Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 7 décembre 2013

La chronique économique : L’OMC malgré tout…

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 4 décembre 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
Encore quelques jours et il est possible que l’on n’entende plus parler de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), du moins pas dans sa forme et sa mission actuelles... C’est hier mardi qu’ont débuté dans l’île indonésienne de Bali les négociations ministérielles pour un accord sur la libéralisation des échanges mondiaux et personne ne croit à un résultat positif. En effet, il n’y a même pas de projet de texte à discuter et ce n’est donc pas ce neuvième round de pourparlers qui va faire aboutir le cycle engagé lors de la Conférence de Doha en 2001.

LA QUESTION DES SUBVENTIONS

Une chose est certaine, et de l’aveu même de Roberto Azevedo, le nouveau directeur général de l’OMC, la portée des discussions est limitée puisqu’elles ne concernent plus que 10% du projet initial concocté à Doha. Mais même les thèmes retenus (facilitation des échanges, agriculture et développement) posent problème surtout en ce qui concerne le volet agricole. L’objet de la discorde entre pays en développement et les grandes puissances ainsi que l’OMC concerne les stocks agricoles. Ce bras de fer met d’ailleurs en relief l’inanité du dogme libre-échangiste que ses fidèles partisans continuent de présenter comme la solution absolue aux problèmes économiques de la planète. L’un des arguments en la matière est de répéter à l’envi que l’accomplissement du cycle de Doha créerait 34 millions d’emplois sans que l’on soit vraiment sûr de la pertinence et de la fiabilité des études qui ont conduit à ce chiffre…

D’un côté, les pays en développement veulent avoir la capacité de constituer des stocks pour contrôler les prix et éviter que les populations pauvres ne soient pénalisées par une hausse des cours des produits agricoles comme ce fut le cas entre 2007 et 2009. De l’autre, l’OMC se cantonne dans une position rigide estimant que l’existence de stocks gérés par les Etats s’apparente à des subventions. Or, comme chacun sait, la pensée néo-libérale abhorre les subventions et ne croit qu’à l’efficience du marché (même quand ce dernier se dédouble entre un marché physique et un marché financier où les quantités de produits échangées – qu’il s’agisse de pétrole ou de café – n’ont rien à voir avec la moindre réalité…).

Le plus étonnant dans l’affaire, c’est que les pays riches ne se privent pas de subventionner leurs agricultures. L’Europe et sa politique agricole commune en est un exemple flagrant. Aux Etats-Unis, les cotonniers savent se faire entendre du Congrès et qu’importe si les subsides qui leur sont alloués provoquent la ruine de leurs homologues du Sahel. Enfin, de nombreux experts reconnaissent aujourd’hui que l’une des pires mesures prises concernant le cacao ivoirien fut de supprimer la capacité de l’Etat à faire jouer des mécanismes de compensation pour les cultivateurs.

UNE DISPARITION NON-SOUHAITABLE

Faut-il pour autant se réjouir de l’enlisement de l’OMC ? L’une des grandes tares de cette organisation est son incapacité à penser l’échange commercial dans un autre cadre conceptuel que le libre-échange à tous crins. On l’a vu dans certains cas, à l’image du fameux « oignon indien » (la protection de la production intérieure a évité la faillite de nombreux producteurs) ; une certaine dose de protectionnisme est nécessaire, ce que refuse d’entendre cette institution. Mais, aussi défaillante soit-elle, l’Organisation mondiale du commerce a cela de positif qu’elle repose sur le multilatéralisme. Son échec définitif signifierait le retour en grâce des traités bilatéraux où c’est la loi du plus fort qui s’impose. Qu’ils le veuillent ou non, les pays en développement ont ainsi intérêt à ce que la bataille des négociations commerciales continue de se dérouler au sein de l’OMC.
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samedi 1 juin 2013

La chronique économique : OMC : la panne et le retour du bilatéralisme

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 28 mai 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) aura donc un nouveau Directeur général à partir du 1er septembre prochain. Il s’agit du brésilien Roberto Azevedo, élu à ce poste au début du mois de mai. La mission de celui qui succède au français Pascal Lamy est d’ores et déjà connue. Réduire les mesures protectionnistes dans le monde et, de façon plus générale, relancer le processus de libéralisation du commerce mondial qui stagne depuis la Conférence de Doha en 2001.
 
Protectionnisme et cycle de Doha
 
Avec la crise de 2008, de nombreux pays ont mis en place des mesures de protection de leurs économies ce qui a ralenti les échanges commerciaux mondiaux. Hausse temporaire des droits de douane, restriction aux exportations et aux importations, taxation accrue des investissements étrangers jugés spéculatifs, mise en place de règlementations restrictives en matière d’ouverture du capital des entreprises nationales aux opérateurs étrangers : selon l’OMC, 20% de ces mesures ont d’ores et déjà été retirées. Roberto Azevedo aura donc la charge de faire éliminer ou de réduire les 80% restants. Une mission qui n’est pas jouée d’avance puisque la crise subsiste dans de nombreux pays et que, partout, montent de partout les tentations protectionnistes. Pour convaincre des bienfaits de l’ouverture, l’OMC rappelle que ce processus de fermeture et de repli sur soi a conduit à plusieurs guerres, économiques ou militaires, durant le XX° siècle. Un argument de taille mais il n’est pas dit qu’il suffira à changer la donner.
 
Mais si le nouveau patron de l’OMC devrait arriver à des résultats concrets dans sa lutte contre le protectionnisme, il est une autre mission où il aura beaucoup de mal. On l’aura compris, il s’agit de la relance du cycle de Doha, en panne depuis douze ans en raison de fortes divergences entre plusieurs géants commerciaux. Parmi les motifs de discorde on peut citer les subventions agricoles (notamment en Europe et aux Etats-Unis), les entraves à la libéralisation des services (pays émergents) cela sans oublier toute une palette de mesures protectionnistes déguisées. Réaliste, Roberto Azevedo s’est dit « pessimiste » tout en assurant qu’il fera tout pour que la Conférence ministérielle de Bali prévue pour le moins de décembre prochain soit un succès.
 
L’exemple par la Suisse
 
Mais, à dire vrai, personne ne croit que l’OMC va réussir à clore le cycle de Doha. Du coup, les pays dont l’économie dépend fortement des échanges commerciaux se sont engagés dans une approche privilégiant les accords bilatéraux. C’est le cas de la Suisse dont les autorités viennent d’annoncer leur volonté de mettre à jour et d’étendre les 27 accords de libre-échange (ALE) déjà conclus par le passé, le plus ancien étant celui scellé en 1973 avec l’Union européenne. Dans ces négociations avec la Turquie, le Canada, la Corée du Sud, Singapour et le Mexique, Berne veut inclure les services, les contrats publics, les investissements directs, le développement durable et la facilitation du commerce. De même, la Suisse négocie-t-elle aussi de nouveaux ALE avec l’Inde, la Russie, le Vietnam, l’Indonésie et la Chine, un accord devant même être signé avec cette dernière en juillet prochain (ce qui ne manquera pas d’avoir un retentissement certain en Europe). Cette démarche bilatérale de la Suisse se retrouve dans d’autres pays et signifie que le processus de Doha n’est guère plus d’actualité.
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