Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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samedi 29 novembre 2014

La chronique du blédard : L’histoire du sandwich halal

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 27 novembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

Il fait encore nuit. Les haut-parleurs annoncent le départ d’un train pour Lausanne et l’arrivée d’un autre en provenance de Marseille. Le flot des voyageurs est dense. Mines fermées, foulées rapides et journaux à la main. Les vacanciers, ceux qui ont le droit au pas lent, ceux dont le visage et l’habillement démontrent que la joie les habite, ne sont guère nombreux. Tôt le matin, le hall Méditerranée de la gare de Lyon est d’abord un lieu de regroupement d’itinérants urbains : des hommes d’affaires, des commerciaux, des universitaires, des gens qui à peine installés à leur siège vont ressortir le dossier consulté la veille.

Dans l’une de ces grandes boutiques où s’entassent presse, livres, friandises, boissons, en-cas et appareils électroniques, une file s’est formée devant l’unique caisse ouverte. En face d’elle, le geste vif et la mine concentrée, une jeune femme encaisse argents et soupirs de celles et ceux qui trouvent le temps long. Celui qu’elle sert, un quinquagénaire habillé comme s’il régnait une température sibérienne,  a les bras chargés et ne cesse de rajouter des barres chocolatées prises sur le présentoir. Un mars par-ci, une double barre de twix et deux ou trois nuts par-là. Attendez, oui, j’ai oublié de prendre une bouteille d’eau. Vous en avez des plus froides ?

L’employée lève à peine la tête. Elle passe les produits devant le lecteur de code-barres. Elle est dans cette boutique sans y être. Il est sept heures du matin et elle paraît déjà épuisée. On lui demande avec irritation pourquoi elle est seule. Pourquoi n’y a-t-il pas d’autres caisses ouvertes ? Elle ne répond pas. Que pourrait-elle dire ? Que son collègue vit de l’autre côté de Paris dans une banlieue lointaine et qu’il est presque toujours en retard ? Que les effectifs ont diminué et que ses employeurs exigent qu’elle en fasse plus avec moins ? Mais qui aurait envie d’entendre pareil propos à cette heure ?

Une cliente, un peu énervée, dépose ses achats en tas, certains glissent de l’autre côté du comptoir. L’employée les rattrape et reprend les mêmes gestes accompagnés par les mêmes bips. C’est le moment où un trentenaire, sacoche d’ordinateur en bandoulière, costume au pantalon serré, chaussures pointues et lustrées, gel dans les cheveux et sandwich dans la main lui demande à voix qui semble un peu plus haute que nécessaire : « pardon, le sandwich au poulet, il est halal ? ». Petit frémissement dans la file d’attente qui s’est encore étirée. Il y a des sourires en coin mais aussi quelques lueurs d’inquiétude et même un ou deux pas de côté. Toute à sa tâche, la jeune femme ne répond pas d’autant que le lecteur de carte bancaire affiche que celle de la cliente est muette.

« Heu, pardon ? Je vous ai demandé si ce sandwich est halal ? ». La voix a gagné un ou deux tons supplémentaires. L’inflexion polie a disparu, remplacée par de l’agacement et un peu d’agressivité. Noyé dans la file, inquiet de rater son train, le présent chroniqueur devine qu’un grand moment se profile. Il suffit juste d’attendre et d’écouter. « Hé, je vous parle ! » poursuit l’homme au sandwich. Cette fois, l’employée prend la peine de le regarder. Elle semble hésiter puis lâche : « c’est quatre euros ». Interloqué, le jeune homme continue de brandir le sandwich sous cellophane. Dans la file, quelques rires ont fusé. « Mais qu’il le bouffe son sandwich et qu’il arrête de l’emm… », soupire un voyageur au look d’adolescent attardé.

Mais l’autre ne veut pas lâcher l’affaire. « Madame, je sais le prix. C’est écrit dessus ! C’que j’veux savoir si c’est halal ou pas ? Vous pouvez quand même me le dire ! ». Nouveau silence. Client suivant. Un paquet de granolas, bip. Une bouteille de citronnade, bip, le dernier numéro de So Foot, bip. Ça fera neuf euros cinquante-deux centimes. En espèce ou par carte ? Vous voulez un sachet ? Puis, s’adressant enfin à l’enquiquineur : non monsieur, je ne vois pas ce que vous voulez dire. C’est un sandwich comme les autres. Il y a le prix dessus avec la date de péremption, c’est tout ce que je peux vous dire.

Le jeune homme est décontenancé. L’employée n’a été ni agressive ni hautaine. Juste cette même fatigue dans la voix et le geste. « Vous ne savez pas ce que c’est ‘halal’ ? » demande-t-il avec quelques décibels en moins. L’autre acquiesce et reprend ses bip-bip. Dans la file, un voyageur, la cinquantaine et lui aussi en costard-cravate, décide d’intervenir. « Mon frère, ça se fait pas. T’es pas à Franprix ou à Ed ici. Sois tu manges ce sandwich sans te poser de question soit tu te fais ton casse-dalle à la maison. Bessah, faut pas ennuyer la dame. Si elle te dit qu’elle ne sait pas si c’est halal c’est qu’elle ne le sait pas ». L’autre le jauge durant une fraction de seconde puis répond en s’écartant de la file. « Non, c’est pas qu’elle sait pas si c’est halal ou pas. Elle dit qu’elle ne sait pas ce que halal veut dire. C’est bizarre, non ? ».

C’est le moment que choisi l’employé retardataire pour faire son apparition en sortant de l’arrière-boutique. L’œil rivé sur sa collègue, il a entendu une partie de la conversation. « Mon frère, c’est pas ici que tu vas trouver du ‘halal’ », dit-il en souriant. « De toutes les façons, ce que tu tiens dans la main ça ne pourra jamais être du halal ». L’autre, redevenu agressif, lui demande pourquoi. « Parce que c’est un sandwich au jambon de Paris, mon frère. Z’ont pas encore inventé le halal pour ça ». Dans la file, on entend quelques rires et un sourire s’est même dessiné sur le visage fatigué de l’employée.

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vendredi 6 juin 2014

Pour So Foot, l'équipe d'Algérie a le niveau d'une bonne équipe de L1

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Dans un supplément intitulé "Le très beau guide du mondial 2014", le mensuel français So Foot passe en revue les 32 équipes qualifiées pour la Coupe du monde de football qui va bientôt débuter au Brésil. Pour chacune d'elles, le magazine décline au moins 4 rubriques :

a- Le tableau noir qui est une analyse rapide du principal schéma technique
b- Pourquoi le pays x est le pays du football
c- Le maillon faible
d- Le coefficient de brasilianité

Voici donc ce que So Foot écrit à propos de l'équipe algérienne :

a- Tableau noir :

"Coach Vahid est un pragmatique. Le Bosnien va donc faire ce qu'il fait de mieux: demander à son équipe de défendre et de répondre à l'impact. D'où ce 4-3-3 des familles et cette charnière Medjani-Bougherra placée derrière une sentinelle priée de ne pas s'aventurer trop loin de sa surface, Mostefa. Un trio censé couvrir les agissements des latéraux Ghoulam et Khoualed, et de Lacen et Taïder à l'animation. Devant, le trio de chic: le grand Slimani, coincé entre les remuants Soudani à gauche et le Valencian Feghouli, la star des Fennecs. Bref, un bon bloc qui peut se révéler mobile et créatif. 'Algérrrrie difficile à bouger. Algérrrrie veut déjouer prrrronostics!' (Signé Vahid)."

b- Pourquoi l'Algérie est le pays du football :

"Le football algérien n'est pas un projet, il est une identité: excessif, passionné, individuel et collectif à la fois, sans que l'on sache vraiment si ce sont les individualités fortes qui portent l'équipe ou la cause collective qui transcende ses joueurs. Où il n'est pas question de schéma, de coach, de discours. Interroger le football algérien, c'est interroger la nature même du football."

c- Le maillon faible :

"Il a envoyé les Fennecs au Brésil avec un but de raccroc en barrages contre le Burkina Faso. Il aurait pu aussi faire couler les siens quelques minutes plus tôt avec un tacle d'une violence inouïe sur Charles Kabore. Tout est dit: captain courage un peu bourrin, binational formé en France, passé par l'Angleterre moyenne (Sheffield Wednesday, Charlton) et les Rangers, Madjid Bougherra porte en lui tous les maux du football algérien: déraciné, volontaire, prêt à combattre mais limité... Joueur symbole, il marquera de la tête sur un coup de pied arrêté. Puis il coûtera un penalty et prendra un rouge. Et l'Algérie ne passera pas le premier tour..."

d- 30% de coefficient de brasilianité

"Une étude au carbone 14 revoie au Mundial espagnol, en 1982. On l'appelait l'âge d'or... Les Dahleb, Belloumi, Assad et Madjer avaient hissé l'algerian touch au niveau de la Seleçao et Carré magique. Brésil, France, Algérie: tel était le trio de tête des vraies nations stylistes. Même les déboulés du latéral droit Merzekane révélaient un ADN carioca ou paulista... En 2014, l'Algérie est devenue une bonne équipe de L1.
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mardi 10 avril 2012

Blog sur SlateAfrique : La chronique foot (4) : Mario Balotelli, la saga continue…

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A lire sur le blog Afro-Maghreb : Mario Balotelli, la saga continue


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Que serait le football européen sans Mario Balotelli? Ah, ce monde peuplé de joueurs policés, spécialisés en communication à deux sous, incapables de laisser transparaître la moindre opinion? Ah, ces propos insipides d'après-match ou ces tweets à l'eau tiède. Tout va bien, on va essayer de faire mieux, je crois qu'on a tout essayé, tout va bien avec le coach, On a eu des 'opportchunités'...

Avec Mario, c'est autre chose. Esclandres, excentricités, débordements (sur et hors du terrain...), buts immanquables ratés, buts impossibles marqués, jets de fléchettes contres les jeunes de son club, virée dans un club de strip-tease, : on ne s'ennuie jamais avec l'enfant de Brescia. Avec lui, le footballeur redevient homme et vivant, loin de l'uniformisation en place depuis le début des années 1990.

Certes, les choses se gâtent pour lui. Expulsé dimanche dernier pendant le match contre Arsenal (vainqueur 1 à 0), Mario Balotelli devrait ne plus jouer d'ici la fin de la saison. Son entraîneur, Roberto Mancini, qui en a vu de belles et des pas mûres depuis le début de la saison (on pense à Balotelli face aux buts vides, qui préfère se retourner et essayer de marquer du talon - ce qui lui a valu d'être remplacé immédiatement...), a décidé de se passer de lui. Plus grave encore, Balotelli pourrait ne pas participer à l'Euro 2012 alors que la planète foot se faisait une joie de le voir évoluer à haut niveau. La décision n'est pas encore prise mais les anti-Balotelli sont nombreux en Italie et mettent en garde le sélectionneur Cesare Prandelli (lui-même très sourcilleux sur les questions de discipline) sur ce que pourrait coûter un carton rouge à la Squadra.

A suivre donc. En attendant d'en savoir plus, on peut lire l'excellent portrait de Balotelli publié par le mensuel So Foot d'avril 2012. On y découvre l'histoire d'un enfant né dans une famille ghanéenne, confié à une famille italienne (qui ne l'a pas adopté, Mario ayant pris le nom de Balotelli à ses dix-huit ans), et effrayé à l'idée de devoir partir en Afrique. Un enfant mal dans sa peau, en quête de reconnaissance dès son plus jeune âge avec un "sens exacerbé de la compétition". Un surdoué qui n'a jamais cessé de mettre le souk dans le vestiaire et de s'empoigner avec ses partenaires ou entraîneurs dont son coéquipier Yaya Touré ou encore son compatriote-boucher Materazzi ou le très spécial Mourinho. Un joueur persuadé qu'il marquera un jour un but en finale de la Coupe du monde et qui risque de manquer aux supporters de Manchester City, toujours prompts à adopter "les personnalités rebelles et charismatiques".
Terminons par cette anecdote rapportée par So Foot

Extrait :
"A Noël dernier, plutôt que de se payer un réveillon de nouveau riche, Mario Balotelli s'est rendu dans la petite église de Saint John, à Chorlton, un quartier de Manchester. Assis dans sa nef, deux mois plus tard, le father Mac Mahon confirme la rencontre. "Il était au fond, sage, avec sa copine et un autre couple.  Je crois qu'avec lui, ce n'est pas ce que tu reçois mais ce que tu donnes", dit le prêtre. Balotelli a-t-il profité de l'occasion pour se confesser ? "Non, non." Une pause. "Il faut qu'il garde le diable en lui."

No comment...

Akram Belkaïd




Akram Belkaïd
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