aussi la journée du championnat sportif des écoles avec deux épreuves au programme. Du rugby et de la thèque, version scolaire, et simplifiée, du base-ball. Là aussi, et malgré quelques victoires en poule, une belle chevauchée ponctuée par un splendide essai ainsi qu’un fulgurant « home-run », ce fut, au final, la défaite et l’élimination. Cela face à des équipes bien plus rouées car coachées par des parents pour qui la victoire était, apparemment, bien plus importante que la participation.
La défaite donc… Quand on évoque la hausse spectaculaire des marchés financiers, on dit souvent que les arbres ne montent pas au ciel. Cela vaut aussi pour des équipes qui, pendant des années, raflent tout sur leur passage. Quel que soit le palmarès, l’issue est connue d’avance. Tôt ou tard, le club qui a le vent en poupe mordra la poussière d’où l’importance pour lui de ne rien partager tant que la victoire lui ouvre ses bras. Voilà ce que fut le premier commentaire paternel après que les efforts maternels eurent échoué à dérider l’inconsolable. Oui, on le savait bien, que le Barça finirait tôt ou tard par perdre de manière humiliante (même s’il reste un match retour et que, tout de même, cette équipe est pratiquement assurée d’être champion d’Espagne pour cette saison - ce qui n’est pas rien !).
Il est pourtant une loi universelle qui veut que certaines défaites laissent toujours plus de trace que la plus belle des victoires. C’est pourquoi on s’en souvient des années plus tard, comme si elles nous avaient marqué au fer rouge. Ainsi, ce très lointain match de basket-ball auquel participa le présent chroniqueur. Un déplacement hors d’Alger, avec force rires et chansons dans le bus, ambiance de conquérants persuadés de ne faire qu’une bouchée du modeste adversaire. Puis, vint la rencontre et avec elle, la grosse déconvenue. Un score sans appel avec une trentaine de points d’écart et les railleries obscènes d’un public connaisseur. Le désarroi au coup de sifflet final parce que l’on ne s’y attendait pas à cette fessée. Parce que l’on croyait vraiment que l’on allait se qualifier les doigts dans le nez.
Ah, la terrible ambiance dans le vestiaire alors que parvenaient les cris de joie des vainqueurs... Ah, ces corps prostrés et ces têtes baissées, posées sur les rotules ou serrées entre deux mains. Il y avait ceux qui n’acceptaient pas la défaite, ceux qui insultaient les deux arbitres et la table de marquage, ceux qui ne réalisaient pas encore et ceux qui cherchaient noise aux coéquipiers les accusant d’avoir mal joué, pas assez passé, trop mal tiré. Il y avait ceux qui cachaient leurs larmes, ceux qui avaient mal et pas simplement parce qu’ils s’étaient blessés et ceux qui se sentaient coupables cela sans oublier ceux qui riaient sous cape parce qu’ils n’étaient pas entrés sur le terrain et à qui l’on avait fini par dire que la défaite aurait été bien plus sévère s’ils avaient joué… Moments électriques où l’entraîneur préférait se taire et où, parfois, éclatait une bagarre qui obligeait à séparer, à s’énerver et à dire des mots que l’on finissait toujours par regretter.
Et puis, venait ensuite le retour de nuit et ce silence saisissant dans le bus. Ni chants ni tambours. Des chuchotements et rien d’autre. Pas de partie de carte, pas d’histoires drôles à raconter et encore moins de plaisanteries. Impossible de dormir ou de récupérer. Alors, on collait son visage contre la vitre et on essayait de distinguer le décor à l’extérieur en se disant que la défaite avait ses raisons cachées. Qu’elle évitait peut-être d’autres déconvenues. On se promettait que l’année prochaine, les choses seraient différentes. Que la préparation serait meilleure. Qu’elle devrait être plus sérieuse. Au fil des kilomètres, on finissait par se sentir mieux. On se surprenait à rêver que le bus continue de rouler, encore et encore, le temps d’apaiser la brûlure ressentie. Ah, quelle défaite, se disait-on tout de même. Mais quelle défaite…
Nécessaire est la défaite. Sans elle, il n’y a aucune envie de revanche, aucune volonté de mieux faire la prochaine fois. Sans elle, s’installent la facilité et l’habitude de la victoire et des trophées. Sans elle, les joueurs font la loi, n’écoutent plus leur entraîneur et finissent par se croire invincibles comme certains joueurs du Barça dont Guardiola voulait la tête l’année dernière (ce qui explique, entre autre, son départ…). Mais, ce qui est le plus étrange, c’est que la défaite, bien plus que la victoire, peut être fondatrice d’une histoire, grande ou petite. Bien des années après, on y songe presque avec nostalgie, reconnaissant qu’elle fut bénéfique. Mais il n’empêche. Vingt-quatre heures plus tard on ne peut s’empêcher de penser à elle en se disant que ce fut effectivement une vraie journée de m…
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