Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 24 août 2021

La chronique économique : Batailles pour la télévision

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 19 mai

Akram Belkaïd, Paris


Que sera la télévision demain ? L’annonce, cette semaine, de la fusion entre les groupes français TF1 et M6 pour constituer un ensemble de près de 4,5 milliards d’euros permet de prendre la mesure des enjeux concernant un secteur qui fut emblématique de la deuxième moitié du vingtième siècle. Selon les analystes, ce mariage qui dépend encore des autorisations des autorités de concurrence – ces dernières devraient certainement obliger le nouvel ensemble à céder des actifs pour ne pas être en position dominante – démontre que la tendance mondiale est à la concentration.

L’impact d’Internet

Face à l’explosion des usages multiples de l’internet et des diverses applications de vidéo, de jeux en réseau et de simulations diverses, la télévision classique est en train de perdre l’intérêt de celles et de ceux qui auraient pu être ses utilisateurs de demain. La tendance est partout la même, qu’il s’agisse de pays riches ou non : les jeunes générations regardent bien moins la télévision que leurs parents. Dans certains cas, il y a même une rupture réelle, l’ordinateur ou, plus encore, le téléphone intelligent, remplaçant le petit écran de manière presque définitive.

Cela a son importance car, pour les télévisions privées, la perte d’une audience signifie une difficulté supplémentaire à attirer les annonceurs. On a longtemps cru qu’Internet serait incapable d’attirer à lui des budgets publicitaires conséquents. Ce n’est plus le cas. Google, Facebook et d’autres réseaux sociaux démontrent que la bataille de la réclame se déroule de plus en plus sur le Net. Du coup, « la télévision de papa » semble avoir vécu. C’est d’autant plus vrai que les usages changent y compris pour les usagers qui lui sont encore fidèles. 

Terminé le temps des horaires imposés, des programmes incontournables qui fédèrent toute une société. Aujourd’hui, les formules à la demande, la multiplicité des canaux, l’existence d’offres de diffusion en ligne plus ou moins légales, donnent l’embarras du choix au téléspectateur. Certes, il y a encore des carrés de résistance : le football, les grandes compétitions sportives (Tour de France, Jeux Olympiques) ou bien encore la téléréalité semblent bien résister. Mais, là aussi, l’évolution des goûts et des pratiques impose le changement comme en témoignent l’usage accru de l’interactivité.

Incontournable contenu

Mais le grand défi demeure celui du contenu. Tous les mariages dans le secteur, à l’image de la fusion entre Warner et Discovery (130 milliards de dollars) sont des opérations défensives vis-à-vis d’opérateurs de plus en plus actifs dans la production et la diffusion payante. C’est le cas, par exemple, de Netflix et de ses concurrents qui estiment que le meilleur moyen de rentabiliser ses « tuyaux » est de contrôler très loin en amont le « liquide » qui s’y écoule. De même, les chaines de télévision classique peinent à trouver une parade au développement spectaculaire des jeux en réseaux mais aussi des diffusions de « gaming », autrement dit des utilisateurs de jeux vidéo qui se filment en train de jouer et dont les exploits sont suivis en direct par des milliers, parfois des millions, d’internautes à qui il ne viendra jamais l’idée d’allumer un poste de télévision. La télévision n’a pas tué la radio. Internet, lui, oblige la télévision à se réinventer.



jeudi 24 septembre 2020

La chronique du blédard : Du journalisme, de M6 et du toutvabienisme (et du çasaméliorisme)

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 24 septembre 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Il fallait s’y attendre, le documentaire diffusé par la chaîne de télévision M6 et intitulé « L'Algérie, le pays de toutes les révoltes » a provoqué les habituelles tempêtes et criailleries. Ici, des gens qui ont été interviewés par Enquête exclusive jurent avoir été trompés et promettent de porter l’affaire en justice. Là, des internautes qui ne retiennent que l’extrait, ou le commentaire, qui leur a déplu et qui s’avèrent incapables de réfléchir au-delà de la sempiternelle complainte du « les médias français font n’importe quoi » (quand il s’agit de l’Algérie). Et, bien entendu, roulements de bendir et grincements de ghayta, il ne faut pas oublier le frémissement indigné et la réaction martiale de nos autorités toujours promptes à réagir pour dénoncer le complot-bla-bla-bla. (addenda post-publication : et en se couvrant de ridicule en attaquant M6 en justice…).

 

Commençons d’abord par relever le fait suivant. Les équipes travaillant pour M6 ont, semble-t-il, bénéficié d’autorisations de tournage au cours de ces dernières années. Il est fort probable que le motif invoqué était bidon et c’est sur cela que les autorités insistent. Or, nous savons tous que c’est la règle du jeu. N’importe quel journaliste étranger en reportage en Algérie est obligé de raconter des bobards s’il travaille sur un sujet susceptible d’inquiéter ou de déranger le pouvoir. Cela fait plusieurs décennies que cela dure. Quelqu’un qui aura envie d’enquêter, par exemple, sur le quotidien des familles victimes du terrorisme n’a aucune chance d’obtenir la moindre autorisation de tournage. Idem s’il venait à s’intéresser à la vie des proches de disparus.

 

L’Algérie fait partie de ces pays où l’envoyé spécial est obligé de ruser parce que le régime tient à garder la main sur l’information surtout si elle est destinée à être diffusée à l’étranger. D’autres pays font ou ont fait la même chose. Dans l’Irak de Saddam Hussein, le moindre tournage obligeait à des contorsions et à des inventions susceptibles de convenir à la censure. Certes, il y a tromperie. On promet qu’on va s’intéresser au dynamisme culturel d’Oran (on est prié de ne pas rire) et on interroge les futurs harragas sur leurs motivations et leur haine du pouvoir. Sur le plan éthique, on peut adopter la posture de l’indigné, estimant que cela n’est pas professionnel. En réalité, c’est la censure pesante qui oblige à faire le filou. Si l’information était vraiment libre en Algérie, de tels procédés seraient inutiles.

 

A cela s’ajoute le fait que les Algériens attendent depuis des décennies que des Algériens travaillant en Algérie pour des médias algériens (répétition voulue), leur parlent du pays et de ce qui s’y passe. Si dix, quinze, cent « vrais » documentaires étaient réalisés pour deux, trois, cinq, télévisions vraiment indépendantes, ce que M6, France5 ou TV5 viendraient à diffuser relèverait de l’anecdote voire d’une curiosité à l’égard de productions sans grande importance. 

 

Or, pour l’instant, les images manquent. Pourtant, il y a, dans le documentaire de M6, des choses qui méritent qu’on s’y arrête même si elles ont été traitées de manière caricaturale (sans oublier ce ton insupportable que l’on oblige les futurs reporters à adopter dès la première année d’école de journalisme…). Exemple : le harcèlement de rue. Qui peut jurer que ce n’est pas un problème majeur de la société algérienne ? Qui peut affirmer qu’une femme qui sort de chez elle, qu’elle soit voilée ou pas, ne subira pas de réflexions ou qu’elle n’entendra pas des propos graveleux ? J’ai lu ici et là, des gens s’indigner arguant que les femmes algériennes sont présentes dans la vie professionnelle, qu’elles sont loin devant les hommes en termes de diplômes de l’enseignement supérieur. Tout cela est vrai, mais le harcèlement, la misogynie et la loi patriarcale sont une réalité. Dans le livret de famille, il y a toujours quatre pages pour les quatre épouses autorisées par le tristement célèbre « code de l’infamie ». Cela oblige à se taire.

 

Mais le passage le plus terrible, à mon sens, est le visage défait de ce diplômé chômeur, attendant en vain aux portes d’une direction de la Sonatrach et espérant toujours se faire recruter. Le fait social est souvent une abstraction en Algérie. On sait que cela existe, on est entouré par les difficultés des uns et des autres à trouver un vrai emploi, mais tout cela est finalement peu abordé. La presse n’aime guère la couverture de l’actualité sociale. Il faut dire aussi que suivre une grève, relayer les déclarations des travailleurs et des syndicalistes, tout cela ne plaît guère aux tenants du touvabienisme ou du çasaméliorisme

 

Il n’y a pas qu’une seule manière de « raconter un pays ». C’est impossible à faire avec les images ou même à l’écrit. En France, on peut filmer un mariage dans un petit village et montrer la joie des gens. On peut aussi fixer ses caméras sur une distribution gratuite de nourriture où désormais même les familles des classes moyennes vont s’approvisionner. Des plus et des moins pour reprendre une vision arithmétique des choses. Le problème avec l’Algérie sortie de deux décennies de Bouteflika et entrée dans une restauration musclée qui ne masque pas ses intentions, c’est que l’on est bien en peine de trouver les plus. Alors, on invente un autre réel, on se gargarise de formules marketing à deux douros et on fustige tout discours contraire.

 

P.S. qui a beaucoup à voir avec ce qui précède : Nous sommes le 24 septembre et mon confrère Khaled Drareni est toujours en prison pour avoir fait son travail.

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