Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 22 novembre 2025

Gaza et l'Algérie

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Les débats et discussions à propos du vote de l'Algérie au Conseil de sécurité en faveur du pseudo "plan de paix" à Gaza démontrent qu'au-delà des crispations chauvines et narcissiques, il existe bel et bien un courant droitier en Algérie qui ouvrira grand les bras à une normalisation avec Israël.

L'Algérie a voté une résolution néocoloniale concernant Gaza (abstention de la Russie et de la Chine).
Cela n'enlève rien au soutien du peuple algérien au peuple frère palestinien.
C'est le monde réel qui s'impose.
Et qui met fin à la fantasmagorie et à la grandiloquence.

Les Gazaouis sont seuls et bien seuls.
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vendredi 9 mai 2025

Gaza : Quand Tartuffe s’indigne

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Par Akram Belkaïd
Soudain, la conscience assoupie donne quelques signes de vie. Celles et ceux qui empêchaient – qui empêchent encore – les défenseurs du peuple palestinien de s’exprimer ont désormais des remords ou, simplement, ils sentent bien que la situation est intenable et que cette sanglante affaire va trop loin. Bref, ce qui se déroule à Gaza les indigne, du moins officiellement. Oh, certes, ils n’iront pas jusqu’à utiliser des termes et des expressions comme « génocide » ou «nettoyage ethnique» mais devant l’avalanche d’images abominables, de témoignages indiscutables sur les crimes répétés et délibérés de l’armée israélienne, leur vient un sursaut d’âme. L’exemple le plus caricatural est celui de madame Delphine Horvilleur qui évoque la « 𝑓𝑎𝑖𝑙𝑙𝑖𝑡𝑒 𝑚𝑜𝑟𝑎𝑙𝑒 𝑑’𝐼𝑠𝑟𝑎𝑒̈𝑙 » (1). Mieux vaut tard que jamais nous dira-t-on, mais qui est dupe ?
Nombre de journaux français ont écrit qu’Horvilleur sortait « de son silence ». Mais elle ne s’est jamais tue ! Bien au contraire, comme nombre de personnalités médiatiques qui prétendent décerner seuls les brevets d’humanisme (Joann Sfar, Anne Sinclair) elle a jusque-là contribué par ses sorties régulières à diaboliser les voix qui, dès octobre 2023, ont mis en garde contre le risque évident de génocide à Gaza (et cela tout en condamnant les atrocités commises par le Hamas le 7 octobre). Demandez à Blanche Gardin ou à Aymeric Caron ce qu’ils en pensent.
Les intentions du gouvernement israélien étaient pourtant claires dès le 8 octobre 2023 mais ce tir de barrage a permis au premier ministre Benjamin Netanyahou de gagner toujours plus de temps pour poursuivre sa basse besogne. À la moindre critique, à la moindre mise en cause de Tel Aviv, l’accusation infamante d’antisémitisme était brandie - elle continue à l’être -, pour empêcher que des sanctions concrètes ne soient prises à l’encontre d’Israël ou, encore, pour empêcher que l’opinion publique française ne prenne la mesure de l’immense drame humanitaire qui se déroule à Gaza et qu’elle fasse pression sur ses élus. Souvenons-nous ainsi du « soutien inconditionnel » à Israël revendiqué par la présidente de l’Assemblée nationale française Yaël Braun-Pivet. L’intéressée a regretté l’usage de ces deux mots mais bien des mois après qu’ils furent prononcés. De longs mois où l’armée israélienne a eu le temps. Le temps de détruire, de saccager, de tuer des foules de civils, de larguer sur Gaza plus de bombes que ne le fit l’aviation alliée sur l’Allemagne durant la seconde guerre mondiale. Le temps de tout raser.
Parmi les partisans de cet État – car il s’agit bien d’un État qui existe contrairement à celui de Palestine qui ne verra peut-être jamais le jour –, je ne doute pas que la majorité d’entre eux soient vraiment secoués, humainement écœurés, par ce qui se passe à Gaza (je mets de côtés les racistes anti-arabes et autres fanatiques islamophobes qui, pauvre d’eux, jubilent quotidiennement). Mais où sont les condamnations fermes ? Où sont les demandes de sanctions ? Où sont les protestations après que Paris a autorisé Netanyahou à emprunter l’espace aérien français alors qu’il fait l’objet d’un mandat d’arrêt international ? Bref, où sont les ruptures qu’exige une telle situation macabre ? Cela me rappelle cette phrase attribuée à Chadli Bendjedid, alors président de l’Algérie : « 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑠𝑜𝑚𝑚𝑒𝑠 𝑎𝑣𝑒𝑐 𝑙𝑎 𝑃𝑎𝑙𝑒𝑠𝑡𝑖𝑛𝑒 𝑞𝑢’𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑠𝑜𝑖𝑡 𝑗𝑢𝑠𝑡𝑒 𝑜𝑢 𝑖𝑛𝑗𝑢𝑠𝑡𝑒 ». Cela avait alors alimenté nombre de discussions, plusieurs membres de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) n’ayant pas vraiment apprécié la possibilité d’un comportement « injuste » de la part de leur mouvement. Aujourd’hui, le slogan est passé de l’autre côté de la ligne de front. Soudaine prise de conscience ou pas, indignation sincère ou pas, peine profonde ou de surface, cela reste 𝑖𝑛 𝑓𝑖𝑛𝑒
« avec Israël quoi qu’il fasse ».
En réalité, et c’est tout le problème de la nature humaine, le dégoût face à l’abjection semble cohabiter avec le soulagement de voir qu’un « problème » majeur d’Israël est en passe d’être -enfin- réglé, fut-ce de la pire des manières. Interrogez un wasp américain à propos du génocide amérindien. Il adoptera une mine contrite, dira toute sa compassion puis il finira par lâcher que c’est ainsi, que l’histoire est violente, que le passé est le passé, que cela ne fera pas revenir Geronimo, que Kevin Costner a tout de même fait un film émouvant et la discussion passera alors à autre chose de plus convivial. Parlera-t-on ainsi des Gazaouis en 2048 ? Entendra-t-on ce genre de phrase « 𝑂𝑢𝑖, 𝑞𝑢𝑒 𝑣𝑜𝑢𝑙𝑒𝑧-𝑣𝑜𝑢𝑠, 𝑐’𝑒𝑠𝑡 𝑙’ℎ𝑖𝑠𝑡𝑜𝑖𝑟𝑒, 𝑚𝑎𝑖𝑠, 𝑠𝑎𝑣𝑒𝑧-𝑣𝑜𝑢𝑠 𝑞𝑢’𝑜𝑛 𝑡𝑟𝑜𝑢𝑣𝑒 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑏𝑜𝑛𝑛𝑒 maqlouba 𝑎̀ 𝑇𝑒𝑙 𝐴𝑣𝑖𝑣 ? »
L’expulsion annoncée d’une partie – voire de la totalité car tout est possible – des Palestiniens – nous savons tous que la prochaine étape sera la Cisjordanie, ville après ville - offrira de nouvelles terres aux colons israéliens et modifiera l’équation démographique dans l’aire géographique correspondant à la Palestine mandataire. Que des civils, dont des enfants meurent chaque jour pour cette raison, ne change rien à l’affaire pour celles et ceux qui ont ce « résultat » en tête même si cela serre – un peu – leur gorge. Gaza sera peut-être un fantôme qui hantera les bonnes consciences mais elle ne représentera plus cette menace sourde intériorisée par tant d’Israéliens. 𝑆𝑖 𝑐’𝑒𝑠𝑡 𝑙𝑒 𝑝𝑟𝑖𝑥, 𝑎𝑝𝑟𝑒̀𝑠 𝑡𝑜𝑢𝑡…
Leurs critiques, au demeurant très mesurées, permet à ces néo-bonnes consciences de continuer d’occuper le terrain médiatique, de revendiquer une sorte de monopole du cœur et de la raison tout en veillant au grain en s’opposant à ce que des sanctions soient prises par les pays occidentaux – comme, par exemple, l’arrêt des livraisons d’armes. En réalité, leurs larmes, qu’elles soient sincères ou de sauriens, ne gênent en rien Israël qui, jour après jour, continue d’avoir le temps d’agir.
(1) « Gaza/Israël : Aimer (vraiment) son prochain, ne plus se taire », 8 mai 2025, tenoua.org
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dimanche 20 mai 2018

La chronique du blédard : Sharpeville, Soweto, Gaza

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 17 mai 2018
Akram Belkaïd, Paris

21 mars 1960. Sharpeville, un township (banlieue noire) dans le Transvaal, en Afrique du sud. Des milliers de manifestants Noirs répondent à l’appel du Congrès panafricain (PAC) pour protester de manière pacifique contre l’instauration, par le gouvernement sud-africain, du « pass » (passeport intérieur) destiné à restreindre les mouvements des populations non-blanches. La police ouvre le feu à balles réelles. Le bilan est lourd : 69 morts (nombre d’entre eux touchés dans le dos) et près de deux cent blessés. Le régime d’apartheid se montre tel qu’il a toujours été : impitoyable. La répression qui suit contre le PAC et le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela est brutale. L’état d’urgence est décrété, les deux formations politiques sont interdites, des milliers de militants sont arrêtés, d’autres sont obligés de s’exiler. Dans le monde, les condamnations pleuvent. Aux Nations Unies, le Conseil de sécurité adopte la résolution 134 qui condamne Pretoria pour son usage de la force contre des civils désarmés. La France et la Grande-Bretagne s’abstiennent… Dans le contexte de guerre froide, l’apartheid est encore défendu par certains comme un mal nécessaire pour faire pièce au communisme…

16 juin 1976. Soweto, un township dans la banlieue de Johannesburg, Transvaal, Afrique du sud. Des milliers d’écoliers soutenus par le mouvement Conscience noire (fondé, entre autres, par Steve Biko) manifestent contre l’instauration de l’afrikaans (la langue des descendants de colons hollandais) comme langue officielle d’enseignement aux côtés de l’anglais. Pour la population des ghettos, cette langue est le symbole de l’apartheid et il n’est pas question de l’accepter dans les écoles des townships.  Le cortège des manifestants est pacifique mais la police ouvre le feu à balles réelles. Vingt-trois écoliers sont tués et il y a des dizaines de blessés. Dans les jours qui suivent, les émeutes s’étendent au reste du pays et font plusieurs centaines de morts (dont celle, en détention, de Steve Biko). Dans le monde, les condamnations se multiplient. Le mouvement de boycottage de l’Afrique du sud se renforce (les pays africains boycotteront les Jeux olympiques de Montréal en raison de la présence d’athlètes sud-africains). Mais, là aussi, des voix se font entendre en Occident pour défendre l’Afrique du sud comme poste avancé dans la lutte contre le communisme. Comme en 1960, des voix bien intentionnées à Paris, Londres ou Washington reprochent aussi aux dirigeants de l’opposition noire de jouer avec la vie de la jeunesse sud-africaine…

14 mai 2018. Des milliers de jeunes Palestiniens manifestent aux abords de la « frontière » qui sépare le bantoustan de Gaza d’Israël. Comme ce fut le cas au cours des semaines précédentes, des snipers ouvrent le feu à balles réelles. Selon les derniers chiffres, on relèvera 59 morts et des dizaines de blessés dont certains seront amputés. Une nouvelle fois, la « marche du retour » des Palestiniens, qui exigent le droit de pouvoir quitter Gaza et de rentrer chez eux, en Palestine, se termine dans un bain de sang. Les États-Unis s’opposent à l’ouverture d’une enquête indépendante et, reprenant à l’identique la propagande du gouvernement israélien et de ses soutiens, accusent le Hamas palestinien d’être l’unique responsable de cette tuerie. De façon générale, Tel Aviv peut compter sur une solide indulgence occidentale, les réactions les plus vigoureuses consistant à lui demander de la « responsabilité » et du « discernement », pour reprendre, par exemple, les éléments de langage de la diplomatie française. Dans le monde arabo-musulman, seule la Turquie du très peu démocrate Erdogan hausse le ton. Quant aux médias « lourds » occidentaux, notamment les télévisions (à l’image de la très pitoyable BBC), ils rivalisent en circonvolutions et propos elliptiques pour ne jamais présenter les faits tels qu’ils existent : l’armée israélienne a tué de sang-froid des manifestants désarmés.

Sharpeville, Soweto, Gaza. L’injustice, la loi du plus fort, l’usage de la violence contre une jeunesse désarmée et le même sentiment de supériorité du tueur déniant toute humanité à la victime. L’apartheid n’existe plus en Afrique du Sud. Mais il règne en Israël. Gaza n’est pas un pays, contrairement à ce que peuvent prétendre les ineffables commentateurs de l’actualité internationale qui roulent de manière plus ou moins avouée pour Israël. Comme indiqué précédemment, c’est un Bantoustan. Une prison à ciel ouvert dont la population se meurt dans l’indifférence générale. Comme l’étaient les Noirs sud-africains en 1960 et en 1978, les Palestiniens sont bien seuls aujourd’hui. Le manque d’empressement de la communauté internationale à condamner et à punir, oui punir, Israël sans oublier l’indigence politique totale de l’Autorité palestinienne et du Hamas, peuvent faire croire que ce pays a gagné et qu’il pourra continuer ad vitam aeternam à transformer les Gazaouis en cibles vivantes et à faire de Gaza le terrain d’entraînement et de défoulement pour son armée et son aviation.

Pour autant, comme les Noirs sud-africains ont rappelé aux Afrikaners qu’ils n’étaient pas prêts de disparaître, les Palestiniens viennent une nouvelle fois de signifier aux Israéliens qu’ils ne se retireront pas du paysage et qu’ils sauront toujours signifier aux Israéliens que la tranquillité des uns dépend l’accès aux droits fondamentaux pour les autres. Il a fallu du temps, du sang et des larmes pour que le 21 mars devienne la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Même chose pour le 16 juin, désormais journée de l’enfant africain. Un jour, tôt ou tard, les Palestiniens recouvriront leurs droits et le 14 mai rappellera au reste du monde que la roue de la justice finit toujours par tourner.
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vendredi 27 avril 2018

La chronique du blédard : Un manifeste islamophobe

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 26 avril 2018
Akram Belkaïd, Paris


Mardi soir, dans les tribunes de l’Anfield stadium, et alors que quelques dizaines de supporters de l’AS Roma s’illustraient en poussant des cris de singe à l’adresse d’un joueur sénégalais, les fans du Liverpool FC entonnaient leur chant, désormais habituel, en l’honneur de l’Egyptien Mohamed Salah, auteur de deux buts et autant de passes décisives : « If he scores another few, then I’ll be muslim too (…) Sitting in a mosque, that’s where I wanna be » soit, en traduisant, « s’il marque encore quelques buts, alors je serai aussi musulman (…) Assis dans une mosquée, c’est là où je veux être. » Il est si rare que l’islam soit ainsi à l’honneur que l’on me pardonnera cette « entame » footballistique à propos d’un sujet bien plus sérieux.

Car, bien évidemment, il était impossible d’entendre ces louanges sans penser au « manifeste » publié deux jours plus tôt par 250 (ou 300, le chiffre exact n’est pas clair) signataires d’un texte dénonçant un « nouvel antisémitisme » musulman [en France] lequel s’appuierait sur des versets du Coran. Affirmant, entre autres, que cet antisémitisme est responsable « d’une épuration ethnique à bas bruit », c’est-à-dire le fait que des familles françaises de confession, ou d’origine, juive quitteraient leurs quartiers pour en gagner d’autres plus sûrs. On appréciera à sa juste valeur l’emploi de l’expression « épuration ethnique ». Voici donc la France ramenée au rang de la Birmanie, du Rwanda ou de l’ex-Yougoslavie.

Le texte est signé par des hommes politiques (dont Manuel Valls…), des artistes (Carla Bruni…, on est prié de ne pas rire) et quelques intellectuels médiatiques (parmi lesquels une crapule ayant applaudi à l’invasion de l’Irak en 2003), mais aussi par quelques valetailles opportunistes dont l’ineffable « imam » Chalghoumi. Ce document ne se contente pas de dénoncer ce que les commentateurs qualifient déjà de « néo-antisémitisme », pour bien faire la différence avec l’autre, le « vrai » ai-je envie d’écrire, l’européen à qui on doit tant de drames. Il enjoint aussi à l’islam de faire le ménage dans les Écritures.  « En conséquence, écrivent les signataires, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime. Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie. »

Ce passage dit bien des choses. Il démontre un manque total de culture religieuse (et l’on se demande bien comment un rabbin a pu signer un tel texte). L’islam, notamment sunnite, n’a ni clergé ni papauté. Il n’y a pas de concile d’imams ou d’oulémas capables d’abroger des passages du Coran même si beaucoup de littérature religieuse existe à propos du naskh (abrogation quand deux versets semblent contradictoires). Les auteurs du manifeste auraient pu s’en tirer mieux en demandant une relecture nouvelle ou encore un renouvellement de la pensée islamique via un ijtihad (exégèse) novateur. Rien de cela n’a été avancé. L’oukase est clair : vous supprimez, point à la ligne.

Ce manifeste est à la fois une provocation et une prise à partie. Son premier objectif, est d’installer de manière durable l’idée selon laquelle les musulmans de France sont antisémites ou, dans le meilleur des cas, complices passifs de cette saleté dont la condamnation tombe pourtant sous le sens. Cela s’inscrit dans cette stigmatisation récurrente à laquelle il est difficile de répondre puisqu’il est impossible d’obtenir la même audience et la même exposition médiatique que les signataires. Télévisions, radios, sites internet, leur propos comminatoire est omniprésent. Tranquillement, l’idée s’installe qu’une personne de confession ou de culture musulmane, même si elle est totalement intégrée, est forcément antisémite. Ah ces musulmans, qui ne marchent pas contre le terrorisme, qui n’honorent pas la mémoire de Johnny… Quoi d’autre encore ?

Ce texte a deux autres objectifs. En premier lieu, il revendique, certes de manière implicite, un droit à l’islamophobie (il daigne admettre que le racisme anti-arabe est à combattre mais feint d’oublier que l’islamophobie est souvent le nouveau visage de ce racisme). Agiter la peur, et l’hostilité, à l’encontre de l’islam est une activité rentable en ces temps troublés. Cela permet d’exister à l’heure de l’information continue, des recompositions politiques et de la déliquescence du monde culturel français. Ah, il fallait voir s’afficher la déception sur les visages de certains experts du « terrorisme islamique » (sic) sur BFMTV et compagnie après que l’on a appris que l’assassin de Toronto n’appartient pas à la mouvance islamique radicale. Un misogyne ? Ah, bon ! Allez, on passe à autre chose…

En second lieu, il s’agit aussi de faire taire le soutien aux Palestiniens. En reprenant à son compte l’accusation « antisionisme égal antisémitisme », ce texte entend mettre les contempteurs de la politique israélienne sur la défensive. La tactique n’est pas nouvelle mais elle est efficace. L’accusation infamante d’antisémitisme plane depuis longtemps sur tous les mouvements pro-palestiniens qui activent en France. La nouveauté, c’est que pendant longtemps les Français de confession ou de culture musulmane se sont tenus à distance de cette question, hésitant à s’impliquer même s’ils n’en pensaient pas moins. Les manifestations contre la guerre à Gaza en 2014 ont montré que les choses ont changé de ce côté-là. Ce que veulent les signataires de ce texte, c’est une perpétuation de la mise sous-tutelle de cette partie de la population française.