Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : L'Algérie en 100 questions. Un pays empêché (Tallandier, 2019)

jeudi 26 août 2021

La chronique du blédard : Algérie – Maroc, l’escalade ?

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Jeudi 26 août 2021

Akram Belkaïd, Paris


La rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc, à l’initiative des autorités algériennes, est un événement d’une rare gravité. Certains en rient, tournant en dérision l’efficacité ou les fondements d’une telle décision. D’autres applaudissent, cédant à un vieux fond de défiance, voire de mépris structurel, à l’égard du royaume voisin. En réalité, il s’agit d’un pas supplémentaire d’une lente escalade entamée depuis le début des années 2000, autrement dit depuis l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika aux affaires. 

Certes, le contentieux du Sahara occidental, le souvenir de la Guerre des sables de 1963 avec le fameux « hagrouna » du président Ahmed Ben Bella ont toujours alimenté une solide inimitié entre les deux pays. Ils ont fait oublier le soutien marocain à l’indépendance de notre pays et plus personne ne se souvient aujourd’hui de la conférence de Tanger (avril 1958) où les grands partis indépendantistes algérien, marocain et tunisien, entérinèrent le projet d’un Maghreb uni. Les brefs affrontements armés de 1975 et 1976, la honteuse expulsion de dizaine de milliers de Marocains (décembre 1975) décidée par Houari Boumediene en personne ainsi que l’imposition unilatérale d’un visa par Rabat en 1994 (en réponse, Alger ordonna la fermeture des frontières terrestres, fermeture encore en vigueur aujourd’hui) font aussi partie du passif bilatéral que rien ne semble pouvoir, ou vouloir, apurer.

Mais, depuis deux décennies on a la sensation, espérons qu’elle soit infirmée par les faits à venir, qu’une mécanique du pire s’est mise en place. Des deux côtés, on achète beaucoup d’armes. Des deux côtés, on se cherche querelle, on franchit des paliers dans le propos irrespectueux ou l’initiative officielle provocatrice. Sur le plan diplomatique, on se livre un bras de fer en coulisse des grandes organisations internationales, notamment l’Union africaine. Tout cela pourquoi faire ? Pour que deux peuples frères que tout devrait réunir finissent par se faire la guerre ? Est-ce cela qui est mis en branle ? Une telle perspective serait terrible pour l’Algérie comme pour le Maroc mais aussi pour toute la Méditerranée de l’Ouest.

Que l’Algérie ait des griefs à l’encontre de son voisin, cela personne ne peut le contester. L’affaire Pegassus, même si elle a disparu de la une des médias, n’est en rien réglée et sa gravité demeure évidente. On aura beau dire que tous les pays s’espionnent entre eux, la règle entendue est qu’il ne faut jamais se faire attraper et quand c’est le cas, le minimum que l’on peut attendre du pris en faute est de s’excuser.

De même, aucun Algérien ne peut accepter la provocation de l’ambassadeur marocain aux Nations Unies qui, en juillet dernier, a soumis aux pays membres une note dans laquelle il estime, que le « peuple kabyle mérite plus que tout autre de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination ». L’histoire de l’Algérie, celle de sa lutte anticoloniale, sa géographie, sa sociologie, la nature même de sa société où s’imbriquent et s’interpénètrent les faits arabophones et berbérophones font que le parallèle entre Kabylie et Sahara occidental ne tient absolument pas la route. 

On peut critiquer le soutien accordé par notre pays au Front Polisario. On peut même s’interroger sur, à la fois, sa pertinence et son efficacité  tout en analysant sérieusement ses conséquences négatives sur la stabilité et la cohérence politique du Maghreb. Mais il ne faut pas tout confondre ou alors on ouvre la voie à des surenchères sans fin sur l’autodétermination du Rif ou du Haut-Atlas marocains. Si Rabat avait voulu calmer le jeu, l’initiative de son ambassadeur aurait dû être désavouée. Ce ne fut pas le cas, c’est donc un geste murement réfléchi qui ne pouvait que déclencher des conséquences en retour.

A l’inverse, la thèse selon laquelle le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) serait, avec le soutien du Maroc et d’Israël, derrière les incendies qui ont ravagé le centre du pays ne vaut même pas qu’on la commente. Il est vrai que le MAK, dont le dirigeant clame à qui veut l’entendre que la Kabylie subit « un génocide » (ces simples mots suffisent à lui ôter tout crédit), cherche sans vergogne des soutiens à Rabat et à Tel Aviv. Mais de là à l’impliquer dans une catastrophe qui a mis en exergue les manquements de l’Etat algérien et son incapacité à prendre en compte les dangers engendrés par le réchauffement climatique, il y a un fossé que ne craint pas de franchir l’habituel discours à la fois complotiste et dilatoire. Il est fort possible que parmi les incendies qui ont embrasé le pays, certains soient d’origine criminelle mais cette thèse de la triple main criminelle (Mak, Maroc, Israël) laisse plus que dubitatif…

Quoi qu’il en soit, cette malheureuse crise bilatérale nécessite un appel, un retour ( ?), à la raison. Cette raison dont s’est toujours prévalue la diplomatie algérienne. Dans un environnement parfois chaotique, cette institution a le plus souvent gardé le cap de la retenue et du sang-froid. D’un autre côté, illustration de ce fameux « non-Maghreb » dont on ne cesse de déplorer les effets délétères, on réalise que l’Algérie et le Maroc ont été incapables de mettre en place ce que l’on qualifie de « facteurs d’irréversibilité », autrement dit des projets ou des organisations communes capables d’atténuer les conséquences de tensions bilatérales et renforçant la construction maghrébine. Un peu comme deux voisins qui mettraient en commun leur alimentation en eau potable ou dont les maisons s’appuieraient sur le même mur porteur. On pensait que le gazoduc Maghreb – Europe – qui transite par le territoire marocain et dont l’avenir est désormais suspendu en était un. Il en aurait fallu bien plus. 

De même, on se rend compte que les bonnes volontés dédiées à apaiser les tensions ne se bousculent guère au portillon. Il fut un temps où l’une des préoccupations des monarchies du Golfe était de convaincre Alger et Rabat de se parler. Exception faite du Qatar, cela ne semble plus être le cas aujourd’hui. Quant à la France, toujours encline à soutenir Rabat, elle ne semble pas réaliser qu’une détérioration plus marquée des relations algéro-marocaines aura une incidence directe sur la quiétude de l’Hexagone. 

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mercredi 25 août 2021

La chronique du blédard : L’emprise des paris en ligne

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 24 juin 2021

Akram Belkaïd, Paris

C’était en 2018, le 28 mai, un match de préparation de l’équipe de France de football en vue de la Coupe du monde dont on connaît aujourd’hui le résultat. Époque bénie d’avant-pandémie, le stade de Saint-Denis était plein à craquer malgré la pluie battante et malgré la modestie de l’adversaire du jour : l’Irlande (deux buts à zéro pour les Bleus). Un match agréable mais perturbé par le comportement bruyant de mes voisins. Dans la tribune où je me trouvais, juste derrière-moi, occupant quasiment toute la travée, des jeunes d’origine maghrébine semblaient, en effet, plus intéressés par leur smartphone que par les cavalcades de Mbappé. 

Nous étions alors en plein ramadan et nombre d’entre-eux ne cessaient de se lamenter sur ce temps qui file lentement quand on attend avec impatience la tombée du jour. En fait, avec leurs propos haut-perchés, personne ou presque dans la tribune ne pouvait ignorer qu’ils jeûnaient. Mais ce qui m’intéressait, et agaçait, dans leur comportement, c’était leur consultation frénétique de leur écran le tout accompagné de propos plus ou moins ésotériques : cote, bonus, trixie, bankroll, BTTS, freebet, etc. Vous l’avez compris, ces gaillards pariaient sur des sites en lignes. Ils faisaient du « live betting », autrement dit, ils pariaient sur le match qui se déroulait devant leurs yeux s’ils avaient pris la peine de lever la tête.

A la mi-temps, j’ai échangé quelques mots avec l’un d’eux qui semblait furieux d’avoir perdu sa mise alors que l’un de ses comparses avait empoché un gain de quelques dizaines d’euros. Vous pariez en ligne ? ai-je demandé. Puis, ayant reçu une brève réponse positive, j’ai posé une autre question qui a jeté un froid : donc vous jeûnez mais vous pariez quand même ? Silence. Je n’ai pas insisté. Ils ont continué à jouer et à ne suivre le match que d’un quart d’œil, attendant le moment d’avaler la première datte.

Cette histoire pourrait illustrer à merveille la schizophrénie qui caractérise la religiosité ostentatoire d’une partie de la jeune française d’origine maghrébine. Elle peut aussi aider à démontrer que cette pratique de la religion n’est, le plus souvent, que l’expression d’une tradition culturelle et que la foi bruyamment proclamée s’accommode fort bien de certains interdits – pas tous – offerts par la vie moderne. A la fin du match, alors que je m’apprêtais à quitter la tribune, l’un des parieurs, briefé par son camarade qui n’avait su quoi me répondre, m’a interpellé pour se justifier. Selon lui, l’islam interdit certes les jeux de hasard mais le pari sportif étant la résultante d’un vrai travail de réflexion (analyse des équipes, évaluation des cotes, etc.), on ne pouvait blâmer les joueurs. J’imagine que c’est sur Internet que cet apprenti ouléma a puisé la fatwa qui lui convenait pour se trouver une excuse pour parier.

Mais si je vous raconte cette histoire, c’est surtout parce que les paris en ligne sont devenus omniprésents au sein de cette jeunesse populaire. Il y a quelques mois, le Bondy Blog a même tiré la sonnette d’alarme, mettant en garde contre les ravages que ces jeux provoquent dans les quartiers (1). Addiction, drames familiaux, endettement, recours à des actes délictueux pour financer les paris : voilà une situation qui ne cesse de s’aggraver depuis l’autorisation des paris en ligne en 2010. A l’époque, déjà, plusieurs voix s’étaient élevées pour demander qu’elle soit plus encadrée et qu’elle soit interdite de réclame. En vain…

Pour qui regarde l’Euro de football, il est ainsi impossible d’échapper aux clips publicitaires mettant en scène des jeunes empochant la mise et donc, pour reprendre une expression algérienne, « sortant du sous-développement ». L’argument de l’un de ces sites est d’ailleurs clair : pour aider la daronne (la maman), il faut parier. Ces sites sont omniprésents. Pour vanter leurs mérites, ils embauchent des personnalités connues, des journalistes sportifs, des comédiens et des « influenceurs », terme désignant les stars des réseaux sociaux qui attirent à eux des centaines de milliers pour ne pas dire des millions d’internautes, souvent jeunes.

Quelle que soit la latitude, l’emprise des jeux de hasard sur les classes populaires n’est pas une nouveauté. Mais pendant longtemps, jouer demandait un (petit) effort, ne serait-ce que le fait de se déplacer dans les endroits dédiés à cela. J’ai toujours été frappé par l’atmosphère sordide qui régnait dans les salles où des parieurs suivaient avec inquiétude telle ou telle course de chevaux tout en grattant des tickets censés leur faire gagner des fortunes. Aujourd’hui, nul besoin de bouger de chez soi. Internet, un smartphone et un compte en banque suffisent. Si on hésite, le site vous offre un ou plusieurs paris gratuits. Vous êtes lecteur de la presse sportive ou des magazines hebdomadaire ? Vous trouverez facilement un coupon vous encourageant à vous lancer avec deux ou trois « freebet », histoire de bien vous ferrer.

Dans un pays où des hommes et femmes politiques ne cessent de s’épancher sur les dangers du burkini, la question des paris en ligne et de leurs conséquences désastreuses devrait constituer une priorité. Mais l’argent sait toujours se faire respecter, même s’il est sale et qu’il fait le malheur des pauvres gens.


(1) « Dans les quartiers, les paris sportifs font des ravages », Latifa Oulkhouir, Bondy Blog, 24 février 2021. 


La chronique économique : Hydrogène, le retour

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 23 juin 2021

Akram Belkaïd, Paris

Faut-il y croire ou est-ce encore de la science-fiction que chercherait à utiliser la communication ? En début de semaine, trois entreprises françaises, Air Liquide, Airbus et Aéroports de Paris (ADP), ont annoncé avoir signé un protocole d’accord pour développer la filière hydrogène. L’objectif est que les principaux aéroports français disposent dès 2035 d’infrastructures garantissant l’approvisionnement en hydrogène pour les futurs aéronefs qui utiliseront ce composé pour voler. En clair, ces trois acteurs font officiellement le pari du replacement du kérosène par l’hydrogène.

Aérien et automobile

Pour mémoire, en septembre dernier, le constructeur français avait annoncé vouloir développer trois avions qui utiliseraient l’hydrogène comme principal carburant. Un pari ambitieux qui exige la refonte totale de circuits logistiques entièrement basés sur les hydrocarbures. Pour reprendre le terme à la mode, un tel basculement serait « disruptif » car il mettrait fin à plus d’un siècle d’usage carboné. Certes, l’aviation développe aussi d’autres alternatives moins disruptives comme des carburants moins riches en carbone ou des biocarburants voire des mélanges. Mais l’hydrogène alimente toutes les passions.

Très présent sur notre planète, il est, pour l’économiste américain Jérémy Rifkin, l’avenir de la civilisation moderne car il serait le substitut idéal aux hydrocarbures. Déjà, des expérimentations existent avec la pile à hydrogène pour générer de l’électricité verte. Certes, il faudra toujours de l’énergie pour obtenir de l’hydrogène à partir de l’eau mais la consommation carbonée sera sans commune mesure avec les niveaux d’aujourd’hui. En tous les cas, Airbus a dans ses plans trois projets distincts d’appareils à hydrogène. On n’en sait pas plus mais on parle notamment d’une « aile volante » dont l’avènement permettrait à l’aviation civile de ne plus être pointée du doigt en tant que principal émetteur de gaz à effet de serre (ges).

L’aérien n’est pas le seul secteur à envisager une telle rupture. Dans le monde entier, des projets de voiture à hydrogène avancent. En France, la société Hopium a présenté il y a dix jours un prototype d’une berline, la « Machina » qui devrait être commercialisée dès 2025. Avec 1 000 kilomètres d’autonomie et un « plein » en trois minutes pour une vitesse maximale de 200 kilomètres/heure, le projet est désormais en phase de test. Une fois commercialisée, la voiture visera le marché citadin, à condition que les infrastructures d’approvisionnement suivent.

Défis importants

L’hydrogène, pétrole de demain ? Il ne faut pas aller vite en besogne. Les défis technologiques demeurent important. On ne sait pas encore à quoi ressemblera le réseau de distribution de l’hydrogène. On ne sait pas aussi comment stocker ce dernier à grande échelle. On n’a encore aucun recul quant aux rendements des futurs véhicules à l’hydrogène, notamment ceux dédiés aux transports publics. Il n’empêche. La piste de l’hydrogène mérite d’être suivie de près. En Algérie, pays qui dispose de quantités importantes de gaz naturel, cela pourrait permettre de trouver un bon substitut à une production pétrolière désormais en déclin.

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La chronique du blédard : La démocratie corinthiane et l’Algérie

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 17 juin 2021

Akram Belkaïd, Paris


Le peuple algérien est-il mûr pour la démocratie ? Côté pouvoir, et si l’on fait exception de la brève expérience réformatrice de la fin des années 1980, la réponse a toujours été négative. Dans l’ouvrage collectif « Les années Boum » (1) – auquel le présent chroniqueur a participé – Ahmed Bedjaoui, le grand spécialiste du cinéma algérien, rapporte les propos qu’a tenu le colonel-président Houari Boumediene à son ami, le réalisateur égyptien Lotfi El-Khouli qui lui reprochait alors – c’était en 1974 - le manque d’ouverture de son régime : « La démocratie ne s’octroie pas. Les gens doivent souffrir pour elle et accepter d’aller en prison comme toi, pour la mériter. Le jour où je verrai des élites algériennes accepter de payer le prix de la démocratie, nous en reparlerons. » 

Quelques années plus tard, lors de la célébration d’un mariage où était présent tout le bureau politique du FLN – alors parti unique – j’ai personnellement entendu le même discours, ou presque, tenu par l’un des illustres membres de ce cercle très fermé. Venu « discuter avec la jeunesse », il lança au bout de quelques minutes, agacé par les (très timides et très prudentes) récriminations sur l’état du pays et de sa société : « nous avons arraché l’indépendance par la force. Si vous voulez que les choses changent, il faudra nous chasser, il faudra faire la même chose que nous. »

Qu’elles soient doloriste ou radicale, ces visions perdurent. Et même s’il nous faut mériter cette démocratie, il reste qu’elle n’est pas, du moins officiellement, une fin en soi. Elle n’est pas un horizon souhaité comme le fut, par exemple, le développement au lendemain de l’indépendance. La mascarade électorale à laquelle nous venons d’assister a montré la prééminence du propos relativiste. Il faudrait donner du temps au temps, former les gens, mettre en place des institutions solides, éduquer… Et si l’on persiste à dire que rien ne changera sans véritable ouverture, on peut encore entendre que la démocratie, dans un pays comme l’Algérie, ne peut que mener à un chaos comparable à celui des années 1990.

Il manquera toujours quatre-vingt-dix centimes pour faire un dinar. Poser des préalables à la démocratie, c’est, en réalité, ne pas en vouloir ou soutenir, sans l’assumer, le régime qui n’en veut pas. On peut pérorer comme on veut, en appeler à toute la littérature en sciences politiques, s’il n’y a pas d’ouverture concrète, alors le reste est du festi. Car personne de censé ne peut croire que la démocratie est un achèvement. C’est un processus continu, négocié. Fragile, sans cesse remis en cause par les tendances autoritaristes de l’espèce humaine. La démocratie, est une quête, un cheminement et un combat permanent qui passe par des droits acquis. 

Surtout, la démocratie, ce n’est pas juste le fait d’organiser des élections – surtout quand il s’agit de ne pas accorder d’importance à la participation. C’est une expérience à vivre et à diffuser même quand elle est interdite. Plutôt que de contribuer à sauver la mise à un système qui ne veut rien entendre, il est préférable de contribuer à rendre « normale » l’idée de démocratie. D’en faire une référence en l’opposant à ce qu’est la réalité actuelle. Les droits élémentaires seraient ainsi vécus comme une norme tandis que leur non-respect serait vu pour ce qu’il est : une anormalité inacceptable.

Il y a quarante ans, au Brésil, alors sous dictature militaire, une poignée de footballeurs a initié un mouvement resté dans l’histoire. Joueurs du Sport Club Corinthians Paulista, plus connu sous le nom de Corinthians de São Paulo, des hommes comme Sócrates Brasileiro Sampaio de Souza Vieira de Oliveira (dit Sócrates), Wladimir Rodrigues dos Santos (dit Wladimir), Walter Casagrande Júnior et José Maria Rodrigues Alves (dit Zé Maria) ont bouleversé la gestion de leur club, démontrant par l’exemple comment on peut mettre en place des mécanismes démocratiques au sein d’une institution et comment cela peut rejaillir sur le reste de la société.

De 1981 à 1984, cette « démocratie corinthiane », fustigée par la FIFA, a fait en sorte que les joueurs prennent les principales décisions, qu’ils soient rémunérés de manière équitable, qu’ils décident des recrutements et de la tactique (ce qui déboucha sur un jeu offensif de légende). Ces joueurs ont ainsi démontré que la démocratie n’est pas une abstraction ou un privilège de pays occidentaux. Et quand le régime s’est engagé concrètement dans l’ouverture politique, les « Corinthians » ont soutenu la transition démocratique et appelé leurs concitoyens à aller voter avec cette célèbre banderole déployée par les joueurs avant un match : « Ganhar ou perder, mas sempre com democracia », soit « Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie ».

Je ne sais pas si les intéressés en parleront un jour mais une telle expérience a été envisagée en Algérie. Il s’agissait de faire en sorte qu’un grand club de football devienne une entreprise détenue par ses supporters et ses joueurs, son président étant élu par ces « socios » sur le principe d’un socio, une voix. Quoi de mieux pour éduquer une jeunesse dépolitisée et manquant de repères citoyens ? L’expérience, on devine pourquoi, n’a jamais pu se réaliser. Club de football, cercle de lecture, think tank, association caritative, la démocratie, ou sa préparation, relève toujours d’une démarche subversive – mais pacifique – que le système autoritariste combat toujours quand il finit par la détecter. C’est un jeu du chat et de la souris qui se terminera quand celui qui a le monopole de la force comprendra enfin que les choses doivent changer et que les gens ne devraient pas aller en prison pour obtenir leurs droits et libertés.


(1) Les années Boum, sous la direction de Mohamed Kacimi, Chihab Editions, Alger, 2016.


 

 


La chronique économique : Le bitcoin, opacité et volatilité

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 16 juin 2021

Akram Belkaïd, Paris

Feuilleton bitcoin, suite. Après avoir chuté autour de 30 000 dollars, la monnaie virtuelle est revenue à son niveau récent de 40 000 dollars. Cela confirme une première chose : en comparaison d’autres actifs, actions, matières premières, devises, le marché du bitcoin est très volatil et très dépendant des déclarations des acteurs qui y investissent dont Elon Musk, le très fantasque patron de Tesla. Après avoir annoncé que son entreprise n’accepterait plus de paiement en bitcoin – ce qui a provoqué la chute de son cours – Musk a indiqué que ces paiements seraient de nouveau acceptés mais à certains conditions (en gros, que ses détenteurs en possèdent depuis longtemps et continuent de contribuer à la génération de nouveaux bitcoins).

Dépréciation

Dans une précédente chronique, nous relevions les ambiguïtés de la position de Musk qui, via de simples messages diffusés sur Twitter, peut faire la pluie et le beau temps sur ce marché. Il est évident que le caractère spéculatif du bitcoin attire des investisseurs à la recherche de gros rendements. Mais la stabilisation des cours et l’acceptation définitive de cette monnaie – acceptation qui reste loin d’être garantie – passe par une adhésion plus large des entreprises à la recherche de placements.

On sait que la tâche d’un directeur financier consiste aussi à investir une partie de la trésorerie et des bénéfices de l’entreprise. Sur le papier, un actif acheté à 5 000 dollars et qui vaut aujourd’hui 30 000 dollars est une bonne affaire mais cela ne concerne qu’un nombre réduit d’investisseurs. La plupart des sociétés qui acquièrent aujourd’hui du bitcoin sont entrées sur le marché à son plus haut. Résultat, cela les oblige à ajuster la valeur de leurs avoirs en tenant compte des variations du bitcoin. Autrement dit, avec un tel marché fait de hauts et de bas, il est difficile de valoriser la part en bitcoins, surtout si l’on est une entreprise cotée en Bourse et donc obligée de publier des comptes trimestriels. Le bitcoin est un cauchemar pour les comptables et les auditeurs.

Régulation

Quid aussi des particuliers ? Il y a quelques mois encore, une rumeur tenace circulait sur les réseaux attestant qu’il n’y avait pas mieux que le bitcoin pour échapper à l’impôt ou, tout du moins, pour diminuer son revenu imposable. Il est vrai que les mécanismes d’acquisition du bitcoin demeurent peu compréhensibles par la majorité. De nombreuses personnes se laissent donc tenter par l’idée de faire appel à des intermédiaires. Certains d’entre-eux se déclarent « agrémentés » mais on ne sait par qui tandis que d’autres opèrent à partir de places exotiques ou peu réglementées. Bref, il y a beaucoup à perdre pour le novice et ce dernier ne doit pas oublier que, d’une part, rien n’est gratuit et que, d’autre part, toute transaction pour acheter ou vendre du bitcoin laisse une trace.

Il est d’ailleurs étonnant de relever que les dirigeants du G7 continuent d’ignorer les questions de régulation des crypto-monnaies. Certes, les récentes décisions sur la fiscalité des multinationales – qui imposent une plus grande collaboration entre les États – va concerner les utilisateurs et créateurs de bitcoin. Mais rien de concret n’a encore été dit ou entrepris pour réguler un marché qui s’étend de jour en jour et qui demeure comparable à une jungle.



mardi 24 août 2021

La chronique économique : Taxer les GAFA, suite…

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 9 juin 2021

Akram Belkaïd, Paris


Un petit pas mais la marche reste longue, très longue. Cette semaine, les ministres des finances du G7 (club réunissant les sept pays les plus riches du monde) a décidé d’accélérer la réforme du système fiscal international. Ainsi, le taux global plancher pour taxer les multinationales a été fixé à 15%. L’objectif est de faire en sorte que ces entreprises transnationales ne puissent plus échapper à l’impôt en jouant sur les disparités qui existent d’un pays à l’autre sans même parler de ce qu’offrent les paradis fiscaux. Plusieurs centaines de milliards de dollars de recettes pour les Etats sont en jeu.

Contrer l’optimisation

On connaît le mécanisme. Pour attirer des flux de capitaux, certains pays, comme l’Irlande, les Pays-Bas ou le Luxembourg ont des taux d’impositions très bas en comparaison de leurs voisins et concurrents. Pour les multinationales cela offre l’avantage d’y déclarer leurs revenus et donc de payer moins d’impôts. Comment ? La technique la plus connue consiste à y établir un siège social auquel les filiales à travers le monde doivent transférer tout ou partie de leurs bénéfices (notamment via des prix de cession interne ou des frais à payer à la holding). Ainsi, pour la multinationale, il ne s’agit plus de payer l’impôt dans le pays ou l’activité a lieu mais de le faire là où la fiscalité est la moins contraignante.

Parmi les champions de cette optimisation fiscale, on trouve les géants de l’internet. Les « GAFA » (Google, Apple, Facebook et Amazon) sont régulièrement mis en cause pour leur capacité à ne rien débourser ou presque dans des pays où, pourtant, ils réalisent de colossaux chiffres d’affaires et bénéfices. Cette réalité a peu à peu alimenté les polémiques et renforcé les discours contestataires. Pour ne pas être accusés de ne rien faire, certains pays, comme la France, ont décidé il y a quelques années d’imposer des taxes nationales en attendant qu’une législation internationale soit adoptée.

Longtemps, le dossier a été enlisé mais l’élection de Joseph Biden à la présidence des États-Unis a permis de le débloquer, du moins en apparence. En effet, c’est parce que les Etats-Unis sont désormais favorables à l’adoption d’un taux plancher que le G7 a bougé. Dans les prochaines semaines, le dossier passera au G20. Il s’agira alors de convaincre les pays émergents d’adopter eux-aussi cette mesure qui a néanmoins déçu nombre d’ONG. Ces dernières, comme ATTAC, militent pour une plus grande fermeté en matière de fiscalité et estiment que le compte n’y est pas. Elles regrettent que le taux plancher ne soit pas supérieur à 20% et relèvent que le flou dans le calcul de l’impôt permettra encore aux multinationales de recourir à de l’optimisation, comprendre mobiliser des légions de fiscalistes et d’avocats pour trouver le moyen, légal, de payer moins d’impôts.

Besoin de ressources

Pour les membres du G7, Etats-Unis en tête, il y a tout de même la volonté d’augmenter les ressources encaissées. L’évolution de la pandémie de Covid-19 demeurant incertaine, les Etats ont plus que jamais besoin de recettes supplémentaires pour amortir les dépenses engendrées par cette catastrophe sanitaire. Les simulations se multiplient ici et là mais la facture de la pandémie dépasserait désormais les 1000 milliards de de dollars pour les seuls pays du G20. Cela ouvre la voie à deux approches possibles et pas forcément antagonistes : une hausse des impôts et la mise en place de politiques d’austérité.

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La chronique du blédard : Haro sur le Zmigri !

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 3 juin 2021

Akram Belkaïd


Il y a quelques jours, le spectacle de nos compatriotes agglutinés devant l’agence d’Air Algérie, avenue de l’Opéra à Paris, m’a brutalement renvoyé dans le passé. Aussi loin que remontent mes souvenirs, cela s’est toujours passé ainsi ou presque. Dès les premiers beaux jours, sous le regard incrédule ou amusé des passants et des touristes asiatiques, la « chaîne » se formait et, avec elle, ses scènes respectives de colères collectives, de pertes de sang-froid, de malaises voire de bagarres (l’une d’elles, mémorable, avait opposé des clients et des vigiles antillais et provoqué l’intervention brutale des CRS à la fin des années 1990). Ailleurs, notamment devant les agences pour réserver un passage en bateau, c’était aussi le même spectacle affligeant d’une communauté avilie et transformée en bétail. 

Nous ne sommes plus dans les années 1980 et 1990. Il y a internet et ce qu’il est censé offrir comme gains de temps. Mais en ces temps de Covid-19, après plus d’une année de verrouillage des frontières, des milliers d’Algériens résidant en France veulent absolument rentrer au pays. Sur le net, les réservations sont difficiles à valider et la rumeur se charge du reste. Ce « serait » plus facile en agence. Là-bas, si on est patient, on peut s’arranger et trouver chaussure à son pied.

Je ne m’attarderai pas sur les conditions iniques imposées aux candidats au retour. Elles ont changé en moins de deux jours et cela pourrait encore évoluer. Mais le message intrinsèque qui est envoyé à la communauté est toujours le même : vous devez en chier, vous devez souffrir. Rien, en Algérie, ne s’obtient facilement, il n’y a donc aucune raison pour que vous ne soyez pas confrontés à la même difficulté. Il est des pays qui ouvrent grand leurs bras à leur diaspora, ne serait-ce que pour des raisons économiques. Il en est d’autres, l’Algérie est en tête, qui prennent un malin plaisir à la rudoyer voire à l’humilier. Et cela ne date pas d’hier. 

En observant les personnes installées dans la file d’attente – leur nombre a été tel que ces regroupements sont désormais interdits, les réservations ne se faisant que via internet – j’ai vu donc de la colère mais aussi de l’abattement et de la résignation. Comme si tout cela était normal. Un acte d’une simplicité absolue, rentrer chez soi pour les vacances d’été, devient ainsi une épreuve où l’on se doit de se vider de soi, de consumer ses forces. « Ils aiment ça. Ils sont incapables de faire les démarches normalement » m’avait dit un jour un très haut responsable avec un immense mépris dans le ton. Pour lui, les premiers responsables sont les Algériennes et les Algériens, incapables d’autodiscipline, toujours enclins à créer le bazar là où il ne devrait pas exister.

Personne n’aime être rudoyé. Personne n’aime la difficulté quand les choses pourraient être plus simples et plus fluides. Mais il y a des décennies de conditionnement, d’application de mesures bureaucratiques tatillonnes, de soupçons à l’égard de celui qui vient de l’extérieur. Il y a aussi cette volonté d’en imposer à l’autre, de toujours le dompter, de lui signifier qu’il y a ceux qui commandent et imposent et ceux qui obéissent et baissent l’échine. Ainsi, les droits dont nous sommes tous censés bénéficier deviennent des exceptions, des prodigalités accordées de manière aléatoire ou intéressée, c’est selon. Donc non, « ils » n’aiment pas ça. Mais « ils » ont, nous avons, été conditionnés à ce rapport de force.

On me dira que c’est la faute à la pandémie de Covid-19 et qu’il est normal que les autorités soient vigilantes pour ne pas favoriser la diffusion du virus. Comme presque toujours avec ce système, des arguments rationnels sont destinés à conforter l’arbitraire. Tous les pays du monde ont pris des mesures prophylactiques mais seule l’Algérie a fermé ses frontières à ses ressortissants vivants, ou étant présents, à l’étranger. Dans le même temps, des privilégiés ont continué de faire l’aller-retour avec l’Europe, notamment la France. Des travailleurs étrangers employés dans des chantiers sont entrés en Algérie alors que certains venaient de zones où l’épidémie flambait. Une logique à géométrie variable…

Nombre d’Algériennes et d’Algériens vivant au pays ont trouvé ça « normal ». Ces mesures restrictives n’ont guère choqué ni indigné. Chose rare, cette fermeté discriminatoire est peut-être même l’un des uniques points de convergence entre gouvernants et gouvernés. Haro sur les zmigri ! Celles et ceux qui, via les réseaux sociaux, se sont plaint de ne pouvoir rentrer au pays peuvent en témoigner. Peu d’empathie, peu de soutien et même des propos moralisateurs et insultants. « Vous êtes à l’étranger, c’est votre choix, ne venez pas vous plaindre », « c’est de votre faute [les émigrés] si le virus est entré en Algérie », etc.

Dans une série de Tweet datant de mercredi 2 juin, ma consœur Leïla Beratto dresse un constat pertinent : « J'ai lu, écouté, regardé, un certain nombre de commentaires liés aux premières arrivées d'hier, et au processus d'ouverture partielle des frontières algériennes. J'en conclus que peu de personnes comprennent ce par quoi les gens bloqués sont passés/passent. » Et d’ajouter : « Les auteurs de commentaires semblent ne pas mesurer ce qui se joue, non pas uniquement d'un point de vue économique, mais d'un point de vue émotionnel et psychologique. Et je ne peux m'empêcher de penser que c'est de notre faute [celle des journalistes et des médias, note du chroniqueur], de ne pas avoir su raconter. »

Cela est vrai. Mais la tâche est rude car la force de ces récits devra vaincre au moins deux conditionnements cités précédemment. Le premier est celui du « pour l’Algérien, rien ne s’obtient facilement de la part de ses autorités. Il faut qu’il en sue et qu’il peine ». Le second est lié à la combinaison de détestation, de mépris et d’envie à l’égard de la diaspora. Le « tu es parti, tu dois payer » semble avoir encore de beaux jours devant lui sauf si, bien sûr, on est un footballeur né en France (et encore, on en reparlera à la prochaine défaite de l’équipe d’Algérie…).

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La chronique économique : Quand Total lave plus vert que le vert

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 2 juin

Akram Belkaïd, Paris


Polluer plus aujourd’hui pour polluer moins demain. Voilà comment on pourrait résumer les promesses exprimées lors de la présentation de la nouvelle stratégie du groupe pétrolier Total dont le nom est désormais TotalEnergies. Lors de l’Assemblée générale des actionnaires, le PDG du groupe Patrick Pouyanné a ainsi expliqué que le premier métier de la compagnie resterait l’exploitation des hydrocarbures. Pas question donc de faire plaisir aux ONG qui réclament un abandon de ces activités au nom de la lutte contre le réchauffement climatique.

Le cash, c’est d’abord (et surtout) le pétrole !

Si l’on se base sur les émissions de gaz à effet de serre (ges), Total, pardon TotalEnergies, fait partie des vingt plus gros pollueur de la planète (le politiquement correct des communicants exigerait que l’on écrive « des vingt plus gros ‘‘émetteurs’’ de la planète). Comme nombre de ses pairs et concurrents, la multinationale française subit les pressions croissantes de plusieurs associations qui exigent d’elles un vrai engagement pour la transition énergétique et un passage aux énergies renouvelables moins polluantes. TotalEnergies ne dit pas non mais répond « à mon rythme ».

Son PDG estime ainsi que la « transition [énergétique] n’est pas la rupture » (rien à voir avec la situation algérienne, note du chroniqueur…). Mais il promet qu’une partie des revenus tirés de l’exploitation des hydrocarbures servira à financer le développement des renouvelables. En gros, vendre du brut servira à produire du vent (éolien) et du chaud (solaire)… Et ainsi, dans ce monde parfait, TotalEnergies sera « multi-énergies » et verdira de manière progressive.  Les actionnaires du groupe ont d’ailleurs validé à 92% cette stratégie. On aurait été surpris du contraire. En effet, le message du PDG a été très clair : c’est le pétrole et le gaz naturel qui garantissent la rentabilité du capital investi par ces mêmes actionnaires ; c’est le pétrole et le gaz naturel qui fournissent l’essentiel du cash empoché par la compagnie. Et, on le sait, c’est ce cash qui sert à payer les dividendes versés aux actionnaires.

Reste à savoir dans quelle mesure la compagnie prévoit ce changement. En gardant 80% des investissements pour le pétrole et le gaz, TotalEnergies n’agit qu’à la marge en faveur des renouvelables. Son PDG a beau promettre des objectifs verts à l’horizon 2030, il n’en demeure pas moins que la vieille antienne du secteur « le pétrole hier, le pétrole aujourd’hui, le pétrole demain » reste d’actualité. Et comme l’or noir se raréfie, les nouveaux projets seront toujours plus chers, plus consommateurs d’énergie et donc plus polluants. Au prétexte de polluer moins, il faudrait donc nécessairement polluer plus.

Rapport de force

Pour l’heure, le rapport de force sur les marchés demeure favorable aux compagnies pétrolières comme TotalEnergies. Il n’y a pas beaucoup d’investisseurs institutionnels (fonds souverains, banques, etc.,…) capables d’imposer l’abandon brutal des activités hautement carbonées. Mais la tendance existe et les mobilisations se multiplient. Cela explique pourquoi le vert est à la mode. Pour être dans l’air du temps, pour ne pas hérisser les jeunes futurs automobilistes qui, aujourd’hui, sont plus attentifs aux questions environnementales que leurs aînés, il faut faire du vert, parler vert, promettre vert. Cela s’appelle du « green-washing » et n’y croient que les naïfs qui pensent que l’ajustement se fera de lui-même sans législations contraignantes pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.


La chronique du blédard : De la Commune de Paris et de l’Algérie

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 25 mai 2021

Akram Belkaïd, Paris


« La révolution sera la floraison de l’humanité comme l’amour est la floraison du cœur »

Louise Miche, Mémoires, 1886


Il y a un siècle et demi, Paris fut durant quelques semaines (du 18 mars au 28 mai 1871) une « ville libre » où était tentée l’une des premières, sinon la première, expérience de démocratie directe. En s’insurgeant contre une Assemblée monarchiste repliée à Versailles (tout un symbole), la Commune, porteuse d’une colère populaire engendrée par « l’année terrible » (défaite de Napoléon III contre les Prussiens et siège impitoyable, par ces mêmes Prussiens, de la capitale française), fut une expérience inventive dont les espérances révolutionnaires et humanistes finirent balayées dans le sang et la fureur de la « Semaine sanglante » (22 au 28 mai 1871).

Cumulant les « colères des vaincus et des rêves de précurseurs », la Commune a imaginé l’enseignement pour tous, la culture pour tous et la défense du bien public. Une « République sociale » dont il est encore question aujourd’hui en réponse aux méfaits de plusieurs décennies de néolibéralisme triomphant. Revenant de manière immédiate (13 juin 1871) sur les événements de Paris dans « La guerre civile en France », Karl Marx écrivit que « la grande mesure sociale de la Commune » résida « dans sa propre existence et son action. »

Dirigés par le très réactionnaire Adolphe Thiers, dit « Foutriquet », les Versaillais, pères hasardeux de la IIIème République, rêvaient quant à eux de restauration monarchiste. Leurs alliés de fait, les républicains « conservateurs » voulaient une République « prudente », « raisonnable » où, dans la réalité, chacun resterait à sa place. Où l’ordre social ne serait pas bouleversé et où le « petit » peuple demeurerait sous garde constante. On ne s’étonnera pas non plus d’apprendre que de grandes figures célébrées au panthéon républicain furent elles aussi opposées à la Commune et n’eurent aucun scrupule à se ranger du côté des Versaillais. Ce fut le cas, par exemple, de Jules Ferry dont on nous dit tant et tant de bien aujourd’hui. On relèvera aussi qu’exception faite de quelques grandes figures intellectuelles, dont Louise Michel et Jules Vallès, nombreux furent les écrivains, parmi lesquels George Sand et Émile Zola, qui se détournèrent de la Commune.

En se penchant sur l’histoire de cette révolution avortée, on se rend compte que la défaite des Communards coïncide peu ou prou avec la naissance de la IIIème République dont le poids demeure important dans l’imaginaire politique français. Or, cette République, n’est pas simplement née de la déroute totale de Sedan qui valut à Napoléon III un humiliant emprisonnement par les Prussiens. Elle est née des décombres d’une expérience progressiste, laïque et démocratique. On relèvera donc que les personnalités politiques françaises qui n’ont que l’adjectif « républicain » à la bouche sont, en réalité, les héritiers d’une vraie contre-révolution…

La Semaine sanglante fut un massacre total : Au moins 35 000 insurgés parisiens tués (contre 1 200 soldats aux ordres de Versailles), cinq cent barricades détruites dans la fureur de combats acharnés et des dizaines de milliers d’arrestations. Sur le plan militaire, l’armée versaillaise a inauguré une stratégie de combats urbains qui existe aujourd’hui encore. Au lieu d’avancer dans les rues, les militaires passaient d’une maison à l’autre, détruisant les murs intérieurs pour circuler de pièce en pièce. Plus d’un siècle plus tard, l’armée israélienne appliquera la même stratégie pour mater l’insurrection du camp palestinien de Jénine (avril 2002)…

Quand on parle de l’Histoire de France au dix-neuvième siècle, l’Algérie n’est jamais loin. En mars 1871, quand le peuple de Paris refuse de restituer ses canons (point de départ de la Commune), c’est le moment où naît l’insurrection menée par le cheikh El-Mokrani en Kabylie et dans le Sétifois. Neuf mois d’incandescence qui se termineront, ici aussi, par une défaite, des exactions contre les populations civiles, des exils intérieurs et des déportations de milliers d’habitants de la Kabylie vers la Nouvelle-Calédonie. C’est là que Louise Michel, l’une des plus célèbres figures de la Commune, elle aussi déportée, prendra conscience de ce qui se jouait en Algérie. Fidèle à une promesse faite alors aux relégués kabyles (lesquels, contrairement aux ex-Communards ne pourront jamais rentrer chez eux), elle se rendra plus tard en Algérie. En compagnie d’Ernest Girault, elle y donnera plusieurs conférences d’octobre à décembre 1904, quelques mois avant sa mort à Marseille. Cet épisode algérien où, devant des salles combles, elle s’éleva contre l’oppression et l’exploitation coloniale tout en appelant à la révolution sociale, est très rarement évoqué.

On retrouve l’Algérie coloniale comme élément de parcours chez l’un des plus abjects personnages de la Semaine sanglante. Il s’agit du général Gaston de Galliffet, militaire de carrière qui, jeune officier participa à plusieurs campagnes « de pacification » en Algérie. Par la suite, plus que de le faire suer, il fit « saigner le burnous » en étant en poste à Tlemcen. Fort de son expertise acquise en Algérie, mais aussi lors de l’expédition militaire française au Mexique, Gallifet s’illustra ensuite dans la guerre et la répression contre les Communards, gagnant par ses « exploits » le surnom de « Massacreur de la Commune ». Dirigeant l’une des colonnes qui investit le Paris insurgé, il fut ainsi le maître d’œuvre d’une justice expéditive à laquelle la capitale française doit nombre de fosses communes dont certaines continuaient à être exhumées jusqu’au milieu du XXe siècle. Selon les estimations, il ordonna l’exécution sans aucune forme de procès de 3 000 prisonniers, choisissant ses victimes au hasard ou selon des critères que l’on appréciera à leur juste valeur comme lorsqu’il ordonna que l’on fusille les hommes ayant des cheveux gris ou blancs. Pourquoi ? Parce que cela prouvait qu’ils avaient connu la révolution de 1848 et que son échec ne les avait pas empêchés de récidiver…

Après avoir massacré des Algériens puis des Communards, Galliffet accumulera les honneurs et les postes prestigieux, devenant même ministre de la guerre en pleine affaire Dreyfus. L’histoire, dit-on, est une succession ininterrompue de crimes impunis et de méfaits récompensés. En France, les Versaillais imposèrent leur vérité, faisant des Communards des révoltés alcoolisés, des sauvages, des « pétroleuses » (femmes insurgées qui auraient mis le feu à Paris). Bien qu’elle s’en défende, la gauche actuelle demeure mal à l’aise vis-à-vis de cette période (Jules Ferry ou Louise Michel, il faut choisir…) tandis que la droite continue de dénoncer une sédition coupable d’avoir exécuté des prêtres. L’absence d’une grande commémoration nationale de la Commune montre bien que la plaie n’est pas refermée.

 


La chronique économique : Le temps des « influenceurs »

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 26 mai 2021

Akram Belkaïd, Paris


C’est une affaire étrange, de celles qui enflamment les réseaux sociaux et mobilisent les analyses économiques, sociétales, politiques mais aussi géopolitiques. De quoi s’agit-il ? Des personnalités connues sur Internet ont fait savoir qu’une mystérieuse agence de communication basée à Londres – elle a disparu depuis - les aurait approchées pour qu’elles diffusent des messages critiquant le vaccin contre la Covid19 fabriqué par Pfizer/BioNTech. Léo Grasset, vulgarisateur scientifique très suivi sur Youtube (1,17 millions d’abonnés) a fait savoir qu’on lui proposait 2 000 euros pour mener une telle campagne.

Un nouveau métier

Il y a plusieurs éléments à considérer en ce qui concerne cette affaire. D’abord, on se rend compte à quel point l’économie de la communication a évolué depuis quelques années. Il fut un temps où, pour influencer le grand public, il fallait surtout s’adresser aux journalistes. La presse était – elle l’est encore mais à un degré moindre – la cible favorite des agences de communication et autres lobbyistes. S’assurer du soutien des médias, de manière licite ou pas, permettait d’atteindre son but. Aujourd’hui encore, certains pays en délicatesse avec la communauté internationale en raison de leur manque de respect des droits de la personne humaine, font appel à de telles agences de promotion. C’est le cas, par exemple, de l’Arabie saoudite.

Mais il y a désormais plus efficace que de soudoyer un journaliste en lui offrant, exemple parmi tant d’autres, un voyage de rêve sous un prétexte bidon. Il suffit de s’adresser à celles et ceux que l’on nomme les « influenceurs ». Certains d’entre eux sont de véritables vedettes du Net et sont suivis par des millions de fidèles. Leur métier est mal défini et il n’existe pas de charte éthique pour cette profession aux contours multiples. Quand une marque veut vendre un produit, elle s’adresse à un influenceur ou à une bloggeuse de renom qui en fera une réclame assumée sur Instagram ou Tik Tok, les deux lieux où sévissent le plus les influenceurs sans oublier, bien sûr, Youtube et, à un degré moindre, Facebook et Twitter.

Cela s’appelle un « partenariat » et cela ne garantit pas une véracité totale. On est dans de la publicité mais cela ne s’appelle pas ainsi car, pour se garantir un effet sur le grand public, il faut se démarquer des techniques habituelles de réclame. Donc, l’influenceur se doit de revendiquer une certaine expertise : médicale, scientifique, artistique ou en matière de mode. Dans le cas présent, l’agence de communication ayant contacté les vedettes du net, ont demandé à ce qu’elles relaient des informations affirmant que le vaccin Pfizer ferait trois fois plus de morts que le vaccin AstraZeneca, que l’Union européenne privilégierait Pfizer pour des raisons financières et que des informations importantes seraient cachées au public. Autant d’éléments qui relèvent plus d’une campagne de dépréciation que d’une volonté d’informer. Cela n’a pas marché car le « partenariat » proposé était trop opaque.

Manipulations à plusieurs effets

La géopolitique s’en est même mêlée car l’agence semble avoir été composée de personne ayant vécu ou travaillé en Russie. L’affaire a d’ailleurs très vite tourné court et les personnes ayant contacté les influenceurs sont désormais aux abonnés absents. Pourquoi la Russie voudrait-elle déstabiliser Pfizer ? Dans cette affaire, les manipulations à plusieurs bandes ne sont pas exclues (bénéficiaire d’une telle campagne si elle avait réussi, AstraZeneca est potentiellement la victime d’une savante manœuvre d’intoxication médiatique). Bref, tout cela démontre que le déclin des médias et la montée en puissance des réseaux sociaux créent des vides déontologiques qui sont exploités sans vergogne. De nombreuses générations ont grandi avec la conviction que les faits imprimés dans un journal étaient vrais. On en est revenu après moult déceptions et scandales. Aujourd’hui, les jeunes sont persuadés que les influenceurs propagent la vérité. Cela créera forcément d’autres dépits. 


La chronique du blédard : Palestine : quelques éléments de contexte pour les ignares et les vrais-faux ingénus

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 20 mai 2021

Akram Belkaïd, Paris

La tendance n’est pas nouvelle mais l’actualité et l’effet délétère des réseaux sociaux semblent l’aggraver. Face au drame que vivent une nouvelle fois les Palestiniens, notamment et surtout ceux de Gaza, des Algériennes et des Algériens, la bouche en cul-de-poule, rivalisent en déclarations qui se veulent équilibrées pour signifier une distanciation censée être mature, objective et raisonnable. D’autres, et c’est pire, fustigent les Palestiniens, notamment le Hamas, et affirment que rien d’autre ne compte que le sort de l’Algérie ou, dans le cas de certains berbéristes particulièrement excités, de la Kabylie.

Il est difficile de trouver une explication unique à ce genre de reniement ou de calcul de bas-étage. Au-delà du caractère scélérat de certaines stratégies de promotion personnelle, je pense que l’une des plus importantes est l’ignorance ainsi que l’intériorisation de la propagande pro-israélienne que relaient nombre de médias et d’« intellectuels » français influents. Ainsi, certains compatriotes nous expliquent-ils que le conflit est d’essence religieuse et qu’il suffirait d’éliminer les extrémistes de chaque camp – le Hamas d’un côté, l’extrême-droite religieuse israélienne de l’autre, pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes.

A ces ignares qui ne font pas beaucoup d’efforts pour s’informer, il faut rappeler que la question palestinienne est avant toute chose un problème colonial. L’écrivain Arthur Koestler, peu suspect d’hostilité à l’égard d’Israël, a résumé cela par une formule restée célèbre : « un peuple sans terre a pris la terre d’un autre peuple ». Depuis des décennies, la surface qui serait allouée à un éventuel État palestinien ne cesse de se réduire. Parmi les « raisonnables », ou qui font semblant de l’être, beaucoup ignorent, ou font mine d’ignorer, ce qu’est vraiment une colonie. Ils pensent aussi que deux États se font face dans une situation d’équilibre des forces. Or, si Israël existe officiellement depuis 1948, ce n’est pas le cas pour la Palestine qui n’est toujours pas un État en bonne et due forme. En Cisjordanie, il y a aujourd’hui 500 000 colons israéliens. Leur présence, armée et invasive dans tous les domaines, conforte la stratégie d’annexion déployée depuis des décennies par les autorités israéliennes dans ce territoire qu’elles appellent Judée-Samarie. 

La bande de Gaza, elle, n’est plus occupée et les quelques 5 000 colons qui y vivaient ont été évacués en 2005 (en Cisjordanie, pour la plupart). Mais c’est une autre forme d’occupation que cette enclave subit. Véritable prison à ciel ouvert, elle n’a pas le contrôle de ses « frontières », qu’elles soient terrestres, aériennes ou maritimes. Ce n’est donc pas un État au sens classique du terme. Soumise à un implacable embargo israélien, Gaza manque de tout : eau potable, électricité, structures sanitaires ou éducatives. Pour qui a connu l’Afrique du sud d’avant la fin de l’apartheid, Gaza n’est rien d’autre qu’un Bantoustan. 

Alors, certes, il y a le Hamas dont le programme est d’essence religieuse. Mais rappelons que cette organisation n’est apparue qu’en 1987, c’est-à-dire bien après la Nakba de 1948, la Naksa de 1967 et les divers massacres de populations civiles palestiniennes. Rappelons aussi, comme l’a montré le journaliste Charles Enderlin dans plusieurs de ses ouvrages, que le Hamas a grandi avec la bénédiction et le soutien financier des autorités israéliennes qui voyaient en lui un rival du Fatah et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Et rappelons aussi que la société palestinienne est l’une des plus composites sur le plan religieux et que les Chrétiens de Bethléem sont aussi maltraités par les Israéliens que les musulmans de Naplouse sans oublier ceux d’Hébron qui subissent au quotidien la violence de colons fanatiques.

Être solidaire des Palestiniens, ce n’est pas, comme le hurlent certains crétins racistes, être partisan de « l’arabo-islamisme ». C’est une question de justice et de respect des lois internationales : une page entière ne suffirait pas à rappeler les résolutions des Nations unies en faveur des droits des Palestiniens, y compris celles pour lesquelles les États-Unis n’ont pas opposé leur veto. Pourquoi pas le Tibet, le Yémen, la Syrie ou le Timor ? opposent alors certains avec une ingénuité aussi fausse que méprisable car elle reprend sciemment l’un des arguments de la propagande israélienne. Or, l’un n’empêche pas l’autre. Parmi les camarades qui se mobilisent pour la Palestine, certains étaient déjà actifs pour les droits des Noirs d’Afrique du sud. Mais personne n’a le don d’ubiquité et rien n’oblige à s’engager pareillement pour toutes les causes mêmes si elles nous sont toutes sympathiques. Pour les uns, c’est le climat. Pour d’autres, c’est le sort du peuple syrien ou ouighour. Tout en étant solidaire avec ces luttes, on a le droit de concentrer ses efforts dans ce qui paraît être le plus injuste et le plus insupportable : la privation d’un peuple de tous ses droits, de sa terre et même de son identité.

Cette ignorance dont il vient d’être question se retrouve aussi dans le vocabulaire employé. Je cite ici trois exemples relevés dans la presse francophone algérienne et dans de multiples billets publiés sur les réseaux sociaux. D’abord, l’usage tranquille du terme « tsahal ». Or, comme le note un guide du bon usage des termes à l’antenne de Radio France, cet « acronyme de tsa hagana léyisrael – armée de défense d’Israël a acquis une connotation familière synonyme d’attachement très fort pour les israéliens qui s’en servent comme on le fait d’un diminutif chargé d’affection dans le sens ‘‘notre armée’’. Conclusion : ne pas utiliser. »  Employer ce terme c’est donc faire sienne, avec affection, cette armée d’occupation.

Ensuite, j’ai souvent relevé le mot « implantations » en lieu et place de colonies. Dans les médias officiels israéliens, il est interdit de dire « colonies » car cela met en lumière la réalité du problème de fond. « Implantations » est un terme normatif, anodin, quasiment administratif. Cela permet d’éluder qu’il s’agit de têtes de pont du projet d’annexion totale, exception faite des gros centres urbains Palestiniens à qui l’on promet une vague autonomie, un peu comme pour les réserves d’indiens aux Etats-Unis.

Enfin, il y a le terme « Arabes » pour désigner les Palestiniens qui vivent dans les Territoires occupés ou même en Israël. Ne pas employer le mot « Palestiniens », c’est nier délibérément leur existence. C’est dire que, finalement, comme ils sont « Arabes », ils pourraient bien vivre ailleurs. Les intéressés, eux, se disent Palestiniens. Ceux qui sont citoyens d’Israël et dont on découvre à quel point ils sont stigmatisés et relégués, se disent aussi Palestiniens. Ils demandent même à ce qu’on les appelle « Palestiniens d’Israël » ou « Palestiniens de 1948 ». Ne pas le faire, c’est prendre parti contre les Palestiniens.

Terminons enfin par l’un des pires arguments apparu ces derniers jours pour justifier une distanciation à l’égard de la cause palestinienne. La veuve d’Arafat qui vit à Paris serait riche à millions. La belle affaire… Rappelons d’abord que cette dame est issue d’une très riche et vieille famille palestinienne. Oui, cela existe, les Palestiniens ne sont pas tous des miséreux. Les sociétés sont toutes les mêmes et la palestinienne, qu’il faut se garder d’idéaliser, n’échappe pas aux inégalités, à la lutte des classes et aux ravages de la féodalité et du racisme social. Observez bien le comportement de certains cadres et représentants de l’Autorité palestinienne et vous le comprendrez aisément. C’est bien pour cela qu’il faut soutenir les pauvres hères de Gaza, Dheisheh ou Jalazone qui sont les premières victimes de l’occupation. Et les Algériens sont bien placés pour savoir que de nobles causes sont souvent desservies par des dirigeants à la fois peu scrupuleux et totalement incompétents…

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La chronique économique : Batailles pour la télévision

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 19 mai

Akram Belkaïd, Paris


Que sera la télévision demain ? L’annonce, cette semaine, de la fusion entre les groupes français TF1 et M6 pour constituer un ensemble de près de 4,5 milliards d’euros permet de prendre la mesure des enjeux concernant un secteur qui fut emblématique de la deuxième moitié du vingtième siècle. Selon les analystes, ce mariage qui dépend encore des autorisations des autorités de concurrence – ces dernières devraient certainement obliger le nouvel ensemble à céder des actifs pour ne pas être en position dominante – démontre que la tendance mondiale est à la concentration.

L’impact d’Internet

Face à l’explosion des usages multiples de l’internet et des diverses applications de vidéo, de jeux en réseau et de simulations diverses, la télévision classique est en train de perdre l’intérêt de celles et de ceux qui auraient pu être ses utilisateurs de demain. La tendance est partout la même, qu’il s’agisse de pays riches ou non : les jeunes générations regardent bien moins la télévision que leurs parents. Dans certains cas, il y a même une rupture réelle, l’ordinateur ou, plus encore, le téléphone intelligent, remplaçant le petit écran de manière presque définitive.

Cela a son importance car, pour les télévisions privées, la perte d’une audience signifie une difficulté supplémentaire à attirer les annonceurs. On a longtemps cru qu’Internet serait incapable d’attirer à lui des budgets publicitaires conséquents. Ce n’est plus le cas. Google, Facebook et d’autres réseaux sociaux démontrent que la bataille de la réclame se déroule de plus en plus sur le Net. Du coup, « la télévision de papa » semble avoir vécu. C’est d’autant plus vrai que les usages changent y compris pour les usagers qui lui sont encore fidèles. 

Terminé le temps des horaires imposés, des programmes incontournables qui fédèrent toute une société. Aujourd’hui, les formules à la demande, la multiplicité des canaux, l’existence d’offres de diffusion en ligne plus ou moins légales, donnent l’embarras du choix au téléspectateur. Certes, il y a encore des carrés de résistance : le football, les grandes compétitions sportives (Tour de France, Jeux Olympiques) ou bien encore la téléréalité semblent bien résister. Mais, là aussi, l’évolution des goûts et des pratiques impose le changement comme en témoignent l’usage accru de l’interactivité.

Incontournable contenu

Mais le grand défi demeure celui du contenu. Tous les mariages dans le secteur, à l’image de la fusion entre Warner et Discovery (130 milliards de dollars) sont des opérations défensives vis-à-vis d’opérateurs de plus en plus actifs dans la production et la diffusion payante. C’est le cas, par exemple, de Netflix et de ses concurrents qui estiment que le meilleur moyen de rentabiliser ses « tuyaux » est de contrôler très loin en amont le « liquide » qui s’y écoule. De même, les chaines de télévision classique peinent à trouver une parade au développement spectaculaire des jeux en réseaux mais aussi des diffusions de « gaming », autrement dit des utilisateurs de jeux vidéo qui se filment en train de jouer et dont les exploits sont suivis en direct par des milliers, parfois des millions, d’internautes à qui il ne viendra jamais l’idée d’allumer un poste de télévision. La télévision n’a pas tué la radio. Internet, lui, oblige la télévision à se réinventer.



La chronique économique : La fin du capitalisme néolibéral ?

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 12 mai 2021

Akram Belkaïd, Paris


Patrick Artus est l’un des économistes français parmi les plus connus dans le champ médiatique. Très productif depuis la fin des années 1990, ses notes de recherche, notamment celles qu’il publiait à la Caisse des dépôts et consignation (CDC) ont toujours été lues avec attention même si ses prévisions furent souvent infirmées. Ce fut le cas, par exemple, avec ses alertes répétées sur les risques d’une dégringolade brutale du dollar sur les marchés. Comme la majorité de ses pairs, il n’a pas vraiment vu venir la crise financière de 2008 mais ses écrits sur les contradictions de l’économie chinoise ou sur les limites du modèle économique allemand ont fait mouche. Cette fois, c’est avec un livre qu’il relance le débat sur l’avenir du capitalisme (1).

Rente de l’actionnariat

Pour celui qui est aujourd’hui conseiller économique de la Banque Natixis, le capitalisme néolibéral - celui imposé par le duo Margaret Thatcher et Donald Reagan -, a désormais atteint ses limites. Pire, il aurait lamentablement échoué à tenir ses promesses. Quelles sont les grandes lignes qui fondent ce constat ? D’abord, la croissance du produit intérieur brut (Pib), véritable dogme des temps modernes, reste décevante si l’on s’inscrit dans une période historique longue. Depuis les années 1980, il n’est question que de crises, de ralentissements voire de stagnation même si les pays émergents ont donné l’illusion qu’ils prenaient le relais du « vieux-monde ».

Autre réalité incontournable : la planète est devenue un océan d’inégalités sans cesse aggravées. Les riches sont plus riches grâce à l’exubérance des marchés financiers et à la hausse constante de leurs patrimoines tandis que les pauvres restent pauvres, rejoints par des pans entiers de classes moyennes déclassées. La mondialisation a dicté la loi des salaires qui n’augmentent plus par crainte du chômage et des délocalisations. En 2021, il est préférable d’être un actionnaire vivant de son portefeuille que d’être un actif. Et la tendance n’a fait que s’amplifier.

Pour Patrick Artus, le triomphe du « modèle actionnarial » est la raison de cet échec. La logique est connue. Depuis les années 1990, le mantra est le même : l’actionnaire est prioritaire et c’est lui que l’entreprise doit privilégier. Comment ? En lui garantissant des retours sur investissement élevés. Ce que l’on appelle la rentabilité du capital atteint des taux de 15% (en théorie, ils devraient être limités à 5%) ce qui empêche les investissements productifs (l’entreprise ne peut à la fois investir et rémunérer ses actionnaires à la hauteur de leurs exigences). Cela empêche aussi l’innovation (toujours coûteuse) tout en encourageant les décisions à court terme indissociables de la nécessité de rémunérer l’actionnaire (en fermant, par exemple, des sites jugés pas assez rentables). Bref, le capitalisme néolibéral, c’est la rente néfaste de l’actionnaire, résume Patrick Artus.

Plus de solutions

Cela fait des années que l’on sait que ce modèle a atteint ses limites. Un paradoxe quand on sait que les années 1990 furent la décennie de son triomphe après la chute de l’ex-URSS. On pensait alors qu’il était parti pour durer comme en témoigna l’essai provocateur de Francis Fukuyama sur la « Fin de l’Histoire ». Mais le capitalisme est une bête qui résiste. Pour contourner ses impasses, Patrick Artus détaille ses trois parades artificielles successives : encourager l’endettement privé puis laisser filer la dette publique et, enfin, ne plus s’offenser d’une création intensive de monnaie. A chaque fois, il s’agit compenser l’inégale répartition de richesses et les moindres recettes fiscales. Or tout cela ne change rien à l’affaire. Les problèmes du monde demeurent. Une quatrième parade existerait-elle ? La réponse de Patrick Artus est catégoriquement négative. Le capitalisme néolibéral a échoué et il n’a plus de munitions. Peut-être, mais il lui reste une alternative à laquelle l’économiste ne pense pas. Un conflit de dimension mondiale.


(1) « La dernière chance du capitalisme », avec Marie-Paule Virard, Odile Jacob.


jeudi 10 juin 2021

La chronique du blédard : Relire Edgar Morin en pensant à l’Algérie

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 10 juin 2021

Akram Belkaïd, Paris


Il y a plus de onze ans, le sociologue et philosophe Edgar Morin publiait un texte encourageant les êtres humains à changer d’urgence leurs « modes de vie et de pensée » (1). Dans un contexte de dégradation croissante de l’environnement et d’aggravation des effets du réchauffement climatique, le chantre de la « pensée tourbillonnante » appelait à réfléchir sur les modalités de la transformation nécessaire du « système Terre » pour éviter la catastrophe. Ce texte n’a pas perdu une once de pertinence et doit accompagner toute réflexion sur l’avenir de la planète.

Du réchauffement climatique, qui est pourtant un défi majeur pour l’agriculture algérienne, et de ses menaces – on pense notamment aux phénomènes météorologiques extrêmes (tornades, orages torrentiels, etc.) qui mettent en périls des millions d’habitants de la bande nord du pays, il n’en a guère été question durant la campagne électorale qui vient de s’achever. A l’inverse, on a respectivement vu des bonbons pleuvoir sur la tête d’une claque mobilisée pour un meeting, des candidates qualifiées « de fraises » par un chef de parti et des affiches où des visages féminins ont été gommés, preuve, s’il en fallait, d’une régression manifeste des mentalités. On a entendu aussi des insultes à l’égard de la Kabylie et des Kabyles, astuce habituelle quand il s’agit de jouer une partie de l’Algérie contre l’autre pour contrôler tout le monde. Voilà pour ce qui est du niveau…

Le texte d’Edgar Morin concerne le « système Terre » mais on peut décider de le lire avec un prisme algéro-algérien. Voici ce que dit le philosophe en préambule : « Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un meta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose. » Depuis février 2019, date du début du Hirak, nous sommes nombreux à espérer une métamorphose. Certains rêvaient de révolution immédiate et de départ manu militari, si on ose l’écrire, du système. Mais l’acceptation de la démarche pacifique impliquait une transition négociée, voulue par les deux parties. Il faut être deux pour mener un changement. Celles et ceux qui, pour continuer à se singulariser, se complaisent aujourd’hui dans la posture des « contempteurs objectifs » du Hirak, en faisant porter aux manifestants et à leurs soutiens la responsabilité du blocage de la situation, semblent oublier que dès juin 2019, le discours officiel a été clair : pas de transition et encore moins de négociation. Ce qui avait été possible en 1988, où le régime avait entamé de lui-même des réformes avant même que les oppositions ne puissent s’organiser, ne l’a donc jamais été ces deux dernières années. 

On peut utiliser tous les éléments de langage que l’on veut, convoquer les meilleurs communicants possibles et bombarder l’opinion publique de messages triomphalistes, le réel, en ces temps de mondialisation de l’information, ne saurait être masqué. Absence totale de diversification de l’économie, prégnance du modèle gazo-pétrolier, fuite des capitaux, insécurité alimentaire, déshérence du système de santé : tous ces défis sont connus depuis au moins quatre décennies mais rien ne change de manière structurelle. « Le probable est la désintégration. L’improbable mais possible est la métamorphose. » poursuit Edgar Morin qui cite toutefois cinq raisons d’espérer.

La première, est « le surgissement de l’improbable ». Le Hirak de février 2019 en fut un. Cela n’a peut-être pas changé la donne mais cela a engendré une tectonique qui perdure. « Tout en fait a recommencé mais sans qu’on le sache, précise le philosophe. Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d’initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, de la réforme de vie. Ces initiatives ne se connaissent pas les unes les autres, nulle administration ne les dénombre, nul parti n’en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur. »

Il en est ainsi de tous ces groupes d’Algériens venus à la chose politique par le biais du Hirak. Certes, certains se contentent du clicktivisme mais d’autres s’organisent, réfléchissent, débattent, se retrouvent, s’entraident, malgré le rouleau-compresseur de la répression et l’attentisme des gagne-petit du statuquo. Il en est ainsi qui s’interrogent sur la durabilité du modèle alimentaire caractérisé par l’importance des importations et la prégnance des protéines animales tandis que d’autres distribuent des poulets avec leur affiche électorale collée dessus…

Des quatre autres raisons d’espérer citées par Edgar Morin – vertus génératrices/créatrices inhérentes à l’humanité ; vertus créatrices de la crise ; opportunités offertes par le péril et aspiration multimillénaire de l’humanité à l’harmonie, on ne rebondira que sur la dernière. En bientôt six décennies d’indépendance, les Algériennes et les Algériens aspirent à cette harmonie. Mais l’enjeu est plus important. Il s’agit de sauver le pays qui, faute de changement réel, chemine tranquillement vers une nouvelle catastrophe comme il le fit au début des années 1980 quand quelques milliards de dollars d’importations de biens de consommation donnèrent l’illusion de la réussite et d’un développement harmonieux.


(1) « Éloge de la métamorphose », Le Monde, 10 janvier 2010.


samedi 5 juin 2021

La chronique du blédard : PSG, Manchester City, deux manières de dépenser son pognon

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 6 mai 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Contrairement à l’année dernière, le Paris-Saint-Germain (PSG) ne jouera pas la finale de la Ligue des champions. Face à une solide équipe de Manchester City, les Parisiens n’ont pas été à la hauteur des enjeux, n’arrivant, à l’aller comme au retour, à tenir la dragée haute aux « citizens » que durant les les premières mi-temps sans toutefois arriver à s’imposer. A chaque fois, les prestations de « City » ont été impressionnantes. Mercredi soir à l’Etihad Stadium (du nom de la compagnie aérienne de l’émirat d’Abou Dhabi dont un prince est propriétaire du club], ce fut une démonstration de réalisme et de ce que l’on pourrait appeler la méthode Guardiola.

 

Commençons par cela avant d’en revenir aux Parisiens. Il est parfois difficile de comprendre ce que veut l’entraîneur catalan. Certes, son principe de base est d’une simplicité absolue : pour lui, la meilleure manière de gagner est de garder le ballon et de le faire circuler pour ne pas subir le jeu de l’équipe adverse. Cela était déjà le cas quand il entraînait le FC Barcelone avec lequel il a remporté deux Ligues des champions et une flopée d’autres titres. Reprenant les préceptes de feu Johan Cruyff pour qui une passe vers l’arrière est le commencement d’une attaque, Guardiola n’a eu de cesse d’affiner ce concept qui exige une grande technicité de la part des joueurs (aussi bizarre que cela puisse être, l’art de la passe n’est pas aussi maîtrisé qu’on ne le croit).

 

Mais avec City, Guardiola va plus loin, insistant sur la notion d’occupation de zones. Ses joueurs ont des consignes claires, ils ont une zone à investir en priorité et plusieurs autres en cas de nécessité de compenser le vide occasionné par l’un de leurs coéquipiers. Analysant des centaines de matchs et disséquant les statistiques, Guardiola en est arrivé à cerner ce qu’il considère être comme la répartition idéale des joueurs sur un terrain quel que soit l’adversaire en face et sa tactique. Ses séances d’entraînement sont souvent des répétitions de mouvements en commun selon l’orientation du jeu, de replacements et, bien sûr, de transmissions du ballon, ce dernier devant nécessairement transiter par un ou deux joueurs ayant prééminence sur les autres. Quand un joueur ne comprend pas le schéma ou qu’il n’arrive pas à en s’approprier les exigences ou encore qu’il n’en respecte pas les spécifications, il reste sur le banc, aussi talentueux soit-il. Ce fut le cas durant deux ans pour Riyad Mahrez qui ne s’est vraiment imposé dans l’équipe-type que cette saison, ayant vraisemblablement compris que la méthode Guardiola ne pouvait que le faire progresser.

 

Autre caractéristique de cet entraîneur : la disparition du poste d’avant-centre. A Manchester City, il y a six à sept milieux de terrain qui jouent, chacun ayant eu à jouer le rôle de « faux numéro 9 ». Pour Guardiola, l’équipe idéale doit être composée exclusivement de milieux de terrain interchangeables, les défenseurs et même le gardien ayant pour mission d’être capables eux-aussi de participer au jeu offensif. Ce n’est pas vraiment le football total des Néerlandais des années 1970 mais ça y ressemble un peu. Toutefois, ce genre de système ne donne des résultats que si l’on dispose des meilleurs joueurs. Et qui dit meilleurs joueurs dit argent. Pep Guardiola a l’avantage d’entraîner un club richement doté dont les propriétaires ne lésinent pas à la dépense. Qu’on en juge : ils ont investi entre 1,5 et 2 milliards d’euros en un peu plus d’une décennie. De quoi se donner les moyens de remporter trois des quatre derniers championnats anglais et d’espérer remporter enfin la Ligue des champions (ce qui ne manquera pas de faire enrager le voisin et rival Manchester United). Le football, on le sait, est devenu une affaire de gros sous. Qui se souvient aujourd’hui que Manchester City était le club des prolos de cette ville industrielle ?

 

Mais avoir l’argent ne suffit pas. Encore faut-il savoir le dépenser au mieux. Le PSG n’est pas un club pauvre. Propriété du Qatar, il a lui aussi dépensé pour plus de 1,2 milliards d’euros en dix ans. Le résultat n’est pas honteux puisqu’il a quasiment la mainmise sur le championnat de France et qu’il fréquente assidument le dernier carré de la Ligue des champions. Mais une analyse attentive des recrutements de ces dernières années ou le simple suivi de ses matchs nationaux ou européens démontre une chose : ce club a recruté une flopée de branquignoles dont on se demande quel esprit dérangé a pu penser à les faire cohabiter avec des joueurs du standing de Neymar ou Mbappé. 

 

Guardiola a dépensé de l’argent en ayant pour objectif la construction, pas à pas, d’un projet d’équipe et de jeu. Les investissements qu’il a exigé et obtenu de la part de ses patrons s’inscrivaient dans cette démarche. Bien sûr, il n’a pas toujours eu le nez creux mais les choses fonctionnent désormais. A Paris, on a plutôt l’impression de vivre un étalage permanent de bling-bling, d’accolage de noms prestigieux (pour faire vendre des maillots ?) et de soutiers limités. Bref, de superbes gigots et de sauces raccommodées dans la précipitation pour aller avec. La valse des entraîneurs depuis dix ans, la vente de joueurs méritants et leur remplacement par des fantômes (Cavani vs Icardi) en dit long sur le manque de vision sportive des dirigeants parisiens. Un matin, l’émir du Qatar se réveillera en se demandant s’il n’a pas été floué par ce que le milieu interlope du football recèle en intermédiaires, filous et autres agents indélicats. 

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La chronique économique : Croissance ou environnement ?

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 5 mai 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

La pandémie de Covid-19 amène nombre d’économistes et de politistes à revoir leurs certitudes ou, du moins, à repenser leurs prévisions. Le dérèglement infligé par les multiples confinements et autres mesures sanitaires a laissé entrevoir la fragilité du modèle de la « planète plate », comprendre ce monde où les échanges commerciaux ne rencontrent aucun obstacle ou presque. Un monde fait aussi de délocalisations incessantes liées à la recherche permanente du moindre coût, notamment salarial.

 

Tourisme et aérien perdants 

 

On sait que la question du protectionnisme est de nouveau sur la table, notamment aux Etats-Unis. Fabriquer chez soi les produits vitaux et offrir des emplois à ses propres nationaux est en train de devenir le mantra américain et on se demande si l’Europe va suivre le mouvement ou pas. Mais il n’y a pas que cela. La pandémie a provoqué un ralentissement certain de l’économie mais tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Les services informatiques, financiers, la grande distribution, les services à la personne, tous ont tiré leur épingle du jeu et contribué à limiter la récession. A l’inverse, des activités comme le tourisme de masse et le transport aérien figurent parmi les grands perdants.

 

Cela amène à se demander s’il est bien utile de les aider. Car la question est aussi d’ordre écologique. Le « monde d’après » tant évoqué au début de l’épidémie saura-t-il concilier obligation de croissance et protection de l’environnement à l’heure où les conséquences du réchauffement climatique sont de plus en plus concrètes et, trop souvent, meurtrières ? On connaît le débat. Nombreux sont ceux qui pensent qu’on ne peut pas concilier la croissance du produit intérieur brut (PIB) et la nécessité de préserver la nature. Notre monde est fini et ses ressources ne sont pas exploitables pour toujours. L’eau, l’air, les sols, les végétaux subissent nombre de pollutions, celle occasionnée par le plastique n’étant pas des moindres. 

 

Le Covid-19 a imposé une forme de décroissance que souhaitent nombre d’écologistes. Mais cela ne peut durer. Des emplois sont en jeu et avec eux les stabilités sociales et politiques de nombre de pays. Alors, comment faire ? Reprendre la fuite en avant ? Certains pays, on pense à l’Inde, n’ont pas le choix. Avec près d’un milliard de personnes à nourrir, la priorité est donnée à l’économie même si des mouvements écologistes y sont de plus en plus actifs. En Occident, les discours sur la nécessité d’un nouveau modèle économique se multiplient. Il s’agirait d’un modèle hybride où, sans jamais perdre de vue l’impératif de croissance, des choix seraient fait pour promouvoir certains secteurs et laisser les autres décliner.

 

Reprise en « K »

 

Cela obligera à trouver des réponses à des questions délicates. Le monde a-t-il besoin d’autant d’avions en circulation. Le tourisme de masse, véritable catastrophe écologique, est-il viable ? Déjà, des réponses affleurent. Nombre de grandes entreprises ont fait savoir que l’usage des nouvelles technologies permettra de diminuer de manière drastique les va-et-vient incessants de leurs employés. Plus besoin de voyage d’affaires quand une réunion zoom suffit à régler la majorité des problèmes. C’est tout le sujet de la fameuse « reprise en K ». Certains secteurs repartiront à la hausse, d’autres s’effondreront. De nouvelles habitudes de consommation sont prises et l’on sait que dans ce genre de situation le retour aux situations antérieures est très rare.

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La chronique du blédard : Le désastre afghan

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 29 avril 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Tout ça pour ça… A l’automne 2001, quelques semaines à peine après les attentats du 11 septembre à New York et Washington, les États-Unis déclenchaient une guerre contre l’Afghanistan avec pour objectif de faire tomber le régime des Talibans accusé de complicité avec Oussama Ben Laden et Al-Qaïda. Le but fut rapidement atteint et, à en croire la propagande américaine, l’Afghanistan est alors entré dans « l’ère du changement »... Vingt ans plus tard, le président Joseph Biden vient de confirmer le retrait définitif des troupes étasuniennes en septembre prochain. Tout un symbole… Rappelons que ce retrait fait suite à l’accord de paix signé entre l’administration Trump et les Talibans en février 2020. A l’origine, le désengagement complet devait avoir lieu ce premier mai or le nouveau locataire de la Maison-Blanche a voulu se donner le temps de la réflexion. Soumis à la pression des va-t-en-guerre et autres néoconservateurs qui exigent un maintien du corps expéditionnaire, il a fini par entériner le départ des quelques milliers de soldats américains qui restent encore sur le sol afghan.

 

Sans verser dans le fatalisme, la suite est connue. Les Talibans qui contrôlent déjà les deux tiers du pays prendront le pouvoir à Kaboul et l’actuel gouvernement n’est plus qu’en sursis. Certes, Washington tient absolument à ce que des négociations de paix se tiennent entre factions afghanes mais cela n’est qu’une manière d’habiller la débâcle. Car, l’Afghanistan est un échec absolu pour les États-Unis. En vingt ans, ils ont perdu près de 2 500 hommes et dépensé sans compter (1000 milliards de dollars) pour tenir à bout de bras un pouvoir à la fois chancelant et corrompu. L’Afghanistan est aujourd’hui un pays ruiné où 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les armes y circulent en masse, la corruption règne sans partage tandis que la violence et les affrontements armés tuent 10 000 civils par an. Le bilan est effroyable : 300 000 à 400 000 morts depuis 2001 sans compter les pertes militaires subies par l’armée afghane (15 000 soldats tués en moyenne chaque année) et les Talibans. Comme celle de l’ex-Union soviétique en 1979, l’intervention militaire américaine de 2001 n’a débouché sur aucun changement structurel.

 

Certes, une petite classe moyenne est apparue dans les centres urbains, là où les programmes de modernisation de l’éducation, sous la pression américaine et d’autres pays occidentaux, ont donné quelques résultats. Mais que restera-t-il de tout ça quand les Talibans reviendront dans des villes où ils se meuvent déjà comme des poissons dans l’eau ? En se retirant d’Afghanistan, la France a abandonné derrière elle nombre d’Afghans l’ayant servie (interprètes, employés, etc…) (1). Aujourd’hui, une bonne partie des quelques vingt mille Afghans salariés par l’administration américaine sont dans l’attente d’un visa d’entrée aux Etats-Unis. Ils savent le sort qui les attend quand les Talibans prendront Kaboul. Car ces derniers n’ont pas changé. Leur doctrine, une interprétation rigide de l’islam, demeure la même que lorsqu’ils dynamitèrent les trois statues géantes de Bouddha à Bâmiyân en mars 2001.

 

Vingt ans de malheurs pour rien. Vingt ans qui ont empêché l’inévitable évolution qui touche toutes les théocraties musulmanes. Bien sûr, ces évolutions sont lentes, trop lentes mais elles existent, y compris en Iran. La présence américaine a offert aux Talibans une légitimité dans le temps long. Ils ont résisté et obtenu le départ de l’ennemi. Le compteur est remis à zéro et il faudra peut-être attendre une génération ou deux avant que ce régime n’esquisse quelques réformes. Pendant ce temps, l’Occident se redonnera le beau rôle après avoir semé la pagaille. Il pourra ainsi faire semblant de s’intéresser au sort des femmes afghanes… Ses médias, eux, trouveront matière inépuisée dans les inévitables outrances que les Talibans ne manqueront pas de se rendre responsables. 

 

Souvenons-nous de 2001 après l’invasion de l’Afghanistan et avant celle de 2003 en Irak. La mode était alors au « regime change ». Le changement de régime par la force. Ce thème devint même un objet d’études académiques avec ses théoriciens et ses experts plus ou moins qualifiés. Deux décennies plus tard, l’Irak est un pays sous influence tandis que l’Afghanistan risque de connaître sa énième guerre civile à forte intensité. Mais les thuriféraires du « regime change » n’en ont cure et regardent avec insistance du côté de l’Iran.

 

En Afghanistan, comme le souligne le politiste Jean-Pierre Filiu dans sa dernière chronique, les États-Unis n’ont finalement réussi à rien d’autre qu’à « consolider un narco-Etat » devenu l’un des principaux producteurs d’opium nécessaire à la fabrication d’héroïne (2). On en est aujourd’hui à près de 10 000 tonnes produites avec des réseaux liés à toutes les mafias du monde. Ah qu’il paraît loin le temps où des attachées de presse mandatées par des agences anglo-saxonnes au service de l’administration militaire américaine nous vendaient, présent chroniqueur compris, la belle histoire que voici : la grenade, le fruit pas l’explosif, était appelée à remplacer le pavot grâce aux efforts de la coallition pour convaincre les paysans d’en substituer la culture. Vendue à prix d’or sur les marchés du Golfe, la grenade sonnerait la fin du trafic d’opium et d’héroïne. On en rirait si tout cela n’était pas tragique. Le constant est une nouvelle fois le même : L’Amérique menace, envahit, détruit, disloque et, s’en allant une main devant et l’autre derrière, abandonne le chaos derrière elle.

 

(1) « Traducteurs afghans. Une trahison française », Brice Andlauer, Quentin Müller et Pierre Thyss. La Boîte à bulles, Saint-Avertin, 2020, 118 pages, 17 euros.

(2) Comment les Etats-Unis ont consolidé un narco-État en Afghanistan, Un si proche Orient, 25 avril 2021. (lemonde.fr)

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La chronique économique : Tesla et bitcoin, main dans la main

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 28 avril 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

Ce qui est bon pour le bitcoin est bon pour Tesla… L’adage ne s’est pas encore imposé dans le discours économique mais cela semble en bonne voie. En témoigne les annonces faites par le constructeur de véhicules électriques lors de la présentation de ses résultats trimestriels du premier trimestre (bénéfice net de 438 millions de dollars, excusez du peu). La firme d’Elon Musk a ainsi indiqué avoir cédé sur le marché près de 10% de ses avoirs en bitcoins (BTC) soit un gain net de 272 millions de dollars.

 

1 milliard de dollars de plus-value

 

Besoin d’argent ? Besoin de financer de nouveaux investissements ? Que nenni. Pour le fantasque milliardaire, il s’agissait surtout de démontrer aux marchés, aux investisseurs et au grand public que le bitcoin est un actif liquide. On sait que cette monnaie virtuelle (19 millions d’unités en existent aujourd’hui dans le monde pour un maximum prévu à 21 millions) est très critiquée. De nombreuses autorités de régulation ont mis en garde contre les risques de spéculations et d’éclatement de ce qu’elles considèrent comme une bulle (1 bitcoin vaut 55 000 dollars). En cédant 10% de ses avoirs dans cette monnaie, Musk prouve donc qu’il n’est rien de plus aisé que de s’en séparer. Ce « besoin de liquidité » est, on le sait, l’un des principes fondamentaux des marchés et de la valeur des actifs.

 

Mais Musk se rend aussi service. En effet, Tesla possède encore 42 000 bitcoins dans sa trésorerie et cela pourrait augmenter puisque le constructeur accepte désormais cette monnaie comme règlement dans l’acquisition de ses voitures. Avec 42 000 bitcoins dans la caisse, c’est l’équivalent d’un matelas de 2,31 milliards de dollars dont dispose Tesla. Quand on sait qu’ils ont été acquis pour près de 1,3 milliards de dollars, on réalise que la plus-value potentielle est aujourd’hui de 1 milliard de dollars. Autrement dit, en ce moment, il n’est pas meilleur placement en ces temps de taux d’intérêts bas.

 

Régulateurs dépassés

 

En vendant du bitcoin, Musk incite donc d’autres entrants à en acquérir et à les utiliser. Ce qui, au passage, valorise son propre portefeuille de BTC. Dans un marché régulé, ce genre de manœuvres aurait déjà été sanctionné car cela s’apparente ni plus ni moins qu’à une manipulation des cours. Mais les monnaies virtuelles sont encore un Far-West où les régulateurs boursiers et financiers ne savent que faire. C’est une réalité bien connue : les acteurs ont toujours un temps d’avance sur les autorités de régulation mais dans le cas présent, on se demande jusqu’où la bulle bitcoin va aller. Assiste-t-on à la naissance de la monnaie de demain, ce qui signifie qu’il serait temps d’en acheter, y compris pour les États et leurs banques centrales ? Ou est-ce alors une tendance spéculative qui finira tôt ou tard par s’étioler. Pour le patron de Tesla, c’est la première réponse qui prime. Mais on n’est pas obligé de le croire.

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La chronique du blédard : Fin et transformation du football

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 22 avril 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

 

L’affaire a donc fait pschitt. En moins de quarante-huit heures, le projet de création d’une Super Ligue de football européenne réservée à vingt clubs (1) s’est dégonflé en raison de la vigueur des protestations. Gouvernements, fédérations nationales de football, UEFA, FIFA, supporters et la majorité des journalistes – exception faite des habituels nervis néolibéraux (on y reviendra) – ont ainsi fait entendre leur réprobation et, de façon concrète, le retrait des six clubs anglais de ce projet a signé sa fin prématurée. Mais ce serait une erreur de croire que l’affaire est définitivement réglée car ce qui vient de se passer est plus qu’un ballon d’essai. Ce n’est rien d’autre qu’une péripétie parmi tant d’autres qui s’inscrivent dans une tendance lourde. De quoi s’agit-il ?

 

Faisons d’abord un détour par la mini-série L’Effondrement — diffusée à la fin 2019, quelques mois avant la pandémie, elle demeure disponible sur Youtube (2). Inspiré par les thèses de la collapsologie – discipline qui connaît actuellement un fort engouement en ces temps de réchauffement climatique et de crise sanitaire, le programme décrit en huit épisodes à quoi ressemblerait la fin de notre civilisation. A deux reprises, il évoque en filigrane ces riches qui se préparent à l’inéluctable en investissant dans des lieux de repli réservés aux plus fortunés. Sentant venir l’effondrement, les riches se préparent à ne vivre qu’entre-eux. On dira que c’est déjà le cas avec ces Gated communities ou quartiers résidentiels fermés qui pullulent dans le monde, Algérie comprise. Mais ce que nous révèle cette série, c’est que les riches anticipent et se préparent au chaos.

 

L’initiative des douze grands clubs, dont le moteur est, hachakoum, le président du Real Madrid Florentino Pérez (candidat à sa réélection l’été prochain), doit se lire d’abord comme une anticipation. Le football européen, et plus généralement mondial, est profondément malade. Trop d’argent en circulation, trop de matchs et surtout trop de dette. Depuis vingt ans, une inflation incontrôlée s’est emparée du sport roi. Les droits que paient les télévisions pour retransmettre les rencontres explosent, les salaires des joueurs vedette aussi, les emprunts aux banques suivent la même courbe, les agents se gavent à chaque transfert et rares sont les clubs qui présentent une situation financière saine. N’est pas le Bayern de Munich qui veut. Ainsi, le FC Barcelone présente un passif d’un milliard d’euros…

 

Au lieu d’opter pour une cure d’austérité qui ne serait qu’un retour à des conditions plus saines, les promoteurs de la Super Ligue ont donc opté pour la fuite en avant ; Ce qu’ils veulent, c’est plus d’argent (ils prétendent que leur circuit aurait rapporté 3,5 milliards d’euros dès la première année, chiffre à comparer aux 2 milliards d’euros que verse l’UEFA aux clubs qui participent à la Ligue des champions). N’allons surtout pas croire que leur projet est mort. Ils reviendront à la charge. Cela fait trente ans qu’ils ne rêvent que de ça. Cela fait trente ans qu’ils souhaitent une compétition fermée, où n’entreraient que quelques rares invités, un peu à la manière de la NBA américaine ou encore de la Major League Soccer (MLS) qui compte désormais 27 franchises. La Super Ligue serait ainsi Un « circuit » où l’argent appelle l’argent et où un club de football est ramené à sa nouvelle dimension : une entreprise de spectacle dont l’unique but est de rémunérer ses actionnaires avec, Bourse oblige, une croissance à deux chiffres des bénéfices. En outre, être dans une Ligue fermée aurait présenté l’avantage de se mettre à l’abri d’une élimination surprise et précoce, de celles que les amoureux du football adorent mais qui tendent à disparaître. « Le football n’est plus un jeu, mais un secteur industriel, et il a besoin de stabilité » a ainsi déclaré Andrea Agnelli, président de la Juventus Turin, et acolyte de Pérez.

 

Dans cette (triste) affaire l’UEFA et la FIFA se sont donnés le beau rôle en menaçant de sanctions les sécessionnistes. Mais dans la réalité, ces organisations sont les vraies responsables du gâchis. Le gigantisme des compétitions qui ne cessent d’étendre le nombre de participants (et donc de matchs), l’argent roi des sponsors, les choix controversées des organisateurs, la multiplication d’affaires de justice et de corruption, tout cela existe depuis longtemps à cause d’elles. Ainsi, le projet tarabiscoté de l’UEFA pour réformer la Ligue des champions prévoit 225 matchs à partir de 2024 contre 125 actuellement. Résultat, le foot se meurt à cause de l’argent et d’une overdose de rencontres. Ou, du moins, il se transforme. C’est désormais « une expérience », pour reprendre les termes d’un communiqué des promoteurs de la super ligue, que l’on propose à des clients ou alors du « contenu » que l’on vend à des télévisions ou, plus important encore, des plateformes de streaming. 

 

Longtemps, on pouvait considérer que le football joué sur un terrain de tuf ressemblait beaucoup à celui de haut niveau. Mêmes règles, mêmes principes. A moyen terme, demain, les choses auront évolué. Des joueurs jouent déjà avec des puces gps dans leurs chaussures, les entraîneurs sont alimentés en statistiques en temps réels et on parle de réduire le nombre de joueurs sur le terrain, ou le temps de jeu, pour que les rencontres gagnent en intensité. Dans le football de demain, un Riquelme ou un Hagi n’auront pas leur place. Il nous restera le plaisir d’assister à un match de quartier en espérant qu’aucun Pérez ou Agnelli ne viennent s’en mêler. 

 

(1) Six clubs anglais : Arsenal, Chelsea, Liverpool, Manchester City, Manchester United, Tottenham. Trois clubs espagnols : FC Barcelone, Atletico Madrid, Real Madrid. Trois clubs italiens : AC Milan, Inter Milan et Juventus Turin. Trois autres clubs, vraisemblablement 

(2) Créée, écrite et réalisée par le collectif Les Parasites : Guillaume Desjardins, Jérémy Bernard et Bastien Ughetto. Huit épisodes.