Retours en Algérie

Retours en Algérie
dernier ouvrage paru : Retours en Algérie (Carnetsnord) lien : http://retours-en-alg.blogspot.fr/

lundi 24 avril 2017

Pascal Nouma et la Turquie

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L'hebdomadaire France Football (numéro 3702) a demandé à Pascal Nouma, joueur français ex-Beşiktaş (Istanbul) désormais installé en Turquie (où il est une star) ce qu'il pensait avant de signer pour ce club en 2001. Réponse :
"Pour moi, la Turquie c'était le film Midnight Express ! Je m'attendais à trouver la même chose. On m'a affrété un avion. Je suis venu visiter. Et j'ai finalement signé le soir même. ç'a été un choc culturel. J'ai trouvé un pays qui n'avais rien à voir avec l'Europe. Aujourd'hui, je sais que je ne reviendrai plus en France. Vous n'avez rien. Nous, on a tout ici."
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vendredi 21 avril 2017

La chronique du blédard : Vroum et Grrr 8

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 20 avril 2017
Akram Belkaïd, Paris







Avertissement initial : ce texte comporte des éléments de divulgâcheage (action de divulgâcher, ou de spoiler, un film) à propos de l’œuvre intimiste Fast and Furious 8. Le lecteur est donc averti et il ne pourra s’en prendre qu’à lui-même s’il réalise, au terme de ces lignes, qu’on vient de lui raconter le film auquel il pensait consacrer son budget culturel de la semaine (ou du mois voire de l’année). Commençons ! Au début, l’affaire se passe à Cuba. L’île de Raúl et de feu Fidel vue par des Ricains... Mais attention, il n’y a pas de nostalgie pour le passé, vous savez, 1946, le sommet à haut niveau de la mafia à l’hôtel Nacional, Lucky Luciano en maillot de bain et Frank Sinatra qui chante. Non, là, c’est juste une histoire de course de bagnoles et un hommage appuyé au génie des Cubains en matière de mécanique et de capacité – because l’embargo yankee – à faire preuve d’inventivité pour réparer et faire rouler n’importe quelle guimbarde.

On a donc droit à une course spectaculaire sur le mythique boulevard Malecón (Avenida de Maceo selon son appellation officielle). Le héros et conducteur, Dominic Toretto, ou Vin Diesel de son nom d’acteur (un blaze prédestiné pour une telle saga vrombissante), est en lune de miel à La Havane. Il en profite pour sauver la mise à un cousin impécunieux et ne cesse de dire de gentilles choses sur Cuba. Comme d’hab’, il remporte la course mais, cette fois, en roulant en marche arrière et avec le moteur en feu. Du pur spectacle en guise d’apéritif. Mais intéressons-nous quelques lignes à la présence sur le sol cubain de ce même Dominic et à celle de Letty Ortiz, sa moitié à l’écran incarnée par Michelle Rodríguez. Avec le rétablissement des relations diplomatiques entre les Etats Unis et Cuba en 2015 (merci Obama…), Hollywood peut désormais mettre en scène des Américains qui se rendent en villégiature dans l’île encore soumise à embargo. Mais les avocats du film ont veillé au grain en faisant en sorte que l’on comprenne que Toretto rend aussi visite à sa famille sur place. En effet, détente ou pas, le tourisme proprement dit entre les Etats Unis et Cuba n’est pas encore autorisé par les autorités ricaines. Pour se rendre dans l’île, Mr et Mme Smith du Maine ou de l’Iowa doivent avoir de la famille sur place ou prouver qu’ils rendent visite à des « relations personnelles ». Le jour où ces dispositions disparaîtront (si Trump le veut bien), les charters débarqueront et les fast-food envahiront le Malecón…

La suite du « mouvi », maintenant. Une méchante, jouée par une blonde - ce qui inverse les codes habituels où les latinos sont les vilains-, ourdit un complot lui permettant de voler successivement : une arme à impulsion électromagnétique (ça coupe le jus et ça brouille les communications, discussions sur les réseaux sociaux comprises), les codes nucléaires russes (là, le ministre de la défense de l’ex-grand ennemi est carrément l’incarnation de l’abruti total puisqu’il se ballade avec ces codes à l’étranger) et des missiles à charge atomique. Et pour y arriver, elle enrôle par le chantage, le pauvre Dominic qui semblait heureux d’acheter sa baguette de pain cubain et qui se retrouve à rouler comme un fou à Berlin puis à New York. C’est d’ailleurs dans les rues de la grande pomme que le film offre des séquences d’anthologie avec des voitures zombie (thème très à la mode dont on a déjà parlé *) qui se jettent du haut des parkings et une course-poursuite qui fait penser à la capture d’un cheval sauvage (lequel finit tout de même par s’échapper).

Dominic Toretto est donc devenu un bandit poursuivi par ses amis avec en tête Luke Hobbs, dont le nom d’acteur est Dwayne Johnson et que les cinéphiles avertis et exigeants connaissent aussi sous le sobriquet de « The Rock » qu’il utilise dans une autre vie pour ses combats de catch. Parmi les poursuivants on retrouve aussi Ian Shaw (Frank Martin) connu sur d’autres écrans sous le nom d’un certain Frank Martin habitué à conduire des voitures à toute berzingue en transportant dans son coffre des choses précieuses, interdites ou inconnues du spectateur jusqu’au dénouement. Bref, les méchants de jadis, deviennent gentils. Les bons frayent avec les mauvais. Les ordinateurs trouvent la solution à tout comme dans la série 24 Heures (au fait, Jack -is back- Bauer, alias Kiefer Sutherland est devenu chanteur après avoir décidé de bombarder l’Algérie **) et le temps file assez vite pour faire oublier le genou qui s’ankylose.

Le grand dénouement a lieu dans le grand nord russe, avec mer gelée et sous-marin nucléaire en prime. Ça tire de tous les côtés, ça glisse et le rouquin sauvageon de Game of Thrones se fait dessouder par Toretto qui, en réalité, n’a jamais rejoint le côté obscur de la force. Ah oui, n’oublions pas les pauvres Russes qui se font ratatiner par dizaines. Arrêtons-nous ici quelques secondes et reprenons notre sérieux. Intéressante la manière dont les Russes sont désormais traités par Hollywood. La disparition de l’ex-URSS a obligé les scénaristes à modifier la donne. Depuis maintenant plus de quinze ans, le méchant russe est un outlaw nostalgique de l’empire rouge. Ce n’est pas forcément un communiste mais il pleure la puissance perdue de son pays. Ce peut être aussi un quelconque séparatiste souhaitant l’indépendance d’un « machin-stan » mais le mauvais rôle n’est jamais attribué à un représentant d’une Russie officielle toujours décrite comme faible, corrompue et ayant besoin de l’aide de l’Amérique pour faire rentrer ses criminels dans le rang. En somme, et pour résumer ce propos géocinématographique, Hollywood n’a pas encore décidé de s’attaquer à Vladimir Poutine et d’en faire le père de tous les méchants.

On terminera ce compte-rendu en signalant que la blonde, défaite, s’échappe dans les airs ce qui laisse indiquer que F&F numéro 9 est pour bientôt. D’ailleurs, et c’est une nouvelle qui démontre qu’il ne faut jamais désespérer de la nature humaine et que des informations positives existent, les deux principaux acteurs, Toretto et le catcheur, se seraient réconciliés après une grosse brouille pendant le tournage de l’opus dont il vient d’être question. On respire et on compte désormais les jours en attendant avec impatience la date de retour sur les écrans de Rapide et Furieux.

* La chronique du blédard : « DZombie », Le Quotidien d’Oran, jeudi 3 avril 2014.
** La chronique du blédard : « Jack is back et la parano du wanetoutrisme », Le Quotidien d’Oran, jeudi 27 octobre 2016.


mardi 18 avril 2017

La chronique du blédard : Les surprises d’avril et de mai

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 avril 2017
Akram Belkaïd, Paris

Parlons encore de l’élection présidentielle française puisque c’est l’un « des » sujets du moment. A moins de deux semaines du premier tour, le moins que l’on puisse dire c’est que l’expression « c’est la bouteille à l’encre » semble des plus pertinentes. Avec plus de 40% d’indécis parmi les électeurs, tout est possible y compris une grande surprise. Reste bien sûr à savoir laquelle. Jusqu’il y a peu, le scénario suivant était le plus souvent cité : Marine Le Pen et Emmanuel Macron se qualifient pour le second tour. Ensuite, c’est le leader d’En Marche qui l’emporte avec plus de 60% des suffrages (ce qui donne tout de même près de 40% des voix à la fille de Jean-Marie…).

Cette combinaison demeure très probable. Les sondages – dont il convient de se méfier, on ne le répétera jamais assez, en raison de la grande marge d’incertitude – continuent de la valider. Arrêtons-nous et réfléchissons quelques minutes à cette perspective. Depuis 2013 et l’enlisement en rase de campagne de la politique de François Hollande, la possibilité que Marine Le Pen soit au second tour est devenue une évidence pour de nombreux commentateurs de la vie politique française. Mais qui aurait pu prédire que son principal adversaire serait Emmanuel Macron ? Qui connaissait son nom en 2012 ? Souvenons-nous qu’en 2014, l’idée même que Manuel Valls soit candidat à la présidentielle faisait encore partie de ces hypothèses plus ou moins farfelues que les journalistes politiques aiment à évoquer quand il s’agit de remplir le vide. Et parmi ces projections personne ne citait le nom de Macron. Autrement dit, la première grande surprise de ce mois d’avril est déjà la présence de l’ancien ministre de l’économie parmi les favoris du scrutin.

Bien sûr, on peut parler à son sujet de « bulle ». On peut pointer du doigt le soutien systématique dont il bénéficie de la part de nombreux médias, y compris publics. On peut aussi estimer que les déboires judiciaires et moraux de Fillon-pognon ont beaucoup aidé son ascension. Il n’empêche, voilà quelqu’un surgit de nulle part, qui a eu l’intelligence tactique de ne pas participer aux primaires du Parti socialiste (où il n’avait aucune chance de l’emporter) et qui se prépare à rafler la mise. Drôle d’époque… Le plus sidérant dans l’affaire, c’est que l’on pourrait penser que la crise de 2008 et les difficultés économiques actuelles déconsidèrent la candidature de celui qui n’est rien d’autre qu’un néo-libéral déguisé sous de légers oripeaux de gauche ou de social-démocratie. Il n’en est rien. La capacité de certaines catégories d’électeurs – on pense ici aux classes moyennes urbaines – à toujours voter contre leurs propres intérêts demeure un mystère. Mais passons.

L’affaire est-elle vraiment entendue ? Poser cette question revient à examiner les chances de trois autres candidats. C’est-à-dire Marine Le Pen, pour ce qui est du résultat final, et François Fillon ainsi que Jean-Luc Mélenchon pour la qualification au premier tour. Pour ce qui est de la première, on notera que les prévisions de Cassandre annonçant sa victoire au deuxième tour se font de plus en plus rares. A peine concède-t-on l’idée qu’elle pourrait l’emporter en cas de grave incident au cours des prochaines semaines, on pense notamment à des attaques terroristes qui pousseraient de nombreux électeurs dans les bras de la frontiste. A-t-on raison de penser que Le Pen ne peut pas l’emporter autrement ? Encore une fois, l’importance du nombre d’indécis doit exhorter à la prudence.

Si Marine Le Pen est présente au second tour face à Emmanuel Macron, il est fort possible que de nombreux électeurs de gauche s’abstiennent. Il est aussi possible que de nombreux électeurs de droite dite républicaine (vous savez, les supporters de Fillon) en fassent autant ou même qu’ils accordent leur bulletin à l’extrême-droite. A partir de cette hypothèse, tout est possible sur le plan arithmétique y compris une victoire, certes serrée, de Marine Le Pen contre l’ancien ministre et protégé de François Hollande. Ce sera alors la grosse surprise du mois de mai…

Parlons maintenant de François Fillon. L’homme a réussi l’exploit de garder auprès de lui le cœur de l’électorat de droite. Toutes les révélations sur ses comportements de Thénardier n’ont pas suffi à provoquer son effondrement dans les intentions de vote. Est-ce pour autant suffisant pour qu’il puisse espérer être présent au second tour ? La réponse la plus fréquente est négative. Voilà une autre surprise quand on sait qu’au lendemain de la primaire de droite – où sa victoire n’était pas absolument pas prévue – on évoquait déjà ses grandes chances d’être élu en mai 2017. Ne nous trompons pas, une défaite de Fillon dès le dimanche 23 avril serait une grande surprise. Bien plus grande que celle, annoncée, du socialiste Benoit Hamon, dont il n’a pas été question jusqu’ici tant l’affaire semble entendue concernant sa formation. Pas de PS ni de Les Républicains (ex-RPR, ex-UMP) au deuxième tour. Voilà deux autres faits qui auraient parus impossibles il y a quelques années à peine.

Terminons maintenant par le grand zaïm, le nommé Jean-Luc Mélenchon pour lequel, il faut être franc, le présent chroniqueur n’a guère de sympathie ni de respect en raison de ses positions pour le moins ambiguës sur la Syrie. C’est peut-être la plus grande surprise de cette compétition électorale. Au fil des semaines, le leader de la France Insoumise a effectué une spectaculaire remontée dans les sondages, les intentions de vote et même la popularité (68% d’opinions favorables soit +22 points en un mois !). Une dynamique que personne n’a prévue et qui, si elle se confirme en fera le troisième homme de cette élection. Est-ce suffisant pour qu’il aille « chercher » Marine Le Pen ou Emmanuel Macron et être présent au deuxième tour ? Les sondeurs en doutent mais ce sont les mêmes qui n’ont pas vu venir sa percée.

Dans l’hypothèse d’une présence au second tour, Jean-Luc Mélenchon l’emporterait contre n’importe quel adversaire, qu’il s’agisse de Le Pen, de Macron et, plus encore, de Fillon. Cette perspective donne des ailes à ses supporters qui sont, de loin, les plus présents sur les marchés et les lieux publics. Son élection constituerait alors la plus grande des surprises d’avril et de mai. Et elle ouvrirait un chapitre, on ne peut plus… intéressant, de l’histoire de France.
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La chronique de l’économie : Privatiser les éléphants ?

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 12 avril 2017
Akram Belkaïd, Paris

Comment faire pour lutter contre le gaspillage des ressources naturelles ?  Comment agir pour protéger l’environnement et notamment la faune ? Au fil des années, ces questions ont pris une importance parfois dramatique du fait des crises et des situations d’urgence. A ce sujet, le débat entre les économistes est loin d’être clôt. Comme c’est souvent le cas, plusieurs tendances s’opposent autour de la question des privatisations et de leur rôle censé être salvateur.

Privatiser pour protéger…

La tendance la plus importante, ou du moins celle qui a encore et toujours le vent en poupe, défend l’idée d’un recours systématique au marché. Ce dernier serait l’arbitre rationnel dont l’influence permettrait de limiter les dégâts. Une école revendiquant un caractère novateur a même fait son apparition. Il s’agit de la « nouvelle économie des ressources » qui fait de la privatisation des ressources (ou de la faune…) le moyen le plus sûr de lutter contre les excès de la surproduction. L’un des exemples les plus cités pour illustrer les préceptes de ce courant est le cas des éléphants.

On sait que ces derniers subissent un braconnage intensif en raison du commerce illégal de l’ivoire. Il y a quelques années, Gregory Mankiw, économiste et ancien membre de l’équipe de conseillers du président Georges W. Bush fils, a ainsi préconisé que les troupeaux de pachydermes soient… privatisés. Autrement dit, qu’ils soient vendus et que leurs propriétaires soient les seuls à pouvoir disposer d’eux. Dans ce type de raisonnement, l’idée de base est que l’intérêt du propriétaire le poussera à agir efficacement pour défendre sa propriété contre les braconniers. Une protection qui serait bien plus efficace que celle des Etats désargentés et minés par la corruption. Il faut dire d’ailleurs que plusieurs pays ont expérimenté ce genre de démarche à l’image du Botswana ou du Malawi.

Or, ces expériences sont loin d’avoir donné des résultats concluants. Le braconnage demeure une menace permanente et les propriétaires sont obligés soit de réclamer l’intervention de l’Etat et de ses forces de sécurité soit de recourir eux-mêmes à la protection armée des troupeaux. De plus, la privatisation d’animaux sauvages ouvre la voie à des dérives mercantiles comme la commercialisation de leur viande ce qui, au départ, n’était pas le but recherché.

Le capitalisme réparerait ses excès

L’exemple qui vient d’être cité n’est pas anecdotique tant il est utilisé à l’envie par les thuriféraires de la nouvelle économie des ressources. Partant de là, les exposés relayent ensuite les revendications habituelles à propos de la nécessité de privatiser l’eau ou les ressources minières, agricoles. De même, le marché étant paré de toutes les vertus et de tout le rationalisme possible, on explique aussi que la croissance à tout prix n’est pas incompatible avec la protection de l’environnement et cela pour peu que le marché soit autorisé à jouer un rôle principal. On en arrive ainsi à une logique bien étonnante : après avoir organisé le saccage de la planète et de ses ressources, le capitalisme, par un recentrage étonnant, prétend aujourd’hui traiter les conséquences de ses propres excès.


Bien sûr, affirmer en opposition à tout cela que l’Etat demeure la meilleure solution ne suffit pas. Dans un monde où le modèle de croissance à tout prix atteint ses limites, la question de la gestion des ressources naturelles mérite un aggiornamento complet incluant des réflexions novatrices sur le rôle et les prérogatives des acteurs locaux et non-gouvernementaux. Au lieu de cela, on sent bien que les mécanismes enclenchés mènent vers une valorisation de la privatisation.
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mardi 11 avril 2017

La chronique du blédard : La faute de l’Europe…

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 30 mars 2017
Akram Belkaïd, Paris

D’où vient le problème ? A quoi, à qui, devons-nous l’état actuel d’une grande partie de l’Europe laquelle semble renouer avec ses vieux démons ? Nationalisme, populisme, xénophobie et islamophobie : il faudrait être inconscient pour ne pas s’inquiéter devant pareil contexte. On dira que ce n’est pas le problème des pays du sud, notamment du Maghreb, mais ce serait faire fausse route. Car la manière dont évolue le vieux continent et l’existence de courants politiques qui l’écartèlent auront nécessairement des conséquences sur tout l’environnement régional. La montée en puissance des forces populistes pour ne pas dire néo-fascistes n’est pas qu’une simple affaire euro-européenne. Comme le montrent les récentes consultations électorales, ces forces ne sont plus uniquement des composantes marginales des échiquiers politiques. Elles ont la capacité de l’emporter à moyen terme ou peut-être même à court terme. Et il suffit d’interroger l’histoire pour comprendre la gravité de la situation et de réaliser à quel point cette région du monde est capable d’exporter ses tempêtes et d’entraîner avec elle le reste du monde.

L’échec de l’Union européenne (UE) en tant qu’institution fédératrice (et non fédérale, la nuance est de taille) est l’une des raisons majeures de cette situation. Bien sûr, les réalisations sont impressionnantes et il faut reconnaître le caractère atypique et exceptionnel de ce regroupement d’Etats. Mais année après année, la machine communautaire s’est déréglée et ses dirigeants n’ont pas pris conscience des enjeux créés par plusieurs décennies d’ouverture économique, de dérégulation et de politiques d’inspiration libérale. Et cela même si de nombreux responsables européens continuent de clamer que l’UE a toujours gardé le cap en matière de renforcement des protections sociales et de défense des libertés fondamentales.

La caricature veut que l’Union, et plus particulièrement la Commission européenne, s’est perdue en fabriquant à tout va des textes normatifs et tatillons dont quelques-uns prêtent effectivement à sourire. Mais, au-delà de l’anecdote, la vraie leçon à tirer est qu’une intégration économique régionale peut s’avérer dangereuse sans une démarche politique de même intensité et de même ambition. Or, les pays membres ont toujours refusé cela y compris lorsqu’ils ont décidé, pour certains d’entre eux, d’abandonner leurs monnaies nationales au profit de l’euro. Comment pouvait-on penser que la création de la monnaie unique pourrait donner des résultats tangibles – autres que ceux attendus par la sphère banco-financière – sans l’existence d’un vrai pouvoir politique européen ? Un pouvoir capable de dire non aux marchés financiers et à la Banque centrale européenne (BCE) ?

La question de la fiscalité témoigne de cette réalité. Qui peut croire que l’Union européenne est un projet viable à long terme quand on sait que certains de ses membres se sont organisés pour capter – on pourrait même écrire détourner ou voler – une partie des recettes fiscales potentielles de leurs voisins et partenaires ? Quoiqu’en disent les défenseurs acharnés du processus de « construction européenne » cette question fondamentale n’a jamais été réglée. Si de nombreux Etats membres de l’UE n’ont pas les moyens de renforcer leurs amortisseurs sociaux pour lutter contre les effets négatifs de la mondialisation ou pour mettre en place des politiques d’inspiration keynésienne afin de relancer l’activité, c’est parce que l’idée d’une redistribution organisée et planifiée à l’échelle de l’Union n’a pas été une priorité.

Dans un monde où même les Etats qui professent avec ardeur leur foi dans le libre-échange se dotent de barrières protectionnistes qui ne disent pas leur nom (cf. les subventions agricoles aux Etats Unis), l’Union européenne a été l’idiote utile de la mondialisation. La zone où la libre-concurrence a été érigée en dogme absolu au détriment, par exemple, des petites et moyennes entreprises qui ont été privées de mesures incitatives comme c’est le cas aux Etats Unis avec le « small business act ».

Au cours des dernières décennies, une idée simple s’est imposée comme une évidence indiscutable. Selon elle, c’est l’économie (libérale) qui serait le moteur principal de la construction européenne. La paix, la concorde entre les peuples, le développement commun et la stabilité politique, tout cela serait garanti par l’amélioration constante des environnements des affaires. On connaît le résultat. Certes, l’Europe regroupée est la première puissance économique mondiale mais c’est aussi une terre d’inégalités croissantes et de disparités régionales. Et ne parlons pas de la Grèce dont le sort et le traitement par ses pairs de l’UE démontrent que l’expression « solidarité européenne » ne veut absolument rien dire.


Dans de telles conditions, la nécessité de repenser (et refonder) le projet européen devrait être au cœur des discours et des projets politiques. Le 25 mars dernier était célébré le Traité de Rome, autrement dit l’accord instituant la Communauté économique européenne (CEE) entre six pays fondateurs (Allemagne de l’Ouest, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas). Ce fut l’occasion pour quelques discours et propos satisfaits. Mais de souffle nouveau, point. Le Brexit était dans tous les esprits (même si la Grande-Bretagne n’est pas un membre fondateur de la CEE), chacun se demandant qui sera le prochain à rendre les clés. A moins qu’une tempête brune ne devance tout le monde en démolissant un édifice déjà bien branlant.
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La chronique du blédard : Débat-spectacle ou présidentielle française pour divertir

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 6 avril 2017
Akram Belkaïd, Paris

Le lecteur qui suit cette colonne – et que nous ne remercierons jamais assez pour sa fidélité – saisit certainement le clin d’œil lorsque nous écrivons que le boutonneux à la voix en perte d’octaves a encore sévi en obligeant le présent chroniqueur à subir le « débat » entre les onze candidats à l’élection présidentielle française. Diffusé sur CNews et BFMTV, mené par les très agitées et faussement impartiales Ruth Elkrief et Laurence Ferrari, cet étrange exercice a, semble-t-il, passionné les téléspectateurs puisqu’ils auraient été 10 millions (et moi, et moi) à le suivre. A ce sujet, il paraît - on résiste à l’envie de reprendre le très algérien « paraît-il que » -, il paraît donc que l’engouement pour ce rendez-vous inédit a traversé la Méditerranée et fait le bonheur du public maghrébin.

« C’est beau la démocratie » a même écrit à ce sujet un internaute tunisien, peut-être lassé par les (longs, trop longs) talk-show de chez lui, l’un d’entre eux, on le signale au passage, ayant récemment concerné les dégâts de la vente pyramidale dans son pays, mais ceci est un autre sujet sur lequel on reviendra peut-être. Démocratie ? De la démocratie, cette cacophonie où le discours des uns et des autres était haché et parfois même inaudible ? On ne voit pas très bien l’intérêt politique et citoyen de ce genre de « performance ». Certes, ce fut effectivement un bel exercice de liberté d’expression. Chacun a pu dire ce qu’il avait à dire, peut-être pas de la manière qu’il espérait et certainement pas sur la durée qu’il entendait (ah, ces deux voix de crécelles qui hurlaient « vous avez dépassé le temps imparti ! »). Mais dans l’affaire, l’expression du peuple, censée être l’un des piliers de la démocratie, n’a guère eu de rôle à jouer.

A quoi sert ce genre de spectacle ? On imagine que chacun des impétrants avait en tête ses éléments de langage et ses messages à faire absolument passer. Certains, comme Emmanuel Macron, ont parfois placé des phrases qui, à l’évidence, ont été préparées à l’avance quand d’autres, on pense à Philippe Poutou, ont plus improvisé même si, pour ce dernier, on devine qu’il avait déjà dans sa cartouchière l’attaque frontale contre Marine Le Pen mais aussi François Fillon - vous savez le candidat qui gagne treize mille euros et qui n’arrive pas à épargner et qui est donc obligé de se faire payer des costumes par des amis (et alors ?) et d’employer (vraiment ?) sa femme.

« Nous, quand on est convoqués par la police, on n’a pas d’immunité ouvrière ». Le candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et ouvrier à l'usine Ford de Blanquefort a déclenché les applaudissements du public avec cette saillie qui fera date. Voilà, finalement, à quoi sert ce genre de mise en compétition. Il faut parler fort, il faut cogner le voisin ou la voisine, il faut caricaturer son propre propos parce que ce que le temps manque et que la crécelle va passer la parole à quelqu’un d’autre. Il faut trouver le moyen, en une poignée de secondes, de faire en sorte que le spectateur garde en mémoire ce que l’on a balancé sans finesse ni retenue à l’image du « la France est une université du djihadisme » de Le Pen.

Autrement dit, au-delà du caractère presque ludique de l’affaire, ce genre de spectacle n’a aucun intérêt si ce n’est de faire croire que la télévision a encore de l’influence sur les joutes politiques. Il est même affligeant de se rendre compte que le débat électoral a été transformé, l’espace d’une soirée, en stand-up, façon Jamel comedy club. Les sondages disent – et l’on sait combien il faut être prudent avec les prévisions – que nombre d’électeurs sont encore dans le flou et qu’ils ne savent toujours pas pour qui voter. On se demande en quoi le hachis verbal auquel on a assisté mardi soir – jusqu’au bout, oui môssieur – va les aider à se faire une idée plus précise. Dans ce genre de situation, le premier réflexe risque fort d’être une inclinaison plus marquée vers l’abstention.

Dans une compétition électorale, il n’y a pas de formule télévisuelle miracle. Mais les électeurs, et la démocratie, méritent mieux que cette vente à la criée. C’est là où on réalise que le service public n’est pas au rendez-vous. Qu’est-ce qui l’empêche d’organiser onze soirées électorales pour que chaque candidat ait le temps de s’exprimer et de débattre à la fois avec des journalistes spécialisés mais aussi des spectateurs ? L’idée est de donner du temps pour que le projet soit présenté et précisé. Ce n’est pas en regroupant cinq, sept ou onze personnes que l’on éclaircira les choses. Le « débat » de mardi soir n’avait rien à voir avec la politique. Ce fut ce que l’on pourrait qualifier de « politictainement », c’est-à-dire une manière de distraire avec de la politique et des politiciens.

Et dans le domaine de la politique-détente, on n’en est qu’au début de ce qui peut être proposé au spectateur. Qui sait, demain, les candidats devront peut-être jongler avec un ballon, nous raconter leur premier chagrin d’amour ou bien, et c’est l’idée qui nous est venue en les regardant droits derrière leurs pupitres, ils seront obligés de participer à un quizz à plusieurs thèmes (sport, culture générale, politique, philatélie…). « Quelle est la capitale administrative du Balouchistan ? Mais appuyez sur le buzzer avant de répondre, monsieur Mélenchon ! » ou encore « quelle est l’origine du mot pognon ? Oui ! Très bonne réponse de monsieur Fillon… ». Qu’on se le dise, le spectacle ne fait que commencer…
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La chronique économique : Le nouveau « 50 euros » arrive

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 5 avril 2017
Akram Belkaïd, Paris


L’information va intéresser tous les cambistes, officiels et officieux, qui opèrent sur le marché des changes en Algérie. Un nouveau billet de 50 euros vient d’être mis en circulation dans la zone euro. Au total, 6,5 milliards de coupures sont en voie de fabrication par les différentes imprimeries nationales européennes. Au total, il y a près de 19 milliards de billets libellés en euros qui circulent (tous montants confondus) soit une valeur estimée à 1100 milliards d’euros. Quinze ans après sa mise en circulation effective, l’euro est donc la première monnaie mondiale en terme d’espèces circulantes et cela devant le dollar qui reste, lui, la première monnaie en termes de transactions.

Un billet plus sûr

Ce type d’opération qui consiste à introduire de nouvelles coupures n’est jamais anodin. Il y a d’abord la question de la sécurité. En effet, ce nouveau billet est censé être plus sûr et donc être moins susceptible d’être contrefait. Selon la Banque centrale européenne (BCE), la nouvelle « note » de 50 euros, qui fut présentée en juillet dernier, comporte de nombreuses innovations en matière de sécurité. D’une part, il y a un hologramme qui fait apparaître en transparence le personnage de la princesse Europe. De l’autre, l’inclinaison du billet produit un effet de lumière instantané.

Depuis 2013, la zone euro entend lutter de manière plus efficace contre la contrefaçon. Au total, et selon la BCE, il y avait fin 2016 près de 353 000 faux billets en euros (tous montants confondus) qui circulent contre 445 000 à la fin du second semestre 2015. Au second semestre 2016, l’actuel billet de 50 euros – qui va donc être progressivement retiré – représentait plus de 40% de la valeur totale des faux billets retirés. Suivaient celui de 20 euros (38%) et de 100 euros (10%). Les habitués du marché parallèle des devises en Algérie le savaient déjà puisque le comportement de ce type de client est de refuser les billets de 50 euros et de leur préférer ceux de 100 euros jugés, à juste titre, plus fiables.

L’un des enjeux de ce genre de remplacement est de faire en sorte que l’acceptation des nouveaux billets se fasse rapidement. En effet, de nombreux commerçants, non habitués, seront tentés de refuser les nouvelles coupures que leurs clients auront retirées des distributeurs automatiques. Dans certains commerces équipés de détecteurs de faux billets, les logiciels n’ayant pas été mis à jour, cela provoquera le rejet de la coupure. Il y a donc une période de latence plus ou moins longue. Cela vaut aussi pour les marchés au change à travers le monde. Dans ce cas-là, les cambistes auront un peu de mal à convaincre leurs clients qu’il s’agit de vrais billets et non de fausses espèces.

Assèchement programmé


Avec les nouvelles coupures censées être plus fiables, la Banque centrale européenne se prépare aussi à diminuer la masse de billets de 500 euros en circulation. Ce dernier ne sera plus imprimé à partir de 2018 et va donc peu à peu se raréfier puisqu’il sera automatiquement retiré du circuit bancaire. Les coupures de 500 euros qui resteront détenues par les particuliers garderont leur valeur mais la raréfaction de cette coupure finira par les pousser à les échanger contre d’autres billets. Aux Etats Unis, les billets de 500, 1 000, 5 000 et 10 000 dollars sont très rares puisqu’ils n'ont pas été imprimés depuis 1946.
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vendredi 7 avril 2017

De la vérité et de la forme de l'eau

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© Akram Belkaïd


"Un jour, je vis que mon ami avait mis sur le bord d'un puits une écuelle, une tasse, une théière, une boite à lait carrée, toutes pleines d'eau à ras bord, et qu'il les observait attentivement. 'Qu'est-ce que tu fais ?' je lui demandai. Et lui, à son tour, me posa une question : 'Quelle est la forme de l'eau ? - Mais l'eau n'a pas de forme ! dis-je en riant. Elle prend la forme qu'on lui donne."

Je pense souvent à ce passage d'un roman d'Andra Camilleri (La forme de l'eau, traduction de Serge Quadruppani) et je me dis, en tant que journaliste, que la vérité est comme l'eau. Elle prend la forme que l'on veut bien lui donner. Et que, finalement, ce qui compte le plus c'est l'ustensile dont on dispose pour cela...

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mardi 4 avril 2017

Tu n'auras pas ma voix

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Il y a cinq ans,
Un peuple a cru pouvoir chasser le tyran
A tort
Et toi, tu craches sur ses morts
Quand les corps gisent
Agonisent
Asphyxiés par des lâches
Toi, pauvre tache
Tu parles de tuyaux, de complots et de je ne sais-quoi

Tu n’auras pas ma voix.
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