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Mercredi 10 juin 2026
Je ne regarderai pas la Coupe du monde de football qui débute ce jeudi aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Contrairement à 2018 et 2022, il n’y aura pas d’écriture de chroniques, de commentaires à chaud sur les réseaux sociaux, pas de vignettes à collectionner, pas de talk-show à subir. La presse (écrite) m’informera, ce sera déjà assez. Le côté positif, c’est que je n’aurai pas à me lever à l’aube pour suivre certaines rencontres qui, de toutes les façons, seront vite oubliées. Cela va être une expérience étrange mais c’est une question de principe et d’éthique. Commençons par dire que je n’ai pas de griefs contre deux des trois co-organisateurs. Ils n’ont rien à voir avec cette décision de boycotter une compétition que je suis pourtant depuis 1974 (je n’ai que quelques vagues souvenirs de celle de 1970, ne l’ayant découverte quelques années plus tard grâce au documentaire Les Géants du Brésil). Les raisons de cette défection sont multiples mais la principale est qu’il y a un génocide qui se poursuit à Gaza. Des nettoyages ethniques et des transferts forcés de population se déroulent en Cisjordanie et dans le sud du Liban. Et l’Iran continue de subir une guerre infondée et criminelle. Si Israël peut mettre le Proche-Orient à feu et à sang, c’est parce que l’Amérique de Donald Trump le veut bien. Nous ne vivons pas une période comme les autres. C’est un moment marqué par le sang, la fureur et l’injustice. Des peuples sont en danger de mort. Face à cela, les moyens pacifiques d’agir et de protester ne sont pas nombreux. Essayons donc au moins de ne pas être complices de cette gigantesque opération indécente de softpower. Il n’est pas question de contribuer, fut-ce de manière infinitésimale, au succès planétaire qu’espère le locataire de la Maison-Blanche.
Car il ne faut pas s’y tromper. C’est d’abord et avant tout, « sa » Coupe du monde qui va se dérouler et ce sinistre personnage, qui fait bien pire que « Genocide Joe » Biden, rêve déjà à l’instant où il remettra le trophée en mondovision.
Qu’est-ce donc que c’est que cette Coupe du monde où certains supporters issus de pays du sud n’ont pas le droit de se déplacer pour soutenir leur équipe ? Qu’est-ce donc que c’est que cette compétition où d’autres supporters, toujours du Sud, doivent verser d’énormes cautions pour obtenir un visa (coucou les Algériens, kèche nif…) ? Qu’est-ce que ce « grand rendez-vous planétaire » où des équipes africaines sont fouillées dès leur arrivée sur le tarmac, où le meilleur arbitre africain, somalien de nationalité, est refoulé après avoir été traité comme un grand criminel. Quelle humiliation, quel mépris pour l’Afrique et le monde arabe ! Quel racisme. C’est cela la « fête mondiale du football » ? Non merci.
Et ne parlons même pas du gigantisme effréné de la FIFA. Cette organisation bien particulière, qui brasse des milliards de dollars – et qui se déclare être une « association sans but lucratif » (on ne rigole pas) –, est en train de tuer le football. Trop de tout. Trop d’argent, trop de sponsors, trop de scandales et de magouilles extra-sportives, trop d’équipes qualifiées, trop de technologies et de statistiques : ce n’est pas un hasard si le ballon rond devient un jeu insipide et lassant. Jusque-là, l’indulgence et l’espoir d’un renouveau primaient. Par exemple, on vit depuis quarante ans dans l’attente que le Brésil redevienne ce qu’il fut. On se dit que les Pays-Bas vont bien nous resservir un beau néo-football total. Mais on sent bien que la machine est devenue folle et que l’argent règne. Le football se meurt et la Coupe du monde de Trump est une sinistre farce qui ne fera qu’aggraver les choses.
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