Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 31 octobre 2020

Référendum en Algérie Une insulte, une faute et un crime

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Le référendum qui se tient ce 1er novembre en Algérie (et dans les consulats à l’étranger) pour entériner une énième révision de la Constitution est à la fois une insulte, une faute et un crime.

 

C’est une insulte à ce que représente pour toute Algérienne et pour tout Algérien, la date du 1er novembre. Il est des symboles avec lesquels on ne s’amuse pas. Celui que constitue la date du déclenchement de la guerre d’indépendance, en est un. Il n’y a qu’un seul 1er novembre et il ne doit y en avoir qu’un seul ! C’est celui de 1954. Lui accoler de force une consultation électorale mal ficelée pour essayer d’en récupérer la légitimité, c’est insulter le passé et la mémoire des martyrs. Honte à ceux qui ont imaginé ce fardage en cachant un produit moisi sous de beaux fruits.

 

C’est une faute politique parce que ce texte n’a jamais été sérieusement discuté et que sa conception fait fi de tout le contexte politique engendré par le Hirak. Depuis février 2019, une partie de la population réclame une remise en cause profonde de la nature du régime et de l’exercice du pouvoir. Cette révision de la Constitution n’est qu’un bricolage à la va-vite qu’on ose présenter comme un grand pas vers le changement. Dans un contexte de répression inadmissible contre celles et ceux qui protestent contre cette mascarade, nous savons tous que ce texte, même voté, ne changera rien à rien.

 

C’est un crime, parce que l’on n’organise pas un scrutin dans un contexte de pandémie mondiale où de nombreux pays ont de nouveau recours au confinement. Quelle est donc cette logique qui consiste à interdire les marches – et on ne saluera jamais assez la maturité du peuple qui a accepté cette suspension – mais à exhorter les gens à aller voter ? Des vies sont en jeu et la moindre des mesures intelligentes aurait été le report de ce vote.

 

L’Histoire jugera avec sévérité les responsables de cette énième manœuvre dilatoire pour empêcher l’essentiel : le changement. Le vrai.

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dimanche 15 mars 2020

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La chronique du blédard : Épidémies, Extremistan et politiques de santé
Akram Belkaïd, Paris

Après quelques semaines de déni ou de désinvolture, nombre de dirigeants sont enfin en passe de reconnaître que le monde vit une grave crise sanitaire aux conséquences humaines potentiellement dramatiques. La propagation fulgurante du coronavirus COVID-19 — qui provoque des affections allant du rhume banal à une infection pulmonaire sévère, responsable d’une détresse respiratoire aiguë — relève d’ores et déjà d’une pandémie même si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rechigne à le reconnaître officiellement. Si en Chine, le pic des contaminations semble avoir été dépassé, l’Europe, et donc le Maghreb et le reste du bassin méditerranéen, sont dans une phase précritique. Il ne faut pas se leurrer, l’Italie, pays où les contaminations et la mortalité sont désormais les plus élevées, ne saurait être considérée comme un cas à part. Plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, semblent suivre le même chemin statistique ce qui laisse envisager des mesures contraignantes semblables au confinement de la population italienne.

Les crises sont toujours des révélateurs précieux. Elles nous en disent beaucoup sur l’être humain – faut-il rire de celles et ceux qui stockent des denrées alimentaires ou les blamer ? - mais aussi sur l’environnement politique, économique et social tel que nous l’avons façonné au cours des dernières décennies. Il y a douze ans, la crise financières née des pratiques délictueuses autour des crédits hypothécaires aux Etats-Unis et en Europe (subprimes) avait mit en exergue l’excessive financiarisation de l’économie mondiale et les conséquences délétères de politiques toujours plus dérégulatrices. A l’époque, cette même chronique attirait l’attention sur les travaux de l’essayiste et mathématicien américano-libanais Nassim Nicholas Taleb. Son livre, « The Black Swan » (Le Cygne Noir) (*).

Pour mémoire, selon Taleb, le cygne noir est la figure allégorique de « tout ce qui nous paraît impossible si nous en croyons notre expérience limitée ». Longtemps, dans l'hémisphère nord, on a cru que tous les cygnes étaient blancs. Puis un jour, à la faveur d’une expédition dans l’hémisphère sud, en Australie plus précisément, on découvre l’existence de cygnes noirs. En partant de là, le penseur a développé une réflexion originale autour du concept d’un monde des extrêmes qui ne serait plus décrit par la fameuse courbe de Gauss, avec une grosse majorité de choses connues (la cloche de la courbe) et des phénomènes inexpliqués mais rares (les extrémités de la courbe).

Pour Taleb, nous ignorons le monde tel qu’il est parce que nous pensons que,
grosso modo, nous partageons tous le même quotidien. Or, la réalité, c’est que notre monde est de plus en plus régi par des éléments qui échappent à la courbe de Gauss et que le philosophe qualifie « d’Extremistan » ce qui, en employant une expression triviale, pourrait se résumer par « un monde de toujours plus et d’encore plus ». Plus de crises financières mais aussi plus d’événements disruptifs comme l’expansion du COVID-19 qui affecte déjà l’économie mondiale.

Il est possible que cette épidémie s’éteigne d’elle-même au printemps ou à l’été. Il est possible aussi qu’elle devienne saisonnière rendant plus urgente l’élaboration d’un vaccin. Mais si l’on prend le temps de regarder en arrière, on se rend compte que les alertes se multiplient depuis une vingtaine d’année et, qu’à chaque fois, le comportement des dirigeants est de laisser entendre que l’on a affaire à des événements rares pour ne pas dire exceptionnels et donc, qu’il ne faut rien changer au système actuel. Qu’il s’agisse du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère (SRAS) de 2003 ou du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV) de 2012, les coups de semonce ne peuvent pourtant plus être considérés comme des aberrations statistiques mais peut-être bien comme des tendances de fond. Autrement dit, il est possible que ce qui nous paraît exceptionnel, c’est-à-dire des pandémies hautement pathogènes, devienne peu à peu la norme. 

Certes, les capacités de réaction de la communauté médicale sont à des millions de kilomètres de ce qui existait encore au milieu du vingtième siècle. Mais tout de même. Le COVID-19 est une sérieuse mise en garde contre les politiques de réduction des dépenses de santé. A l’heure où, en Italie, les praticiens doivent décider quel patient doit être sauvé et quel autre doit être abandonné à son triste sort, il est peut-être temps de se souvenir que la santé n’est pas un bien marchand. Et de réaliser que les politiciens et gouvernants qui ont œuvré pour la diminution du nombre de lits et la marchandisation des actes médicaux ne sont rien d’autre que des criminels.

Quant à l’Algérie, le pays n’avait pas besoin du COVID-19 pour prendre conscience de l’état de délabrement avancé de ses installations hospitalières. Ceux qui sont responsables de la situation vont réaliser qu’avoir le privilège de se soigner à l’étranger ne sert à rien en temps de pandémie. Cela encouragera peut-être les décideurs à enfin prendre conscience de l’urgence d’une réforme profonde du secteur. Laquelle réforme ne peut aller sans des changements en matière de gouvernance politique du pays.

(*) La Chronique du blédard : Cygne noir ou le monde de l'«Extremistan», Le Quotidien d'Oran, jeudi 7 février 2008.
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C'est une guerre

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C’est une guerre...

Ce que l’Humanité affronte aujourd’hui n’est pas un fait nouveau. Des épidémies fulgurantes et létales, il y en a toujours eu et il y en aura encore. Le progrès technique, les avancées médicales (constantes et même impressionnantes), l’omniprésence de la technologie et, enfin, une vision aseptisée du monde, ont forgé la fausse impression que les maladies les plus dangereuses étaient réduites, ou vaincues, et que les craintes d’antan, celles liées par exemple aux ravages de la peste noire, devenaient infondées. L’épidémie de Covid-19 nous prouve le contraire.

Ce qui se passe actuellement, avec cet emballement en matière de décisions et mesures restrictives imposées par les gouvernements démontre à quel point il ne faut jamais baisser sa garde. Rien n’est jamais fini et certainement pas l’Histoire. Dans toute pandémie, il y a un caractère inéluctable même si les responsabilités humaines ne peuvent être ignorées. Je n’entrerai pas ici dans des considérations à propos du rôle néfaste de dirigeants politiques dans la détérioration et l’appauvrissement continus et organisés des systèmes de santé. Quand l’épidémie sera vaincue, et elle le sera, il faudra agir et se souvenir que les adeptes du « moins d’État » devront rendre des comptes, y compris ceux qui, comme le premier ministre britannique actuel, estiment que la solution passe par le fait de sacrifier une partie de la population.

En attendant, il faut se battre. On peut jouer sur les mots, accepter ou réfuter les analogies, mais ce qui se passe n’est ni plus ni moins qu’une guerre. Nous nous battons contre un ennemi invisible capable de nous infliger d’immenses pertes et dégâts. Fait positif, nous n’affrontons pas d’autres êtres humains. Il ne s’agit pas, ici, de faire couler le sang et c’est tant mieux. Cette guerre est effectivement atypique puisque notre ennemi réside dans l’infiniment petit mais comme tout conflit, elle ne peut être gagnée qu’en faisant preuve de calme, de raison, de discipline et de civisme. Il s’agit, par son comportement, de tout faire pour endiguer l’épidémie, pour aider le personnel médical, héroïque dans son dévouement, à ne pas être submergé. Le respect des règles et conseils diffusés par les autorités sanitaires, la prudence, la conscience de soi et des autres et le bon sens feront la différence. C’est une guerre avec sa binarité. Un camp face à l’autre. Se draper dans des attitudes désinvoltes qui minorent le danger, tourner en dérision les instructions de prévention et de prophylaxie, clamer ne rien vouloir changer à ses habitudes, c’est être dans le camp de « l’ennemi ».

Oui, c’est une guerre. Il y aura des défaites et des victoires, de mauvaises nouvelles et de bonnes. C’est une guerre, en cela qu’elle fait passer le reste au second plan mais elle est simple à mener. Moins le virus se répandra, et mieux cela sera. Il s’agit simplement d’accepter l’idée que la situation est extraordinaire et que cela signifie des renoncements (temporaires) en matière d’habitudes consuméristes et distractives. Être confiné chez soi pendant quelques semaines voire quelques mois n’est pas la fin du monde. Ce n’est pas être en Syrie. Ce n’est pas être à Gaza. Se lamenter parce que son quotidien habituel est bouleversé ne changera rien à la situation. L’objectif, fondamental, est la survie du maximum d’entre nous. Rien d’autre.


Akram Belkaïd
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