Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Bataille commerciale Chine-USA. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bataille commerciale Chine-USA. Afficher tous les articles

mercredi 6 février 2019

La chronique économique : Retour à 1990 pour la croissance chinoise

_

Le Quotidien d’Oran, mercredi 23 janvier 2019
Akram Belkaïd, Paris 

Serait-ce la fin de la belle histoire du très grand bon en avant ? En 2018, la croissance du produit intérieur brut (PIB) chinois a marqué le pas avec un taux de 6,6%. Certes, de nombreux pays paieraient cher pour afficher un tel dynamisme. Par exemple, les économistes du Fonds monétaire international (FMI) ont calculé que l’Europe pourrait atteindre le plein emploi avec un tel taux, voire qu’elle serait en pleine surchauffe ce qui l’obligerait à faire appel à des travailleurs étrangers. Mais, pour la Chine, ce niveau d’augmentation de la création de richesses – ou la somme totale de la valeur ajoutée, car telle est l’une des définitions – partielles - du produit intérieur brut (PIB), n’est pas acceptable. D’abord, cela la renvoie à 1990, date à laquelle la croissance avait atteint ce « plancher ». Ensuite, parce que le modèle économique chinois n’est pas encore entré en phase de normalisation.

Faiblesse des demandes interne et externe

Pourquoi une telle contreperformance ? Les raisons majeures sont doubles. Il y a d’abord la faiblesse de la demande interne. Les Chinois ont moins consommé en 2018 car le gouvernement a veillé à freiner les crédits et à encourager le désendettement progressif des ménages. Cela fait des années que la bulle du crédit inquiète les dirigeants du Parti communiste chinois et leur volonté de contrôler les circuits d’endettements, que cela concerne les ménages ou les entreprises, notamment publiques, ne sont pas une surprise.

Cela fait partie d’une stratégie d’assainissement de l’environnement financier qui va de pair avec l’affirmation de la Chine en tant que puissance économique. Plus la dette intérieure est contrôlée, plus le yuan sera considéré comme une monnaie solide, susceptible de jouer un rôle plus accru sur le plan international (certains pays commencent déjà à l’inclure dans leurs réserves de change). Le prix à payer pour cela est un ralentissement de l’économie ne serait-ce que parce que cela limite les capacités de relance par l’investissement public.

Ensuite, il y a la faiblesse de la demande mondiale qui pousse les exportations chinoises à la baisse. On peut ajouter à cela l’attentisme lié à la bataille commerciale qui se déroule actuellement entre Pékin et Washington. Il ne fait nul doute que le chiffre de la croissance 2018 va être brandi par le président américain pour prouver à quel point il peut, par ses sanctions et surtaxes, infliger des dommages à l’économie chinoises. En réalité, c’est plus l’atonie de la demande mondiale, avec des pays émergents à la peine, qui explique pourquoi le « made in China » a été moins conquérant en 2018.

Un nouveau modèle à trouver

Faut-il pour autant déceler la fin de cette extraordinaire phase d’expansion entamée par la Chine à l’orée des années 1980 et accélérée en 1990 grâce à la mondialisation ? Il est encore trop tôt pour y répondre. Les deux ou trois prochaines années nous diront si la Chine se « normalise » avec une économie affichant des taux de croissance plus raisonnables. La question sera alors de savoir quels choix les dirigeants du PC chinois feront-ils. Quel sera le modèle retenu ? Garderont-ils le cap sur l’expansion planétaire au risque d’entrer de plus en plus en confrontation avec les États-Unis ? Privilégieront-ils le marché intérieur ? Et comment feront-ils pour répondre aux attentes d’une population chinoise qui ne saurait se contenter d’un retour aux conditions sociales et économiques des années 1990 et encore moins à celles des années 1980 ? L’affaire est à suivre.
_

dimanche 20 janvier 2019

La chronique économique : De l’importance des négociations sino-américaines

_
Le Quotidien d’Oran, mercredi 9 janvier 2019
Akram Belkaïd, Paris

À bien des égards, les négociations qui viennent de débuter entre la Chine et les États-Unis constituent l’un des grands moments de ce début de siècle même si l’actualité foisonnante donne l’impression que d’autres sujets méritent bien plus d’attention. On est tout de même en présence des deux grandes puissances mondiales qui tentent de trouver, par le dialogue et la concertation, une solution à leurs multiples différents commerciaux. Bien entendu, il sera difficile de connaître le détail des discussions mais le processus mérite d’être suivi de près car il risque fort de faire date.


Pessimisme des observateurs

On ne rappellera jamais assez que, dans le passé, les rivalités commerciales furent souvent des motifs de guerre. Il suffit de se pencher sur l’histoire du dix-neuvième et du début du vingtième siècles en Europe pour en prendre conscience. Les conflits qui ont ébranlé la planète avaient certes pour fondements des volontés incessantes d’expansions territoriales et de recherches de puissance mais il suffit de gratter un peu pour découvrir que les enjeux commerciaux étaient alors fondamentaux.

Dans ce qui nous occupe aujourd’hui, les États-Unis ont d’abord choisi la manière forte avec des taxes décidées de manière unilatérale et des déclarations très martiales de la part du président Donald Trump. De leur côté, les autorités chinoises ont décidé dans un premier temps de relever le gant en imposant à leur tour de nouvelles taxes et des sanctions. Les négociations ouvertes à Pékin en ce début de semaine sont censées mettre fin à l’escalade. Les deux parties ont donc jusqu’à début mars pour trouver un accord. Pour l’heure, le discours des concernés est optimiste. Cela tranche avec l’avis des observateurs qui se demandent comment les États-Unis vont obtenir de la Chine l’ouverture de son marché intérieur et la suppression, ou tout le moins, la diminution, des aides accordées aux exportateurs chinois.

Autrement dit, ces négociations risquent de ne pas déboucher sur grand-chose même si Donald Trump tient absolument à « son » accord. Cela lui permettrait de disposer d’un solide argument électoral à l’heure où il pense déjà à novembre 2020 et à sa réélection. Tout l’enjeu pour lui est donc d’obtenir des concessions chinoises qu’il s’agisse de l’engagement de Pékin en matière de respect de la propriété intellectuelle ou de l’augmentation des achats de produits en provenance des États-Unis, notamment des denrées agricoles. Le résultat dépendra pleinement des autorités chinoises lesquelles n’ont toutefois pas l’intention de plier le genou. Ces dernières n’ont guère apprécié l’arrestation au Canada, à la demande de Washington, de Meng Wanzhou, la responsable financière du géant chinois des télécommunications Huawei. Elles voient dans cette affaire – liée officiellement à la question du non-respect des sanctions américaine imposées à l’Iran – une volonté de brider l’essor technologique chinois.


Reprises du bras-de-fer


Que se passera-t-il si ces négociations échouent ? D’abord, il y a de fortes chances pour que la guéguerre commerciale reprenne. Pour des raisons électorales, Donald Trump a besoin de maintenir la pression sur cette question même si les marchés financiers américains n’aiment guère cela. Ensuite, il est vraisemblable que de nouveaux cycles de négociations soient enclenchés ne serait-ce que c’est parce qu’un grand nombre de pays le demandent. Loin de tirer profit de ce bras-de-fer, plusieurs économies, qu’elles soient développées ou émergentes, sont pénalisées par le fait que Chine et USA s’imposent mutuellement des sanctions et des taxes. Dans un monde où aucun pays ne fabrique à 100% tel ou tel produit, une bataille commerciale, même à des milliers de kilomètres de chez soi, peut avoir un impact direct sur sa propre production.
_