Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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vendredi 13 novembre 2015

La chronique du blédard : Nina sur la route de Salim alias ( ?) Djilali

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 12 novembre 2015
Akram Belkaïd, Paris






Livre après livre, sans grands tapages médiatiques paralittéraires, Djilali Bencheikh continue de tracer un sillon original au sein de la grande famille des romanciers algériens. Après Mon frère ennemi (*), dont la trame autobiographique se déroulait durant la Guerre d’indépendance, il explore cette fois-ci le désenchantement qui a suivi la courte euphorie de juillet 1962 (**). C’est alors l’époque des discours interminables du président Ahmed Ben Bella, des nationalisations quasi-quotidiennes et des rumeurs continuelles à propos de l’intention de Houari Boumediene, l’austère ministre de la Défense, de mener un coup d’Etat. Le pays ressemble ainsi « à une auberge espagnole, où chacun apporte son aspiration délirante ». Pieds-rouges et coopérants français, militants marxistes, révolutionnaires du tiers-monde, tous sont désireux de contribuer à bâtir une Algérie nouvelle. Dans les rues de la capitale, on croise même Che Guevara, marchant seul non loin de l’ex-café Otomatic, « armé de sa pipe, un léger sourire illuminant son regard », vêtu « d’une simple veste kaki des guérilleros, une démarche à l’algérienne, lente, désinvolte. Aucun garde du corps. Chez nous [En Algérie], il était chez lui ». Le Che à Alger… Soupir… On dira ce que l’on voudra de ce qu’est devenu le pays depuis ces temps déjà lointain, mais bienheureux tout de même est celui qui les a vécu…

Salim, personnage principal, est un jeune étudiant en sciences économiques (« sciences sans écho » pour lui). S’il garde un œil sur les turbulences politiques, il rêve avant tout de se déniaiser. « Ce n’est pas moi, c’est mon corps qui piaffe, explique-t-il. Impossible de le contenir, surtout dans le glissement feutré des saisons. Ne le dites à personne, je suis encore puceau, à dix-neuf ans. A Paris, ce serait un scandale. Ici [A Alger], c’est une vocation. Tous les camarades d’amphi sont dans le même état. Leurs frustrations se lisent dans leurs regards vides, injectés de sperme. » Et comme il n’a aucune « envie de ressembler à ces bœufs mentalement castrés », Salim prends aussi des cours de danse pour épater la gente féminine pendant les « bouffas », ce terme désormais désuet qui a désigné boums et autres surprises-parties jusqu’à la fin des années 1970. Mais rien ne se passe. On le suit donc au fil de ses râteaux et de ses amours platoniques. On l’accompagne dans un voyage avec d’autres étudiants (et étudiantes…) en Tunisie, où quelques pages acides suffisent à résumer ce que fut le comportement de certains Algériens dans ce pays frère avant et après l’indépendance. Mais le séjour tunisois est tout de même l’occasion pour Salim de franchir quelques paliers dans la découverte rapprochée de la gente féminine même si sa quête de chair demeure (presque) vaine.

Pourtant, ce voyage au pays de la boukha, véritable bouffée d’oxygène pour Salim et ses camarades auxquelles les lois de Ben Bella interdisent la consommation d’alcool à Alger, est le moment fondateur. C’est la rencontre avec Nina, jeune fille maigrelette, du moins en apparence, dotée d’une intelligence vive et d’une ironie redoutable. C’est le début d’un grand amour (on n’en dira pas plus) dont les péripéties témoignent d’un temps révolu, comme ces rencontres furtives dans un cinéma dont la pratique a perduré jusqu’à la fin des années 1970. Le présent chroniqueur peut en témoigner. Alors adolescent, certains cinémas d’Alger lui étaient interdit avec sa bande. Pas question de déranger les couples qui se bécotaient dans le noir, indifférents au film, âpres au smac. Il arrivait parfois que l’on puisse entrer mais à condition de s’installer dans les fauteuils de l’orchestre, le balcon étant réservé aux flirts plus ou moins poussés (cas notamment du cinéma el-Khayam ex-Débussy). Fin de la parenthèse.

Puis vint le coup d’Etat et des promesses non tenues. Les uns fuient le pays de manière définitive, d’autres partent en vacances quelques semaines en Europe. Nina et les siens appartiennent à la première catégorie. Salim, lui, va sillonner Paris puis l’Allemagne (un périple qui est presque un second roman). Devenu militant politique et syndical, il vit mal l’éviction de Ben Bella malgré toutes les réserves que faisait naître en lui le « zaïm » et son révolutionnarisme brouillon. Ah, ce « réajustement révolutionnaire » du 19 juin 1965... Peu, pas beaucoup, ou du moins pas assez de protestations. A de rares exceptions, comme à Annaba, le peuple se tient à l’écart. Les dirigeants du Parti communiste algérien, des syndicalistes, des responsables étudiants sont arrêtés ou passent dans la clandestinité. Et pour bien acheter la tranquillité, le nouveau pouvoir supprime l’interdiction de l’alcool aux Algériens. Dans les brasseries du centre d’Alger, c’est la fête…

Des femmes sortent pourtant dans la rue pour manifester leur colère. « Aucune réaction populaire n’est venue sanctionner ce forfait militaire », écrit l’auteur. « Jour de putsch normal. Personne ne semble surpris. A force d’en entendre parler chacun l’a intégré dans sa réalité. Et voilà qu’une poignée de femmes, des mammas intrépides, des Leila-courage, relèvent le défi. Les slogans sont entrecoupés de youyous qui m’électrisent. C’est par des youyous que les Algériennes ont galvanisé les manifestants de décembre 1960 et après, pour demander à De Gaulle une Algérie algérienne. (…) Le youyou fait donc partie du patrimoine national. Ce hululement d’allégresse tourne parfois au hurlement de détresse. Une arme de combat, à l’instar du cri arts martiaux qui paralyse l’adversaire. La tonalité désespérée m’arrache des larmes ». On l’aura compris, au-delà de sa quête amoureuse et de ses références historiques, Nina sur ma route est aussi, à sa façon, (souvent plus qu’érotique ce qui a dissuadé certains éditeurs algériens de le publier…) un roman féministe.

(*) Barzak (Alger) et Elyzad (Tunis), 2013.
(**) Nina sur ma route, Djilali Bencheikh, Zellige, 412 pages.
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jeudi 12 avril 2012

Blog Slate Afrique (Afro-Maghreb) : Algérie : Ahmed Ben Bella est mort

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Mercredi 11 avril 2012

Le premier président de l’Algérie indépendante (1962-1965), Ahmed Ben Bella, est décédé mercredi 11 avril à Alger à l’âge de 96 ans. La nouvelle a été rapportée par l’Agence Presse Service (APS) qui cite l’entourage du défunt. Cela fait plusieurs semaines que des informations contradictoires et non confirmées courraient sur l’état de santé de celui qui fut l’une des figures majeures de la Guerre d’indépendance. Début mars,  Ahmed Ben Bella avait été admis à deux reprises à l’hôpital militaire d’Ain Naadja, dans la banlieue d’Alger, après un malaise. De nombreux médias avaient annoncé alors son décès avant de revenir sur ces informations.

«Allah Yarahmou», Que Dieu lui accorde Son Pardon (ou Sa Miséricorde). Telle a été la réaction de la majorité des internautes à l’annonce de cette nouvelle par les principaux sites d’information algériens. Les réseaux sociaux ont vite relayé la nouvelle et, fidèle à une tradition musulmane, rares ont été les commentaires de nature politique ou de mise en cause du rôle politique du défunt. Nombreux toutefois ont été ceux qui ont relevé le fait qu’Ahmed Ben Bella disparaît l’année du Cinquantième anniversaire de l’indépendance. L’homme avait d’ailleurs été désigné pour présider le Comité chargé d’organiser les festivités liées à cet anniversaire. Une mission qu’il ne pourra donc pas mener jusqu’au bout ce que ne manquerons pas de relever les médias algériens qui s’inquiètent du manque de ferveur autour de ce rendez-vous.

En Algérie, pour les uns, Ahmed Ben Bella restera le premier président de la République, celui dont le nom a permis de fédérer toutes les forces populaires qui souhaitaient l’indépendance. Il fut ainsi désigné comme étant l’ennemi à abattre par le pouvoir colonial français et c’est pour pouvoir l’arrêter et porter un coup fatal à l’action du Front de Libération Nationale, que la France commet, le 22 octobre 1956, le premier détournement d’avion de l’histoire de l’aviation civile en détournant de sa route un appareil qui devait conduire les chefs du FLN (parmi lesquels Ben Bella mais aussi Aït Ahmed et Boudiaf) du Maroc à Tunis.

Pour d’autres Algériens, il est celui qui est à l’origine de la grave scission au sein de la famille indépendantiste puisque c’est grâce à son appui politique qu’une faction réunie autour de l’Etat-major de l’armée des frontières (dirigée par Houari Boumediene) a pu prendre l’ascendant et écarter le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA). De fait, Ben Bella n’a dirigé l’Algérie que de juillet 1962 jusqu’au 19 juin 1965 date à laquelle un coup d’Etat militaire mené par Houari Boumediene, son ministre de la défense, va l’écarter du pouvoir. Longtemps détenu au secret puis placé en résidence surveillé, il ne sera libéré qu’en 1980 par le président Chadli Bendjedid, successeur de Boumediene. Suivront alors neuf années d’exil, où Ahmed Ben Bella tentera de réunifier l’opposition algérienne à l’étranger en se rapprochant notamment de Hocine Aït Ahmed, un «historique» qu’il n’avait pas hésité à écarter en 1963.

Ahmed Ben Bella ne rentre en Algérie qu’en septembre 1989, son parti, le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) ayant été autorisé depuis l’instauration du multipartisme. Sa formation n’a pourtant qu’une influence marginale même si la voix de l’ancien président reste très écoutée. Opposé à l’annulation des élections législatives de décembre 1991, il deviendra un interlocuteur régulièrement consulté par le président Abdelaziz Bouteflika élu en 1999.
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