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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 21 décembre 2021

La chronique du blédard : « Foie gras et Tour de France » - Quatre questions pour la naturalisation de Deqqa El-Tkatki

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 16 décembre 2021
Akram Belkaïd, Paris

Quelques mois après l’élection de Valérie Pécresse à l’élection présidentielle (on ne précisera pas l’année), M. Deqqa El-Tkatki toucha enfin au bout de son parcours administratif pour obtenir la nationalité française. Une démarche qu’il tenait secrète vis-à-vis de son entourage amical habitué à le voir conspuer l’ancienne puissance coloniale à coups de posts rageurs et de gazouillis outranciers. Mais ce n’est pas là l’essentiel de notre histoire. Pour devenir le concitoyen du premier ministre Eric Zemmour, M. El-Tkatki n’avait plus qu’à passer l’entretien final et répondre aux fameuses quatre questions prévues par la loi « intégration, laïcité et lutte contre le séparatisme vicieux ».
Dans un bureau morne et poussiéreux de la préfecture de Lyon, il avait en face de lui un fonctionnaire à la moue désabusée, un signe que Deqqa ne put interpréter. Sans perdre de temps, son vis-à-vis lui posa la première question. « Avez-vous un sapin de Noël chez vous ? ». Deqqa se détendit. Aucun ordre n’était prévu pour les questions. Celle-ci, ne devait pas trop lui poser de problèmes. De plus, la rencontre se déroulait en juin. La vérification immédiate qui avait parfois lieu était donc hautement improbable. « En ce moment, non », répondit-il avec un large sourire. « Je veux dire, achetez-vous un sapin pour Noël ? » s’agaça le fonctionnaire sans lever la tête de ses papiers.
Deqqa laissa passer quelques secondes avant de porter ce qu’il jugeait être sa première estocade. « Écoutez, allons directement au fond des choses. Je sais que le conseil d’État vous interdit de me poser la vraie question mais je vais tout de même y répondre. Oui, dans ma famille, nous fêtons Noël ! ». Le bureaucrate lui lança un regard surpris. « Vraiment ? ». Deqqa se dandina sur sa chaise. « Vingt-cinq points sur cent » se dit-il (il en fallait un minimum de soixante, la future loi « laïcité, sécurité et loi contre le communautarisme sournois » qui portait l’exigence à quatre-vingt-points sur cent n’ayant pas encore été votée). Mais rien n’était encore joué. Le fonctionnaire ne lâchait pas prise facilement. « Avez-vous gardé les factures d’achat du sapin ? Avez-vous des photos du réveillon ? Que vous-a-t-on offert au dernier Noël ? », demanda-t-il en rafale. Ces questions étaient prévisibles mais elles mirent Deqqa en alerte. L’affaire serait peut-être plus difficile à régler.
Comme cadeau, il cita d’emblée « Ma capacité d’adaptation », le best-seller de Manuel Valls puis tira de sa chemise cartonnée quelques factures – obligeamment fournies par Hssissen, fleuriste à Saint-Etienne – et fit défiler quelques clichés sur son téléphone. On y voyait une famille réunie autour d’une table à la nappe blanche avec en arrière-plan un sapin et quelques guirlandes. L’aspect souffreteux de l’arbrisseau, les mines rigolardes des enfants et celle, figée, de son épouse, pouvaient donner lieu à diverses interprétations et à des vérifications supplémentaires mais l’autre opina du chef. « 25 points », dit-il. « Passons à la deuxième question. Qui sont les vainqueurs du Tour de France en 1950 et 1951 ? ».
Deqqa se mordit les lèvres. Il avait appris par cœur le palmarès du Tour de 1947 à 1998 – après, cela ne servait à rien en raison, dopage et tricheries obligent, de la dévaluation manifeste de l’épreuve. Mais dans ce classement, il retenait surtout les victoires françaises. Robic, Bobet, Walkowiak – oui, oui, il connaissait le nom de ce vainqueur inconnu et oublié -, Anquetil, Aimar, Pingeon, Thévenet, Hinault et Fignon. Il avait même en tête un laïus à propos de La Marseillaise qui n’avait plus retentit à l’arrivée finale depuis 1985. Une « hchouma, pardon, une honte, mon cher monsieur ! ».
Mais là, la question précise portait sur « les deux Suisses ». Il connaissait leur nom, un peu trop semblables ce qui ajoutait à son trouble car il ne savait jamais dans quel ordre les placer. Kübler puis Koblet ou Koblet avant Kübler ? Et ce maudit moyen mnémotechnique qu’il croyait infaillible et qu’il finissait toujours par oublier... Après le « k », fallait-il suivre l’ordre alphabétique : le « o » avant le « u » et donc Koblet en 1950 et Kübler en 1951. Ou était-ce l’inverse, le « u » avant le « o » ? A tout hasard, il lança « Kübler en 1950, Kobler en 1951, Coppi en 1952 et le très très grand Louison Bobet en 1953 ». Le fonctionnaire siffla d’admiration. « Cinquante points. J’en ajoute cinq grâce à mon pouvoir discrétionnaire car je suis breton et Bobet est un héros familial. Bon, je ne vais pas vous embêter avec le foie gras. Moi-même je déteste cette mélasse. Parlons des Miss. Regardez-vous le concours ? »
Deqqa fut partagé. La question sur le foie gras – il en mangeait volontiers – lui aurait permis de placer l’estocade finale. « Oui, j’adore ça mais moins que la choucroute garnie » aurait été sa réponse. Simple, précis, emportez, c’est pesé, par-ici le passeport et la carte d’identité, terminée l’attente à la préfecture pour la résidence, bienvenue aux voyages sans visas, bref, plus de galère. Mais là, il fallait parler des Miss. Rien de vraiment difficile. « Oui, j’aime beaucoup », dit-il. « Bien sûr, ma femme me surveille quand on regarde » ajouta-t-il avec un clin d’œil complice. « Mais ce que j’aime, c’est quand les candidates parlent de leur région. Ça donne envie de faire du tourisme en France, de mieux connaître le pays… ».
Le fonctionnaire eut un large geste de satisfaction. « Quatre-vingt points ! Bravo. Vous êtes même dans les cordes de la prochaine loi. Néanmoins, j’ai juste une petite vérification à faire. C’est nouveau. Il y a une semaine nous avons reçu une circulaire de la part de madame Schiappa, la garde des sceaux. Votre naturalisation est acquise mais c’est juste pour ne pas vous imposer une durée probatoire. Alors voilà : dites-moi sincèrement quelle serait votre réaction si une Miss se présentait voilée ? ».
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dimanche 21 juillet 2013

Coppi, le plus grand des champions

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"Nul n'a dépassé Coppi. Ni Anquetil, ni Merckx, ni Hinault. Ni les suivants dont les œuvres illusoires sont effacées."

Une phrase extraite de "Forcenés" de Philippe Bordas, un livre puissant sur le cyclisme et les cyclistes. A méditer en ce jour d'arrivée du 100° Tour de France.

Coppi, Anquetil, Merckx et Hinault !

Ensuite ?

Des bourrins transformés en étalons grâce à la chimie.

Pour ma part, le Tour de France s'est arrêté en 1990 avec la dernière victoire de Greg Lemond

Ensuite, ce ne fut que tromperies et déceptions




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lundi 3 septembre 2012

La chronique du blédard : Armstrong, le cyclisme et le dopage

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 30 août 2012
Akram Belkaïd, Paris

Jusqu’à quel niveau de déchéance le cyclisme professionnel va-t-il s’enfoncer ? On savait ce sport bien malade, ou plus exactement bien corrompu par le dopage et diverses tricheries. Ce qui s’est passé sur le Tour de France à partir du milieu des années 1990 le prouve. Toutes les victoires depuis cette date, toutes sans exception, sont sujettes à caution et les ombres respectives de l’EPO (une hormone de synthèse) et des transfusions sanguines d’avant compétition (une manière d’augmenter sa puissance physique) planent sur elles. Cela sans oublier l’usage de corticoïdes et autres stimulants classiques.
Et voilà que l’agence américaine de lutte contre le dopage (Usada) annonce (peut-être un peu trop vite eut égard aux procédures) que Lance Armstrong sera déchu de ses victoires et radié à vie du cyclisme professionnel. 

On savait le septuple vainqueur du Tour de France (un record) dans la ligne de mire de cette administration mais nombreux sont ceux qui pensaient qu’il trouverait encore le moyen de s’en sortir à bon compte, moyennant, par exemple, un arrangement financier. Cela n’a pas été le cas car l’Usada avait bel et bien l’intention de le traîner devant les tribunaux. C’est cette perspective – et celle de devoir mentir sous serment - qui a poussé le cycliste étasunien aux ambitions politiques avérées (il pourrait briguer le poste de gouverneur du Texas) à renoncer à contester les graves accusations de dopage à son encontre.

Le palmarès du Tour de France va donc encore être modifié au point qu’il sera de plus en plus difficile de savoir qui l’a gagné et quand. Mieux, on peut se demander s’il ne vaut pas mieux terminer second de cette épreuve en attendant que les enquêtes sur le dopage (les échantillons sanguins sont conservés pendant huit ans) n’aboutissent. La plus grande épreuve cycliste du monde n’en sort pas grandie. Que l’on repense à toutes ces images, tous ces reportages et articles dithyrambiques consacrés aux victoires d’Armstrong… 

Tout cela est à jeter aux poubelles. Ce fut autant un leurre qu’une auto-intoxication. Voilà le cyclisme devenu comparable à un monde orwelien ou brejnévien, où les journaux du passé sont constamment retouchés…
Le dopage a toujours existé dans le cyclisme. Au début du vingtième siècle, les forçats de la route avalaient tout et n’importe quoi (caféine, absinthe, strychnine,…)  pour tenir sur selle et aller le plus vite possible. Plus récemment, de grands champions ont avoué – ou n’ont pas caché – s’être aidés de substances destinées à améliorer leurs performances. On pense notamment à feu Jacques Anquetil, quintuple vainqueur du Tour de France, qui fut à son époque un grand pourfendeur des premiers contrôles antidopage. La mort en 1967 du cycliste Tom Simpson sur les pentes du mont Ventoux a changé la donne. Les contrôles sont devenus systématiques et de nombreuses substances ont été déclarées illégales pour les coureurs. Depuis, c’est une course permanente entre le dopage (dont les techniques ne cessent de s’améliorer) et ses adversaires. Inutile de préciser que le premier a toujours plusieurs longueurs d’avance d’autant qu’il s’est médicalisé et qu’il bénéficie de « l’apport » de chercheurs et de médecins de peu de morale. Précisons aussi que les recherches militaires destinée à augmenter la capacité de résistance des troupes combattantes « profitent » elles aussi au dopage sportif.

Les années 1990 ont constitué une rupture majeure en matière de dopage. Jusque-là, dopé ou pas, un coureur moyen ne pouvait prétendre jouer les premiers rôles dans une épreuve telle que le Tour de France. Avec l’EPO, la donne a changé et des tocards sont soudain devenus des champions flamboyants. On a vu ainsi des coureurs grimper les cols à une allure de motocyclette, et des gregari(le gregario est un « porteur d’eau », c’est à dire un équipier au service d’un leader) porter le maillot jaune et prétendre à la victoire finale sur les Champs Elysées. L’affaire Festina en 1998 (dopage organisé de toute une équipe dont faisait partie notamment Richard Virenque « dopé à l’insu de son plein gré ») a constitué le premier épisode d’une grande bouffonnerie qui semble ne jamais vouloir se terminer. A chaque épisode, coureurs, organisateurs et annonceurs jurent que le temps du dopage est terminé. Et puis survient un nouveau scandale. De fait, pour qui a suivi le Tour de France 2012, il est évident qu’il y a « baleine sous le gravier », les rythmes d’escalade des cols ou les performances durant les contre-la-montre, n’étant guère différents de ceux des belles années de l’EPO. Qui sait, le palmarès 2012 sera peut-être modifié dans quelques années (et ne parlons pas des récents Jeux Olympiques avec les performances stupéfiantes des cyclistes britanniques…).

Avant de défendre (un peu) le cyclisme, revenons à Armstrong. L’homme a régné d’une main de fer sur le cyclisme mondial pendant près d’une décennie. Il a exercé des pressions – voire plus – contre les rares coureurs qui défendaient un cyclisme propre. Surtout, il a été l’emblème d’une période minée par les compromissions et le culte de la réussite à n’importe quel prix. Ce n’est pas un hasard si Nicolas Sarkozy a été l’un des plus fervents soutiens de Lance Armstrong et il se dit même que l’ancien président français (qu’il est bon d’écrire celandc) n’est pas étranger à l’impunité dont a jouit jusque-là le cycliste américain en France. 

Il faut aussi mentionner l’attitude pour le moins complaisante à son égard de l’Union cycliste internationale (UCI). Enfin, il faudra bien que les organisateurs du Tour de France s’expliquent sur cette affaire puisqu’il semble que le dopage d’Armstrong était avéré dès 1999.
Ceci étant dit, il faut tout de même rappeler deux choses. La première, c’est qu’avec ou sans dopage, le cyclisme reste l’un des sports les plus durs. Un sport de douleurs, de peines et d’épuisements. « Chargé » ou pas, il faut avoir des mollets, du mental et du souffle pour grimper l’Alpe d’Huez ou le Tourmalet. Le vélo a longtemps été un sport de prolétaire, une manière d’échapper à la mine, à l’usine ou aux travaux des champs. C’est moins le cas aujourd’hui mais cela reste une discipline terriblement exigeante.

Le second rappel concerne les autres sports. Qui peut croire que seul le cyclisme est concerné par le dopage ? On sait que l’EPO a été utilisée dans le milieu du foot de haut niveau (que dire de la natation sans oublier l’athlétisme ?). Mais le public et la presse préfèrent regarder ailleurs. Un jour, peut-être, on connaîtra le nom des joueurs ayant carburé à l’EPO pendant la Coupe du monde de football de 1998 (et durant celles qui ont suivi…). A ce moment-là, peut-être, le cyclisme cessera d’être le bouc-émissaire en matière de dopage.
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