Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 13 mars 2018

La chronique économique : Trump et la « guerre » commerciale

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 7 mars 2018
Akram Belkaïd, Paris

Donald Trum va-t-il déclencher un conflit commercial généralisé ? En annonçant que les Etats-Unis taxeront bientôt leurs importations d’acier (+25%) et d’aluminium (+10%), le président américain n’a pas simplement engendré la panique sur les marchés financiers. Il a provoqué des réactions en chaine, le plus souvent négatives, à commencer par celles de personnalités du parti républicain, une formation traditionnellement favorable au libre-échange. Certes, on ne sait pas quand ces augmentations tarifaires vont entrer en vigueur. On commence à prendre l’habitude des déclarations tonitruantes du locataire de la Maison-Blanche, lesquelles déclarations sont rarement suivies d’effet. Mais le doute et l’inquiétude sont là.

Représailles commerciales

Si les Etats-Unis taxent l’acier et l’aluminium importé, ils déclencheront des mesures de représailles de la part de la Chine mais aussi de l’Australie et, bien sûr, de l’Union européenne (UE). Cette dernière a déjà laissé entendre que des produits « made in USA » comme les motos Harley-Davidson ou les jeans seraient taxés en retour. Ce à quoi Trump a répondu que son pays réagirait en augmentant les tarifs douaniers sur les voitures européennes. On le voit, le cycle de représailles et de contre-représailles pourrait vite s’emballer.

Dans cette affaire, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sera nécessairement impliquée ne serait-ce que parce que de nombreux contentieux seront portés devant ses instances. On imagine aussi que les diplomaties des pays concernés vont essayer de trouver un terrain d’entente mais une chose est certaine, Trump vient de donner un sérieux coup de pied au tabou de la mondialisation vertueuse par le biais du commerce international. En affirmant haut et fort ses options protectionnistes, il ne fait pas simplement un appel du pied à ses électeurs alors qu’il évoque déjà sa candidature pour 2020. Trump veut que les Etats-Unis imposent leurs intérêts dans la répartition des flux commerciaux.

Ce n’est donc pas un hasard si, évoquant la hausse des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium, il a indiqué qu’il pourrait se montrer accommodant à l’égard du Mexique et du Canada… à la condition que ces deux pays se montrent plus souples dans les actuelles renégociations de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena). Entamées dès son installation à Washington, ces discussions en sont à leur septième round et n’ont rien donné de concret pour le moment. Ottawa comme Mexico ne concèdent rien à leur voisin et Trump aimerait bien que la renégociation aboutisse pour clamer que l’une de ses promesses électorales a été tenue.

Accord dans le Pacifique


Quoiqu’il en soit, il serait faux néanmoins de penser que Trump initie un mouvement de fond en faveur du protectionnisme. Hasard du calendrier, c’est cette semaine que sera signé l’accord de libre-échange transpacifique. Voulu à l’origine par les administrations Bush puis Obama, ce texte libéralise les échanges entre onze pays : Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Singapour et Vietnam. Les Etats-Unis, eux, se sont retirés de ce projet destiné à contrebalancer l’influence chinoise dans la zone pacifique. Ce faisant, Donald Trump a créé une situation inédite puisque le retrait de son pays crée un vide dont Pékin pourrait bien profiter à moyen terme.
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mardi 30 mai 2017

La chronique économique : Heureuse, la mondialisation ?

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 24 mai 2017
Akram Belkaïd, Paris


La mondialisation ne cesse de faire débat et ce depuis que ce terme connaît la popularité que l’on sait. Remarquons d’abord que les premières discussions étaient plutôt d’ordre académique. Au début des années 1990, les économistes et les chercheurs s’interrogeaient sur la réalité concrète de cette transformation de l’économie globale. Vint ensuite la crise asiatique (1997) et les protestations populaires contre les projets de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) avec, notamment, les manifestations de Seattle en 1999. Dès lors, la mondialisation est devenue aussi une affaire d’opinions publiques et donc, de discours politiques.

Gagnants et perdants

La question habituelle est connue : la mondialisation est-elle heureuse ? En réalité, le questionnement a quelque peu évolué et c’est tant mieux. Aujourd’hui, la question fondamentale est la suivante : pourquoi la mondialisation n’est-elle pas heureuse pour tous ? Pourquoi crée-t-elle autant d’inégalités quand tant d’heureux élus en profitent aussi largement. Les gagnants sont plus ou moins identifiés. Ils s’agit d’acteurs dans les activités où les frontières ne sont plus (ou presque). Voilà déjà plus de deux décennies qu’ils tirent leurs épingles du jeu à l’image du secteur financier. Plus encore, c’est le cas des grandes multinationales et leurs cortèges de cadres qui sillonnent le globe ou pour qui une vidéo-conférence matinale avec des collègues d’Asie et d’Amérique est une routine.

Les perdants sont, entre autres, celles et ceux qui vivent du mauvais côté des flux économiques. On le sait, l’une des caractéristiques de la mondialisation est que l’on assiste à d’importants déséquilibres entre zones de production et de consommation. Les premières sont incapables de capter une part plus importante de la valeur ajoutée de ce qu’elles produisent pour des marchés extérieurs. De même, dans les zones de consommation, la délocalisation d’activités vers des sites de production à bas coûts entraine la dégradation du marché de l’emploi et la hausse des inégalités. Les défenseurs de la mondialisation estimaient que ce déséquilibre ne durerait pas et que les bienfaits des échanges commerciaux ouverts profiteraient à tous. Ils reprenaient en cela la théorie de David Ricardo (1772-1823) mais la réalité est différente.

Certes, la mondialisation contribue à faire sortir des pans de populations de la pauvreté comme c’est le cas en Chine. Mais les classes moyennes, elles, sont durement affectées y compris dans les zones de consommation que sont l’Europe ou l’Amérique du nord. Pour y remédier, des économistes avancent les pistes de relocalisations partielles. Dans un contexte où les discours sur le protectionnisme sont polarisants, il s’agirait d’un compromis destiné à atténuer les bouleversements engendrés par la globalisation.

Le poids des multinationales

Le problème dans l’affaire, c’est que l’on voit mal comment obliger les multinationales à sortir de leur schéma actuel d’organisation mondiale de leur production. On sait ainsi que plus de 40% du commerce mondial est le fait des échanges intra-firmes, autrement dit les échanges entre filiales d’une même multinationale. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) demeure réticente à toute entrave aux échanges tandis que l’Union européenne (UE) se contente de vagues projets d’études pour promouvoir le « made in Europ » sans trop remettre en cause le dogme du commerce ouvert. Le dossier va peut-être évoluer en août prochain lorsque les Etats Unis, le Canada et le Mexique vont se retrouver pour rediscuter les termes de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena). Si, d’aventure, Washington impose des tarifs douaniers à son voisin mexicain (pour inciter aux relocalisations), un nouveau chapitre de la mondialisation sera certainement ouvert.
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lundi 1 mai 2017

La chronique économique : Des vertus du commerce

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 26 avril 2017
Akram Belkaïd, Paris

Ces dernières années, et plus encore depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats Unis d’Amérique, il est de bon ton de décréter la fin de la mondialisation, du moins son entrée dans une nouvelle phase de repli. Les commentateurs en veulent pour preuve la volonté de l’hôte de la Maison-Blanche de redessiner le commerce de son pays dans un sens plus protectionniste. « America first », son slogan désormais célèbre, le pousse, par exemple, à réviser les termes de l'Accord de libre-échange nord-américain (Alena ou, en anglais, North American Free Trade Agreement – NAFTA) qui unissent son pays au Canada et au Mexique.

Il ne faut pas croire que la démarche de Trump est isolée. Certes, de manière traditionnelle, le parti républicain est favorable au libre-échange et fustige les lois protectionnistes. Mais, ces dernières années et face à la désindustrialisation continue des Etats Unis, des voix se font entendre pour réclamer une dose de protectionnisme afin de protéger les « bons » emplois américains. Le débat est loin d’être clôt et les initiatives de Trump sont mentionnées par ses adversaires et contempteurs pour prouver qu’il est un danger pour la paix.

L’esprit de Montesquieu…

En effet, ce qui fonde cette croyance fondamentale en faveur du libre commerce est que ce dernier est le premier facteur de stabilité entre pays. Autrement dit, des pays unis par les échanges de marchandises et de services ne se font pas la guerre. Le principe a été formalisé en son temps par Montesquieu dont les lignes qui suivent sont très souvent citées par les ouvrages et essais pro-mondialisation : « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur les besoins mutuels. » (*)

Il est vrai que la Seconde Guerre mondiale puise une partie de ses causes dans le protectionnisme auquel se livrèrent les grandes nations industrialisées après la fin du premier conflit mondial. Il est vrai aussi que des frontières qui se ferment, des productions qui ne trouvent pas preneur sont des facteurs de tension. Mais il faut lire la suite de ce qu’écrit Montesquieu pour se rendre compte que le commerce libre n’est pas toujours la garantie d’un ordre tranquille. « Mais, si l’esprit de commerce unit les nations, il n’unit pas de même les particuliers. Nous voyons que dans les pays où l’on n’est affecté que de l’esprit de commerce, on trafique [au sens ancien de commercer légalement] de toutes les actions humaines, et de toutes les vertus morales : les plus petites choses, celles que l’humanité demande, s’y font ou s’y donnent pour de l’argent. »

… Et l’égoïsme

En clair, le commerce n’est pas vertueux par essence. Sa contribution positive vient du fait qu’il répond à des égoïsmes particuliers et qu’on ne saurait donc lui attribuer une quelconque contribution morale. Cela veut donc dire que lorsque ces égoïsmes entrent en confrontation, le commerce n’arrange rien. C’est la situation que la planète vit actuellement. Les productions n’étant plus nationales mais pouvant être facilement délocalisées, on se retrouve dans une situation de compétition féroce du fait de la multiplicité des fournisseurs et, dans une certaine mesure, de la réduction du nombre de débouchés. Si les vendeurs sont bien plus nombreux que les acheteurs, la crise est inévitable. Cela demande donc de réfléchir à une vraie régulation des échanges. Il faudrait pour cela que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) refonde sa doctrine libre-échangiste. Ce qui est loin d’être assuré.

(*) Montesquieu, « De l’esprit des lois », (1748), livre XX, chapitre 2.
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samedi 7 décembre 2013

La chronique économique : L’OMC malgré tout…

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 4 décembre 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
Encore quelques jours et il est possible que l’on n’entende plus parler de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), du moins pas dans sa forme et sa mission actuelles... C’est hier mardi qu’ont débuté dans l’île indonésienne de Bali les négociations ministérielles pour un accord sur la libéralisation des échanges mondiaux et personne ne croit à un résultat positif. En effet, il n’y a même pas de projet de texte à discuter et ce n’est donc pas ce neuvième round de pourparlers qui va faire aboutir le cycle engagé lors de la Conférence de Doha en 2001.

LA QUESTION DES SUBVENTIONS

Une chose est certaine, et de l’aveu même de Roberto Azevedo, le nouveau directeur général de l’OMC, la portée des discussions est limitée puisqu’elles ne concernent plus que 10% du projet initial concocté à Doha. Mais même les thèmes retenus (facilitation des échanges, agriculture et développement) posent problème surtout en ce qui concerne le volet agricole. L’objet de la discorde entre pays en développement et les grandes puissances ainsi que l’OMC concerne les stocks agricoles. Ce bras de fer met d’ailleurs en relief l’inanité du dogme libre-échangiste que ses fidèles partisans continuent de présenter comme la solution absolue aux problèmes économiques de la planète. L’un des arguments en la matière est de répéter à l’envi que l’accomplissement du cycle de Doha créerait 34 millions d’emplois sans que l’on soit vraiment sûr de la pertinence et de la fiabilité des études qui ont conduit à ce chiffre…

D’un côté, les pays en développement veulent avoir la capacité de constituer des stocks pour contrôler les prix et éviter que les populations pauvres ne soient pénalisées par une hausse des cours des produits agricoles comme ce fut le cas entre 2007 et 2009. De l’autre, l’OMC se cantonne dans une position rigide estimant que l’existence de stocks gérés par les Etats s’apparente à des subventions. Or, comme chacun sait, la pensée néo-libérale abhorre les subventions et ne croit qu’à l’efficience du marché (même quand ce dernier se dédouble entre un marché physique et un marché financier où les quantités de produits échangées – qu’il s’agisse de pétrole ou de café – n’ont rien à voir avec la moindre réalité…).

Le plus étonnant dans l’affaire, c’est que les pays riches ne se privent pas de subventionner leurs agricultures. L’Europe et sa politique agricole commune en est un exemple flagrant. Aux Etats-Unis, les cotonniers savent se faire entendre du Congrès et qu’importe si les subsides qui leur sont alloués provoquent la ruine de leurs homologues du Sahel. Enfin, de nombreux experts reconnaissent aujourd’hui que l’une des pires mesures prises concernant le cacao ivoirien fut de supprimer la capacité de l’Etat à faire jouer des mécanismes de compensation pour les cultivateurs.

UNE DISPARITION NON-SOUHAITABLE

Faut-il pour autant se réjouir de l’enlisement de l’OMC ? L’une des grandes tares de cette organisation est son incapacité à penser l’échange commercial dans un autre cadre conceptuel que le libre-échange à tous crins. On l’a vu dans certains cas, à l’image du fameux « oignon indien » (la protection de la production intérieure a évité la faillite de nombreux producteurs) ; une certaine dose de protectionnisme est nécessaire, ce que refuse d’entendre cette institution. Mais, aussi défaillante soit-elle, l’Organisation mondiale du commerce a cela de positif qu’elle repose sur le multilatéralisme. Son échec définitif signifierait le retour en grâce des traités bilatéraux où c’est la loi du plus fort qui s’impose. Qu’ils le veuillent ou non, les pays en développement ont ainsi intérêt à ce que la bataille des négociations commerciales continue de se dérouler au sein de l’OMC.
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samedi 1 juin 2013

La chronique économique : OMC : la panne et le retour du bilatéralisme

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 28 mai 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) aura donc un nouveau Directeur général à partir du 1er septembre prochain. Il s’agit du brésilien Roberto Azevedo, élu à ce poste au début du mois de mai. La mission de celui qui succède au français Pascal Lamy est d’ores et déjà connue. Réduire les mesures protectionnistes dans le monde et, de façon plus générale, relancer le processus de libéralisation du commerce mondial qui stagne depuis la Conférence de Doha en 2001.
 
Protectionnisme et cycle de Doha
 
Avec la crise de 2008, de nombreux pays ont mis en place des mesures de protection de leurs économies ce qui a ralenti les échanges commerciaux mondiaux. Hausse temporaire des droits de douane, restriction aux exportations et aux importations, taxation accrue des investissements étrangers jugés spéculatifs, mise en place de règlementations restrictives en matière d’ouverture du capital des entreprises nationales aux opérateurs étrangers : selon l’OMC, 20% de ces mesures ont d’ores et déjà été retirées. Roberto Azevedo aura donc la charge de faire éliminer ou de réduire les 80% restants. Une mission qui n’est pas jouée d’avance puisque la crise subsiste dans de nombreux pays et que, partout, montent de partout les tentations protectionnistes. Pour convaincre des bienfaits de l’ouverture, l’OMC rappelle que ce processus de fermeture et de repli sur soi a conduit à plusieurs guerres, économiques ou militaires, durant le XX° siècle. Un argument de taille mais il n’est pas dit qu’il suffira à changer la donner.
 
Mais si le nouveau patron de l’OMC devrait arriver à des résultats concrets dans sa lutte contre le protectionnisme, il est une autre mission où il aura beaucoup de mal. On l’aura compris, il s’agit de la relance du cycle de Doha, en panne depuis douze ans en raison de fortes divergences entre plusieurs géants commerciaux. Parmi les motifs de discorde on peut citer les subventions agricoles (notamment en Europe et aux Etats-Unis), les entraves à la libéralisation des services (pays émergents) cela sans oublier toute une palette de mesures protectionnistes déguisées. Réaliste, Roberto Azevedo s’est dit « pessimiste » tout en assurant qu’il fera tout pour que la Conférence ministérielle de Bali prévue pour le moins de décembre prochain soit un succès.
 
L’exemple par la Suisse
 
Mais, à dire vrai, personne ne croit que l’OMC va réussir à clore le cycle de Doha. Du coup, les pays dont l’économie dépend fortement des échanges commerciaux se sont engagés dans une approche privilégiant les accords bilatéraux. C’est le cas de la Suisse dont les autorités viennent d’annoncer leur volonté de mettre à jour et d’étendre les 27 accords de libre-échange (ALE) déjà conclus par le passé, le plus ancien étant celui scellé en 1973 avec l’Union européenne. Dans ces négociations avec la Turquie, le Canada, la Corée du Sud, Singapour et le Mexique, Berne veut inclure les services, les contrats publics, les investissements directs, le développement durable et la facilitation du commerce. De même, la Suisse négocie-t-elle aussi de nouveaux ALE avec l’Inde, la Russie, le Vietnam, l’Indonésie et la Chine, un accord devant même être signé avec cette dernière en juillet prochain (ce qui ne manquera pas d’avoir un retentissement certain en Europe). Cette démarche bilatérale de la Suisse se retrouve dans d’autres pays et signifie que le processus de Doha n’est guère plus d’actualité.
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