jeudi 16 février 2012

La chronique économique : L'impasse grecque

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 15 février 2012

La Grèce sera-t-elle sauvée ? C’est la question que se posent nombre d’observateurs alors que sa rue continue de s’embraser et que la classe politique locale paraît de plus en plus désemparée.
Dimanche dernier, l’adoption par le Parlement grec de mesures d’austérité - dont une réduction d’un milliard d’euros des dépenses de médicament (contre à peine 270 millions de dollars de coupe dans le budget de la défense) - a mis le feu aux poudres. A Athènes, une vingtaine d’immeubles ont brûlé tandis que manifestants et policiers s’affrontaient de manière violente. Des élections législatives anticipées auront bien lieu en avril prochain mais rien ne dit que le calme sera revenu d’ici là, les Grecs refusant de subir la cure d’austérité réclamée (dictée ?) à leur pays par les bailleurs de fonds.

UNE ECONOMIE TROP FAIBLE

De fait, on est en droit de se demander si tous ces sacrifices imposés à une population déjà éprouvée par plusieurs mois de crise seront payants au final. On connaît les grandes lignes du «deal» entre, d’un côté, la Grèce, et de l’autre, la «troïka» composée du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Commission européenne. En 2012, Athènes doit rembourser 50 milliards d’euros. Une somme que le pays ne possède pas, d’où l’importance du prêt de 130 milliards d’euros que la troïka ne débloquera qu’en contrepartie des mesures d’austérité adoptées dimanche (dont des baisses de salaires généralisées sans oublier la suppression de plusieurs milliers d’emplois publics et une réduction des minima sociaux). Sur un plan comptable, l’aide européenne devrait permettre à la Grèce de se sortir d’affaire et d’éviter la faillite, du moins au premier semestre 2012.


A l’inverse, les problèmes structurels de ce pays resteront inchangés. En effet, l’économie grecque est trop faible et pas assez compétitive. Surtout que l’industrie de ce pays n’est guère développée (elle contribue à 8% du Produit intérieur brut contre 20% en Italie) et ne peut constituer un levier efficace pour un retour à la croissance. La Grèce aura donc encore besoin de s’endetter y compris après l’assainissement de ses comptes et la réduction drastique de ses dépenses publiques. Du coup, il est évident que d’autres crises de la dette grecque sont à attendre dans les prochaines années. Une perspective qui fait que l’on est en droit de se demander si les sacrifices imposés actuellement à la population sont nécessaires ou s’il ne faut pas que les Grecs aient le droit de choisir la solution la moins douloureuse pour eux, fût-elle une sortie de la zone euro.


Cette option, qui équivaut, entre autres, à une grosse dévaluation, est combattue par plusieurs capitales européennes qui craignent l’effet contagion (les marchés de la dette parieraient immédiatement sur une possible sortie de l’Espagne ou du Portugal). Elle aurait pourtant pour avantage de réduire le niveau des sacrifices imposés à la population. Cela effacerait de manière mécanique une partie de la dette tout en relançant les exportations même si ces dernières ne seront jamais suffisantes pour contribuer à la réduction des déséquilibres budgétaires. Pour autant, la sortie de la zone euro aura pour conséquence vraisemblable l’augmentation des taux d’intérêts imposés à la Grèce, et ce pays risquerait fort de retomber dans la spirale infernale de l’endettement.

LA SOLIDARITE FEDERALE, UNE SOLUTION

On le voit, la situation de la Grèce n’est guère reluisante. Faute de solidarité plus importante de la part de ses partenaires européens, ce pays risque de glisser vers des désordres de plus en plus graves. La solution se trouve peut-être au niveau d’une action plus forte de l’Europe avec la mise en place institutionnalisée de transferts financiers entre pays riches et moins riches - un peu à l’image de ce qui existe entre l’Italie du Nord et celle du Sud. Outre l’impact budgétaire, ce transfert financier permettrait aussi de reconstruire l’industrie grecque et d’augmenter à terme ses exportations. Mais cette ébauche de solution implique que l’Union européenne (UE) évolue vers plus de fédéralisme, ce qui semble être exclu pour l’instant. A moins qu’une aggravation du cas grec n’oblige les Européens à se décider à bâtir enfin leur union politique.

Akram Belkaïd, Paris
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Oui, j'ch'uis candidat à l'élection présidentielle

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Dix sept minutes de bla-bla habituel et creux. Nicolas Sarkozy est donc candidat à l'élection présidentielle. Journaliste, éditorialistes, politologues, spécialistes de la parole, de la communication et de l'illusion se penchent déjà sur le programme de celui qui veut faire oublier le bilan catastrophique de son mandat. Feindre de vouloir donner le pouvoir au peuple (par le biais du référendum), quelle vieille méthode éculée mais passons...
Dans le propos du président-candidat devenu donc hier soir le candidat-président (ou l'inverse, selon les situations à venir), il y a quelque chose qui en dit long sur lui, sur sa présidence, sur sa personnalité et sur la France d'aujourd'hui :
- Oui, j'ch'uis candidat à l'élection présidentielle, a-t-il dit à la "journaliste" de TF1.
Mais quelle vulgarité!
Quel manque de respect pour la langue française, quelle incapacité à se rendre compte de la grandeur de la charge occupée. Dieu merci, nous n'avons pas eu droit à un Ouais, ça m'intéresse trop ce job...
A l'heure où l'on parle beaucoup - surtout à droite - de la nécessité de défendre la culture française, n'y a-t-il personne à l'UMP pour offrir quelques cours de diction et de grammaire au président sortant ? Le monde des lettres ne pourrait-il pas s'emparer de l'affaire ? Que fait donc Richard Millet, pourfendeur d'Arabes, de Noirs et de Musulmans ?
Enfin... Peut-être est-ce ainsi que l'on parle désormais à Neuilly...
Je vous laisse, j'ch'uis occupé à pondre un autre papier....
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mercredi 15 février 2012

Aujourd'hui, le grand jour J

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Le suspense est insoutenable. Je n'en peux plus. C'est insupportable. Toute cette attente. Comment faire ? Que faire d'ici le Vingt-heures de TF1 ? Va-t-il se déclarer ? Enfin ? Nous l'attendons, nous vivons dans l'espérance d'une nouvelle candidature. Et s'il disait non ? Comment ça, tant mieux ? Vous êtes fou ou quoi ? Qui va sauver le monde, l'économie planétaire, la Grèce, le PSG ? Qui va trouver une solution pour tous les problèmes de pauvreté ?
Aaah, vite, vite. Une déclaration, une candidature et le froid va disparaître, la bonne humeur revenir aux quatre coins de l'Hexagone et d'ailleurs.
Terrible suspense. Mes nerfs vont craquer. Vivement vingt-heures.
Viiiiiiiiiiiiiiiiiiite !
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mardi 14 février 2012

La chronique économique : L'Allemagne sur le banc des accusés

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Et si la réunification allemande était l’une des raisons de la crise dans la zone euro ? Le lien de cause à effet peut ne pas paraître évident, mais il est de plus en plus évoqué par les économistes, y compris allemands. Pour bien le comprendre, il faut revenir au début des années 2000, à l’époque où l’Allemagne avait encore du mal à digérer la réunification, ou, pour être plus précis, l’absorption de la RDA par la République fédérale d’Allemagne (RFA). C’est à ce moment-là que Gerhard Shröder et son gouvernement ont mis en place de nombreuses réformes destinées à préserver la compétitivité des exportateurs allemands, notamment par le biais d’un frein sur les augmentations de salaires.

LA LUTTE DE TOUS CONTRE TOUS
On le sait aujourd’hui, cette modération salariale a beaucoup contribué au dynamisme des exportations et de la bonne santé du «made in Germany». Depuis plusieurs années, l’Allemagne tient ainsi la dragée haute aux pays émergents avec un solde commercial de près de 146 milliards d’euros en 2011 (contre un déficit de 70 milliards d’euros pour la France). Une performance qui, ajoutée à d’autres indicateurs positifs (taux de chômage à 6,8%, au plus bas depuis la réunification, croissance de 3% du Produit intérieur brut en 2011 et baisse du déficit public à 1% pour la même année), fait de l’Allemagne une référence constante si ce n’est un exemple à suivre en Europe. 

Mais un récent rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) vient de pointer du doigt les dégâts collatéraux de la stratégie de ce pays (1). «La compétitivité accrue des exportateurs allemands apparaît de plus en plus comme la cause structurelle sous-jacente aux récentes difficultés de la zone euro», relève ainsi l’organisme basé à Genève. 

Selon l’OIT, l’Allemagne a donc obligé ses partenaires mais néanmoins concurrents européens à la suivre sur le terrain de la baisse des salaires et des prix afin qu’ils puissent préserver leur compétitivité. En clair, la réussite commerciale de l’Allemagne a eu pour conséquence de «tuer» nombre d’industries européennes incapables de suivre la cadence imposée par un «made in Germany» bénéficiant certes d’une excellente réputation sur le plan mondial, mais aussi, il faut désormais l’avoir en tête, une modération salariale qui s’est avérée déterminante. Déjà en 2006, l’économiste français Patrick Artus mettait en garde sur le fait que l’expansion commerciale de l’Allemagne se faisait au détriment des pays européens, notamment ceux du Sud, car elle avait tendance à rogner sur leurs parts de marché, y compris à l’intérieur même de l’espace européen.

Interrogé récemment par le quotidien Le Monde, l’économiste Michel Aglietta résume bien les effets dévastateurs de cette stratégie (1) : «Lorsqu’elle est vue exclusivement par la lunette des salaires, étant donné la fixité du change (la monnaie étant unique, ndlr), la recherche de la compétitivité est la lutte de tous contre tous qui aboutit à la déflation (baisse des prix et des salaires)». Dans de telles conditions, il n’est guère possible d’espérer une croissance partagée et c’est bien ce qui se passe actuellement dans la zone euro. Du coup, l’Allemagne fait autant figure de modèle à suivre que d’accusée.

LE CULTE DE L’AUSTERITE
Pour nombre d’économistes, ce pays doit désormais consentir des sacrifices pour le bien de la zone euro avec une augmentation des salaires et une baisse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) afin de relancer sa consommation et donc ses importations (notamment en provenance des pays européens). Une perspective qui n’a pas tout à fait les faveurs du gouvernement Merkel, lequel estime que la solution aux maux de l’Europe passe d’abord par l’adoption générale du modèle allemand actuel, c’est-à-dire par une baisse du coût du travail, qui se ferait à la fois par une modération salariale accrue et par une baisse des prélèvements sociaux. Cela sans oublier l’incontournable respect de la discipline budgétaire, comme le stipule le nouveau traité européen adopté à la fin du mois de janvier dernier. Bref, l’Allemagne, du haut de sa force économique, veut que ses partenaires s’engagent avec elle dans encore plus d’austérité et de compétition salariale. Il n’est pas sûr que cette démarche aboutisse à faire sortir la zone euro de l’ornière.

1) Lundi 30 janvier 2012

Le Quotidien d'Oran, mercredi 8 février 2012
Akram Belkaïd, Paris
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lundi 13 février 2012

La chronique du blédard : Une peine syrienne

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Il y a quelques semaines, j'ai publié une chronique pour tenter de décrire le sentiment d'impuissance éprouvé vis-à-vis du drame du peuple syrien (1). Ce sentiment est loin d'avoir disparu. Bien au contraire, il s'est aggravé et j'en suis réduis à reconnaître mon incapacité à formuler la moindre once d'optimisme quant à cette guerre civile et confessionnelle qui commence à peine à dire son nom. Il faut aussi relever qu'il est très difficile de s'exprimer à propos de la Syrie. Alors que chaque jour, des civils meurent par dizaines, on en est encore, du moins dans le monde arabo-berbère, à subir les habituels mais ô combien fréquents délires conspirationnistes. Jour après jour, via internet, via des blogs, des Syriens racontent leur terrible sort mais cela ne semble pas suffire à convaincre celles et ceux qui parlent de complot et qui nous expliquent que les tueries de civils sont des machinations ourdies par des agents provocateurs à la solde de l'Occident et de l'entité sioniste (une phrase digne des années 1970 et qui retrouve actuellement une nouvelle jeunesse). 

Voilà donc Bachar al-Assad et son régime parés de toutes les vertus. Ils seraient le dernier rempart, la dernière digue face aux appétits d'un Occident décidé à prendre, ou à reprendre, le contrôle de tout le monde arabe. Etrange renversement de situation où l'anti-impérialisme pousse à une indulgence coupable vis-à-vis d'une dictature sanguinaire qui n'a jamais épargné ses opposants et dont on se demande de quoi elle peut bien se prévaloir en matière de résistance et de victoires face aux « ennemis » de la nation arabo-musulmane. De quoi Assad père et fils sont-ils le nom ? Hors propagande, de quels combats réels, de quels succès leur régime - cette djoumloukiya ou république monarchique - peut-il se prévaloir ? Bachar al-Assad, héros du monde arabe ? Si c'est le cas, alors peut-être vaut-il mieux faire partie du camp des traîtres… 

Au-delà de l'horreur et de l'indignation que peut susciter ce qui se passe à Homs, Hama ou ailleurs, il est évident que la thèse du complot en dit long sur l'état de désarroi actuel du monde arabe. Certes oui, les révolutions se grippent ou tournent mal. Certes, les urnes ont offert le pouvoir à des islamistes qui commencent à montrer les crocs. Mais est-ce une raison pour sombrer dans le complotisme ? Il faut reconnaître que l'une des questions que nous pose la situation syrienne n'est pas simple. Est-ce parce qu'elle est défendue par des acteurs peu recommandables ou qui ont prouvé par le passé que l'on ne pouvait leur faire confiance qu'une victime a moins de droits ? Pour être plus précis, le fait que le Qatar soit à la pointe de l'action diplomatique contre le régime d'Assad (n'oublions pas l'Arabie Saoudite) justifie-t-il que l'on puisse se détourner de la souffrance des Syriens ou, plus grave encore, que l'on puisse en douter ? Il est évident que l'émirat a son propre agenda et que la subite affection de son souverain et maître pour la démocratie (à condition que cela ne soit pas chez lui ou dans le Golfe) doit beaucoup aux conseils amicaux et calculs de ses parrains étasuniens. Mais il n'empêche : dans cette affaire, le camp occidental et ses alliés (arabes et turc) sont, qu'on le veuille ou non, du côté des victimes. Faut-il donc se jeter dans les bras d'Assad parce que la France et les Etats-Unis tentent d'obtenir son départ ? 

Bien entendu, il est impossible de ne pas tenir compte de l'histoire récente. L'Irak depuis 2003, la Libye depuis l'automne dernier nous montrent à quel point la chute d'une dictature peut générer le chaos et une régression dramatique qui remet en cause les fondements même du pays concerné. C'est ce qui rend la situation actuelle compliquée cela d'autant que nous semblons revivre une résurgence de guerre froide, la Russie et la Chine ayant décidé de ne pas abandonner le régime syrien ne serait-ce que parce qu'il est l'un de leur meilleur client en matière d'armement. Et là aussi, comme pour la chronique mentionnée précédemment, il ne faut pas oublier de dire que les pays occidentaux qui ont tordu le coup à la résolution 1973 de l'ONU (protection des civils libyens) en la transformant en blanc-seing pour organiser la chute de Kadhafi, portent aujourd'hui une énorme responsabilité dans ce qui arrive au peuple syrien. Car c'est bel et bien le souvenir de ce tripatouillage peu glorieux qui incite Moscou et Pékin à opposer leur veto à toute résolution condamnant le régime de Damas. 

On peut reconnaître sa propre impuissance. On peut déplorer l'incapacité de la communauté internationale à obliger Damas à respecter l'intégrité physique de son peuple. On peut même critiquer l'opposition syrienne pour ses divisions et certaines de ses accointances. Mais on n'a pas le droit de renvoyer dos-à-dos la victime et le bourreau. On n'a pas le droit de trouver des excuses au régime de Bachar al-Assad et encore moins de le disculper. C'est bien pour cela qu'il faut abandonner la théorie du complot à celles et ceux qui n'ont ni les moyens ni l'envie de réfléchir autrement… 
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(1)   Les enseignements du drame syrien, jeudi 1er décembre 2011.  

Le Quotidien d'Oran, jeudi 9 février 2012
Akram Belkaïd, Paris

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mardi 7 février 2012

Populisme ?

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Jean-Luc Mélenchon dans Libé ce matin : "Il faut frapper, frapper, frapper". Ce soir, dans la une du Monde, Mélenchon est qualifié, en même temps que Le Pen (fille), de populiste. Le quotidien dit de référence a encore frappé...
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Chronique économique : De la réforme

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Dans le vocabulaire politico-économique dominant en Europe - et ailleurs dans le monde –, le terme réforme est omniprésent. Pas un seul discours, pas un seul programme qui n’en fasse pas mention. Mais, que veut dire ce mot ? Quelle est sa signification et, plus encore, quelle est sa portée ? Dans le dictionnaire Petit Larousse, réforme signifie « un changement important, radical apporté à quelque chose, en particulier à une institution, en vue de l’améliorer » comme c’est par exemple le cas d’une « Réforme de la Constitution ». Quant au verbe réformer, sa définition est « changer en mieux ; corriger (réformer les lois) ». A noter que réforme peut aussi avoir une signification religieuse avec « le retour à une observance stricte de la règle primitive dans un ordre religieux », mais ce n’est pas de cela qu’il est question dans cette chronique.


UNE REMISE EN CAUSE DES ACQUIS SOCIAUX
En matière économique, la réforme est donc un changement important et radical. C’est à cela que font référence nombre de dirigeants européens quand ils évoquent les chantiers qu’ils souhaitent mener à bien. Cela concerne tous les domaines, à commencer par le social. Dans tous les cas, la notion d’amélioration est implicite. La réforme se veut donc un saut quantitatif et qualitatif au bénéfice de la société, de l’économie et, de façon générale, du pays. Mais est-ce aussi vrai que cela ? Prenons par exemple la notion de réformes structurelles qu’ont connues (subis ?) de nombreux pays africains. Souvent, la finalité de ces réformes ne concernait que le seul désengagement de l’Etat, le transfert de ses prérogatives au secteur privé sans oublier une diminution de ses moyens. Dès lors, réforme a signifié, et signifie encore, l’érosion continue de l’Etat-providence avec des conséquences humaines parfois catastrophiques.

En Europe, les réformes sociales accomplies en Allemagne au début des années 2000, ces mêmes réformes que le pas-encore candidat Nicolas Sarkozy souhaite mener en un temps record avant le scrutin d’avril, ont contribué à démanteler un système qui garantissait les droits des travailleurs et à précipiter une bonne partie de ces derniers dans la précarité et les affres du travail à temps partiel. Du coup, le mot réforme prend une nouvelle signification. Il s’agit, avant tout, de remettre en cause des dispositifs désormais jugés trop contraignants par la vulgate libérale. C’est ainsi que réformer veut dire s’affranchir de certains droits et protections jugés comme autant d’entraves pour le bon fonctionnement de l’économie et pour la rentabilité à deux chiffres de l’entreprise. 

Problème, ces droits et protections sont le résultat de plusieurs décennies de luttes sociales et d’engagement. C’est le cas, par exemple, du droit de grève, lequel a rarement été obtenu sans que le sang coule. Cela vaut aussi pour les droits sociaux de salariés : retraites, hygiène et sécurité sur les lieux de travail, prohibition du travail des mineurs, encadrement du travail de nuit, protection contre les licenciements abusifs, droit au repos et aux vacances, liberté de se syndiquer, salaire minimum… Tous ces acquis sociaux sont remis en cause de manière de plus en plus ouverte et assumée. Question : où est l’amélioration ? Ou bien encore : qui est concerné par cette amélioration ? Qui en profite ?

UNE NOTION DEVENUE NEGATIVE
Travailler sans filet, cotiser pendant plus longtemps pour sa retraite, être jetable à tout moment, évoluer dans un environnement bruyant et stressant, être soumis à des horaires fluctuants, accepter des diminutions de salaire et renoncer à une partie de ses congés : voilà ce qui est proposé au salarié par les adeptes de la réforme. Il n’est donc pas étonnant que cette dernière soit de plus en plus perçue de manière négative. 

D’ailleurs, cette perception négative vaut aussi pour le terme « compétitivité » qui, de manière concrète, signifie la mise en place de mesures destinées à diminuer le coût du travail en pénalisant les travailleurs, alors que cela pourrait concerner des questions fondamentales comme la formation continue, la réflexion stratégique, la prospective économique sans oublier le soutien de l’Etat à l’innovation. En économie, comme ailleurs, les mots peuvent cacher des réalités et des intentions peu rassurantes…

Akram Belkaïd
Le Quotidien d'Oran, mercredi 1er février
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lundi 6 février 2012

La chronique du blédard : Sarkozy ou la stratégie du faux challenger

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Feindre la faiblesse et le découragement pour mieux surprendre son adversaire et le battre. C'est cette stratégie vieille comme le monde que semble vouloir adopter Nicolas Sarkozy face à son adversaire socialiste François Hollande. Il y a une semaine, tous les médias français ont ainsi rendu compte du coup de blues du président sortant. Conversant avec des journalistes dans l'avion qui le ramenait de Guyane, il aurait laissé paraître un certain découragement en évoquant sa possible défaite. « En cas d'échec, j'arrête la politique. Oui, c'est une certitude » aurait-il même déclaré lors de l'un des ces points « off » - où les propos ne sont pas censés être rapportés au public – qu'affectionnent à la fois le locataire de l'Elysée et la caste bien particulière des journalistes politiques. 

Faut-il prendre au sérieux ces confidences – qui ont visiblement semé la panique au sein de l'UMP - et en conclure que le match de la présidentielle est déjà joué ? Bien évidemment non. Voilà plus de dix ans que Nicolas Sarkozy joue et intrigue avec des médias plus ou moins consentants et, surtout, bien peu vigilants. Voilà plus de dix ans qu'il déroule avec minutie ses plans de communication pour parvenir à ses fins : être un super-ministre sous la présidence de Chirac puis succéder à ce dernier en devenant le maître incontesté de la droite française. Et cette fois encore, ce pseudo aveu de faiblesse n'est rien d'autre que de la com', le but étant, entre autre, d'endormir le candidat Hollande en lui faisant croire qu'il a déjà gagné la partie.

Impopulaire, distancé dans les sondages, incapable de regagner en crédibilité après avoir tant promis aux Françaises et aux Français, « Sarko » a visiblement décidé de parier sur la versatilité et la mémoire courte des foules. Il sait qu'en France, on aime bien le second, le challenger, celui qui au départ a peu de chances de gagner. C'est grâce à cela que Chirac avait réussi à redresser la barre en 1995 face à Balladur. Et c'est cette prouesse que le mari de Carla Bruni veut rééditer cette année. Grand amateur de cyclisme, il se souvient que le champion Bernard Hinault n'a jamais été autant populaire que lorsque, affaibli ou vieillissant, sa suprématie sur le Tour de France lui a été âprement disputée par des concurrents comme Laurent Fignon ou, plus encore, comme Greg Lemond.

En 2007, Nicolas Sarkozy a réussi le tour de passe-passe de se présenter comme le candidat de la rupture, faisant oublier qu'il appartenait au gouvernement sortant dont il avait été ministre de l'intérieur à deux reprises et ministre des finances. Une approche qu'il aura du mal à rééditer car la gauche l'attaque déjà sur le bilan de ses cinq années à la tête de l'Etat français. Du coup, il lui faut écrire une autre histoire, celle du chef donné battu par les sondages mais qui, tel un héros de manga, rétablit la situation de manière spectaculaire amenant ses partisans à lui demander pardon pour avoir douté de lui. Sarkozy ne veut rien d'autre qu'imiter Mohamed-Ali qui, face à Foreman à Kinshasa, est longtemps resté dans les cordes prenant coup sur coup avant de décrocher une passe de trois qui envoya son adversaire au tapis.

Dans cette affaire, le président a besoin de la presse ou, du moins, d'une certaine presse. On dit souvent que les médias français ne font pas de cadeaux à Sarkozy. Ce n'est vrai qu'en partie car tel n'est pas le cas avec la majorité des journalistes politiques, friands de petites phrases et de confidences exclusives destinées à théâtraliser la campagne électorale. Pour la plupart, ces confrères ont déjà fauté en présentant le président en proie à des états d'âmes défaitistes sans même avertir leurs lecteurs que tout cela pourrait relever d'une approche dûment réfléchie avec des mots choisis avec précision par on ne sait quel grand expert en communication politique. En politique, le « off » n'est jamais anodin ni sincère. C'est une instrumentalisation, une manipulation, qui doit obliger le journaliste à remettre le propos recueilli en perspective quitte à lui faire perdre sa valeur « scoopique ». Il est vrai qu'il est plus alléchant d'écrire « voilà ce que Sarkozy a confié sous le sceau du secret » que « voilà ce que Sarkozy a voulu nous faire écrire ». Mais passons…

En endossant l'habit du challenger, du moins tant qu'il ne sera pas officiellement dans la course (c'est un autre élément de sa stratégie que de rester le plus longtemps président et non candidat), Sarkozy tente aussi de piéger son adversaire direct en lui faisant commettre des erreurs. Déjà, lors de son passage à la télévision le jeudi 26 janvier, ce dernier est parfois apparu trop sûr de lui, voire même arrogant. De quoi peut-être hérisser certains électeurs ou de faire fuir les indécis dont le choix électoral relèvera plus de l'affect que d'autres critères (d'où l'importance fondamentale des médias notamment de la télévision). Mais le calcul de Sarkozy pourrait ne pas s'arrêter-là. Peut-être pense-t-il que la perspective de sa défaite va faire naître nombre d'appétits et d'ambitions à gauche. Hollande étant (presque) déjà président, qui va empêcher telle ou telle personnalité socialiste de briguer ouvertement le poste de Premier ministre ou tout autre portefeuille prestigieux comme les Affaires étrangères ou la Justice ? On imagine aisément la zizanie et la tchaqlala qui pourraient embraser la gauche et déclencher la machine à perdre. C'est donc à la gauche de rester vigilante et de prendre garde aux intox en se répétant que la campagne est bien loin d'être terminée et que Sarkozy est loin d'avoir dit son dernier mot…

Le Quotidien d'Oran, jeudi 2 février 2012
Akram Belkaïd, Paris
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mardi 31 janvier 2012

Etre Algérien Aujourd'hui

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Humour :

C’est un document qui circule sur le net et qui se moque, gentiment des travers des Algériens. Le voici, légèrement remanié, avec quelques précisions.

- Tu es Algérien quand tu te crois plus intelligent que tout le monde, plus professionnel que Capello, plus beau que Tom Cruise, plus classe que Clooney, plus politicien que Mandela, et meilleur conducteur que  Schumacher !!!
Ce n’est pas tout, tu es Algérien (ne) si :
- Tu as une cicatrice de vaccin au bras gauche (BCG).
- Tu vérifies une bouteille de gaz avec la flamme d’un briquet sans  trouver cela dangereux.
- Il y a toujours un verre de plus sur le plateau pour thé ou café.
- Le  » lendemain  » est toujours le jour où tu veux tout faire.
- Tu arrêtes ta voiture 3 mètres après le feu rouge pour être sûr que tu  vas démarrer le premier, alors que tu démarres le dernier car tu ne  vois pas le feu passer au vert.
- Tu sors tes pulls et vestes dès que la température descend à moins de 25°.
- Tu dis ‘Chkoun’ (c’est qui ?) quand quelqu’un frappe chez toi et cela bien avant de te lever pour aller ouvrir.
- Et, si  quelqu’un te pose cette même question, tu réponds « Ana » (c’est moi).
- Il te faut trois ou quatre personnes pour te convaincre de rejoindre (lors d’un mariage)  la piste de danse, en te tirant les bras et en invoquant tous les saints et Lawlya (walis) du Maghreb,
- Et tu es Algérien, si, une fois sur la piste, tu ne veux plus t’ arrêter de danser, et que tu y restes jusqu’à la fin de la fête.
- Tu te mets au régime  en mettant de la saccharine dans le café tout en  engloutissant 3 millefeuilles.
- Ce n’est jamais de ta faute… mais celle des autres : le  train est parti sans toi, le bijou qui s’est « égaré », le vase qui est  tombé, Le PC qui a planté…
- Tu traverses la route en Superman, en plein feu vert, tout doucement, en fixant droit dans les yeux l’automobiliste… Une manière de lui dire : « si tu veux bousiller ta voiture, vas-y, rentre moi dedans».
- Tu es Algérien aussi quand tu trouves normal d’appeler à minuit et  dire à ton interlocuteur : « J’espère que je ne t’ai pas réveillé ? »
- Mais tu sais aussi que tu es Algérien(ne) quand tu ne tiens pas debout facilement, et qu’il te faut un mur, une voiture ou  n’importe quoi pour t’y adosser.

Tu es Algérien ou Algérienne si :
- Tu peux reconnaître tous les accents du pays. Si tu es de l’est, tu te moques des gens de l’ouest et  vice-versa, si tu es d’Alger, tu te moques de tout le monde.
- Tu appelles les amis de tes parents, ou les parents de tes amis, «  tonton » ou « tata » même s’ils ne sont pas de ta famille.
- Pour toi, Mohamed se dit Moh ou Moha et s’il y’en a 2, alors c’est Moha k’bir (le grand) et Moha s’ghir (le petit). Et s’il y en a un troisième, c’est Moha lakhor (l’autre).
- Tu manges TOUT avec du pain y compris le pain !
- Tu es trop fier pour accepter quelque chose sans payer ou être payé après avoir rendu service.
- Tu négocies jamais, tellement t’as du nif (du nez, fierté).
- Tu as algérianisé la langue française.
- Quand tu es en Algérie, tu dis « Quel pays! », mais quand tu es de retour au Canada (ou ailleurs notamment en France), tu pleures de nostalgie pendant 3 mois !
- Tu dis « ça va?!! » au moins 8 fois dans la même conversation
- A la fin  de la conversation, tu es au courant de tout ce qui se passe chez ton ami.
- Quand tu entends « one two three », tu ne peux pas t’empêcher de crier  « VIVA L’ALGERIE » !
- Même sans avoir vu le match en 1982, tu sais que l’Algérie a battu l’Allemagne tellement ton père t’a raconté ce match.
- Tu as toujours des frissons dans le dos lorsque tu écoutes pour la  centième fois Dahmen Elharachi chanter « Ya Rayah »
- Quand tu parles au téléphone, tu hurles dans le combiné, parce que ton  interlocuteur est loin.
- Tu passes ton temps à te plaindre de l’Algérie quand tu es avec des Algériens, mais tu ne supportes pas qu’un étranger fasse une remarque sur ton bled même si elle est vraie.

Enfin, (ma préférée) :

- Tu es Algérien aussi quand vous êtes plusieurs en voiture et que tout le monde se retourne lorsque le conducteur fait une marche arrière.
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vendredi 27 janvier 2012

La chronique du blédard : Menaces sur la Tunisie

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 26 janvier 2012
Akram Belkaïd, Paris


Il est plus que temps de s'inquiéter de ce qui se passe en Tunisie. Jour après jour, des violences et des provocations sont commises par des groupes on parle déjà de milices - se réclamant du salafisme et ayant pour victimes des démocrates, des modernistes, des intellectuels ou de simples citoyens qui refusent de se laisser dicter leur conduite et leur mode de vie par des extrémistes de plus en plus actifs. Qu'il s'agisse du blocage de l'université de la Manouba par des étudiants (qui exigent que l'on autorise les étudiantes à se présenter voilées aux examens), des menaces contre des libraires ou de l'agression dont ont été victimes le journaliste Zied Krichen et le politologue Hamadi Rdissi, on se rend bien compte que la situation se tend et que la paix civile est menacée.

Attardons-nous sur ce qui est arrivé à Krichen et Rdissi. Les images de leur agression devant le palais de justice de Tunis (ils étaient venus témoigner dans l'affaire de la diffusion du film Persépolis par Nesma TV) ont fait le tour du web. Pour les Algériens qui les visionneront, cela ne manquera pas de leur rappeler de très mauvais souvenirs. On y voit deux hommes, dignes mais blêmes, frappés par derrière comme seuls savent le faire les lâches, entourés par une foule d'excités et de barbus vociférant des menaces à l'encontre des « ennemis de Dieu ». Oui, c'est bien cette expression qui a été utilisée à plusieurs reprises et, là aussi, les Algériens savent à quelles actes sanglants ce genre d'accusation peut mener. « Ennemis de Dieu » C'est aussi l'argument que l'on retrouve dans les tracts de soutien à Ennahdha ou dans le propos de certains députés nahdaouis qui proposent de couper la main et une jambe (!) à celles et ceux qui occupent aujourd'hui la rue pour manifester leur mécontentement sur le plan social et économique.

Il y a donc quelque chose de très inquiétant dans cette aggravation des tensions en Tunisie. Concernant les salafistes dont certains veulent créer une police des mœurs -, on ne peut qu'être étonné et scandalisé par l'impunité dont ils semblent bénéficier. Pourquoi les nouvelles autorités ne mettent-elles pas au pas ces groupuscules qui commencent à terroriser une bonne partie de la population ? Est-ce une stratégie de pourrissement qui ne dit pas son nom ? Faut-il en conclure que les forces de police sont soit complètement dépassées soit infiltrées de l'intérieur par des personnes qui seraient proches du salafisme ou bien, hypothèse plus plausible, par des personnes qui ont intérêt à ce que la situation dégénère et que l'on en arrive à regretter l'ancien régime ?

Il faut dire que le comportement des salafistes ressemble beaucoup à celui de l'aile radicale de l'ex-FIS qui, en son temps, avait fini par croire que tout lui était permis, encouragée en cela par l'indifférence voire l'indulgence des forces de police. On connaît la suite et on sait aujourd'hui que ce radicalisme a beaucoup compté dans la justification de l'arrêt du processus électoral en janvier 1992. En clair, on voudrait aujourd'hui en Tunisie préparer le chemin pour une remise au pas musclée que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Les salafistes, leurs actes de violences et l'atonie de la police sont-ils les éléments d'un scénario destiné à favoriser la restauration d'un régime dur ? Un régime autoritaire qui, pour sauver les apparences, se réclamerait de la révolution du 17 décembre (ou du 14 janvier) pour suspendre, un temps (indéfini), la démocratie ? On est en droit de se poser la question d'autant que la soudaine multiplication de protestations sociales, de grèves et de sit-in déconcerte plus d'un observateur. Qui tire les ficelles en Tunisie ?

Dans cette affaire, la direction d'Ennahdha est très loin d'être exempte de reproches. Certes, ses dirigeants condamnent certains actes de violence mais ils prennent soin d'en ignorer d'autres. A Tunis, on explique cette prudence comme étant le signe de la divergence croissante entre une direction obligée de donner des gages de démocratie et de respect du pluralisme politique et une base dont la majorité se demande pourquoi la mise en place d'une république islamique prend autant de temps. A titre d'exemple, dans l'affaire Persépolis, la direction du parti religieux se dit respectueuse de la liberté d'expression, ce qui n'est manifestement pas le cas de nombreux de ses militants dont les positions n'ont rien à envier aux salafistes.

On peut aussi se demander si l'agitation salafiste ne sert pas d'abord Ennahdha qui, du coup, apparaît comme plus modérée et donc plus apte à rassembler les indécis. 
Dans une situation d'extrême tension, marquée par les surenchères et les revendications outrancières des extrémistes, Ennahdha va pouvoir jouer sur deux tableaux. D'une part, apparaître comme une force modératrice et protectrice, et, d'autre part, en profiter pour continuer la politique des trois pas en avant, un pas en arrière (ce qui revient pour elle à imposer ses réformes à un bon rythme). Mais c'est une stratégie bien dangereuse dans laquelle sont engagés les dirigeants de ce parti. Peut-être sont-ils persuadés qu'ils peuvent manipuler et contrôler à l'envi les salafistes. A ce jeu-là, ils seraient bien les premiers car, l'Histoire l'a bien montré, les ailes radicales finissent toujours par imposer leurs vues De leur côté, les forces démocratiques ne doivent pas se tromper d'adversaire.

Certes, les salafistes sont les vecteurs de l'agitation et des menaces sur la paix civile, mais les démocrates ne doivent pas oublier que leur premier adversaire reste Ennahdha dont le projet de transformation lente, mais sûre, des institutions et de la société est déjà en branle. Bousculés, inquiets, entraînés dans des polémiques sans fin sur l'identité, le voile, la langue française et le travail des femmes, les partis d'opposition vont devoir combattre sur deux fronts au risque de perdre de leur sang-froid et de leur vigilance. Ce qui ne manquera pas de favoriser une reprise en main musclée de la Tunisie. 
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jeudi 26 janvier 2012

La chronique économique : L’AUSTERITE NE MENE PAS A LA CROISSANCE

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 25 janvier 2012
Akram Belkaïd, Paris


Les semaines passent et les gouvernements européens persistent dans une erreur majeure qui dépasse l’entendement. En effet, face à la crise financière et face à la spéculation sur la dette publique et, d’une façon générale, contre l’existence même de la zone euro, il n’est question que d’austérité, de réduction des dépenses publiques, de cure d’amaigrissement sans oublier les incantations récurrentes à propos de réformes structurelles à mener, c’est-à-dire, pour être clair, un retrait accentué de l’Etat et une réduction accrue de ses prérogatives.

UN MAUVAIS CHOIX


Dans l’histoire économique moderne, ce qui se passe actuellement restera comme une première. En effet, c’est la première fois que des Etats, européens en l’occurrence, tentent de faire face à une grave crise économique et financière en pariant sur l’austérité plutôt que sur la croissance keynésienne (intervention de l’Etat pour faire repartir la machine économique). Pour mémoire, la crise de 1929 et ses conséquences avaient été surmontées, du moins en partie, grâce aux politiques actives de relance et d’implication de l’Etat dans la sphère économique. Tel n’est pas le cas aujourd’hui avec des gouvernements tétanisés à l’idée de subir les foudres des agences de notation et des marchés en finançant des programmes de relance.


Pourtant, de nombreuses pistes existent qui mériteraient d’être explorées. C’est le cas, par exemple, de la création d’un système bancaire et financier public qui, débarrassé des exigences de rentabilité annuelle à 15%, pourrait contribuer à financer l’économie et à relancer une activité grippée par l’atonie et la grande prudence du secteur bancaire privé. Ce dernier, bien que disposant d’un accès aux lignes ouvertes par la Banque centrale européenne (BCE), ne semble guère enclin à soutenir les acteurs économiques tels que les PME voire les TPE (très petites entreprises) et les artisans.


Bien entendu, il ne s’agit pas que de se substituer à la finance privée. La situation est d’une telle gravité qu’elle mérite la définition d’un nouveau paradigme économique. C’est en effet de nouveaux modèles de développement qui nécessitent d’être imaginés avec en tête un objectif majeur, celui de la croissance et une contrainte incontournable, celle du respect de l’environnement et de l’adaptation au réchauffement climatique. Jusqu’à présent, l’économie verte n’a été qu’un slogan parmi tant d’autres - on mesure cela en réalisant que nombre de producteurs européens de capteurs solaires sont en faillite - alors qu’il s’agit certainement de l’une des voies de sortie de la crise.

LE POIDS DES LOBBYS

Il faudrait encore que les Etats regagnent un peu du pouvoir qu’ils ont abandonné aux marchés mais aussi aux lobbys et à leurs représentants. Si la mutation de l’économie européenne tarde tant à se faire, à commencer dans le secteur des énergies renouvelables mais on pense aussi à la chimie et au bâtiment, c’est parce que de puissants intérêts financiers estiment que cela mettrait en danger leur rentabilité et donc la rémunération de leurs actionnaires. Dès lors, on est en droit de se demander jusqu’à quel point il faudra que la situation se dégrade pour que les gouvernements européens réalisent enfin que leurs solutions basées sur l’austérité, la dérégulation et la soumission aux marchés financiers appartiennent désormais au passé. 
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mercredi 25 janvier 2012

L'Algérie, Sansal et les "autres"

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Lu dans Le Matin.dz cet entretien réalisé avec Boualem Sansal (propos recueillis par l'écrivain Arezki Metref ).
"L'histoire de l'Algérie a toujours été écrite par les autres", déclare ainsi l'auteur du récent Rue Darwin (Gallimard).
A mon avis, la formule est incomplète.
Voici donc ce que je propose :
L'histoire de l'Algérie a souvent été écrite par les autres mais elle a aussi été écrite par des Algériens pour les autres et en tenant compte de ce qu'attendaient (exigeaient ?) les autres.
La nuance est de taille...
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Sarko et sa reconversion

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Il paraît que Sarkozy commence à envisager sa défaite (on va feindre de croire à ce soudain moment de fragilité censé faire pleurer dans les chaumières).
Il paraît aussi qu'il aurait promis que l'on n'entendrait plus parler de lui en cas de défaite à la présidentielle.
Bon...
Yapluka...

mardi 24 janvier 2012

La chronique économique : S&P OU LA FIN DE LA DEMOCRATIE

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 18 janvier 2012
Akram Belkaïd, Paris

La récente dégradation de la note souveraine de la France par l’agence Standard & Poor’s (S&P) démontre une nouvelle fois la perte de pouvoir de la sphère politique au profit du pouvoir et des marchés financiers. 

Mais commençons par relever un premier point. Ce n’est certainement pas un hasard si cette dégradation a été connue un vendredi. En termes de stratégie de communication, c’est le jour où la publication de mauvaises nouvelles est le mieux amortie. En effet, le lendemain, les ventes de journaux sont moins importantes, les gens ont la tête à autre chose et les vedettes des journaux télévisés sont en week-end. Damage control… On est donc en droit de se demander d’où est venue la fuite - c’est le Financial Times qui a donné le premier l’information - sachant qu’en matière de notation, le gouvernement concerné est toujours informé en premier par l’Agence. On peut aussi relever que l’effet d’une telle dégradation est certes négatif pour le gouvernement français, mais il est évident qu’il aurait été bien plus dévastateur si la décision de S&P était tombée en mars ou en avril, c’est-à-dire au plus fort de la campagne électorale. Mais passons…

LES AGENCES : DES ERREURS IMPUNIES

On ne peut s’indigner de l’influence exorbitante que détiennent aujourd’hui les agences de notation, si l’on ne rappelle pas dans le même temps que c’est bel et bien le pouvoir politique qui est complice de cette situation. Au début des années 2000, de nombreuses voix se sont fait entendre pour que le fonctionnement de ces acteurs - payés par l’entité (Etat, entreprise, collectivité locale ou ville) qu’ils notent ( !) - soit plus transparent, mieux encadré et soumis à de vrais contrôles et pare-feu. Que l’on se souvienne du scandale Enron aux Etats-Unis ou de Parmalat en Italie. Que l’on se remémore aussi les errements boursiers des n’importe-quoi.com, sans oublier, plus près de nous, l’incroyable dossier des subprimes notées au plus haut par les agences alors qu’elles ne valaient rien. Et le pire, c’est que rien n’a été fait pour réformer ces agences. Rien n’a été fait pour diminuer leur capacité de nuisance. Et l’on ne peut que se sentir accablé en entendant le Premier ministre de la France suggérer au candidat socialiste François Hollande d’aller présenter son programme à Standard & Poor’s, comme si cette dernière était le grand juge faiseur de présidents ! S&P plus importante que le suffrage universel ? Adieu la démocratie…

UNE AUBAINE POUR LE POPULISME

Mais quel est l’homme politique qui va avoir le courage de dire que les agences de notation ne font rien d’autre que d’émettre des opinions qui n’engagent personne d’autre qu’elles ? Au lieu d’affirmer leur pouvoir et donc leurs responsabilités, les classes politiques européennes se retrouvent dépendantes du bon vouloir de deux ou trois analystes surchargés de boulot, noyés dans des chiffres et des statistiques manipulables à souhait. L’enjeu est de taille. C’est de l’avenir de la démocratie dont il s’agit. On ne change pas un chef de gouvernement pour faire plaisir aux marchés et aux agences de notation (cas de l’Italie). On ne conçoit pas un programme électoral en tenant compte de la réaction possible de S&P, de Moody’s ou autres émetteurs d’opinions (cas de la France). La nature a horreur du vide. A force de se décharger de leurs prérogatives, les dirigeants européens sont en train de faire le lit de forces politiques, certes populistes, mais décidées à remettre la finance et les marchés à leur place, fût-ce au prix d’autres régressions, notamment en matière de droits et de libertés. En refusant de dire «maintenant, ça suffit !», Sarkozy, Monti, Merkel et compagnie préparent des jours difficiles à l’Europe.
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lundi 23 janvier 2012

Solidarité avec Zied Krichen et Hamadi Rdissi

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Les images, disponibles sur internet, sont choquantes. Le journaliste tunisien, Zied Krichen et le professeur des sciences politiques, Hamadi Rdissi, ont été agressés lundi 23 janvier 2012 devant le palais de justice de Tunis où venait de se tenir le procès de Nessma TV (l'audience a été reportée). Les deux hommes, qui ont toujours gagné leur dignité, ont été insultés et frappés, notamment par derrière, par des individus portant pour la plupart des barbes, certains agitant des fanions salafistes. 
Protégés par deux agents de sécurité, Krichen et Rdissi se sont réfugiés dans un poste de police où, selon les déclarations faites par Zied Krichen à l'agence tunisienne de presse (TAP), ils ont porté plainte contre leurs agresseurs. Le soir même, le Premier ministre Hamadi Jebali a condamné  devant l’Assemblée constituante cette agression. "Je condamne la violation de l’intégrité physique du journaliste Zied Krichen", a-t-il déclaré en annonçant qu’une enquête sera menée, et que l’agresseur sera puni, quelle que soit son appartenance.


Devant une telle manifestation de haine, on ne peut que l'espérer. C'est un fait que Rdissi et Krichen ont échappé de peu à un lynchage. Relevons au passage que nombre de personnes qui photographiaient et filmaient la scène auraient pu s'interposer. Mais passons. Ce qui choque aussi, sont certaines insultes entendues notamment celle de "ennemi de Dieu". On ne peut accepter pareil vocabulaire. On sait très bien ce qu'il peut induire comme dérapages. Le silence des dirigeants d'Ennahdha n'est pas acceptable non plus. Certes, le Premier ministre a promis que les coupables seraient punis mais, dans l'affaire, il faut aussi qu'il aille plus loin. Qu'il assure que personne n'a le droit de s'en prendre à un autre pour ses idées. Et que toute tunisienne et tout tunisien ont le droit d'avoir leurs propres opinions sans que personne ne vienne à les traiter d'ennemi de Dieu. Il y va de l'avenir de la Tunisie, de sa paix civile et de l'intégrité de ses intellectuels et penseurs. Ne pas punir les lâches qui ont frappé ces deux hommes serait une faute. Cela ouvrira la voie à d'autres actes de violence.
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La chronique du blédard : Quand tombe la nuit

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 19 janvier 2012
Akram Belkaïd, Paris

En temps habituels, c'est un instant rare, magique, à nul autre égal en cette période hivernale. C'est le moment qui, à la tombée du jour, précède l'illumination des réverbères. Le soleil se couche, la nuit s'annonce. Entre chien et loup, s'impose pour quelques secondes une luminosité inattendue, déconcertante. La ville est alors plongée dans un clair-obscur que ni les enseignes des commerces ni les faisceaux des phares d'automobiles n'arrivent à dissiper. Pour qui lève un peu la tête, la perspective est soudain différente, étonnamment claire, presque scintillante, surtout si l'on regarde vers l'ouest, là où les derniers rougeoiements annoncent, ou pas, le temps qu'il fera demain. Mais tout cela ne dure guère longtemps. Très vite, la lumière artificielle, mélange de jaune et de blanc plus ou moins agressifs, se charge d'effacer l'éclat du crépuscule. 

Pourtant, en ce début de semaine, les choses se passent différemment. Dans la rue, ou plutôt dans le bloc rectangulaire quadrillé par quatre rues, l'heure est à l'inquiétude. On croise des regards soucieux, des corps en alerte, comme s'ils se préparaient à bondir ou à courir. Alors qu'ailleurs les réverbères se sont progressivement illuminés, ici ils restent éteints comme ce fut le cas la veille et l'avant-veille. Marcher devient aventureux car l'on ne sait pas vraiment où l'on met les pieds. Certes, quelques vitrines de magasins permettent d'y voir un peu et d'éviter, outre quelques déjections canines, les tranchées creusées par les ouvriers du gaz ou par les installateurs des bornes pour voitures en libre-service. Mais cela ne suffit pas. L'obscurité règne déjà en maîtresse. La chaussée et les trottoirs sont à elle. Les arbres, pourtant si familiers, deviennent des formes menaçantes, des hydres aux multiples tentacules. Un homme de sac et de corde pourrait s'y adosser, attendant tranquillement sa proie sans risque d'être vu ni reconnu.

Mais voilà que, justement, par hasard ou nécessité, quelques gens du quartier se retrouvent devant le tailleur du coin. Dans sa vitrine, un serpentin multicolore, vestige de fêtes de fin d'années déjà lointaines, ne cesse de clignoter. Cela permet de se reconnaître, de voir à quelques mètres, du moins par intermittence, un peu comme si l'on s'était réunis devant un feu au beau milieu d'une clairière. Oui, c'est bien de cela qu'il s'agit. Tout autour, se dresse une forêt de béton, lugubre et porteuse de périls. Venu aux nouvelles, le vendeur de motos, des américaines chantées jadis par Brigitte Bardot, fait connaître sa colère. Sans éclairage dans la rue, sa vitrine et ce qui s'y trouve derrière comme blousons, bottes et autres accessoires coûteux est une offrande pour les mauvais larrons. Il explique qu'il ne peut laisser son magasin allumé car, paradoxalement, cela attiserait les mauvaises tentations. On le comprend, on le plaint. Le restaurateur, concocteur de cuisine italienne, tente de rassurer les uns et les autres en assurant qu'il restera ouvert jusqu'à au moins minuit et que ses garçons sortiront régulièrement jeter un coup d'œil dans la rue.

Et après, lui demande-t-on ? Et demain matin, à l'heure où les enfants partent à l'école ? ajoute-t-on. Il ne dit rien. Un silence s'installe. Un gardien d'immeuble ronchonne. Pour lui, cette panne qui dure depuis plusieurs nuits est encore un coup des Roumains qui, fausse pétition à la main, chassent le portefeuille ou la carte bancaire. Il parle en chuchotant comme s'il voulait éviter de réveiller les mauvais esprits qui pourraient sortir de la pénombre. Son visage prend tour à tour les couleurs successives du serpentin et l'on se demande alors si c'est bien de lui qu'il s'agit ou si ce n'est pas quelqu'un d'autre qui aurait pris sa place. Mais on l'approuve. La liste, réelle, fantasmée ou exagérée des méfaits de ces bandes venues d'Europe de l'Est est longuement commentée. On parle de ces vieilles personnes agressées au distributeur automatique, de celles suivies jusqu'à chez elles et violentées à l'intérieur de leur domicile. Quelqu'un évoque d'autres méfaits, largement décrits par la presse. Il parle de portrait robot, d'un homme dangereux. Il hésite un peu, puis précise qu'il s'agirait d'un Africain. On l'écoute sans rien dire avec l'estomac qui se serre un peu.

Alors on s'en prend aux travaux interminables qui ont sûrement dû couper quelques lignes ou fait disjoncter un transformateur qui n'est certainement plus aux normes. Gaz, chauffage urbain, lignes téléphoniques... On se croirait à Alger, ville où l'on a gardé l'habitude de creuser, boucher (mal), recreuser puis reboucher (encore plus mal). Justement, Alger L'habitué des coupures de courant et de l'inexistence d'éclairage public s'est rendu compte que ses vieux réflexes n'ont pas disparu. En sortant de chez lui, il a mis dans sa poche la lampe du même nom. Il conseille aux autres d'en faire autant, sans évoquer la ville blanche, bien sûr. La suggestion leur plaît. Ils n'y avaient pas pensé.

La nuit est désormais totale. Le petit groupe s'est épaissi. Certains se sont proposés pour raccompagner la vielle dame du soixante-dix. D'autres se demandent s'il ne va pas falloir organiser un guet. On évoque un courrier tranchant comme une lame électorale qui serait adressé au député, au maire de l'arrondissement et à celui de la ville. On n'arrive pas à admettre l'obscurité. Trois jours de panne, c'est trop long, c'est inadmissible pour qui paie des impôts locaux. On menacera de voter pour les autres, cela fera certainement son effet, du moins feint-on d'en être persuadé. Il commence à se faire tard. On se sépare. Au loin, les halos des réverbères qui fonctionnent semblent baliser la frontière d'un autre monde, privilégié et envié.

En marchant dans la rue obscure et sinistre, tête et cou rentrés dans les épaules, on réalise alors que l'éclairage public n'est rien d'autre qu'un ami mystificateur. Un stratagème certes bienfaisant mais destiné à faire oublier que l'homme et la nuit ne peuvent faire alliance, qu'elle sera toujours porteuse de dangers et de peurs. Un artifice qui fait perdre de vue, au fil des ans et des générations, qu'elle reste une ennemie et que celles et ceux qui la chantent et la vénèrent le font presque toujours à l'abri de leurs murs et d'une douce lumière, à la fois protectrice et rassurante. 
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vendredi 20 janvier 2012

Et si Alger prenait le chemin de Tunis

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Slate Afrique

Vaincus sur le plan militaire mais toujours présents dans la société algérienne, les islamistes du FIS se disent que la bonne fortune de Ghanouchi va certainement leur profiter…


A Alger le 19 janvier 1992. AFP/ANDRE DURAND ABDELHAK SENNA
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A vingt années de distance, c’est un bien curieux chassé-croisé auxquels se livrent les islamistes algériens et tunisiens. Petit retour en arrière pour bien comprendre l’évolution de la situation des uns et des autres. Nous sommes en janvier 1992, le Front islamique du salut (FIS, aujourd’hui dissout) vient de remporter le premier tour de ce que le pouvoir algérien du moment présente comme les premières élections pluralistes «propres et honnêtes» depuis l’indépendance. Pour quelques jours encore, la formation religieuse est au centre du jeu politique algérien même si un bruit de chenilles annonce le coup d’Etat qui annulera le scrutin et précipitera la chute du FIS.

Quand Ghanouchi célébrait la victoire du FIS…

Mais, en ce début du mois de janvier, l’heure est encore à l’autocongratulation et aux félicitations en provenance du monde musulman, Yasser Arafat compris. La victoire du FIS algérien est ainsi célébrée comme une bonne nouvelle par les islamistes tunisiens en proie à une féroce répression de la part du régime de Ben Ali. De son exil londonien, RachedGhanouchi, le leader d’Ennahda (à l’époque interdit) considère que cette victoire électorale est «un jour de fête pour l’islam» et espère que le parti religieux va «réaliser les grands espoirs du peuple algérien et de la nation musulmane». A l’époque, Ghanouchi est officiellement accusé par les autorités tunisiennes d’avoir fomenté un complot pour l’assassinat de Zine el Abidine Ben Ali.
Dès lors, la victoire du FIS lui permet de fustiger le régime tunisien qui l’a forcé à fuir son pays.
«Les élections algériennes ont constitué une révolution pacifique, concrétisant l’exercice par le peuple de sa volonté à travers les urnes. Au contraire du FLN et du président Chadli Bendjedid (le président algérien de l’époque, ndlr) qui ont accepté de composer avec l’évolution et le vent du changement, le parti destourien (le RCD de Ben Ali, ndlr) n’a pas eu le courage d’admettre l’évidence de s’engager dans l’Histoire et d’accepter la libre concurrence et l’alternance au pouvoir».

… et quand sa victoire redonne espoir aux islamistes algériens

Des propos qui résonnent étrangement aujourd’hui et qui rappellent ceux que le leader islamiste tunisien a prononcé au lendemain de la victoire de son propre parti aux élections d’octobre 2011 pour l’Assemblée constituante tunisienne. Durant sa longue traversée du désert, Ghanouchi a-t-il pensé un jour que viendrait pour lui le temps de gagner des élections législatives et que ce succès électoral redonnerait de l’allant aux islamistes algériens qu’ils soient ou non adoubés par le pouvoir algérien? C’est ainsi que la perspective d’élections législatives au printemps 2012 a poussé le parti islamiste du Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex-Hamas) à quitter l’alliance présidentielle qu’il constituait avec deux autres partis, le FLN et le RND, pour voler de ses propres ailes. Cette prise d’autonomie des «islamistes du pouvoir», tels qu’on les désigne souvent en Algérie, fait beaucoup jaser. En effet, nombre d’Algériens se demandent s’il ne s’agit pas d’un signe annonciateur de la décision du pouvoir réel algérien de s’appuyer désormais sur l’islamisme afin de prévenir toute contestation populaire.

Espoirs engendrés par la victoire d’Ennahda en Tunisie

Dans le même temps, le courant représentant l’ex-FIS (toujours interdit) est aux aguets et cherche lui aussi à se placer. Installé à Doha au Qatar, Abassi Madani, l’un des fondateurs du Front, reçoit et consulte beaucoup tandis que l’un de ses fils est partie prenante d’une nouvelle chaîne de télévision émettant depuis Londres. De même, l’activisme d’un ancien du FIS, le docteur Mourad Dhina, arrêté en début de semaine à l’aéroport de Paris-Orly à la demande des autorités algériennes (il s’était rendu de Genève à Paris pour assister à une séance du Conseil exécutif de Rachad, un mouvement d’opposition algérien dont il est l’un des membres fondateurs), est-il à mettre en lien avec les espoirs engendrés par la victoire d’Ennahda en Tunisie.
«La victoire du parti de Ghanouchi démontre aux militants du FIS que rien n’est jamais perdu. Vingt ans après, et dans la foulée d’un printemps arabe qui donne un peu partout le pouvoir aux islamistes, la tendance qui ne s’est jamais reconnue dans un MSP accusé d’être entre les mains du pouvoir algérien, se dit que c’est peut-être le moment de reconquérir l’espace politique», juge un ancien responsable du FIS aujourd’hui reconverti dans les affaires.

La fureur de Ben Ali en 1992

Revenons à janvier 1992. A Tunis, les déclarations de Ghanouchi citées en début d’article sont alors reprises par de nombreuses agences de presse internationales et mettent Ben Ali en fureur. Le président tunisien est déjà très remonté contre les diplomates tunisiens en poste à Alger, qui n’ont eu de cesse de le rassurer à propos du résultat du scrutin algérien.
«Ben Ali a cru aux promesses du régime algérien qui lui a assuré que le FIS n’aurait qu’un tiers des suffrages. Le matin du 27 décembre, quand il a appris que la victoire des islamistes algériens était écrasante, il est entré dans une colère noire», se souvient un acteur de l’époque.
Celui qui a déposé Bourguiba et qui est en lutte ouverte avec Ennahda depuis 1989 craint en effet que l’Algérie ne bascule dans l’islamisme et qu’elle ne permette à Ghanouchi de revenir s’installer à Alger (les dirigeants algériens l’ont toléré durant un temps avant de lui signifier qu’il était devenupersona non grata). Pour Ben Ali, c’est sûr. Avec le FIS au pouvoir et Ghanouchi en exil en Algérie, c’est son régime qui fera l’objet de tentatives permanentes de déstabilisation.
Du coup, début janvier 1992, c’est la propagande du régime qui se met en branle. Une «source officielle tunisienne» adresse donc une longue mise au point à l’Agence France Presse (AFP). Pour elle, la comparaison entre les situations algérienne et tunisienne «n’a pas lieu d’être, les données objectives et les réalités politiques, sociales et économiques propres à chacun des deux pays voisins étant tout à fait différentes». Et cette source officielle, d’accuser Ghannouchi et «sa bande de terroristes», d’avoir «toujours cherché à manipuler et à duper l’opinion occidentale sans cesser de comploter contre le régime républicain (tunisien) et d’œuvrer à saper le processus démocratique instauré en Tunisie
La suite du propos sera répété à l’envi au cours des deux décennies qui vont suivre et constitueront les incontournables éléments de langage propres à la dialectique benalienne: «Contre le modèle de société libre et tolérante, [les islamistes de Ghanouchi] continuent de nourrir le projet d’imposer par la violence un modèle théocratique et totalitaire fondé sur la coercition et l’obscurantisme avec pour corolaire l’abrogation du statut de la femme, reconnu comme l’un des plus progressistes du monde musulman, pour le remplacer par un statut qui la ramenerait au Moyen-âge.» Et de conclure, ce qui ne manque pas de sel a posteriori, que la «Tunisie, vigilante et sereine, a résolument opté pour les droits de l’Homme et pour le progrès, et définitivement tourné le dos à l’aventure et à la barbarie.»

Ben Ali soutient le coup d’Etat contre le FIS

Mais l’offensive de Ben Ali ne s’arrête pas là. Dès que les rumeurs d’un coup d’Etat à Alger commencent à circuler, des émissaires sont envoyés dans la capitale algérienne mais aussi à Paris, ce centre névralgique du jeu politique au Maghreb, pour convaincre les officiels français de soutenir les militaires algériens. Ce faisant, Ben Ali règle ses comptes avec Chadli Bendjedid, le président algérien obligé de démissionner après la tourmente provoquée par la victoire du FIS. En effet, le locataire du palais de Carthage n’a jamais pardonné à son homologue algérien la légalisation du FIS. Pour le comprendre, il faut rappeler qu’en février 1989, lors d’un sommet de l’Union du Maghreb arabe (UMA, Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie, Libye) les cinq chefs d’Etats maghrébins s’étaient engagés à ne jamais autoriser la création d’un parti se réclamant de l’islam. Quelques mois plus tard, l’émergence du FIS a ainsi été vécue comme une trahison par Ben Ali.
Mais, en janvier 1992, ce dernier ne fait que soutenir l’interruption du processus électoral algérien. Considérant qu’il ne faut pas donner le moindre signe de faiblesse, il aggrave aussi la répression contre les islamistes tunisiens.
«C’est comme si Ben Ali voulait nous signifier qu’il ne fallait rien espérer de la victoire du FIS» se souvient un ancien militant d’Ennahda qui rappelle que cette répression s’était déjà durcie après l’apparition du FIS sur la scène politique algérienne en 1989. Quelques semaines avant le scrutin algérien, le président tunisien a même envoyé un signal clair à Ennahda en refusant, en octobre 1991, de gracier trois de ses membres condamnés à mort pour avoir attaqué et brûlé un permanence du RCD en février 1991 (à l’époque, cet événement ayant coûté la vie au gardien du local avait déclenché une gigantesque vague d’arrestations dans tout le pays).
Ben Ali, Ghanouchi, les islamistes du FIS… A la fin janvier 1992, le premier semblait être le grand vainqueur tandis que le second se préparait, sans le savoir, à vivre deux décennies d’exil. Vingt ans plus tard, la roue a tourné. Quant aux islamistes du FIS, vaincus sur le plan militaire, mais toujours présents dans la société algérienne, ils se disent que la bonne fortune de Ghanouchi va certainement leur profiter…

Akram Belkaïd
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mercredi 18 janvier 2012

VIENT DE PARAÎTRE : La France vue par un blédard

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Pour information :

VIENT DE PARAÎTRE

La France vue par un blédard

Chroniques
de Akram BELKAÏD
184 pages au format 14 x 21 cm broché
ISBN : 978-2-84924-259-9 - 18,00 euros



4° de couverture

Pourquoi les oeufs durs ont-ils disparu des comptoirs des bistrots parisiens ? Que penser des polémiques récurrentes à propos de la burqa ou de l’islam en France ? Les Françaises sont-elles toujours aussi élégantes ou sont-elles désormais abonnées au mauvais goût mondialisé ? Le débat sur l’identité nationale, la téléralité et la com’ au service des politiciens sont-ils en train d’empoisonner l’âme républicaine française ? Combien de Français savent que la nèfle est un fruit emblématique de la Méditerranée ? Quelles sont les motivations de celles et ceux qui bravent les interdits pour défendre les sans-papiers ? Voilà autant de sujets abordés depuis 2005 par Akram Belkaïd dans sa Chronique du Blédard, publiée chaque semaine dans Le Quotidien d’Oran. Analyses, cris du coeur ou indignations, scènes de la vie quotidienne décrites avec humour, entretiens restitués sous la forme de monologues : ces textes subjectifs et, souvent personnels, décrivent à leur manière l’évolution de la société française. Les cinquante-six chroniques sélectionnées pour le présent ouvrage en apprendront autant à des lecteurs français qu’algériens.



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