Retours en Algérie

Retours en Algérie
dernier ouvrage paru (Carnetsnord) lien : http://retours-en-alg.blogspot.fr/

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dimanche 21 décembre 2014

Ah, Salafi... (suite)

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Nouvelle version (V2) d'un petit texte publié en février 2013

Ah, salafi...
On ne parle que de toi
De tes remuants amis, aussi
Tu sais, les djihadis
Mais, dis-moi...
Te demandes-tu, parfois,
pourquoi es-tu toujours
là où l'Empire a besoin de toi ?
Mais...
Dis-moi petit salafi
t'interroges-tu parfois sur les fils qui t'agitent
qui te font croasser et qui te disent : "Agis ! Dis des conneries !" ?
Ah, salafi...
réalises-tu parfois que, de la voie de rectitude,
tu es le vrai ennemi ?
Ah oui, c'est ainsi, petit salafi...
Quand tu l'ouvres, du donnes tu crédit
Du crédit à celles et ceux qui nous désignent tous
Oui, tous, en disant, ce sont les ennemis
De la paix, de la raison, de l'intelligence
De la vie...
Ah, salafi...
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samedi 20 décembre 2014

La chronique du blédard : Le Quotidien d'Oran a vingt ans : prendre le sillage du XXIème siècle

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Le Quotidien d’Oran, dimanche 14 décembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

On dit souvent qu’un journal est la rencontre entre ses rédacteurs et leurs lecteurs. Mais c’est aussi, du moins en ce qui me concerne, celle qui lie le journaliste et le journal lui-même. Ma collaboration avec Le Quotidien d’Oran a débuté, si je ne me trompe pas, en 2002 (bien avant que je ne commence à publier ma « chronique du blédard » et celle consacrée à l’économie). Depuis, j’ai changé à plusieurs reprises de positions professionnelles mais le lien avec Le Quotidien ne s’est jamais distendu, bien au contraire. A mes interlocuteurs et autres lecteurs, j’explique souvent que j’y ai bénéficié d’un immense espace de liberté et que jamais je n’ai eu à déplorer la moindre censure ni le moindre interventionnisme. J’ai pu y trouver de quoi donner libre-cours à mes idées d’écriture y compris les plus fantaisistes ou les plus provocatrices (à ce sujet, près de dix ans plus tard, des lecteurs se souviennent encore de mes chroniques à propos du consulat d’Algérie en France et, l’actualité étant ce qu’elle est – en clair, rien n’a changé ou presque – je me dis qu’il serait peut-être temps de remettre le couvert…). Merci donc au Quotidien d’Oran, à sa direction, à ses équipes.
Comme nombre de zmigris - je suis tenté d’utiliser le terme d’« éloignés » - je lis Le Quotidien sur internet en commençant, c’est un rituel, par l’éditorial de M. Saadoune ou de K. Selim. A ce sujet, je ne cesserai jamais de répéter que peu de journaux, y compris en France ou ailleurs dans l’espace francophone, peuvent s’enorgueillir d’avoir des écrits quotidiens d’une telle qualité et d’une telle pertinence au point que le lecteur que je suis (c’est bien connu, les journalistes sont payés pour lire ce que les autres ont écrit…) se rend souvent compte que Le Quotidien d’Oran inspire beaucoup de publications sans pour autant être toujours cité comme source principale…
Bien sûr, je n’oublie pas non plus les chroniques de Kamel Daoud qui ne me laissent jamais indifférent, les papiers incisifs d’Abed Charef (que j’imagine tapant comme un sourd sur son clavier comme au temps de La Nation…) ainsi que les multiples contributions, parfois inattendues et originales, de l’Actualité vue autrement. C’est une offre riche, toujours pleine d’enseignements et ouverte sur la marche de l’Algérie et du monde. Dans Le Quotidien d’Oran, on trouve de l’info, y compris régionale ce qui est fondamental en ces temps où le terme « glocalisation », contraction entre globalisation et local est omniprésent dans les études de prospective.
En somme, je parle donc d’un journal qui répond à de nombreuses attentes de ses lecteurs mais il est peut-être temps pour lui d’aller plus loin. Le temps de se renouveler afin d’entrer de plain-pied dans ce qu’est déjà une nouvelle ère. C’est presque une certitude, pour la presse écrite, le XXIème siècle sera celui du support électronique : téléphone mobile, tablette, liseuse, feuille électronique (des projets de papier « intelligent » sont en cours), etc… Le lecteur de demain (et déjà d’aujourd’hui) veut de l’interactif, du 2.0, de la couleur, de la vidéo (beaucoup de vidéo !) et du data, comprendre de l’infographie dynamique. Certes, l’Algérien entretient encore un rapport quasi-charnel avec le papier. Mais qu’en sera-t-il dans vingt ans, quand les gamins aujourd’hui accrochés à leurs ipads seront en âge de « consommer » de l’information ?
Actuellement de nombreuses activités économiques connaissent d’importants bouleversements et les métiers de la presse n’y échappent pas. A ce jour, personne n’a encore trouvé le graal du modèle le plus rentable, celui qui pourrait concilier la nécessité de produire de l’information de qualité sans dépendre d’un actionnaire charitable appelé à boucler les fins de mois, situation dans laquelle se trouvent de nombreux quotidiens à travers le monde. Cela oblige donc à des expérimentations qui ne sont pas toujours heureuses. La presse écrite se cherche et, avec elle, ce sont les journalistes qui sont déboussolés. Mais dans cette affaire, le mouvement est toujours préférable à l’immobilité. Des solutions vont émerger car c’est le propre de l’activité humaine que de toujours résoudre les problèmes qui se posent à elle.
En clair, il faut souhaiter au Quotidien d’Oran d’entamer sa mue vers de nouveaux supports. Bien sûr, le papier ne va pas disparaître mais la présence sur le net, via un site web relooké et des applications pour les appareils mobiles est d’ores et déjà nécessaire. Peut-être faudra-t-il apprendre à écrire autrement. Peut-être que le temps du « deux feuillets de 1500 signes » est terminé et qu’il faut envisager des formations au multimédia. Qui sait, le journaliste de demain sera une sorte de compositeur maîtrisant les outils numériques comme il a appris à maîtriser le traitement de texte après avoir abandonné sa machine à écrire. C’est une mue qui me semble incontournable. Cela va changer nos journaux y compris Le Quotidien d’Oran. Cela, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs et de ses journalistes et autres contributeurs. En attendant, je souhaite un sincère et amical « joyeux anniversaire » à ce journal. Bravo encore et très bonne continuation.

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La chronique du blédard : De la Tunisie, de la révolution et (un peu) de l’Algérie

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 18 décembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

Quatre ans après le geste désespéré et désormais emblématique de Mohamed Tarek Bouazizi – c’était le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid en Tunisie – faut-il décréter l’échec définitif du Printemps arabe ? Face à ce qui se passe en Libye, en Egypte, bien sûr aussi et surtout en Syrie et sans oublier Bahreïn et le Yémen, faut-il se couvrir la tête de cendres ou bien alors baisser les yeux d’un air contrit devant les multiples tenants des multiples théories du complot impérialisto-mossado-qataro-machin-chose ? Répondons d’abord à ces questions par de simples interrogations auxquelles un minimum de connaissances historiques apportera les réponses nécessaires. Depuis quelques siècles, quelle est la révolution dont on peut prétendre qu’elle a atteint son but au bout de quelques années ? Quelle est la révolution qui n’a pas été suivie d’une contre-révolution ou par une restauration plus ou moins longue voire plus ou moins réactionnaire ? Bien sûr, l’histoire n’est pas qu’une question de cycles ou de séquences mécaniques. D’autres éléments interviennent, souvent exogènes d’ailleurs (quel cours aurait connu la révolution française si des puissances étrangères ne s’étaient pas mêlées de la partie ?). Sans relâche, des historiens s’interrogent sur ce qui fait qu’un peuple est non seulement capable de se soulever pour abattre l’ancien régime mais aussi de transformer l’essai, c'est-à-dire de réussir à donner vie à de nouvelles institutions en rupture avec le passé.

Contre Ben Ali, c’est la convergence d’un ras-le-bol général qui a joué. Préparé par une agitation syndicale dont il a été trop peu question – on pense notamment aux grèves du bassin minier de Gafsa en 2008 – un consensus a existé entre les différentes classes sociales pour en finir avec un régime miné par la corruption et la déprédation. Mais ce genre de convergence ne dure jamais car s’il est difficile de faire chuter le tyran, il est encore plus dur de bâtir après lui. Dans un processus laborieux, parfois douloureux, mais qui n’en demeure pas moins exemplaire, la Tunisie a réussi, malgré ses divisions, à mener une transition vers une nouvelle république. Bien sûr, rien n’est encore gagné à la veille d’un deuxième tour d’une élection présidentielle particulièrement disputée. La Révolution tunisienne a-t-elle échoué parce que la scène politique est occupée, entre autre, par des islamistes, leurs alliés populistes (ou néo-yousséfistes) ou encore par des membres de l’ancien système ? Mais que croit-on ? Que des démocrates naissent par génération spontanée ? Que des modernistes fracassent en un clin d’œil la gangue religio-conservatrice dans laquelle ils étaient enfermés depuis des décennies si ce n’est des siècles ? Le temps est certes une donnée relative mais elle est surtout incompressible. En clair, et pour paraphraser quelques célèbres maximes, la révolution ne se décrète pas, elle s’accomplit mais, surtout, elle se poursuit. Par l’éducation, par l’implication de la société civile, par le débat d’idée : bref, par l’engagement de tous et c’est ce qu’ont compris nombre de Tunisiennes et de Tunisiens.

On peut aussi dire que le changement radical ou la rupture ne comptent que par celles et ceux qui préparent le coup suivant. Il ne sert à rien de vouloir abattre le tyran si l’on ne sait pas ce qu’il faudra faire ensuite. Dans ses mémoires qui viennent d’être publiées, Michel Camdessus, l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), raconte que certains pays de l’ex-bloc soviétique étaient préparés à encaisser l’immense choc engendré par la chute du mur de Berlin et par la fin de l’URSS (*). D’autres ne l’étaient pas et, à chaque fois, la différence ne s’est pas faite grâce à des institutions (elles n’existaient pas) mais grâce à des ressources humaines ayant déjà réfléchi, parfois seules dans leur coin, à ce qu’il faudrait faire le fameux jour d’après.

Disons-le franchement. Aucun pays arabe concerné par les révolutions de 2011 n’avait réfléchi à cet « après » d’où, ce n’est pas l’unique raison, les cahots d’un processus qui est loin d’être terminé. C’est un fait, les dictateurs semblaient indéboulonnables et rares sont ceux qui ont pensé l’impensable, à savoir leur chute. Dans cette affaire, la Tunisie a eu la chance, par la suite et dans l’urgence, de pouvoir mobiliser des compétences à chaque étape de la transition (et de créer les institutions destinées à piloter les premiers temps de la transition). A l’inverse, l’Egypte n’a jamais pu se dégager de ce handicap originel lequel réside dans le fait qu’une armée qui détient le pouvoir ne mène jamais de révolution contre ses propres intérêts (à ce sujet, le cas de la révolution des œillets au Portugal en 1975 mériterait d’être étudié dans tout le monde arabe).

On reviendra dans de prochaines chroniques sur les cas de l’Egypte, de la Libye et de la Syrie. En attendant, il n’est pas inintéressant de se pencher sur ce mix de non-révolution et de mauvaise évolution qu’est devenue l’Algérie. Il faut espérer qu’ici et là, au pays comme à l’étranger, des femmes et des hommes sont en train de réfléchir aux jours d’après. La prospective étant autant affaire de science que de technique, il leur faut penser large et noir. L’impréparation à la chute annoncée depuis mai dernier des cours pétroliers, l’improvisation qui domine la gestion des affaires du pays, le chaos idéologique, les manœuvres de coulisse, le retour au premier plan de la dialectique takfiriste, tout cela démontre que l’Algérie, toute en œillères et pas cadencés, est résolument en route vers un nouveau cauchemar. Cela, personne ne pourra prétendre l’avoir ignoré.
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(*) La Scène de ce drame est le monde, treize ans à la tête du FMI. Michel Camdessus, Les Arènes, Paris, 446 pages, 22,80 euros.
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mardi 16 décembre 2014

Il est des matins...

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Il est des matins...
Il est des matins où l'on entend parler à la radio de déportations futures, possibles, imaginables, de musulmans...
Il est des matins où l'on entend parler à la télévision de civilisation européenne menacée par les musulmans...
Il est des matins où l'on lit des témoignages inquiétants à propos de manifestations antimusulmanes en Allemagne...
Il est des matins où l'on ne peut s'empêcher de penser qu'un nœud coulant a commencé à se rétrécir...
Il est de plus en plus de ces matins...
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lundi 15 décembre 2014

Combien de pauvres pour un riche ?

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"Et je demande aux économistes politiques, aux moralistes, s'ils ont déjà calculé le nombre d'individus qu'il est nécessaire de condamner à la misère, à un travail disproportionné, au découragement, à l'infantilisation, à une ignorance crapuleuse, à une détresse invincible, à la pénurie absolue, pour produire un riche ?"
Almeida Garrett

« L’Oranais », une histoire algérienne. Vers un renouveau du cinéma ?

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> > > > 28 novembre 2014


« Qu’avons-nous fait de notre indépendance ? » « Que sommes-nous devenus depuis et qu’aurions-nous pu être ? » 52 ans après la liesse de juillet 1962, ces questions à la fois politiques et identitaires hantent les Algériens et pèsent lourdement sur le devenir de leur pays. Et c’est à ces interrogations que se confronte, avec succès, L’Oranais du réalisateur algérien Lyes Salem, sorti en salles le 19 novembre. Cette oeuvre serait-elle le signe d’un renouveau du cinéma algérien ?
 
La trame de L’Oranais s’articule autour de deux amis, Hamid et Djaffar, montés ensemble au maquis pour combattre la France coloniale et que le destin finira par séparer, bien longtemps après l’indépendance. Entre les deux hommes, il est aussi question de secret inavouable, de trahison et de renoncements aux idéaux de la Thawra   la Révolution  », c’est-à-dire la guerre d’Algérie).
Coproduction franco-algérienne, cette fresque mémorielle échappe au piège habituel de l’exhaustivité. La guerre d’Algérie, puis l’indépendance et ses lendemains désenchantés, en sont bien sûr la toile de fond. Mais Lyes Salem prend soin de les raconter à sa manière en privilégiant l’angle de la destinée individuelle. Et c’est déjà une façon de se colleter avec une histoire officielle qui se méfie, aujourd’hui encore, de l’individu, préférant glorifier la collectivité, à l’image du slogan «  un seul héros, le peuple  ». D’ailleurs, de nombreuses péripéties du film peuvent être lues comme un pied de nez aux dogmes mémoriels ou identitaires encore en vigueur dans l’Algérie du XXIe siècle. Djaffar, par exemple, ne rejoint le maquis que parce que les circonstances et le hasard décident pour lui (pour échapper à un ratissage de l’armée française, il tue de manière presque involontaire un garde-champêtre). On est dans le récit à hauteur d’homme, loin de l’épopée héroïque.

Par la suite, l’itinéraire des deux amis diverge. Hamid sert la Révolution à l’extérieur tandis que Djaffar, dont le rôle est interprété par Lyes Salem, passe plusieurs années dans le maquis. Après l’indépendance, le premier, marié à une Américaine, devient un grand ponte du système, installé dans une belle demeure — un «  bien vacant  », c’est-à-dire un bien immobilier abandonné par des Européens — tandis que l’autre hérite la direction d’une entreprise de menuiserie. Et même si l’amitié et l’affection demeurent, l’érosion de l’espérance va produire ses effets négatifs. Au fil des scènes, on voit changer l’Algérie, Hamid et Djaffar. L’unanimisme brutal au profit du parti unique s’installe. L’affairisme ne tarde pas à faire son apparition, l’identité berbéro-arabe est sacrifiée au dogme de l’arabo-islamisme le tout dans un contexte où les «  services  », comprendre la sécurité militaire, peuvent embarquer n’importe qui à n’importe quel moment. Dans les propos de Hamid, on sent peu à peu poindre le mépris pour un peuple qui n’a de cesse de revendiquer sa part du gâteau. Dans certaines scènes, notamment celle d’une balade en mer, on ne peut s’empêcher de penser que Hamid, Djaffar et leurs amis ont pris la place des anciens colons…Dès lors, seule une issue dramatique peut clore les relations entre les deux hommes.

Le legs colonial

L’Oranais est surtout une allégorie de la question de l’identité algérienne et de ses liens avec la France. En montant au maquis, Djaffar ignore, contrairement à Hamid qui gardera ce secret, que son épouse a été violée en représailles par le fils du garde-champêtre qu’il a tué. À son retour, il apprend que sa femme — peut-être le symbole de ce qu’aurait pu être l’Algérie indépendante — a donné vie à un garçon puis qu’elle est morte, sa santé s’étant étiolée faute de nouvelles de son mari. Après quelques hésitations, Djaffar décide d’élever l’enfant comme son propre fils, comme la «  chair de sa chair  ». Cet enfant, prénommé Bachir, «  celui qui porte la (bonne) nouvelle  », est le symbole de ce que la France a laissé aux Algériens. Un legs, fruit d’un viol originel — celui de la colonisation — qu’il ne sert à rien d’occulter, voire de rejeter. Il en va ainsi de la langue française mais aussi du reste, de la manière de penser, du cartésianisme, de la croyance aux valeurs universelles : autant d’éléments qui sont remis en cause, alors qu’ils ont contribué à faire de l’Algérie une singularité à la fois politique mais aussi culturelle et intellectuelle dans le concert des nations décolonisées.

Réalisme sans concession

Dans le même temps, ce film est aussi un bel hommage à l’Oranie, région de l’ouest algérien, à sa joie de vivre et à sa musique, à un mode de vie qui a pratiquement disparu ou, pour être plus précis, qui n’a plus sa place dans une Algérie de la bigoterie et de la pratique de plus en plus ostentatoire et ritualiste de la religion. Dans le film, les personnages principaux boivent de l’alcool, des femmes ne portent pas le haïk et encore moins le hijab, quasiment inconnu jusqu’à la fin des années 1970. On y parle l’algérien. Non celui, incompréhensible, des discours officiels lénifiants, mais une darja (langue algérienne souvent qualifiée de «  dialecte  ») vivante, vigoureuse, qui se pratique au quotidien, avec ses fulgurances, ses captures de mots français et ses insultes imagées. En cela, L’Oranais est, malgré quelques maladresses et longueurs, un film «  vrai  », y compris dans le choix des figurants. Un film qui ne fait pas de concession au «  politiquement correct  » à l’algérienne mais qui, aussi, évite soigneusement les concessions auxquelles se sont pliés de nombreux créateurs maghrébins désireux de faire entendre leur voix en France. Point de «  c’était mieux du temps des colons car tout le monde vivait bien ensemble  ». De même, le Front de libération nationale (FLN) de la guerre d’Algérie est décrit tel qu’il a été, c’est-à-dire une organisation révolutionnaire avec un but précis à atteindre. Point donc, à ce sujet, de digressions sur la terreur qu’aurait imposée la djebha (le Front) à la population pour l’obliger à rejoindre ses rangs et à le soutenir. Une thèse qui renvoie dos-à-dos les deux acteurs du conflit et que font mine d’épouser quelques écrivains algériens désireux d’entrer en grâce auprès des milieux germanopratins.

La «  famille révolutionnaire  » grince des dents

Comme il fallait s’y attendre, le film n’a pas été du goût de tout le monde en Algérie. La première salve est venue du cheikh Chamseddine, un célèbre téléprédicateur salafiste, qui a reproché au film de mettre en scène des moudjahidines (terme qui désignait aussi les soldats de l’Armée de libération nationale) en train de boire du vin. Un reproche repris à l’identique par l’Organisation nationale des enfants de chouhadas (les martyrs de la Guerre d’indépendance) et d’autres figures de ce que l’on appelle en Algérie, parfois non sans ironie, «  la famille révolutionnaire  ». Comme l’ont relevé de nombreux journalistes, ces mises en cause ne portent pas sur le fond et ne concernent qu’un élément du film : la consommation d’alcool, un phénomène réel qui a permis à de nombreux Algériens d’avaler maintes couleuvres de l’après-indépendance. Plus important encore, les appels à en interdire la diffusion du film en Algérie et à l’étranger (!) sont souvent venus de personnes n’ayant vu que la bande-annonce…

Pour l’heure, et contrairement à ce qu’exigent les détracteurs du film, les autorités algériennes n’ont décidé aucune interdiction ni censure officielle. Toutefois, Nadia Laabidi, ministre de la culture, a ainsi déclaré «  comprendre les critiques de la famille révolutionnaire  » et laissé entendre que le réalisateur se serait éloigné du scénario déposé pour obtenir un financement.

Une production cinématographique en panne

Du coup, la responsable a annoncé des modifications à venir dans les futurs cahiers des charges en matière de soutien à la production cinématographique. Une perspective qui inquiète les professionnels d’un secteur qui vient de traverser plus de trente années de disette. Ils espéraient l’amorce d’un renouveau avec la sortie de films comme L’Oranais ou Le Crépuscule des ombres du réalisateur Lakhdar Hamina (Palme d’or 1975 du festival de Cannes avec le célèbre Chronique des années de braise). De fait, et pour reprendre un constat très célèbre en Algérie, le pays «  compte plus de réalisateurs que de salles et plus de salles que de films réalisés  ». Dans les grandes villes comme Alger ou Oran, nombre de cinémas sont à l’abandon, transformés parfois en aires de stockage. De manière récurrente, les autorités promettent la relance du secteur et une réhabilitation des salles sans pour autant abandonner les contraintes administratives qui pèsent sur la création cinématographique. Pourtant les attentes sont nombreuses. De jeunes réalisateurs profitent du développement des réseaux sociaux pour diffuser de courts métrages réalisés avec des moyens de fortune. De même, des festivals sont organisés dans de nombreuses villes du pays, à l’image des Rencontres cinématographiques de Béjaïa. En 2011, la réalisatrice algérienne Mounia Meddour a présenté un long métrage consacré au nouveau souffle du cinéma algérien. À l’époque, déjà, le constat était le même : dans un contexte marqué par un retour à la paix civile, de nombreuses énergies créatrices attendaient de l’État qu’il libéralise le secteur à défaut de s’engager financièrement comme il le faisait dans les années 1970, période faste du cinéma algérien.
 
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vendredi 12 décembre 2014

A propos des oligarques russes (et l'on pense du coup à quelques affairistes notoires algériens...)

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J'invite les lecteurs algériens à méditer cet extrait d'une note de lecture rédigée par José Antonio Garcia Simon dans Le Monde Diplomatique du mois de décembre 2014 à propos du roman "Les Nombres", de Viktor Pelevine (*), un roman dont le personnage principal est un oligarque russe.

"Réalisme ? Cynisme ? Non, capacité d'adaptation. La marque de fabrique de l'oligarque, point de condensation des rapports tendus entre l'Etat et la société russes. D'un côté, un sentiment de liberté absolue, d'impunité même, dans les actes quotidiens; de l'autre, la peur diffuse, confinant à la paranoïa, de voir soudain le monde s'effondrer à la suite d'un mot déplacé sur le pouvoir. Car l'engrenage de la domination totalitaire a la vie dure : surveillance, chantage, élimination. L'autocensure s'érige en norme, l'idiotie devient une échappatoire. Cet abêtissement conduit à la réduction de la religion à la superstition, de l'art au spectacle. Avec l'argent comme valeur suprême, la nouvelle classe de nantis devient schizophrène, voltige de l'euphorie à l'étouffement. A l'image du pays depuis la fin du communisme, dont on ne sait s'il est en liberté conditionnelle ou s'il purge une peine en sursis. Une farce sinistre."

(*) Traduit du russe par Galia Ackerman et Pierre Lorain, Alma, Paris, 2014, 388 pages, 19 euros.
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mercredi 10 décembre 2014

Soir d'hiver, soirée de foot

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La chronique économique : Chine vs. USA : suite (et c’est loin d’être terminé)

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 10 décembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

On attendait cela pour 2020, mais c’est finalement cette année que cela intervient. En 2014, le Produit intérieur brut (PIB) chinois exprimé en parité de pouvoir d’achat (ppa) devrait devancer celui des Etats-Unis avec 17 632 milliards de dollars contre 17 416 milliards de dollars. Ces calculs proviennent du site d’informations financières MarketWatch qui a exploité les données récentes publiées par le Fonds monétaire international (FMI). Pour mémoire, la Chine avait déjà dépassé les Etats-Unis dans la catégorie du PIB exprimé à prix constants (c'est-à-dire hors des effets de l’inflation) en 2011.

Une première place à relativiser

Quelle importance faut-il accorder à ce classement qui fait donc de la Chine la première puissance économique du monde ? La réponse est simple : pas grand-chose sauf à chercher un beau prétexte à manchettes de presse ou bien de la matière pour alimenter la sinophobie à laquelle on assiste en Europe (pas une semaine sans que des magazines ne tirent l’alarme sur la Chine qui veut dominer le monde…). Bien sûr, cela reste un symbole puissant que de dépasser les Etats-Unis. Mais il faut savoir de quoi l’on parle. Certes, le PIB exprimé en ppa est un assez bon indicateur car il cherche à comparer de la création de richesse rapportée à ce qui serait un même pouvoir d’achat (un peu comme le fameux indice « big mac » qui compare le prix du hamburger dans chacun des pays où la fameuse marque de restauration rapide est implantée). Mais on peut objecter qu’il est aussi utile de comparer les PIB par tête d’habitant, les Etats-Unis demeurant alors largement la tête et la Chine, avec son milliard et demi d’âmes, ne pointant qu’à la 89ème place…

De fait, ce genre de classement est aussi l’occasion de pointer du doigt les insuffisances qui concernent le PIB. Pour faire vite et trouver un synonyme, cet acronyme est souvent remplacé par l’expression « création de richesses ». Or, le PIB n’est pas toute la richesse. D’abord, il rend imparfaitement compte de l’activité non-marchande tandis qu’il inclut, on ne le répétera jamais assez, des « richesses » qui résultent de la destruction irrémédiable de l’environnement. Dans le cas du duel entre les Etats-Unis et la Chine, il est aussi nécessaire de prendre en compte d’autres indicateurs. Le niveau de pauvreté et d’inégalités, l’illettrisme, les différents niveaux d’éducation et le nombre de diplômés, les statistiques sanitaires, le nombre de brevets déposés par an, tout cela doit aussi contribuer à déterminer qui est la vraie première puissance économique, ce que restent les Etats-Unis et de loin. Enfin, on relèvera que la puissance économique ne vaut parfois que par sa possibilité de s’adosser à une puissance militaire. Et pour l’heure, l’Amérique demeure championne en la matière même si le budget de la défense en Chine progresse à des taux annuels parfois supérieurs à 10%.

Le match du XXIème siècle

Une chose est certaine, la rivalité est partie pour durer. Où en seront les deux compétiteurs en 2050 ? Personne aujourd’hui n’est capable de le prédire même si avec une démographie sans cesse vivifiée par l’apport des migrants, les Etats-Unis se sont donnés les moyens de continuer à rivaliser avec une Chine en plein essor. Certains experts estiment que c’est sur le plan des budgets militaires que la bataille va être la plus âpre, d’autres parient sur une course à l’excellence technologique (Pékin vient de décider de s’engager encore plus dans la conquête spatiale) tandis que les économistes comptent les coups dans la lutte encore balbutiante entre le dollar et le yuan. Le match ne fait que commencer…
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mardi 9 décembre 2014

Frigyes Karinthy et l'humanité

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Extrait d'une note de lecture (1) rédigée par Xavier Lapeyroux, Le Monde Diplomatique, Décembre 2014 à propos d'un ouvrage de Frigyes Karinthy (2), le père de Gulliver.

Lors de son cinquième voyage (1914), Gulliver arrive "miraculeusement à Farémido, un lieu étrange, sans hommes ni paroles, mais peuplé de machines pensantes, les Sollasis, qui utilisent des notes de musique pour communiquer et vivent en harmonie".
(...)
"Pour les habitants de Farémido, les êtres vivants sont comparables à des substances pathogènes autodestructrices qui ne doivent leur survie qu'à l'élimination d'organismes similaires. Gulliver a beau défendre la suprématie de la vie, il ne peut que s'incliner face à la brillante démonstration de son maître Midoré : soixante mille ans auparavant la Terre a été contaminée par la vie, par l'homme et l'animal, et la maladie n'a fait que proliférer. Ecartelé entre l'instinct et la conscience, ' deux organes au service de deux objectifs frontalement opposés, [dont] l'un recherche la vie, l'autre la mort', l'homme ne serait en fin de compte qu'un monstre à deux têtes condamné à se dévoré lui-même."

(1) Frigyes Karinthy, Farémido. Le cinquième voyage de Gulliver, traduit du hongrois par Judith et Pierre Karinthy, Zulma, Paris, 2013, 78 pages, 9 euros.
(2) Frigyes Karinthy est "également à l'origine de la théorie des six degrés de séparation (1929), selon laquelle toute personne est reliée à n'importe quelle autre via une chaîne de relations individuelles comprenant au plus cinq autres maillons (...) Sa théorie fut reprise en 1967 par Stanley Milgram, et le réseau social Facebook aurait ramené le nombre de maillons à 4,74."
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samedi 6 décembre 2014

La chronique du blédard : Algérie – Maroc : attention, danger !

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 4 décembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

Il y a quelques jours, les supporters du Raja de Casablanca, un club de football marocain, ont adressé à leurs homologues algériens un beau message de fraternité opposé à toute discorde. « Nous sommes frères, la fitna ne va pas nous séparer » était-il écrit sur des banderoles déployées à l’occasion d’un match de championnat. Dans la foulée, le public du Raja a aussi entonné des chants de soutien aux Algériens et à leur équipe nationale pour la prochaine Coupe d’Afrique des Nations qui aura lieu en janvier prochain en Guinée équatoriale. Pour celles et ceux qui ne suivent pas l’actualité du foot, rappelons que cette compétition devait avoir lieu au Maroc mais que ce pays a souhaité ne pas l’accueillir en raison – officiellement – des risques présentés par l’épidémie d’Ébola. Un refus, qui vaut aux Lions de l’Atlas – surnom de l’équipe nationale marocaine – d’être exclus de la CAN. Quelques jours plus tard, en Algérie, des supporters du CS Constantine ont répondu aux Rajaouis en déployant une grande banderole dans leur stade. Il y était écrit le message suivant : « Merci aux supporters du Raja. La politique nous a divisé, nos racines nous réunissent ». Qui a dit qu’Algériens et Marocains se détestent ? Et qui a intérêt à le faire croire ?

Dans le contexte nauséabond qui caractérise actuellement les relations diplomatiques algéro-marocaines, ces gestes d’amitié réciproque apportent un peu de baume au cœur. En effet, depuis quelques mois, c’est une méchante musique que l’on entend de part et d’autre de la frontière fermée. Incidents armés, certes isolés, déclarations outrancières, insultes à peine voilées, campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux, accusations mutuelles de tentatives de déstabilisation : la palette des actes et propos négatifs est des plus larges et il n’est pas exagéré aujourd’hui de craindre que l’habituelle paix froide entre nos deux pays se transforme petit à petit en conflit de basse intensité. Cela, à dieu ne plaise, jusqu’à ce que l’on se réveille un matin avec l’annonce d’une vraie crise voire d’une guerre ouverte. D’ailleurs, et au risque de choquer, le présent chroniqueur se doit de confesser qu’il est heureux que le Maroc ait décidé de ne pas accueillir la Coupe d’Afrique des Nations. Cela nous évitera que des hooligans algériens – et il y en a – ne provoquent des incident dans le Royaume. Il n’est pas difficile d’imaginer le scénario catastrophe qui aurait suivi : représailles policières, tensions diplomatiques, appels à la fierté nationale, rumeurs, colères populaires plus ou moins spontanées. Le football n’a jamais été la guerre mais c’est un bon prétexte pour la déclencher…  

Il n’est pas question pour l’auteur de ces lignes de s’engager dans un stérile « qui a fait quoi » et encore moins de chercher à savoir qui a commencé le premier ou qui a le plus tort dans l’affaire. Le fait est que, dans les deux camps, il y a des pousse-au-crime, des gens qui jettent de l’huile sur le feu et qui se comportent comme si le voisin, autrement dit le frère, est l’ennemi numéro un. Dans les deux pays, il y a de la mauvaise foi, des insultes inacceptables et des préjugés alimentés par le fait que nos deux peuples ne se connaissent plus ou presque. Dans les deux pays, il y a des inconscients qui pensent que jouer avec une grenade dégoupillée ne présente aucun risque. Ce sont des apprentis-sorciers qui nous mènent au pire.

Car l’affaire est aussi politique. Dans les deux cas, nous avons affaire à des régimes en difficulté et cela pour des raisons assez différentes mais sur lesquelles ce texte ne va pas s’appesantir car c’est l’un des maux qui caractérisent nos relations. L’Algérien ne supporte pas qu’un Marocain critique son pays – même si les arguments présentés sont fondés – et la réciproque est vraie. Donc mettons de côté l’aspect analyse et retenons ce point majeur : à Alger comme à Rabat, la tension bilatérale, demain des événements plus graves – sont jugés comme nécessaires et profitables. Cela permet de ressouder les rangs, de faire taire la critique interne, de menacer les opposants de « trahison » et d’occuper les médias en donnant du grain à moudre à d’innommables torchons. Cela crée des clientèles, cela fait le bonheur des marchands d’armes (où nous mène cette escalade en matière d’achats de matériels militaires ?) et cela renforce l’idée que les Maghrébins seront toujours incapables de s’entendre.

Dans cette (triste) affaire, il est édifiant que les appels à la raison viennent de supporters de football. On parlera de bon sens populaire à l’heure où les « élites » des deux pays sont muettes et refusent de s’opposer publiquement à cette dérive. Pire, elles évitent de se parler, se réfugiant derrière le sempiternel « ça ira mieux entre nous quand ça ira mieux chez vous ». Pour diverses raisons, elles ne veulent pas construire ensemble un argumentaire basé sur la raison et la fraternité. Elles refusent de contribuer à diffuser l’idée que, dans le monde tel qu’il évolue maintenant, il est impossible que les deux pays s’en sortent seuls. C’est à ces élites de refuser de suivre les joueurs de pipeau qui les entraînent vers le précipice. Le rapprochement entre l’Algérie et le Maroc n’est pourtant pas une utopie : c’est une urgence.
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jeudi 4 décembre 2014

Grenade

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1- Choisir la victime...




2- Y aller à l'arme blanche...






3- Avant l'attaque finale...




4- En laisser un peu pour les autres...



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dimanche 30 novembre 2014

Mandela, un homme tourné résolument vers l'avenir

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Didier Fassin, Professeur à l'Institute for Advanced Study (Princeton) et à l'Ecole des hautes études en sciences sociales.

Extraits d'un article publié dans Le Monde daté du 7 décembre 2013.

"C'est bien cette double image de combattant politique et de héros moral que les Sud-Africains conserveront de l'homme qui a fait passer leur pays du ban des nations au statut de modèle. C'est elle aussi qui en fait une figure si consensuelle dans le monde entier, puisqu'elle restitue le droit des dominés, auxquels elle rend la dignité, sans perpétuer la rancœur et inciter à la vengeance."
(...)
"A la différence de son successeur, Thabo Mbeki, responsable politique vindicatif, Nelson Mandela n'était donc pas un homme du ressentiment. Inlassablement engagé dans le présent et résolument tourné vers l'avenir, il ne ressassait pas le passé. Pour autant, il ne cherchait pas à en effacer les traces, comme beaucoup ont voulu le faire depuis la fin de l'apartheid, afin d'exonérer de leur responsabilité ceux qui ont suscité ou simplement toléré ce régime. Pour lui, pardonner ce n'est pas oublier."
(...)
"La leçon de vie politique et morale de Nelson Mandela, c'est ainsi sa détermination à lutter contre l'oppression et l'injustice, c'est le refus de renier des principes et des valeurs, c'est le courage des décisions difficiles et des paroles de vérité. Une leçon éminemment contemporaine."
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samedi 29 novembre 2014

L'Oranais, une histoire algérienne :

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Akram Belkaïd, OrientXXI, 28 novembre 2014
 
« Qu’avons-nous fait de notre indépendance ? » « Que sommes-nous devenus depuis et qu’aurions-nous pu être ? » 62 ans après la liesse de juillet 1962, ces questions à la fois politiques et identitaires hantent les Algériens et pèsent lourdement sur le devenir de leur pays. Et c’est à ces interrogations que se confronte, avec succès, L’Oranais du réalisateur algérien Lyes Salem, sorti en salles le 19 novembre. Cette œuvre serait-elle le signe d’un renouveau du cinéma algérien ? ...
 
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La chronique du blédard : L’histoire du sandwich halal

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 27 novembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

Il fait encore nuit. Les haut-parleurs annoncent le départ d’un train pour Lausanne et l’arrivée d’un autre en provenance de Marseille. Le flot des voyageurs est dense. Mines fermées, foulées rapides et journaux à la main. Les vacanciers, ceux qui ont le droit au pas lent, ceux dont le visage et l’habillement démontrent que la joie les habite, ne sont guère nombreux. Tôt le matin, le hall Méditerranée de la gare de Lyon est d’abord un lieu de regroupement d’itinérants urbains : des hommes d’affaires, des commerciaux, des universitaires, des gens qui à peine installés à leur siège vont ressortir le dossier consulté la veille.

Dans l’une de ces grandes boutiques où s’entassent presse, livres, friandises, boissons, en-cas et appareils électroniques, une file s’est formée devant l’unique caisse ouverte. En face d’elle, le geste vif et la mine concentrée, une jeune femme encaisse argents et soupirs de celles et ceux qui trouvent le temps long. Celui qu’elle sert, un quinquagénaire habillé comme s’il régnait une température sibérienne,  a les bras chargés et ne cesse de rajouter des barres chocolatées prises sur le présentoir. Un mars par-ci, une double barre de twix et deux ou trois nuts par-là. Attendez, oui, j’ai oublié de prendre une bouteille d’eau. Vous en avez des plus froides ?

L’employée lève à peine la tête. Elle passe les produits devant le lecteur de code-barres. Elle est dans cette boutique sans y être. Il est sept heures du matin et elle paraît déjà épuisée. On lui demande avec irritation pourquoi elle est seule. Pourquoi n’y a-t-il pas d’autres caisses ouvertes ? Elle ne répond pas. Que pourrait-elle dire ? Que son collègue vit de l’autre côté de Paris dans une banlieue lointaine et qu’il est presque toujours en retard ? Que les effectifs ont diminué et que ses employeurs exigent qu’elle en fasse plus avec moins ? Mais qui aurait envie d’entendre pareil propos à cette heure ?

Une cliente, un peu énervée, dépose ses achats en tas, certains glissent de l’autre côté du comptoir. L’employée les rattrape et reprend les mêmes gestes accompagnés par les mêmes bips. C’est le moment où un trentenaire, sacoche d’ordinateur en bandoulière, costume au pantalon serré, chaussures pointues et lustrées, gel dans les cheveux et sandwich dans la main lui demande à voix qui semble un peu plus haute que nécessaire : « pardon, le sandwich au poulet, il est halal ? ». Petit frémissement dans la file d’attente qui s’est encore étirée. Il y a des sourires en coin mais aussi quelques lueurs d’inquiétude et même un ou deux pas de côté. Toute à sa tâche, la jeune femme ne répond pas d’autant que le lecteur de carte bancaire affiche que celle de la cliente est muette.

« Heu, pardon ? Je vous ai demandé si ce sandwich est halal ? ». La voix a gagné un ou deux tons supplémentaires. L’inflexion polie a disparu, remplacée par de l’agacement et un peu d’agressivité. Noyé dans la file, inquiet de rater son train, le présent chroniqueur devine qu’un grand moment se profile. Il suffit juste d’attendre et d’écouter. « Hé, je vous parle ! » poursuit l’homme au sandwich. Cette fois, l’employée prend la peine de le regarder. Elle semble hésiter puis lâche : « c’est quatre euros ». Interloqué, le jeune homme continue de brandir le sandwich sous cellophane. Dans la file, quelques rires ont fusé. « Mais qu’il le bouffe son sandwich et qu’il arrête de l’emm… », soupire un voyageur au look d’adolescent attardé.

Mais l’autre ne veut pas lâcher l’affaire. « Madame, je sais le prix. C’est écrit dessus ! C’que j’veux savoir si c’est halal ou pas ? Vous pouvez quand même me le dire ! ». Nouveau silence. Client suivant. Un paquet de granolas, bip. Une bouteille de citronnade, bip, le dernier numéro de So Foot, bip. Ça fera neuf euros cinquante-deux centimes. En espèce ou par carte ? Vous voulez un sachet ? Puis, s’adressant enfin à l’enquiquineur : non monsieur, je ne vois pas ce que vous voulez dire. C’est un sandwich comme les autres. Il y a le prix dessus avec la date de péremption, c’est tout ce que je peux vous dire.

Le jeune homme est décontenancé. L’employée n’a été ni agressive ni hautaine. Juste cette même fatigue dans la voix et le geste. « Vous ne savez pas ce que c’est ‘halal’ ? » demande-t-il avec quelques décibels en moins. L’autre acquiesce et reprend ses bip-bip. Dans la file, un voyageur, la cinquantaine et lui aussi en costard-cravate, décide d’intervenir. « Mon frère, ça se fait pas. T’es pas à Franprix ou à Ed ici. Sois tu manges ce sandwich sans te poser de question soit tu te fais ton casse-dalle à la maison. Bessah, faut pas ennuyer la dame. Si elle te dit qu’elle ne sait pas si c’est halal c’est qu’elle ne le sait pas ». L’autre le jauge durant une fraction de seconde puis répond en s’écartant de la file. « Non, c’est pas qu’elle sait pas si c’est halal ou pas. Elle dit qu’elle ne sait pas ce que halal veut dire. C’est bizarre, non ? ».

C’est le moment que choisi l’employé retardataire pour faire son apparition en sortant de l’arrière-boutique. L’œil rivé sur sa collègue, il a entendu une partie de la conversation. « Mon frère, c’est pas ici que tu vas trouver du ‘halal’ », dit-il en souriant. « De toutes les façons, ce que tu tiens dans la main ça ne pourra jamais être du halal ». L’autre, redevenu agressif, lui demande pourquoi. « Parce que c’est un sandwich au jambon de Paris, mon frère. Z’ont pas encore inventé le halal pour ça ». Dans la file, on entend quelques rires et un sourire s’est même dessiné sur le visage fatigué de l’employée.

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vendredi 28 novembre 2014

Pornographiquement correct

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Extrait d'une note de lecture de Catherine Dufour, Le Monde Diplomatique, Décembre 2014.

« Dans Fifty Shades [of Grey], le ‘hard’ abonde : le premier volume compte quinze longs passages pornographiques, et le reste ne parle que de cravaches et de dessous chics. Mais ce n’est guère méchant, puisque l’un s’arrête sitôt que l’autre dit ‘aïe’. Fifty Shades réussit la fusion des contraires en inventant un concept qui va faire fureur – plus de cent millions d’exemplaires vendus dans le monde, et une adaptation cinématographique qui sortira en février 2015 – sous le nom de mummy porn (‘porno pour maman’). En d’autres termes, le pornographiquement correct. Comment passe-t-on de ce qu’on pourrait appeler le daddy porn (‘porno pour papa’) destiné aux hommes – la série S.A.S., de Gérard de Villiers, par exemple – à Fifty Shades ? Il suffit d’ôter toute intrigue politique et d’ajouter, à la truelle, des déclarations d’amour. Le mummy porn signalerait-il qu’un imaginaire érotique féminin à enfin éclos ? »
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jeudi 27 novembre 2014

Les Etats-Unis, les Noirs et la présomption de culpabilité

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Dans son édition du 27 octobre dernier, le magazine Time a interviewé l’avocat et activiste Bryan Stevenson, auteur du livre « Just Mercy ». Stevenson est aussi le fondateur de l’ONG Equal Justice Initiative.
Trois statistiques qu’il fournit dans cet entretien méritent d’être signalées :

- Dans la population noire, un homme sur trois de moins de 30 ans est en prison ou en liberté surveillée ou conditionnelle.
- Pour les Noirs nés en 2001, 1 sur 3 ira en prison au moins une fois dans sa vie.
- Les jeunes Noirs représentent seulement 18% des arrestations liées à la possession de drogues. Mais ces 18% représentent 36% du total des condamnations et 55% des emprisonnements.

Extraits

Time.- You say that 1 in 3 black men in the U.S. under 30 is in jail, on probation or on parole. Is this the scariest stat ?
Bryan Stevenson.- I think the newer statistic that 1 in 3 black males born in 2001 is expected to go to jail or prison during their lifetimes is more astonishing because it’s about the future. And 1 in 6 Latino boys. That wasn’t true in the 20th century.

What do you say to people who say, “it’s easy to not go to jail – don’t commit a crime”?
I say it’s very naïve. In this country we have a presumption of guilt that follows young kids of color so that even when they haven’t done anything, they get stopped, and if they don’t manage those confrontations, they get arrested. Also, they’re more likely to go to prison for doing something lots of kids do. Black kids make up 18% of the people arrested [on drug-possession cherges], 36% of the people convicted and 55% of the people sent to prison.

 

mardi 25 novembre 2014

La chronique économique : L’euro baisse

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 19 novembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

Une bonne ou une mauvaise chose ? Depuis le mois de mars dernier, l’euro est engagé dans une tendance baissière qui lui a fait perdre plus de 10% par rapport au dollar étasunien et 5% vis-à-vis de l’ensemble des grandes devises mondiales. De façon symbolique, la monnaie européenne est ainsi passée sous le seuil de un euro pour 1,30 dollar. On est loin de la période où de nombreux économistes étaient persuadés que la parité serait de 1,65 dollar pour un euro (à ce jour, le record est de 1,6038 ayant été établi en juillet 2008).

Un impact mitigé

Les raisons de la baisse de l’euro sont connues. Il y a d’abord le fait que c’est plutôt le dollar qui augmente. En effet, l’économie américaine va bien mieux que son homologue européenne pour laquelle le Fonds monétaire international (FMI) continue de craindre une troisième récession. Dans un tel contexte, les investissements vont vers la zone qui affiche les perspectives les plus prometteuses. Cela provoque une hausse des actifs libellés en dollars et donc un certain fléchissement de ceux qui le sont en euros. Plus important encore, on s’attend à ce que la Réserve fédérale (Fed) augmente ses taux en 2015 ce qui rend les investissements en dollars plus attractifs.

Le second facteur qui influe sur la baisse de l’euro est que la Banque centrale européenne (BCE) semble avoir décidé qu’il était temps d’agir en ce sens. Aujourd’hui, son taux directeur est de 0,05% et celui des dépôts (rémunération des placements à court terme) est négatif (-0,2%, ce qui signifie qu’il faut donc payer une prime pour placer ses fonds à court terme). En clair, sur le marché des changes, l’euro est une devise moins attractive pour les investisseurs qui lui préfèrent le billet vert ou d’autres monnaies. De façon plus pragmatique, on peut dire aussi que la devise européenne est enfin entrée dans la bataille des changes alors qu’elle faisait figure, depuis 2008, de grande vaincue de ces mouvements de dévaluation qui ne disaient pas leur nom.

Il reste à savoir si cette baisse va contribuer à faire sortir la zone euro de son marasme actuel. On connaît les avantages et les inconvénients d’un repli d’une devise. D’un côté, les exportateurs gagnent en compétitivité ce qui contribue à créer de l’emploi et à soutenir la croissance. De l’autre, cela signifie que les produits importés augmentent et avec eux l’inflation ce qui est une mauvaise nouvelle pour le pouvoir d’achat des ménages. Dans le cas de la devise européenne il est important de noter que l’effet positif en matière d’exportations ne vaut que pour les entreprises qui vendent au-delà de la zone euro. Or, souvent, la compétition entre entreprises a lieu surtout à l’intérieur même de cette zone. Cela signifie que la baisse de la monnaie unique risque de ne produire que des effets marginaux. On pense ainsi que cela permettrait d’obtenir +0,25% de croissance supplémentaire du Produit intérieur brut (PIB) européen.

L’Algérie rate des occasions

Mais qu’en est-il pour un pays comme l’Algérie dont les recettes sont essentiellement en dollars tandis que ses dépenses d’importations sont principalement libellées en euros ? La situation actuelle (dollar plus fort, euro plus faible) est a priori avantageuse et cela même si les cours du pétrole sont en baisse. Autrement dit, c’est un contexte qui peut permettre à l’Algérie de valoriser ses avoirs en dollars en réalisant quelques bonnes affaires dans la zone euro (immobilier, capital d’entreprises cotées) mais aussi de faire passer une partie de ses réserves de change en euros (le dollar ne restera pas longtemps orienté à la hausse). Cela fait des années que des économistes algériens souhaitent que leur pays prépare l’avenir par le biais de ce type d’opération. En vain…
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lundi 24 novembre 2014

La chronique du blédard : Du marasme et du mérite en France

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 20 novembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

C’est la chronique d’un pays, la France, où tout semble aller de travers. Un pays où les inégalités explosent et où le sentiment général est que les choses vont de mal en pis. Et s’il faut encore s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’œil aux principaux éléments d’un sondage réalisé début octobre par la Sofres pour le compte de la Fédération des pupilles de l’enseignement public (PEP). Bien sûr, il faut toujours se méfier des sondages et de leurs conclusions surtout quand on sait qu’ils ont été réalisés via internet auprès d’un « échantillon représentatif » d’un millier de personnes… Mais, dans le même temps, il faut se garder de toute indifférence et prendre le temps de réfléchir aux conséquences de la situation telle qu’elle est décrite.

Le point principal est qu’une grande majorité de Français estime que leur société est inégalitaire surtout dans les domaines de l’emploi, du logement et de la santé. De façon générale, ils sont ainsi 78% à penser que les droits et devoirs ne sont pas les mêmes pour tous. Un chiffre impressionnant qui, à une autre époque, aurait pu être qualifié de « pré-révolutionnaire » voire de « pré-insurrectionnelle ». En clair, le deuxième pilier du triptyque républicain, l’Egalité, n’aurait plus aucun rapport avec la réalité du pays. Cela suffit presque à expliquer la montée en force du Front national et de la mouvance populiste et xénophobe qui l’accompagne. Pour qui voyage régulièrement dans l’Hexagone et qui garde à l’esprit que Paris, ses quartiers pour bobos et ses talk-shows débiles ne sont pas la France, une telle réalité n’est guère étonnante. Il suffit de s’installer à la table d’un café ou d’un buffet de gare et d’ouvrir les oreilles pour en prendre la mesure.

Car, contrairement à une idée reçue, l’essentiel de la discussion, celle où s’expriment la colère et le ressentiment, n’a que peu à voir avec les étrangers voire les musulmans. Du moins, pas de manière principale. Le vrai sujet, celui qui revient en boucle, celui qui est évoqué partout, y compris dans les files d’attentes dans les agences de l’Etat, c’est celui de l’inégalité. On parle de celles et ceux qui tirent leurs épingles du jeu sans trop d’efforts. On tire à vue sur les profiteurs mais, et c’est de plus en plus fréquent, on s’empresse de préciser qu’il ne s’agit pas des petits fraudeurs aux prestations sociales. En fait, ce sont « les gros » qui sont visés car identifiés comme étant ceux qui exagèrent et qui n’ont aucun scrupule à profiter du système. Et, chaque jour ou presque, l’actualité conforte cette certitude.

La liste est longue. Des élus que la justice a déjà condamnés et qui continuent à multiplier les prébendes en sachant utiliser à leur avantage les méandres compliqués du système judiciaire. Un personnel politique, on le découvre au gré des affaires, qui fonctionne en cercle fermé où époux, épouses, maîtresses, amants et autres camarades de promotion se partagent les meilleurs postes, cumulant les mandats, les salaires et autres compensations. Des malins qui fraudent le fisc et refusent de payer leur écot à la collectivité. En somme, la chronique habituelle du pouvoir, de l’argent, des copains et des coquins… Effectivement, ce n’est guère nouveau. Mais dans le dix-neuvième siècle de Balzac ou dans les affaires putrides qui ont secoué la Troisième République, internet et ses réseaux sociaux n’existaient pas. Aujourd’hui, la moindre dépêche, le moindre ragot est diffusé en temps réel, aggravant la certitude du « tous pourris ».

Cela étant dit, on se demande souvent pourquoi la France ne connaît pas une protestation d’ampleur comparable à ce qui s’est par exemple passé avec les Indignés de nombreux pays notamment en Espagne. La réponse la plus souvent avancée est que les amortisseurs sociaux jouent encore leur rôle. En examinant le sondage cité au début de ce texte, on se rend compte qu’un autre élément prime. De nombreux Français sont convaincus qu’il est des inégalités « normales » car fondées sur le mérite. Et c’est sur cette notion de mérite que les politiques et, de façon plus générale, les élites, y compris économiques, ont longtemps réussi à assoir leur position en haut de l’échelle. L’idée que l’on ne peut arriver au sommet sans avoir le bagage intellectuel nécessaire et sans avoir consenti d’importants sacrifices reste, malgré tout, très répandue et nombreux sont celles et ceux qui en tirent profit.

A cela, et concernant toujours la notion de mérite, s’ajoute une vision particulière de la société française et de la place que chacun peut y occuper. Interrogé par le quotidien Le Monde, Louis Morin, directeur de l’Observatoire des inégalités, dresse un constat sévère. En France, explique-t-il, « l’on est toujours ‘en-dessous’ de quelqu’un ; chacun peut se sentir lésé par rapport à une frange supérieure de la population (…) derrière les discours officiels, se cache une société très formaliste, très segmentée. Très hypocrite, par exemple, dans le domaine de l’éducation, ou plus généralement vis-à-vis des milieux populaires, peu diplômés » (*).

Donner le sentiment aux autres, c’est-à-dire les possibles contestataires, que si l’on est dans une position enviable c’est parce qu’on le mérite est une tactique de communication bien connue. Elle est d’autant plus efficace qu’il s’agit de donner le sentiment à tout un chacun que, lui aussi, mérite plus que d’autres et qu’il lui faut donc veiller à ne pas trop remettre en cause l’ordre établi. Le problème, c’est que les scandales et le marasme économique sont en train de fragiliser ce genre de stratégie. Dans un contexte où (presque) personne ne croit plus à l’ascenseur social et, encore moins, à la lutte des classes, on est en droit de se demander sur quoi va déboucher cette situation.

(*) Le Monde, 18 novembre 2014.
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vendredi 21 novembre 2014

Prospérité et institutions économiques

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L'économiste turco-américain Daron Acemoglu est l'auteur, avec James A. Robinson, de l'ouvrage "Why Nations Fail" (pourquoi les nations échouent) publié en 2012 chez Crown Business.
Extraits d'un entretien accordé au Quotidien Le Monde (16 novembre 2014).

"Avec James A. Robinson, nous considérons que la prospérité est avant toute chose liée aux institutions économiques. Les modèles qui permettent la prospérité sont "inclusifs", c'est-à-dire que les institutions offrent une relative égalité des chances, garantissent des droits économiques et politiques et permettent l'innovation. A l'inverse, les modèles qui empêchent le développement sont de nature "extractive", c'est-à-dire que les institutions économiques sont là pour servir l'enrichissement d'une minorité aux dépens du reste de la population. La nature des institutions économiques est directement liée à la nature du régime politique, démocratique ou autoritaire. Le déclin d'une société intervient quand ses institutions économiques évoluent d'un modèle inclusif vers un modèle extractif".
(...)
"Le déclin de la République de Venise, l'une des cités les plus prospères du Moyen Age, en est un bon exemple. La stagnation de la ville est directement liée au changement majeur des institutions qu'a constitué la mainmise des grandes familles vénitiennes sur le Parlement à la fin du XIII° siècle et qui s'est traduit pas la fin de la liberté de commerce au long cours.
(...)
"Certes la croissance chinoise a été exceptionnelle ces dernières décennies. Mais la Chine atteint le stade de développement où commencent les difficultés pour un régime extractif : elle va être confrontée à une tension croissante entre la nécessité d'ouvrir la société pour susciter l'innovation indispensable à sa croissance future, et la volonté du pouvoir communiste de maintenir son monopole politique."
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jeudi 20 novembre 2014

La chronique économique : L'euro baisse

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 19 novembre 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Une bonne ou une mauvaise chose ? Depuis le mois de mars dernier, l’euro est engagé dans une tendance baissière qui lui a fait perdre plus de 10% par rapport au dollar étasunien et 5% vis-à-vis de l’ensemble des grandes devises mondiales. De façon symbolique, la monnaie européenne est ainsi passée sous le seuil de un euro pour 1,30 dollar. On est loin de la période où de nombreux économistes étaient persuadés que la parité serait de 1,65 dollar pour un euro (à ce jour, le record est de 1,6038 ayant été établi en juillet 2008).

UN IMPACT MITIGE

Les raisons de la baisse de l’euro sont connues. Il y a d’abord le fait que c’est plutôt le dollar qui augmente. En effet, l’économie américaine va bien mieux que son homologue européenne pour laquelle le Fonds monétaire international (FMI) continue de craindre une troisième récession. Dans un tel contexte, les investissements vont vers la zone qui affiche les perspectives les plus prometteuses. Cela provoque une hausse des actifs libellés en dollars et donc un certain fléchissement de ceux qui le sont en euros. Plus important encore, on s’attend à ce que la Réserve fédérale (Fed) augmente ses taux en 2015, ce qui rend les investissements en dollars plus attractifs.
Le second facteur qui influe sur la baisse de l’euro est que la Banque centrale européenne (BCE) semble avoir décidé qu’il était temps d’agir en ce sens. Aujourd’hui, son taux directeur est de 0,05% et celui des dépôts (rémunération des placements à court terme) est négatif (-0,2%, ce qui signifie qu’il faut donc payer une prime pour placer ses fonds à court terme). En clair, sur le marché des changes, l’euro est une devise moins attractive pour les investisseurs qui lui préfèrent le billet vert ou d’autres monnaies. De façon plus pragmatique, on peut dire aussi que la devise européenne est enfin entrée dans la bataille des changes alors qu’elle faisait figure, depuis 2008, de grande vaincue de ces mouvements de dévaluation qui ne disaient pas leur nom.
Il reste à savoir si cette baisse va contribuer à faire sortir la zone euro de son marasme actuel. On connaît les avantages et les inconvénients d’un repli d’une devise. D’un côté, les exportateurs gagnent en compétitivité, ce qui contribue à créer de l’emploi et à soutenir la croissance. De l’autre, cela signifie que les produits importés augmentent et avec eux l’inflation, ce qui est une mauvaise nouvelle pour le pouvoir d’achat des ménages. Dans le cas de la devise européenne, il est important de noter que l’effet positif en matière d’exportations ne vaut que pour les entreprises qui vendent au-delà de la zone euro. Or, souvent, la compétition entre entreprises a lieu surtout à l’intérieur même de cette zone. Cela signifie que la baisse de la monnaie unique risque de ne produire que des effets marginaux. On pense ainsi que cela permettrait d’obtenir 0,25% de croissance supplémentaire du produit intérieur brut (PIB) européen.

L’ALGERIE RATE DES OCCASIONS

Mais qu’en est-il pour un pays comme l’Algérie dont les recettes sont essentiellement en dollars tandis que ses dépenses d’importations sont principalement libellées en euros ? La situation actuelle (dollar plus fort, euro plus faible) est a priori avantageuse et cela même si les cours du pétrole sont en baisse. Autrement dit, c’est un contexte qui peut permettre à l’Algérie de valoriser ses avoirs en dollars en réalisant quelques bonnes affaires dans la zone euro (immobilier, capital d’entreprises cotées) mais aussi de faire passer une partie de ses réserves de change en euros (le dollar ne restera pas longtemps orienté à la hausse). Cela fait des années que des économistes algériens souhaitent que leur pays prépare l’avenir par le biais de ce type d’opération. En vain…
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L'Algérie ou le syndrome Kagemusha

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En Algérie, la bataille de l'après-Bouteflika a commencé
Le Monde, Florence Beaugé, 16 novembre 2014.
Extraits
"L'inquiétude et le mal-être sont pourtant les sentiments les mieux partagés en Algérie aujourd'hui. Le pouvoir joue de cette anxiété généralisée, sur le thème de ''Bouteflika ou la chaos". La situation en Lib ou au Sahel préoccupe tout le monde. En revanche, la guerre menée par la coalition internationale contre l'Etat islamique est observée avec méfiance. Le groupe djihadiste est vu comme une invention des Occidentaux"
(...)
"L'atmosphère est délétère. On se méfie : personne ne sait ce que sera demain. Les gens n'ont qu'une certitude : cette situation ne va pas durer. Il va se passer quelque chose, mais quoi ? "C'est triste à dire mais on attend que Boutef meure. Seul son décès peut débloquer la situation. Le calme qui prévaut est trompeur. Cela peut déraper à tous moments", avertit un universitaire. Pour lui, l'Algérie se retrouve dans la situation du film Kagemusha, du cinéaste japonais Kurosawa. "On remplace un mort par son sosie et on transporte un palanquin pendant des années, histoire de faire croire au peuple que le défunt est toujours en fonction", résume-t-il."
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mercredi 19 novembre 2014

Jürgen Habermas et l'avenir de l'Europe

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Le philosophe et intellectuel allemand Jürgen Habermas est le théoricien de "l'éthique de la discussion" et du "patriotisme constitutionnel". Extraits de l'entretien qu'il a accordé au quotidien Le Monde daté du 8 novembre 2014.

"Avec la mondialisation économique, la politique a perdu, au cours des dernières décennies, sa marge de négociation face au marché, et elle ne pourra la reconquérir que par un regroupement à un niveau supranational. La seule voie de salut pour l'Etat social en Europe passe, à mon avis, par le passage de la monnaie commune européenne à une union politique." (...)
"La clé d'une sortie de crise est désormais à chercher avant tout auprès du gouvernement allemand lui-même : celui-ci aurait dû depuis longtemps lancer une discussion sérieuse sur les alternatives futures de l'Europe tout en développant sa propre perspective. Car après tout, l'intérêt bien compris de l'Allemagne serait que l'Union adopte une forme dans laquelle un leadership ne soit ni possible ni nécessaire." (...)
"L'indispensable transfert de souveraineté à un niveau européen requiert un contrôle démocratique, donc une inflexion de la balance en faveur du Parlement européen. Hélas, je ne vois aucun Churchill, aucun politicien qui aurait les épaules suffisantes pour mettre une telle mutation en branle." (...)
"Les hommes politiques ne devraient pas craindre la bagarre. Ils devraient retrousser leurs manches et, devant leurs opinions publiques, mettre à l'ordre du jour de leurs nations respectives les alternatives qui s'offrent aujourd'hui à l'Europe. Il faudrait conclure une alliance entre partis proeuropéens dans chaque pays. Il est vrai qu'une telle 'grande coalition' européenne est déjà difficile à envisager en Allemagne. Encore plus en France, où le fossé entre droite et gauche est si profond... Mais aujourd'hui - face au Front national -, que signifie encore 'la droite' ?"
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mardi 18 novembre 2014

La chronique du blédard : L’Europe abandonne les migrants en Méditerranée

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 novembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

Laisser les migrants mourir en les abandonnant à leur triste sort en  Méditerranée, c’est la décision passée presque inaperçue que vient de prendre l’Union européenne (UE). Bien sûr, cela n’a pas été formulé ainsi et la Commission de Bruxelles s’empressera de démentir avec force indignations pareille affirmation dont la brutalité est pourtant assumée par le présent chroniqueur. Bien sûr aussi, il y a quelques nuances à introduire dans le propos liminaire de ce texte mais il n’empêche. Les hommes, les femmes et les enfants qui s’embarquent, ou s’apprêtent à le faire, sur des coques de noix à destination des côtes italiennes ou espagnoles risquent bien plus d’y laisser la vie qu’au cours des mois qui ont précédé.

Souvenons-nous du terrible début de l’automne 2013 où plus de quatre cent migrants sont morts noyés au large des îles de Malte et de Lampedusa. Face à l’émotion provoquée par ce terrible drame, le gouvernement italien a décidé alors de mettre en place l’opération « Mare Nostrum » dont le but était d’assurer le sauvetage en mer des candidats à l’émigration en Europe. Soutenus par des moyens de reconnaissance aérienne, les navires italiens furent habilités à s’approcher des eaux territoriales libyennes pour se porter au secours de celles et ceux que les passeurs des réseaux mafieux n’avaient eu aucun scrupule à faire monter dans des rafiots vermoulus. A l’époque, déjà, cette initiative avait été critiquée par les organisations humanitaires qui lui reprochaient son manque de moyens. Que dire aujourd’hui ?

Car depuis le 1er novembre, « Mare Nostrum » a officiellement été arrêtée par l’Italie et remplacée par le dispositif « Triton », du nom, ironie morbide, de ce dieu qui avait le pouvoir de calmer les tempêtes. Cette nouvelle opération est gérée par l’Union européenne par le biais de Frontex, l’organisme qui assure la surveillance des frontières extérieures de l’UE. En clair, le sort des migrants en Méditerranée n’est plus une question humanitaire mais bien sécuritaire. Autrement dit, l’Europe se portera désormais au secours de celles et ceux qui se noieront dans ses eaux mais pas au-delà. Elle ne recherchera pas activement les migrants dans les eaux internationales pour se porter à leur secours mais se contentera de surveiller ses frontières maritimes notamment celles où les passages d’embarcations de clandestins sont les plus fréquents.

Selon le gouvernement italien, « Mare Nostrum » a coûté 114 millions d’euros soit près de 9 millions d’euros par mois. Le budget alloué à « Triton » ne dépassera pas quant à lui 2,9 millions d’euros mensuels soit le tiers de ce qui était précédemment mobilisé. Mécanique, le constat fait froid dans le dos : moins de moyens cela signifie forcément bien plus de morts qu’auparavant. Faudra-t-il une nouvelle catastrophe pour que les Européens reconsidèrent leur décision ? Ce n’est absolument pas sûr. De nombreuses chancelleries ont fait pression sur l’Italie pour que l’opération « Mare Nostrum » soit arrêtée car étant considérée comme une facilitation de l’émigration clandestine en Europe. Ainsi, pour l’Allemagne, ce dispositif a encouragé les passeurs à multiplier les expéditions y compris les plus risquées, ces criminels se disant que, de toutes les façons, les Européens se porteraient systématiquement au secours des embarcations qu’elles soient ou non en détresse.

Dans le contexte politique européen marqué par la montée en puissance des partis xénophobes et populistes, l’abandon de « Mare Nostrum » n’est pas une surprise. C’est même une concession de taille faite à celles et ceux qui ne se privent plus pour réclamer que les harragas soient abandonnés à leur sort ou, pire encore, que leurs bateaux soient coulés (et eux avec) par les marines européennes. Pour l’heure, l’UE et ses membres affirment qu’ils continueront de respecter les obligations du droit maritime ainsi que les conventions internationales concernant les demandeurs d’asile. Mais en diminuant ses moyens et en reléguant l’action humanitaire au profit du sécuritaire, on peut dire que l’Europe compte finalement sur la Méditerranée pour diminuer le flot de migrants clandestins qu’elle est obligée d’accueillir sur son sol.

Mais, demanderont certains, « que faire d’autre puisqu’on ne peut accueillir toute la misère de l’Afrique et du Proche-Orient réunis » ? A l’heure où même le Maghreb connaît une inquiétante flambée xénophobe qui vise les migrants subsahariens (mais aussi les réfugiés libyens ou syriens), il y a urgence à rappeler les principes les plus élémentaires qui fondent l’Humanité. Le fait est que l’être humain doit assistance à son prochain, quelles que soient sa nationalité, sa religion ou ses orientations sexuelles. On le sait, le problème de la pauvreté en Afrique ou celui de l’instabilité politique au Machrek ne peuvent être réglés que dans la durée (et à condition qu’il existe une volonté politique globale ce qui, hélas, est loin d’être le cas). Cela signifie que le phénomène des migrants en Méditerranée ne va pas disparaître de sitôt cela d’autant plus que l’Europe éprouve une étrange réticence à s’attaquer aux mafias internationales qui tirent profit de l’immigration clandestine. En attendant que les choses aillent mieux – cela finira bien par arriver - l’urgence commande donc à la fraternité. Dans un contexte global où tout semble se détraquer, où l’actualité quotidienne n’est que sombres nuées, l’heure doit être à l’accueil et au partage. Par temps de tempêtes, quand il y en a pour cent, il en a aussi pour mille.
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vendredi 14 novembre 2014

André Orléan, à propos de l'euro

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L'économiste André Orléan, spécialiste des questions monétaires, à propos de l'euro
Extrait de l'entretien publié par Le Monde daté du 9 novembre 2014

"L'euro est une monnaie incomplète car elle n'est pas adossée à une souveraineté politique et ne renvoie à aucun sentiment de solidarité partagé par les populations européennes. Les billets en euro sont symptomatiques dans la mesure où il a été impossible de trouver d'autres symboles communs que des portes, fenêtres ou ponts qui ne renvoient à aucune réalité sociale vécue.
"Autrement dit, il faudrait avoir confiance dans l'euro, non pas pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il nous promet d'être, sans pourtant qu'il soit possible aujourd'hui de fournir une représentation tangible de ce destin".
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jeudi 13 novembre 2014

Hitchcock et L'Inconnu du Nord-Express

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Alfred Hitchcock, en préface à l'édition française de L'Inconnu du Nord-Express (strangers on a train, 1950) de Patricia Highsmith (Calmann-Lévy 1951). Roman dont il a tiré un film éponyme sorti sur les écrans en 1951."
"Il me plaît que les personnages de mes films soient des gens comme vous et moi qui, tout à fait par hasard, se trouvent mêlés à des aventures extraordinaires auxquelles rien ne les prédestinait. Ce genre d'aventures dont on dit, en voyant l'acteur s'y débattre malgré lui : "Après tout, ça aurait pu m'arriver à moi !" Et chacun de compatir aux malheurs de ses héros favoris. Ce préambule vous fera comprendre pourquoi j'ai été séduit par L'Inconnu du Nord-Express (...)
"Naturellement, il fallait tout d'abord que l'histoire fût accommodée à ma manière. Cette manière que les spectateurs attendent et qu'ils seraient déçus de ne pas retrouver comme s'ils voyaient un tableau de Rembrandt sans clair-obscur, ou un Degas sans danseuse. Les adultes, en vérité, sont pareils aux enfants qui réclament toujours les histoires qu'ils connaissent le mieux et qui refusent toute variation. Aussi, lorsque je dis, par exemple, que si je tournais Cendrillon, on chercherait le cadavre, ne s'agit-il pas là d'une boutade, croyez-moi."
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mardi 11 novembre 2014

La chronique économique : Nuages sur l’économie française

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 5 novembre 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Mais où va l’économie française ? C’est la question que l’on est en droit de se poser à la lecture des prévisions de la Commission européenne qui ont été rendues publiques mardi 4 novembre. Certes, comme l’a vite remarqué Paris, l’exercice de la prévision est à la fois théorique et aléatoire. En 1996, par exemple, tout le monde s’attendait à ce que l’économie française plonge en 1997 (ce qui avait poussé, entre autre, Jacques Chirac à dissoudre l’Assemblée nationale) mais la croissance avait été au rendez-vous. Mais ce qui est important de noter, c’est que les pronostics de Bruxelles sont encore plus pessimistes qu’au printemps dernier et qu’ils tablent sur une dégradation continue de la situation jusqu’à au moins 2016, c'est-à-dire à la veille de la prochaine élection présidentielle.
 
Panne de croissance
 
Dans le détail, Bruxelles ne voit pas l’économie française reprendre le chemin d’une forte croissance. Le taux d’augmentation du Produit intérieur brut (PIB) ne serait finalement que de 0,3% en 2014 et de 0,7% en 2015. Pour 2016, la Commission table sur un taux de 1,5% c'est-à-dire une progression sur laquelle ne cracherait pas l’actuel gouvernement français mais qui risque d’intervenir trop tard et qui, de toutes les façons, reste encore hypothétique. De façon générale, la France a besoin d’une croissance supérieure à 2% pour commencer à résorber le chômage (lequel va se maintenir à plus de 10% de la population active) et à assainir ses finances publiques.
 
Car c’est sur ce volet que les choses vont aussi se dégrader. Selon Bruxelles, le déficit public va s’aggraver ce qui obligera la France à continuer de s’endetter. Les coupes et autres économies budgétaires décidées par Paris pour les prochains mois ne vont donc pas suffire. Les prévisions de la Commission tablent sur un déficit équivalent à 4,4% du Produit intérieur brut en 2014 et de 4,5% en 2015. En 2016, la France afficherait même le plus fort déficit public de la zone euro avec un taux de 4,7%. Rappelons ici que le déficit public rapporté en pourcentage du PIB fait partie des fameux critères de Maastricht et que les Européens se sont entendus au milieu des années 1990 pour qu’il ne dépasse pas les 3%. Concrètement, cela signifie que le « découvert » d’un Etat ne doit pas dépasser 3% de la richesse qu’il crée en une année.
 
De nombreux économistes estiment pourtant que cette butée de 3% ne veut rien dire et qu’elle pourrait être de 4% voire de 5%. Par contre, ce qui est important, c’est la tendance. Vivre (un peu) à crédit pour un Etat n’est pas grave. Par contre, un pays dont le déficit s’aggrave d’une année à l’autre devient peu à peu dépendant des marchés financiers pour assurer son train de vie. Dans le cas de la zone euro, des finances saines sont jugées obligatoires pour renforcer le crédit de la monnaie unique et éviter qu’elle ne soit attaquée par des spéculateurs sur les marchés. Du coup, la France est pointée du doigt par Bruxelles et ses partenaires parce qu’elle ne serait pas suffisamment rigoureuse en matière de gestion budgétaire.
 
2017 dans le viseur
 
En tout état de cause, les prévisions de la Commission européenne sont un signal d’alarme pour François Hollande et son gouvernement. Peu à peu s’impose l’idée de l’échec définitif de la politique économique du président français cela dans un contexte de politique intérieure de plus en plus tendu. La montée du Front national – Marine Le Pen est donnée en tête du premier tour par les sondages – risque fort d’être renforcée. Assurément, la deuxième moitié de la présidence Hollande risque d’être des plus agitées.
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