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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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dimanche 12 février 2017

La chronique du blédard : A quand un revenu universel pour les Algériens ?

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 2 février 2017
Akram Belkaïd, Paris


Il est difficile de définir ce qu’est une bonne idée. On peut avancer que c’est celle qui apporte une solution ou qui ouvre de nouvelles perspectives. En étant plus terre à terre, voire cynique, on peut avancer qu’une bonne idée est celle que l’on peut réaliser. Quoi qu’il en soit, s’il y a bien une chose que l’humanité est capable de produire en masse, pour le bien comme pour le pire, ce sont les idées. La semaine dernière, avec l’organisation de La Nuit des idées, il m’est apparu que ce sujet était peu souvent abordé.

Nous connaissons tous dans notre entourage des gens qui sont des producteurs incessants d’idées. Certains sont totalement désintéressés. Ils ne revendiquent aucune exclusivité et se contentent d’œuvrer à la diffusion de leur pensée. D’autres sont bien moins généreux. Pour eux, les idées sont une marchandise de l’esprit et elles sont soumises, comme le reste, à des droits de propriétés. Dans le monde des sciences politiques il y a, par exemple, de véritables haines entre de doctes et très connus spécialistes en raison d’une revendication commune sur une idée ou un concept le tout étant accompagné par des accusations réciproques de plagiat.

Une idée ne nait jamais seule et de son propre fait. Le mécanisme demeure mystérieux et on ne saurait le décrire de manière uniformisée. Les uns ont besoin de beaucoup lire pour être capables de faire des propositions. Les autres préfèrent marcher ou échanger. Et ne parlons pas de cette idée qui surgit au beau milieu du sommeil, conséquence du travail permanent du cerveau, et qu’il faut le plus souvent noter dans la foulée si l’on ne veut pas la perdre pour toujours. Dans tous les cas, et pour reprendre une expression que j’aime beaucoup, on ne fait que se dresser sur les épaules des géants qui nous ont précédé. Idées, discours, techniques de réflexion, l’immense arsenal qui existe aujourd’hui était déjà disponible à l’Antiquité et il faut donc prendre certaines idées pour ce qu’elles sont, autrement dit des recyclages intelligents ou des adaptations.

Venons-en maintenant à une idée simple dont il a été beaucoup question durant la campagne des primaires d’une partie de la gauche française. Il s’agit du Revenu universel (RU). Avant d’aller plus loin, relevons que Benoit Hamon, qui s’est fait le champion de ce thème, n’a fait que reprendre un sujet en discussion depuis des années dans de nombreux pays européens (les Suisses ont voté contre l’adoption d’un RU lors d’un référendum au printemps 2016). Signalons aussi que l’Iran a expérimenté ce dispositif lors des deux présidences de Mahmoud Ahmadinejad. Les économistes sont divisés quant aux bienfaits de cette disposition et les politiques commencent à peine à le découvrir.

Le Revenu universel est une idée qui aurait dû faire débat en Algérie depuis longtemps. Au lieu de s’égarer sur les questions identitaires, la « classe » politique – faisons semblant de considérer qu’il en existe une – aurait dû s’emparer de ce thème. De façon générale, j’avoue être souvent surpris de voir que les idées alternatives sont si peu discutées ou si peu relayées dans notre pays. Un revenu pour tous, jeunes ou vieux, femmes ou hommes, voilà pourtant une proposition qui ferait sens dans un pays où l’un des griefs majeurs adressé au pouvoir est la mauvaise redistribution, pour ne pas écrire la confiscation, de la rente pétrolière.

Bien entendu, il est nécessaire de mener des études, notamment économétriques, pour déterminer la faisabilité d’un tel projet ou, tout du moins, la manière dont il sera appliqué. Faut-il un salaire mensuel ? Et de combien ? Au vu de l’importance démographique, faut-il juste une gratification annuelle voire semestrielle ? On en revient là à la définition même de la bonne idée. C’est celle qui, une fois formulée, est soumise au feu roulant des critiques et des discours sceptiques. Ce n’est qu’ainsi qu’elle finit par s’imposer (ou pas) et qu’elle ne se discute plus.

Certains vont estimer qu’un revenu universel en Algérie sera synonyme de gaspillage. Que les quatre ou cinq milliards de dollars qu’une telle mesure coûterait seront plus utiles ailleurs. C’est bien là le problème. Cela fait des années que la rente pétrolière est synonyme de gabegie et de dépenses totalement improductives. Si l’on parle de gaspillage, alors donner de l’argent aux Algériens serait un « gaspillage intelligent », moins grave que d’importer des milliards de tonnes de marchandises inutiles ou de lancer des projets qui ne serviront à rien. Et un revenu universel aurait pour vertu de relancer la consommation. Surtout, cela atténuerait les tensions sociales en amoindrissant la rancœur de la population à l’égard d’un pouvoir qui ne se préoccupe guère du bien-être général.

D’autres vont avancer que le revenu universel est une mesure immorale car elle consiste à donner de l’argent aux gens sans qu’ils travaillent. Certes, mais, de toutes les façons, une bonne partie des Algériens ne travaille pas. Et plus important encore, cette rente pétrolière leur appartient et il serait normal qu’ils en bénéficient de manière directe. Dans ce genre de problématique, les arguments moraux ne comptent pas. Et relevons qu’il y a des similitudes dans le discours de ceux qui critiquent le revenu universel et ceux qui expliquaient au début du vingtième siècle que les congés payés encourageraient le vice et l’oisiveté chez les salariés notamment les ouvriers.


Qu’elle soit ou non réalisable, l’idée du revenu universel mérite de devenir une revendication chez les Algériens. Reste donc à trouver ses relayeurs et ses défenseurs.
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jeudi 30 juin 2016

Argent garanti pour tous

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Un revenu garanti pour tous, sans aucune condition, sans aucune intrusion d’une quelconque administration. Une utopie ? Peut-être mais c’est aussi et surtout un débat passionnant qui ouvre des perspectives sur la redéfinition du rapport au travail et, tout simplement, sur la liberté individuelle. Un revenu de base inconditionnel, donc. Mais pour quelle somme ? Quel financement ? Quel impact sur les systèmes d’aide et de protection sociale ? Et qui pour porter ce projet de conquête sociale ?

Une enquête de Mona Chollet à lire dans Le Monde diplomatique de juillet.

Extrait :

« Comme tout projet progressiste, le revenu garanti dans sa version de gauche se heurte à l’absence d’un pouvoir en position de le mettre en œuvre. S’y ajoute, au fur et à mesure que le principe se popularise, un risque croissant de dénaturation. Même si l’hypothèse d’un revenu de base suscite encore, pour l’essentiel, l’indifférence ou la réprobation, elle semble apparaître à certains comme une planche de salut commode à la veille des échéances – législatives et présidentielle – de 2017, dans un contexte de pénurie d’idées nouvelles et de discrédit de l’action politique. »
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