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L’affaire Dieudonné a révélé en
France la bonne santé des stéréotypes. Ainsi, les juifs sont assimilés
aux riches, aux puissants, en un mot, au système. On ne combattra pas ces
discours en leur opposant un silence méprisant. Qui sont les juifs de
France ? Constituent-ils un lobby ? La Shoah est elle notre nouveau
sacré ? Avec vos questions et vos remarques au 0145247000 et sur les réseaux sociaux nous sommes
servicepublicfi.
Avec :
Annette Wieviorka, historienne française, spécialiste de la Shoah et de l'histoire des juifs au XXe siècle
Samuel Ghiles-Meilhac, historien et sociologue, spécialiste du
Proche-Orient et de la communauté juive française, auteur du livre Le CRIF. De la Résistance juive à la tentation du lobby. De 1943 à nos jours, Éditions Robert Laffont, 2011
Akram Belkaïd, journaliste et essayiste, spécialiste du monde arabe
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Blog au fil des jours, quand la chose et l'écriture sont possibles.
Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 28 janvier 2014
vendredi 10 janvier 2014
La chronique du blédard : Un désarroi français
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Le Quotidien d'Oran, jeudi 9 janvier 2014
Akram Belkaïd, Paris
Je
le promets, je ne vais pas encore infliger au lecteur des lignes et des
lignes à propos de mon hostilité à l’encontre de Dieudonné, la précédente chronique ayant abordé cette question (on pourra aussi lire la prise de position de la campagne BDS qui
appelle au boycottage d’Israël tant que les droits des Palestiniens ne
seront pas respectés). Par contre, il m’est impossible de ne pas faire
état de ma stupéfaction devant la tournure que prend cette affaire. La
question que je me pose est simple : le gouvernement français a-t-il
perdu la tête ? Faut-il vraiment que la situation sur le front
économique soit aussi désespérée pour qu’il se lance dans une telle
agitation aussi dilatoire que guignolesque ? Le chômage, l’effondrement
du commerce extérieur, l’explosion de la précarité, le chaos en
Centrafrique, le b… en Libye, les menaces d’implosion de l’Union
européenne ou, du moins, la grave panne de la construction européenne :
tout cela ne compte pas ? Ne faudrait-il pas un vrai débat national sur
l’emploi, les cadeaux faits aux entreprises, la hausse de la TVA ? Ne
faudrait-il pas accepter que la situation est des plus graves sur le
plan économique et qu’un effort national et consensuel s’impose pour,
d’abord comprendre ce qui se passe vraiment, et ensuite agir ?
C’est
un fait, et contrairement aux promesses présidentielles, la courbe du
chômage ne s’est pas inversée et François Hollande se pare désormais des
habits socio-libéraux de Tony Blair et, on le dit moins, de Gerhard
Schröder. Un virage, ou plutôt des zigzags, qui mériteraient des
explications, des justifications, ne serait-ce qu’à l’égard de ses
propres électeurs. Mieux, étant en démocratie et ayant été élu sur la
base d’un programme qui n’a plus rien à voir avec ses promesses, le
président français ne devrait-il pas en appeler à l’avis des citoyens ne
serait-ce qu’en décidant la dissolution de l’Assemblée
?
Au
lieu de cela, nous avons droit depuis plusieurs jours à une sorte de
feuilleton ridicule où la duplicité politicienne s’ajoute à l’hystérie
d’organisations communautaristes qui veulent absolument imposer l’idée
que le premier péril qui menace la France est l’antisémitisme. Un jour,
ce sont des lycéens en garde à vue pour le pitoyable geste de la
quenelle. Un autre ce sont des mannequins en vitrine qui déclenchent un
barouf digne de la fin du monde. Oh ! Ça va, ou bien ? Que va-t-on nous
inventer encore pour nous faire croire que rien n’est plus urgent et
fondamental que de régler son compte à un amuseur en perdition morale ?
Tout cela risque de très mal se terminer…
Le pire, dans l’affaire, c’est l’échauffement matamoresque (je
sais, j’ai utilisé ce néologisme la semaine dernière, mais il me plaît
bien) du ministre de l’intérieur Manuel Valls. Son omniprésence
médiatique, sa morgue quand il s’adresse à des gens modestes, surtout
quand ils habitent les cités, me renvoient au milieu des années 2000. Je
croyais que nous étions débarrassés de Nicolas Sarkozy, voilà son clone
qui s’installe et prend ses aises. Qu’en sera-t-il s’il devient Premier
ministre… ?
Ce
qui est aussi inquiétant, c’est le fait que ce représentant de la
République veuille tordre le cou à la liberté d’expression au nom d’une
supposée situation exceptionnelle. Dans une démocratie,
n’importe qui a le droit de prendre la parole et il peut dire ce qu’il
veut. Et c’est le rôle de la justice, supposée être indépendante, de le
poursuivre au cas où il enfreindrait la loi par ses propos. Valls nous
explique que Dieudonné n’est plus un artiste mais un militant politique.
Bon… Peut-être. Et alors ? A-t-on jamais empêché Le Pen, père ou fille,
de s’exprimer ? La censure préventive n’est rien d’autre que le recul
de la liberté. Manuel Valls semble ignorer, et c’est bien inquiétant,
que la République s’abime quand elle enfreint le droit, fût-ce pour
lutter contre les ennemis de la démocratie.
« On
voit que ce pays est crise. On le sent » me dit en ce moment un ami
algérois en visite à Paris. Oui, c’est bien la crise mais c’est aussi la
confusion générale. Le genre de situation qui ouvre la voie à nombre de
dérives. Je pensais, peut-être avec naïveté, que l’élection de François
Hollande allait détendre le climat et balayer la crispation des années
Sarkozy (celles où il a été président mais aussi celles où il a été
ministre de l’intérieur sous la présidence de Jacques Chirac). Et c’est
vrai que les premiers mois qui ont suivi l’arrivée d’Hollande à l’Elysée
ont généré de l’apaisement. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et je note
que les échecs et couacs du gouvernement sont presque toujours suivis
par des polémiques qui font oublier l’essentiel. Dieudonné, port du
voile lors des sorties scolaires, vrai-faux rapport sur l’intégration :
tout cela en dit long finalement sur le désarroi qui s’est emparée de
l’équipe au pouvoir.
Il
y a quelques temps, la presse de droite, qui a toujours considéré comme
anormal que la gauche puisse accéder aux affaires, s’est interrogée sur
les compétences du gouvernement. A l’époque, cela avait paru excessif
et même un peu mesquin. Aujourd’hui, force est de constater la
pertinence d’un tel questionnement. Car, en assistant à toute cette
excitation et en listant tous les couacs et renoncements depuis mai
2012, on est obligé de se demander si la France est dirigée par des gens
sérieux. Ou si elle est tout simplement dirigée.
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Post-scriptum
post-publication : Le Conseil d'Etat a finalement interdit une
représentation de Dieudonné à Nantes. Du jamais vu dans l'histoire de
France puisque c'est la deuxième fois en plus de cinquante ans que cette
institution rend son avis quelques heures à peine après avoir été
saisie (la première concernait une affaire de peine de mort et une juridiction d'exception dans le contexte de la Guerre d'Algérie). L'avis
fera jurisprudence et, désormais, on ne pourra plus dire, quoi qu'on
pense du polémiste, que la liberté d'expression est garantie en France.
On se croirait dans une république bananière ou revenu au temps de l'Ancien Régime. Question simple : qui va décider que Dieudonné peut remonter sur les planches ? La justice ? Le pouvoir politique ?
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samedi 4 janvier 2014
La chronique du blédard : De la quenelle, de Dieudonné et de la liberté d’expression
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En décembre 2006 – sept ans déjà ( !) – j’ai publié dans ces mêmes colonnes une chronique à propos de la cause palestinienne et de ses faux sympathisants (*). J’y expliquais, entre autre, que l’engagement, la solidarité et l’empathie pour un peuple martyrisé et privé de ses droits par Israël ne justifie en rien que l’on s’acoquine avec des négationnistes, des nazillons et des antisémites patentés. Voici un extrait de cette chronique : « il y a des mains tendues auxquelles il ne faut pas répondre à moins de souiller ses propres convictions. Ni Dieudonné - qui a serré celle de Le Pen - ni l’écrivain Marc-Edouard Nabe - pour qui un Beur qui n’a pas recours à la violence est un « collabeur » - ni encore l’essayiste Alain Soral (…) ne sont les amis des Palestiniens ou des Libanais. Ils peuvent critiquer Israël et les Juifs autant qu’ils le souhaitent : ils n’ont pas à faire partie de notre famille ».
Aujourd’hui, je n’enlèverai aucun mot à ce texte. Surtout à l’heure où la France semble être prise par un étrange délire collectif à propos de ce fameux geste de la « quenelle » pour lequel l’humoriste Dieudonné fait l’objet de multiples accusations dont celle d’antisémitisme. Comme expliqué plus haut, je ne considère pas Dieudonné comme un soutien politique honorable (et souhaitable) de la cause palestinienne. Je ne sais pas s’il est vraiment antisémite ou s’il est juste devenu otage de ses provocations. Je reconnais qu’il a énormément de talent et je suis encore fan de certains de ses anciens sketchs (celui de « Villetaneuse » avec Elie Semoun ou celui de l’ado des cités dans son premier spectacle en solo). Par contre, une chose est certaine : ses parodies outrancières et certaines de ses alliances, comme celle avec Soral, ne plaident guère pour lui.
Pour rédiger ce texte, j’ai visionné sur le net plusieurs prestations récentes du comique. Ce qui me pose problème, c’est l’ambiguïté récurrente de ses propos. Il se dit antisioniste mais dérape souvent vers l’antisémitisme en reprenant les vieux thèmes nauséabonds de la domination juive sur la société française et sur le monde. C’est d’ailleurs là que le bât blesse. Dieudonné est le prétexte idéal dont s’emparent les défenseurs d’Israël, notamment les inféodés aux Likoud, pour discréditer l’antisionisme que revendiquent en France de nombreux soutiens à la cause palestinienne. Pour préciser les choses, car le sujet mérite une totale transparence, je me considère comme antisioniste car opposé politiquement à un mouvement qui nie les droits les plus élémentaires du peuple palestiniens. Par contre, j’estime qu’il est de mon devoir de lutter contre toute forme d’antisémitisme ou de judéophobie. Voilà pourquoi je me sens aucune affinité avec Dieudonné et ses amis.
Je ne sais pas non plus si la quenelle est un salut nazi inversé ou un signe d’insoumission à l’égard du système « mainstream », c’est-à-dire cette cohorte hétéroclite de gens prépondérants qui font l’opinion (politiciens, journalistes de télévision, intellectuels médiatiques,…). Une chose est certaine, la quenelle est une obscénité. J’ai été content de voir que de nombreux sites musulmans ou pro-palestiniens ont pris leurs distances avec cette vulgarité. Certes, c’est une forme de transgression comme quand, par exemple, elle est effectuée en présence d’un politicien comme Manuel Valls. Mais je ne peux pas cautionner le fait qu’elle soit réalisée devant une synagogue ou devant le mémorial de la Shoah à Berlin ou encore moins devant l’école juive attaquée en 2012 par Merah. S’il faut se révolter contre le système, il y a d’autres moyens, plus propres et bien plus intelligents, de le faire. Pour autant, il me semble que vouloir interdire ce geste relève d’une certaine forme d’hystérie qui ne fera qu’exacerber les (mauvaises) passions autour de cette affaire.
Ma position vis-à-vis de Dieudonné ayant été précisée, je tiens à dire que je suis absolument contre l’interdiction de ses spectacles. Qu’il se produise et si, d’aventure il enfreint la loi, il sera poursuivi. De quel droit le priverait-on d’exercer son métier ? Au nom de quelle loi préventive ? Et quid de la sacro-sainte liberté d’expression ? N’est-ce pas elle qui est invoquée à chaque fois que les musulmans de France se sentent insultés ? Ou bien alors, il faudrait clarifier les choses et que le gouvernement français précise officiellement que la liberté d’expression ne concerne pas tout le monde et que sa défense n’est pas absolue mais bien variable selon les circonstances, les sujets, les présumés contrevenants et les offensés. Que l’on nous dise clairement que l’on peut se moquer sans crainte du génocide rwandais, comme vient de le faire Canal plus, mais que l’on peut être traîné devant les tribunaux pour un signe de quenelle. En réalité, les indignations et les agitations matamoresques du gouvernement français à propos de Dieudonné ne méritent que peu de considération car j’aurais aimé voir la même fermeté concernant Canal+ et son sketch à l’humour crasseux. Là, ce fut silence radio. Peut-être aurait-il fallu que l’un des acteurs de cette scénette pitoyable fasse le geste de la quenelle pour que le Paris bien-pensant se mette à trépigner…
Par ailleurs, je ne suis pas naïf et je vois bien que toute cette polémique va au-delà du cas Dieudonné. Faire taire ce dernier (à supposer que l’on y arrive concrètement) n’est qu’une première étape pour de nombreuses personnes et organisations communautaristes qui font de la défense d’Israël leur cause prioritaire. En effet, leur ligne de mire va bien au-delà du seul humoriste. Dans les sommations adressées au gouvernement socialiste, figurent d’autres objectifs comme par exemple l’exercice d’un contrôle plus accru sur internet sans oublier le maintien de la criminalisation des appels au boycottage d’Israël ou des produits en provenance des colonies (toutes illégales, faut-il le rappeler) installées en Cisjordanie. De même, entend-on, non pas des suppliques mais de vigoureuses injonctions à légiférer pour rendre hors-la-loi le fait de se dire antisioniste. On le voit, l’affaire Dieudonné n’est que la face apparente d’un bras de fer et d’une bataille politique qui ne disent pas (encore) leurs noms.
Le Quotidien d'Oran, samedi 4 janvier 2014
Akram Belkaïd, Paris
En décembre 2006 – sept ans déjà ( !) – j’ai publié dans ces mêmes colonnes une chronique à propos de la cause palestinienne et de ses faux sympathisants (*). J’y expliquais, entre autre, que l’engagement, la solidarité et l’empathie pour un peuple martyrisé et privé de ses droits par Israël ne justifie en rien que l’on s’acoquine avec des négationnistes, des nazillons et des antisémites patentés. Voici un extrait de cette chronique : « il y a des mains tendues auxquelles il ne faut pas répondre à moins de souiller ses propres convictions. Ni Dieudonné - qui a serré celle de Le Pen - ni l’écrivain Marc-Edouard Nabe - pour qui un Beur qui n’a pas recours à la violence est un « collabeur » - ni encore l’essayiste Alain Soral (…) ne sont les amis des Palestiniens ou des Libanais. Ils peuvent critiquer Israël et les Juifs autant qu’ils le souhaitent : ils n’ont pas à faire partie de notre famille ».
Aujourd’hui, je n’enlèverai aucun mot à ce texte. Surtout à l’heure où la France semble être prise par un étrange délire collectif à propos de ce fameux geste de la « quenelle » pour lequel l’humoriste Dieudonné fait l’objet de multiples accusations dont celle d’antisémitisme. Comme expliqué plus haut, je ne considère pas Dieudonné comme un soutien politique honorable (et souhaitable) de la cause palestinienne. Je ne sais pas s’il est vraiment antisémite ou s’il est juste devenu otage de ses provocations. Je reconnais qu’il a énormément de talent et je suis encore fan de certains de ses anciens sketchs (celui de « Villetaneuse » avec Elie Semoun ou celui de l’ado des cités dans son premier spectacle en solo). Par contre, une chose est certaine : ses parodies outrancières et certaines de ses alliances, comme celle avec Soral, ne plaident guère pour lui.
Pour rédiger ce texte, j’ai visionné sur le net plusieurs prestations récentes du comique. Ce qui me pose problème, c’est l’ambiguïté récurrente de ses propos. Il se dit antisioniste mais dérape souvent vers l’antisémitisme en reprenant les vieux thèmes nauséabonds de la domination juive sur la société française et sur le monde. C’est d’ailleurs là que le bât blesse. Dieudonné est le prétexte idéal dont s’emparent les défenseurs d’Israël, notamment les inféodés aux Likoud, pour discréditer l’antisionisme que revendiquent en France de nombreux soutiens à la cause palestinienne. Pour préciser les choses, car le sujet mérite une totale transparence, je me considère comme antisioniste car opposé politiquement à un mouvement qui nie les droits les plus élémentaires du peuple palestiniens. Par contre, j’estime qu’il est de mon devoir de lutter contre toute forme d’antisémitisme ou de judéophobie. Voilà pourquoi je me sens aucune affinité avec Dieudonné et ses amis.
Je ne sais pas non plus si la quenelle est un salut nazi inversé ou un signe d’insoumission à l’égard du système « mainstream », c’est-à-dire cette cohorte hétéroclite de gens prépondérants qui font l’opinion (politiciens, journalistes de télévision, intellectuels médiatiques,…). Une chose est certaine, la quenelle est une obscénité. J’ai été content de voir que de nombreux sites musulmans ou pro-palestiniens ont pris leurs distances avec cette vulgarité. Certes, c’est une forme de transgression comme quand, par exemple, elle est effectuée en présence d’un politicien comme Manuel Valls. Mais je ne peux pas cautionner le fait qu’elle soit réalisée devant une synagogue ou devant le mémorial de la Shoah à Berlin ou encore moins devant l’école juive attaquée en 2012 par Merah. S’il faut se révolter contre le système, il y a d’autres moyens, plus propres et bien plus intelligents, de le faire. Pour autant, il me semble que vouloir interdire ce geste relève d’une certaine forme d’hystérie qui ne fera qu’exacerber les (mauvaises) passions autour de cette affaire.
Ma position vis-à-vis de Dieudonné ayant été précisée, je tiens à dire que je suis absolument contre l’interdiction de ses spectacles. Qu’il se produise et si, d’aventure il enfreint la loi, il sera poursuivi. De quel droit le priverait-on d’exercer son métier ? Au nom de quelle loi préventive ? Et quid de la sacro-sainte liberté d’expression ? N’est-ce pas elle qui est invoquée à chaque fois que les musulmans de France se sentent insultés ? Ou bien alors, il faudrait clarifier les choses et que le gouvernement français précise officiellement que la liberté d’expression ne concerne pas tout le monde et que sa défense n’est pas absolue mais bien variable selon les circonstances, les sujets, les présumés contrevenants et les offensés. Que l’on nous dise clairement que l’on peut se moquer sans crainte du génocide rwandais, comme vient de le faire Canal plus, mais que l’on peut être traîné devant les tribunaux pour un signe de quenelle. En réalité, les indignations et les agitations matamoresques du gouvernement français à propos de Dieudonné ne méritent que peu de considération car j’aurais aimé voir la même fermeté concernant Canal+ et son sketch à l’humour crasseux. Là, ce fut silence radio. Peut-être aurait-il fallu que l’un des acteurs de cette scénette pitoyable fasse le geste de la quenelle pour que le Paris bien-pensant se mette à trépigner…
Par ailleurs, je ne suis pas naïf et je vois bien que toute cette polémique va au-delà du cas Dieudonné. Faire taire ce dernier (à supposer que l’on y arrive concrètement) n’est qu’une première étape pour de nombreuses personnes et organisations communautaristes qui font de la défense d’Israël leur cause prioritaire. En effet, leur ligne de mire va bien au-delà du seul humoriste. Dans les sommations adressées au gouvernement socialiste, figurent d’autres objectifs comme par exemple l’exercice d’un contrôle plus accru sur internet sans oublier le maintien de la criminalisation des appels au boycottage d’Israël ou des produits en provenance des colonies (toutes illégales, faut-il le rappeler) installées en Cisjordanie. De même, entend-on, non pas des suppliques mais de vigoureuses injonctions à légiférer pour rendre hors-la-loi le fait de se dire antisioniste. On le voit, l’affaire Dieudonné n’est que la face apparente d’un bras de fer et d’une bataille politique qui ne disent pas (encore) leurs noms.
(*) La Shoah et les faux amis des Palestiniens, 14 décembre 2006. Texte repris par le site Oumma.com, le 19 décembre 2006.
P.S qui n’a rien à voir avec ce qui précède mais qui est tout de même aussi important sinon plus : Bonne et heureuse année aux lectrices et lecteurs de cette chronique. Puisse 2014 nous faire oublier 2013…
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