Retours en Algérie

Retours en Algérie
dernier ouvrage paru : Retours en Algérie (Carnetsnord) lien : http://retours-en-alg.blogspot.fr/

jeudi 23 février 2017

Détestable censure

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Je n'ai pas encore lu le livre de Ferial Furon donc il ne m'est pas possible de m'exprimer sur son contenu. Par contre, je trouve regrettable que l'on en vienne à réclamer l'interdiction de son ouvrage en Algérie et qu'on lui interdise de le dédicacer à Alger, Contantine ou ailleurs dans le pays.
La seule réponse que l'on puisse apporter à un livre dont on rejette les thèses est la réfutation argumentée pas la censure. 
Je vais même plus loin. S'il vient à l'idée d'un auteur algérien d'écrire un livre qui irait à l'encontre de l'opinion dominante, comme par exemple glorifier la colonisation, il faut qu'il puisse le faire. À charge pour ses détracteurs d'écrire ou de clamer tout le mal qu'ils en pensent. Et si des séances de dédicace sont organisées et que des lecteurs s'y rendent, c'est leur droit.
De même, c'est le boulot des journalistes d'interviewer des auteurs, quelles que soient les productions de ces derniers, mais à la condition de préparer sérieusement ce genre d'entretien et de veiller à ne pas servir uniquement à... servir la soupe...
On ne gagne rien à user de la censure. C'est un manque de maturité et un manque de confiance en la force et le bien-fondé de ses convictions.


Ps : s'il vient à quelqu'un, je pense en particulier aux wanetoutristes, de penser que mon avis relève d'un quelconque hizbfrancisme, qu'il lise ma chronique du jour dans le Quotidien d'Oran.

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mercredi 22 février 2017

Désunions en attendant le pire

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En France, comme ailleurs, au sein de la famille progressiste, batailles et multiples divisions : l'identité, le rapport à l'islam (le voile, encore et toujours), la mémoire coloniale, le caractère structurel ou non des discriminations, l'existence ou non d'un racisme d'Etat, cela sans parler des questions économiques (euro, revenu universel, uberisation). Bref, des déchirements en pagaille. Parfois, je me dis que les monstres désormais sortis de leur tanière mettront tout le monde d'accord. Mais qu'il sera alors trop tard...
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dimanche 12 février 2017

La chronique du blédard : Fillon et la communication de crise

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 9 février 2017
Akram Belkaïd, Paris


Comme tous les scandales politico-financiers, celui qui concerne François Fillon et son épouse Pénélope constitue un cas d’études idéal en matière de communication. Dans ce genre d’affaire, les mécanismes sont presque toujours les mêmes. D’abord, la presse fournit des révélations qui font grand bruit. Dans le cas présent, il s’agit du Canard Enchaîné, hebdomadaire satirique dont la spécialité est aussi le journalisme d’investigation. Très vite, la riposte s’organise avec, comme toujours, la nécessité de brouiller les pistes.

Ainsi, la vraie question qui se pose concernant l’épouse de l’ex-Premier ministre est de savoir si ses emplois, payés avec de l’argent public, étaient réels ou non. Le reste n’est que considérations plus ou moins rationnelles sur l’éthique et sur les bonnes mœurs et la déontologie de la classe politique française. En l’état actuel des choses, le mis en cause n’a donné aucune preuve tangible quant à la réalité des postes occupés par son épouse. Qu’il s’agisse de la fonction d’attachée parlementaire ou de pigiste (de luxe…) à la revue Les Deux Mondes, on attend toujours les preuves qui écarteraient l’accusation d’emploi fictif.

La défense de François Fillon, et l’on sent la patte des spécialistes de communication de crise, a consisté dès le début à déplacer le débat. On ne parle pas d’emplois fictifs, on oriente la discussion sur la question de savoir s’il est légal ou non d’employer un membre de sa famille. Et pour faire bonne mesure, parce qu’il faut donner l’impression de lâcher du lest, on concède quelques contritions à propos de la moralité de la chose. Fillon dit comprendre que les Français n’acceptent plus que des élus rétribuent leurs proches. Or, cette fois, cet enfumage ne passe pas parce que les réseaux sociaux jouent un rôle inattendu. Ils rappellent que le cœur du débat est le caractère fictif ou non des emplois.

Un autre leurre, à l’image de ces « contre-mesures » qu’un avion de chasse éjecte quand il est accroché par un missile, consiste à insister sur les montants en question. Il est évident qu’une pige à 50 000 euros pour un texte de quelques centaines de caractères est un scandale. Il est évident que dans le contexte social actuel, les rémunérations évoquées sont choquantes. Dans ce cas précis, la communication de crise consiste à admettre la faute sur le plan moral mais à insister sur le caractère légal de ces salaires. C’est l’argument avancé par les soutiens de Fillon et il y en a encore beaucoup, c’est dire la déliquescence du système.

Cette stratégie de diversion ne serait pas possible sans la complicité active ou inconsciente de certains journalistes. Lors d’une émission spéciale consacrée à cette affaire (Le téléphone sonne), le journaliste de France Inter Nicolas Demorand n’a eu de cesse de rappeler à ses invités et ses auditeurs que le fond du problème était la réalité des emplois de Pénélope Fillon. Idem pour l’émission Envoyé spécial présenté par Elise Lucet. Mais tel n’est pas le cas pour tant d’autres programmes ou articles. Certes, il leur est difficile de ne pas mentionner cet aspect mais on a vu des journalistes vedettes de certaines chaines d’information continue discourir sans fin sur la légalité ou non d’employer ses proches quand on est un élu de la République…

D’autres journalistes, ou plutôt des éditorialistes, s’avèrent fort utiles pour tenter de faire baisser la pression et de culpabiliser à la fois leurs confrères et le public qui réclame des comptes et d’autres informations. Leur petite musique se fait entendre au bout de deux ou trois jours. Ils dénoncent la « chasse à l’homme », le « déchainement médiatique », laissent entendre, eux aussi, qu’il s’agirait « d’un règlement de compte ». Ce fut le cas lors de l’affaire Cahuzac quand nombre de « journalistes » prirent sur eux d’attaquer le site Mediapart en réclamant « des preuves » avant de se résoudre à se taire devant l’énormité du scandale. Ces journalistes entretiennent depuis très longtemps une collusion avec le monde politique. On se tutoie, on passe des vacances ensemble, il arrive même que l’on finisse par se marier. Dans cette proximité douteuse, la matière essentielle est le tuyau, la petite phrase exclusive qui étaiera un éditorial ou, il faut aussi le dire, qui sera vendue à la fameuse page deux du Canard enchaîné.

L’un des autres leviers de la communication de crise est de créer plus de bruit. Autrement dit, il s’agit d’alimenter la presse avec d’autres révélations afin de créer la confusion. Certes, la manœuvre est dangereuse car il y a tout de même le risque d’affaiblir la personne qu’on veut défendre mais, dans le même temps, cette profusion d’informations peut provoquer la lassitude des électeurs et des journalistes qui suivent ces affaires. C’est à l’aune de cette réalité qu’il faut évaluer les informations concernant François, qui n’ont rien à voir avec Pénélope, et qui sortent soudainement.


On terminera par l’un des aspects les plus controversés du journalisme d’investigation mais qui s’avère être une nécessité. Quand une information est imprimée, l’obsession des mis en cause et de leurs communicants est de découvrir ce que les journalistes savent d’autre et qu’ils n’ont pas encore publié, autrement dit les prochaines salves. Ces journalistes sont alors accusés de « feuilletonner ». En réalité, leur tactique est simple. Les premières mises au point des mis en cause sont souvent incomplètes pour ne pas dire mensongères. Cela donne encore plus de poids aux informations qui sont publiées ensuite. Cela Fillon le sait. Il tente de décrédibiliser la presse mais à chaque fois qu’il se défend, les informations qui suivent sapent encore plus sa position et l’enfoncent. Reste maintenant à savoir si ce Thénardier de la politique lâchera prise ou non.
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La chronique du blédard : A quand un revenu universel pour les Algériens ?

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 2 février 2017
Akram Belkaïd, Paris


Il est difficile de définir ce qu’est une bonne idée. On peut avancer que c’est celle qui apporte une solution ou qui ouvre de nouvelles perspectives. En étant plus terre à terre, voire cynique, on peut avancer qu’une bonne idée est celle que l’on peut réaliser. Quoi qu’il en soit, s’il y a bien une chose que l’humanité est capable de produire en masse, pour le bien comme pour le pire, ce sont les idées. La semaine dernière, avec l’organisation de La Nuit des idées, il m’est apparu que ce sujet était peu souvent abordé.

Nous connaissons tous dans notre entourage des gens qui sont des producteurs incessants d’idées. Certains sont totalement désintéressés. Ils ne revendiquent aucune exclusivité et se contentent d’œuvrer à la diffusion de leur pensée. D’autres sont bien moins généreux. Pour eux, les idées sont une marchandise de l’esprit et elles sont soumises, comme le reste, à des droits de propriétés. Dans le monde des sciences politiques il y a, par exemple, de véritables haines entre de doctes et très connus spécialistes en raison d’une revendication commune sur une idée ou un concept le tout étant accompagné par des accusations réciproques de plagiat.

Une idée ne nait jamais seule et de son propre fait. Le mécanisme demeure mystérieux et on ne saurait le décrire de manière uniformisée. Les uns ont besoin de beaucoup lire pour être capables de faire des propositions. Les autres préfèrent marcher ou échanger. Et ne parlons pas de cette idée qui surgit au beau milieu du sommeil, conséquence du travail permanent du cerveau, et qu’il faut le plus souvent noter dans la foulée si l’on ne veut pas la perdre pour toujours. Dans tous les cas, et pour reprendre une expression que j’aime beaucoup, on ne fait que se dresser sur les épaules des géants qui nous ont précédé. Idées, discours, techniques de réflexion, l’immense arsenal qui existe aujourd’hui était déjà disponible à l’Antiquité et il faut donc prendre certaines idées pour ce qu’elles sont, autrement dit des recyclages intelligents ou des adaptations.

Venons-en maintenant à une idée simple dont il a été beaucoup question durant la campagne des primaires d’une partie de la gauche française. Il s’agit du Revenu universel (RU). Avant d’aller plus loin, relevons que Benoit Hamon, qui s’est fait le champion de ce thème, n’a fait que reprendre un sujet en discussion depuis des années dans de nombreux pays européens (les Suisses ont voté contre l’adoption d’un RU lors d’un référendum au printemps 2016). Signalons aussi que l’Iran a expérimenté ce dispositif lors des deux présidences de Mahmoud Ahmadinejad. Les économistes sont divisés quant aux bienfaits de cette disposition et les politiques commencent à peine à le découvrir.

Le Revenu universel est une idée qui aurait dû faire débat en Algérie depuis longtemps. Au lieu de s’égarer sur les questions identitaires, la « classe » politique – faisons semblant de considérer qu’il en existe une – aurait dû s’emparer de ce thème. De façon générale, j’avoue être souvent surpris de voir que les idées alternatives sont si peu discutées ou si peu relayées dans notre pays. Un revenu pour tous, jeunes ou vieux, femmes ou hommes, voilà pourtant une proposition qui ferait sens dans un pays où l’un des griefs majeurs adressé au pouvoir est la mauvaise redistribution, pour ne pas écrire la confiscation, de la rente pétrolière.

Bien entendu, il est nécessaire de mener des études, notamment économétriques, pour déterminer la faisabilité d’un tel projet ou, tout du moins, la manière dont il sera appliqué. Faut-il un salaire mensuel ? Et de combien ? Au vu de l’importance démographique, faut-il juste une gratification annuelle voire semestrielle ? On en revient là à la définition même de la bonne idée. C’est celle qui, une fois formulée, est soumise au feu roulant des critiques et des discours sceptiques. Ce n’est qu’ainsi qu’elle finit par s’imposer (ou pas) et qu’elle ne se discute plus.

Certains vont estimer qu’un revenu universel en Algérie sera synonyme de gaspillage. Que les quatre ou cinq milliards de dollars qu’une telle mesure coûterait seront plus utiles ailleurs. C’est bien là le problème. Cela fait des années que la rente pétrolière est synonyme de gabegie et de dépenses totalement improductives. Si l’on parle de gaspillage, alors donner de l’argent aux Algériens serait un « gaspillage intelligent », moins grave que d’importer des milliards de tonnes de marchandises inutiles ou de lancer des projets qui ne serviront à rien. Et un revenu universel aurait pour vertu de relancer la consommation. Surtout, cela atténuerait les tensions sociales en amoindrissant la rancœur de la population à l’égard d’un pouvoir qui ne se préoccupe guère du bien-être général.

D’autres vont avancer que le revenu universel est une mesure immorale car elle consiste à donner de l’argent aux gens sans qu’ils travaillent. Certes, mais, de toutes les façons, une bonne partie des Algériens ne travaille pas. Et plus important encore, cette rente pétrolière leur appartient et il serait normal qu’ils en bénéficient de manière directe. Dans ce genre de problématique, les arguments moraux ne comptent pas. Et relevons qu’il y a des similitudes dans le discours de ceux qui critiquent le revenu universel et ceux qui expliquaient au début du vingtième siècle que les congés payés encourageraient le vice et l’oisiveté chez les salariés notamment les ouvriers.


Qu’elle soit ou non réalisable, l’idée du revenu universel mérite de devenir une revendication chez les Algériens. Reste donc à trouver ses relayeurs et ses défenseurs.
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samedi 21 janvier 2017

La chronique du blédard : Attrapages métropolitains

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 19 janvier 2017
Akram Belkaïd, Paris

Première scène. C’était il y a quelques semaines, au moment où un manteau de particules fines recouvrait la ville. Soleil et pollution au programme. Ciel bleu et un goût de poussière dans la bouche. N’ouvrez pas la fenêtre, ne faites pas de sport, ne prenez pas la voiture, tels sont alors les ordres impérieux que délivre la radio matinale. Ayez peur, toujours et encore, c’est le message implicite. Circulation alternée, pas de bol pour les plaques impaires. Une station de métro. Un petit attroupement devant le guichet, cet endroit dont on se demande à quoi il sert puisque, désormais, seules les machines vendent tickets et abonnements. On se dit, un peu étonné parce qu’il ne pleut pas, que la ligne 13 est encore en panne. On s’apprête à rebrousser chemin quand on entend le bruit de la rame et que l’on voit des usagers sortir des escaliers ou, dans le sens inverse, aller vers les quais. On est déjà en retard mais les cris qui fusent du côté du guichet intriguent.

D’un côté, l’employée de la Ratp. Une femme frêle, frigorifiée à cause des courants d’air. De l’autre, un jeune gars, la trentaine bien habillée, look étudié, pattes bien taillées, gel dans les cheveux, chaussures pointues et doudoune hors de prix. C’est lui qui n’est pas content et on a du mal à comprendre pourquoi. Mais, monsieur, lui dit la dame, ce n’est pas possible ! Je n’en crois pas mes oreilles. Vous n’avez pas l’impression de demander n’importe quoi ? L’autre s’énerve de plus belle. Derrière lui, un couple de touristes asiatiques – japonais ou sud-coréens – commence à s’impatienter. Tendons l’oreille pour comprendre de quoi il s’agit. Le métrosexuel - néologisme inventé en 1994 par Mark Simpson, journaliste à The Independent, s'appliquant à des citadins fortement soucieux de leur apparence (dites merci à Wikipedia) - soupire et décide de faire œuvre de pédagogie.

Madame, crie-t-il, j’ai payé un abonnement mensuel. Ce matin, on me dit que les transports sont gratuits, je veux que l’on me rembourse cette journée. Je ne vois pas pourquoi je paierais alors que c’est gratuit pour les autres. L’employée ouvre de grands yeux incrédules. Mais, dit-elle, ce n’est gratuit qu’aujourd’hui. Demain, s’il n’y a plus de pollution, le transport sera payant. Alors remboursez-moi pour aujourd’hui, insiste l’autre qui ne lâche pas l’affaire. Vous prenez le prix de mon abonnement, vous le divisez par trente et un et vous me rendez l’équivalent d’un jour. La dame finit par comprendre le raisonnement. Elle explique qu’elle n’a reçu aucune instruction à ce sujet. Que c’est la première fois qu’on lui demande un remboursement de la sorte. Un remboursement au – comment dites-vous déjà – ah oui, au prorata. Le gars propose qu’on le dédommage avec deux tickets – pour le principe – mais il n’insiste pas. On prendra le même métro que lui et on aura un rire muet quand on le verra déplier les pages saumon du Figaro

Seconde scène. C’était il y a quelques jours, au moment où une vague de froid « déferlait » sur la ville. Soleil, températures glaciales mais pas (encore) de particules fines pour chatouiller la gorge. Déferler, vague, attaque polaire, loups qui traînent en Ile de France (si, si, des loups)… La radio matinale nous dit encore d’avoir peur, toujours et plus. La scène, donc. Le métro, pour ne pas changer. Une rame, ligne 6. On ne vous parlera pas des incivilités habituelles. L’abruti qui monte sans retirer son sac à dos et qui cogne tout le monde. Le gars assis, cuisses écartées, sans égard pour son voisin, ou, plus encore, sa voisine, comme s’il craignait pour ses attributs… Non, l’histoire est celle de deux jeunes, certainement des étudiants. Les voici qui montent et restent debout, en soufflant dans leurs mains. J’en ai mal aux oreilles dit l’un. Je ne sors jamais son mon bonnet, répond l’autre en retirant le dit couvre-chef ce qui n’est pas vraiment une bonne idée parce que la ligne est aérienne et que le froid s’est engouffré dans la place et puis, seconde raison, parce que cet amas de laine bleue sera la cause du regrettable incident qui va suivre.

Le bonnet à la main, son propriétaire insiste. Tu as vu, il doublé de l’intérieur. C’est un mélange de fibre polaire et de plumes. C’est américain. Je l’ai acheté cet été dans le Montana. Il était soldé. Pas mal, dit l’autre comme à regret, mais tu t’es fait avoir. Mauvaise mine du porteur de bonnet. Comment ça ? Tu ne sais même pas combien je l’ai payé (soupçon d’irritation dans la voix). C’est un bonnet de femme, reprend l’autre. Jamais de la vie, s’énerve le propriétaire. Mais, si, c’est un truc de femme. Regarde les motifs. Des fleurs, des cœurs. C’est pour les nanas. Moi, ça m’ennuierait de porter ça.

Le jeune au bonnet encaisse. Il hausse les épaules et reste silencieux quelques secondes, sa main libre serrant plus fort la barre chromée. Puis, alors que le métro arrive du côté de la Tour Eifel, il lance, rageur : tu sais quoi, t’es qu’un connard ! C’est toujours la même chose avec toi. Tu ne peux pas supporter que les gens soient contents de ce qu’ils ont. Tu fais toujours des commentaires de ce genre. Ça va mieux maintenant que tu as débiné mon bonnet ? Tu te sens bien ? Tu te dis peut-être que je vais le jeter ? Un bonnet de fille, c’est tout ce que tu as trouvé ? Dommage pour toi parce que je vais continuer à le mettre juste pour te faire ch… Tu comprends ça, pauvre p… ?

La dernière insulte, relative à une inclinaison sexuelle précise, est celle de trop. Le jeune au bonnet n’a pas vu venir la gifle. Disons plutôt une « giflette » (employer le mot claquette aurait induit le lecteur en erreur même si, ouvrons une parenthèse, la claquette, autrement dit, le nu-pied, peut parfois servir d’arme de combat). Une giflette, donc, qui déclenche une belle empoignade et des cris dans la rame. Des voyageurs séparent les belligérants – gens de bonne volonté ou ayant une haute dose de lucidité et d’expérience puisque ce genre de mêlée peut pousser une âme sensible à tirer le signal d’alarme et à immobiliser le métro quelques vingt mètres au-dessus de la Seine.


Ces deux récits nous posent deux questions fondamentales. Premièrement, que faire quand on a payé pour un service qui devient soudain, et de manière certes temporaire, gratuit pour tout le monde ? Deuxièmement, le port d’un vêtement ne peut-il être conditionné que par le regard d’autrui ? Le Quotidien d’Oran, attend vos contributions à ce sujet.
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