Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Coupe du monde de football 2014. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Coupe du monde de football 2014. Afficher tous les articles

lundi 7 juillet 2014

La chronique du blédard : Des Français qui aiment l’Algérie

_
Le Quotidien d’Oran, jeudi  3 juillet 2014
Akram Belkaïd, Paris

On ne répètera jamais assez que ce qui entoure le football est souvent plus important que le football lui-même. Les réactions en France liées aux dernières rencontres de l’équipe nationale (EN) algérienne en sont le parfait exemple. De fait, on a beaucoup parlé des débordements de certains « supporteurs » et des multiples incidents qui ont suivi chaque match des Verts. Tapages nocturnes, affrontements avec les forces de l’ordre, voitures et poubelles brûlées, commerces saccagés : une minorité de voyous et de casseurs a souvent réussi à gâcher la (belle) fête.

Comme on le sait, ces comportements inacceptables ont été du pain béni pour l’extrême-droite qui s’est emparée de l’affaire pour dénoncer l’existence d’une cinquième colonne algérienne en France et pour exiger la suppression de la double nationalité franco-algérienne. Dans certaines villes de l’Hexagone, des groupuscules extrémistes ont cherché l’affrontement avec les jeunes issus de l’émigration maghrébine et sub-saharienne. A Bourges, des abrutis ont ainsi brûlé le drapeau algérien en chantant la Marseillaise (l’un d’eux a été identifié par les internautes et son nom circule sur internet. Le pauvre…). A Carcassonne, des parachutistes ont défilé dans la ville avec un drapeau allemand – (un acte nostalgique ?) – après la (très honorable) défaite de l’EN face à la Mannschaft et il semble bien que certains d’entre eux aient mené une ratonade dans un quartier populaire. Enfin, à Nice, le député-maire Christian Estrosi, alias le « motocrate » ou « motodidacte », a décidé d’interdire par arrêté municipal la présence « ostentatoire » de drapeaux étrangers, une mesure, on l’aura compris, qui visait essentiellement l’étendard vert et blanc aux croissant et étoile rouges.

Bien entendu, les médias ont largement relayé ces excès de part et d’autre. Cela a contribué à créer un climat plutôt détestable, pesant. On pense notamment à ce sondage mis en ligne, le dimanche 29 juin, sur le site de l’hebdomadaire Le Point avec cette interrogation : « Faut-il supprimer aux Français d’origine algérienne leur double nationalité ? ». La question, raciste, a fini par être retirée après les protestations de nombreux internautes (elle avait eu le temps d’enregistrer 81% de « oui »…) mais elle mérite un commentaire. Retirer la double nationalité ne veut rien dire sur le plan administratif, légal ou technique. En réalité, Le Point n’a pas osé aller jusqu’au bout de sa pensée en demandant simplement à ses lecteurs s’ils sont d’accord pour retirer ou non leur nationalité française aux binationaux franco-algériens. Car c’est là la vraie revendication de l’extrême-droite et des mouvements facho-identitaires.

Mais il faut se garder de sombrer dans le catastrophisme et en conclure que les temps sont durs pour les Algériens de France, qu’ils aient ou non la double nationalité. Par facilité, par ce pessimisme structurel propre aux journalistes mais aussi par refus d’accepter la réalité, on pourrait s’épancher durant des heures sur cette ambiance frelatée qui offre la possibilité à certains de continuer à revêtir l’habit de la victime persécutée ou celui de leur porte-parole auto-désigné. Oui, il y a des racistes. Oui, il y a des Français qui ne supportent pas la vue du drapeau algérien. Oui, il y a des allumés qui rêvent d’un grand nettoyage ethnique qui, plusieurs siècles après, ferait écho à l’expulsion des morisques d’Andalousie.

Mais combien sont-ils ? Et quelle est la réalité au quotidien ? Le fait est que de nombreux Français, dits de souche, étaient heureux du parcours de l’équipe algérienne dans ce mondial. La joie de nos supporters leur faisait plaisir à voir et a même constitué un élément positif dans un contexte politico-économique des plus maussades. Au fil des jours, exception faite de deux ou trois allusions aux excès de fêtards trop bruyants (relevant aussi de la détestation du football), le présent chroniqueur n’a entendu et reçu que des messages de sympathie et de soutien. Et il ne s’agit pas d’un cas isolé, loin de là. Autrement dit, et contrairement à ce que l’extrême-droite veut imposer comme idée, notamment en donnant l’impression du nombre sur internet grâce à de vraies campagnes organisées, il y a beaucoup de Français qui se sentent proches de l’Algérie. Des Français qui aiment l’Algérie ou, tout du moins, qui ne lui sont pas hostiles. Des Français qui sentent, parfois sans pouvoir l’expliquer, que ce pays de l’autre côté de la Méditerranée leur « parle ».

Ce serait être malhonnête et injuste que de passer cela sous silence. Ce serait continuer d’entretenir de mauvais feux que d’insister uniquement sur la tentation frontiste d’une partie de la classe politique française. Car le vrai problème est là. Ce n’est pas de l’Algérie et des Algériens qu’il s’agit mais de l’incapacité d’une bonne partie des politiciens et médias français – ah ces maudits talk-shows- d’assumer publiquement le fait que la France et l’Algérie sont de plus en plus liées et que leurs peuples respectifs ont une part commune bien plus importante qu’il n’y paraît.

 « En France, l’Algérie est presque partout » m’a dit un jour un confrère parisien. C’est vrai. Mais ce qu’il faut préciser, c’est que contrairement à ce que peuvent laisser entendre les médias et certains politiciens, l’acceptation de cette situation fait son chemin à l’ombre des indignations et des polémiques stériles. Certes, il y a des jours où ces dernières sont difficiles à supporter mais il suffit alors de s’en remettre au réel, à la vie quotidienne, et de débrancher télés et ordinateurs.
_

mardi 17 juin 2014

Belgique 2 Algérie 1 : Une tactique pitoyable

_
Quand une équipe joue contre nature et qu’elle gagne, les observateurs critiques ne peuvent que se taire même s’ils n’en pensent pas moins. Par contre, quand une équipe renie sa philosophie offensive, qu’elle entre sur le terrain avec un double verrou défensif et, qu’au final, elle perd, alors elle mérite amplement la volée de bois vert qui ne manquera pas de s’abattre sur elle. C’est ce qui s’est passé pour l’Algérie face à la Belgique. Qu’avons-nous vu durant quatre-vingt dix minutes ? Une équipe ultra-défensive, incapable de jouer le moindre contre de manière correcte et qui doit remercier à la fois la providence pour le penalty obtenu (et transformé) en début de partie mais aussi son excellent gardien M’bolhi qui a longtemps retardé ce que l’on pressentait à savoir une égalisation belge puis un autre but des « diables rouges ». Quitte à perdre, l’Algérie aurait pu au moins jouer « à l’algérienne », en essayant de construire ou, du moins, en s’appliquant lors des rares phases offensives dont elle a disposé. Pitoyable spectacle que celui d’une équipe rentrée sur le terrain uniquement pour défendre et qui, la plupart du temps, a été incapable d’aligner plus de trois bonnes passes successives. Il y a une règle que le « coach » Halilhodzic devrait pourtant connaître. On ne joue le catenacio (verrou défensif) que lorsqu’on a la capacité à tenir un résultat…
Un match à oublier, et vite…
_

 



jeudi 12 juin 2014

La chronique économique : De l’impact économique d’une Coupe du monde de football

_
Le Quotidien d'Oran, mercredi 11 juin 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Organiser une Coupe du monde de football est-il rentable sur le plan économique ? Pour la majorité des experts, la réponse à cette question, que l’on peut d’ailleurs aussi poser à propos des Jeux olympiques d’été ou d’hiver, est négative. Non, contrairement à ce que l’on pourrait penser, accueillir le Mondial du ballon rond ne signifie pas forcément que la croissance sera dopée. A ce sujet, le cas du Brésil, qui va accueillir la compétition à partir de ce 12 juin, est des plus édifiants. Certes, le gouvernement brésilien estime que les revenus générés seront de l’ordre de 3 milliards d’euros grâce aux 600.000 touristes étrangers qui vont s’y déplacer et au fait que 3,3 millions de Brésiliens bénéficieront directement (toujours sur le plan économique) des retombées financières de la compétition.

SURCOUT ET « SYNDROME DE MONTREAL »

Mais il ne faut pas oublier que le coût estimé de la Coupe du monde est de 9 milliards d’euros, un montant impressionnant qui, de plus, risque fort d’être révisé à la hausse. A cela s’ajoute le fait que l’économie brésilienne risque de pâtir de la contestation sociale alimentée par la colère de nombreux Brésiliens contre les dépenses consenties pour les stades quand, dans le même temps, nombre d’entre eux n’ont pas de travail ou peinent à s’alimenter, se loger ou éduquer leurs enfants. Dans quelques mois, voire dans un an ou plus, on finira par avoir une estimation plus précise de ce qu’aura coûté le Mondial 2014, mais la compétition sera alors terminée depuis longtemps et cela n’empêchera pas d’autres pays à se porter candidats pour les épreuves à venir.

En termes de hausse du produit intérieur brut (PIB), Brasilia estime aussi que la Coupe du monde aura un impact positif sur la croissance de 0,4% par an jusqu’en 2019. Au regard des dépenses consenties, c’est peu. Bien sûr, une victoire de la « Seleçao brasileira » aura certainement un impact sur les dépenses de consommation au cours des premiers mois qui suivront la finale du 13 juillet. Mais, comme l’a prouvé l’exemple de la France en 1998 ou même celui de l’Italie en 2006, ce coup de pouce bienvenu ne dure jamais longtemps. On pourrait aussi citer l’Espagne qui, bien que victorieuse en 2010, n’a guère connu d’effet « mundial », cela d’autant que le pays était confronté à une grave crise économique et financière.

Par ailleurs, on a aussi du mal à quantifier la contribution future des infrastructures bâties pour l’occasion. Mis en services pour quelques semaines, de nombreux stades risquent d’être peu utilisés par la suite, devenant ainsi une charge pour les finances publiques. C’est ce que l’on pourrait appeler le « syndrome de Montréal », en référence aux Jeux olympiques d’été de 1976 dont l’une des conséquences a été que les habitants de la ville du Québec ont payé pendant trente ans (1976-2006) la construction d’un stade qui ne sert plus à grand-chose aujourd’hui…

GAIN POLITIQUE ET PRESTIGE

Pourquoi le Brésil a-t-il donc organisé la Coupe du monde, sachant que les retombées économiques sont si aléatoires ? La réponse coule de source. C’est la recherche de gains politiques et géopolitiques qui prime. Une victoire en Coupe du monde fait taire (durant un temps) les divisions internes, ressoude un pays et permet de faire diffuser un peu de bonheur (même s’il est artificiel) dans la société, ce qui est toujours bon pour soutenir la consommation. De même, et bien qu’on ne le dise jamais ainsi, un pays qui organise la Coupe du monde de football fait son entrée dans un club très fermé, presque aussi prestigieux que celui des vainqueurs du trophée. En réussissant « son » Mondial de foot, l’Afrique du Sud a ainsi gagné de précieux galons et montré à la face du monde que c’était un pays « capable de... ». Et pour convaincre un investisseur étranger, cela fait partie des arguments qui comptent… Au Brésil maintenant de convaincre qu’il est bien l’une des grandes puissances du XXIème siècle.
_

mercredi 11 juin 2014

Lula et l'éthique d'un ex-président

_
L'Equipe : Pour la finale, vous serez à la maison avec une bière ou bien au Maracaña ?
Luis Inacio LULA DA SILVA : Non, je vais rester à la maison et ce, pour deux raisons. D'abord, parce que je n'ai pas fait les démarches pour acheter un billet et que je ne compte pas me battre sur Internet pour en avoir. Ensuite, parce que je n'ai pas l'habitude d'accepter des invitations pour aller voir des pièces de théâtre ou des spectacles gratuitement... Je n'aime pas ça et je n'ai jamais accepté d'aller en tribune d'honneur... Donc je préfère rester à la maison: c'est là que je serai le plus à l'aise, dans mon bermuda. Et si je veux prendre une bière de plus ou de moins, personne ne me dira rien. Et si le Brésil perd et que j'ai la larme à l'œil, personne ne me verra... Je vais faire comme ça. Mais je compte bien réunir un groupe d'amis pour voir ce match.

propos recueillis par Raimundo Souza Vieira de Oliveira dit Raï, in L'Equipe, 10 juin 2014
_

vendredi 6 juin 2014

Pour So Foot, l'équipe d'Algérie a le niveau d'une bonne équipe de L1

_
Dans un supplément intitulé "Le très beau guide du mondial 2014", le mensuel français So Foot passe en revue les 32 équipes qualifiées pour la Coupe du monde de football qui va bientôt débuter au Brésil. Pour chacune d'elles, le magazine décline au moins 4 rubriques :

a- Le tableau noir qui est une analyse rapide du principal schéma technique
b- Pourquoi le pays x est le pays du football
c- Le maillon faible
d- Le coefficient de brasilianité

Voici donc ce que So Foot écrit à propos de l'équipe algérienne :

a- Tableau noir :

"Coach Vahid est un pragmatique. Le Bosnien va donc faire ce qu'il fait de mieux: demander à son équipe de défendre et de répondre à l'impact. D'où ce 4-3-3 des familles et cette charnière Medjani-Bougherra placée derrière une sentinelle priée de ne pas s'aventurer trop loin de sa surface, Mostefa. Un trio censé couvrir les agissements des latéraux Ghoulam et Khoualed, et de Lacen et Taïder à l'animation. Devant, le trio de chic: le grand Slimani, coincé entre les remuants Soudani à gauche et le Valencian Feghouli, la star des Fennecs. Bref, un bon bloc qui peut se révéler mobile et créatif. 'Algérrrrie difficile à bouger. Algérrrrie veut déjouer prrrronostics!' (Signé Vahid)."

b- Pourquoi l'Algérie est le pays du football :

"Le football algérien n'est pas un projet, il est une identité: excessif, passionné, individuel et collectif à la fois, sans que l'on sache vraiment si ce sont les individualités fortes qui portent l'équipe ou la cause collective qui transcende ses joueurs. Où il n'est pas question de schéma, de coach, de discours. Interroger le football algérien, c'est interroger la nature même du football."

c- Le maillon faible :

"Il a envoyé les Fennecs au Brésil avec un but de raccroc en barrages contre le Burkina Faso. Il aurait pu aussi faire couler les siens quelques minutes plus tôt avec un tacle d'une violence inouïe sur Charles Kabore. Tout est dit: captain courage un peu bourrin, binational formé en France, passé par l'Angleterre moyenne (Sheffield Wednesday, Charlton) et les Rangers, Madjid Bougherra porte en lui tous les maux du football algérien: déraciné, volontaire, prêt à combattre mais limité... Joueur symbole, il marquera de la tête sur un coup de pied arrêté. Puis il coûtera un penalty et prendra un rouge. Et l'Algérie ne passera pas le premier tour..."

d- 30% de coefficient de brasilianité

"Une étude au carbone 14 revoie au Mundial espagnol, en 1982. On l'appelait l'âge d'or... Les Dahleb, Belloumi, Assad et Madjer avaient hissé l'algerian touch au niveau de la Seleçao et Carré magique. Brésil, France, Algérie: tel était le trio de tête des vraies nations stylistes. Même les déboulés du latéral droit Merzekane révélaient un ADN carioca ou paulista... En 2014, l'Algérie est devenue une bonne équipe de L1.
_



mercredi 16 octobre 2013

19 novembre 2013 : L'Algérie et la France, en route vers le Brésil ?

_
19 novembre 2013 : l'Algérie et la France en route pour le mondial. Comme le 18 novembre 2009 ?

 
C’est un amusant clin d’œil de l’histoire…
En 2009, c’est un certain 18 novembre que les équipes de football d’Algérie et de France ont obtenu, séparément, leur ticket pour le mondial en Afrique du sud.  On se souvient du fameux match barrage entre l’Algérie et l’Egypte (1-0 pour les Verts) à Oumdourman au Soudan et du contexte de guerre médiatique algéro-égyptienne dans lequel il s’est déroulé. Le même jour, deux heures après le coup de sifflet final au Soudan, l’équipe de France se qualifiait elle aussi en faisant match nul au Stade de France avec l’Eire (1-1 à Paris après une victoire française 1-0 à Dublin). 
Un match, là encore, qui est resté dans les mémoires avec la main honteuse de Thierry Henri grâce à laquelle les Bleus avaient réussi à égaliser durant les prolongations (l’Irlande menait alors 1-0). Dans les villes et banlieues de France, on avait assisté alors à une double fête, drapeaux français et algériens étant mêlés dans une même joie (au grand soulagement des autorités françaises qui craignaient, pour l’ordre public, le scénario d’une qualification de la France et d’une élimination de l’Algérie).
Quatre ans plus tard, les deux équipes vont de nouveau jouer leur qualification pour le Brésil le même mois, le même jour (19 novembre) et presque à la même date qu’en 2009 (à un jour près). A Blida, l’Algérie sera opposée au Burkina Faso (2-3 à l’aller). Quant à la France, elle jouera son barrage retour contre un adversaire qui sera désigné la semaine prochaine (l’aller aura lieu le 15 novembre).
 L’Algérie et la France... Deux matchs de qualification pour la Coupe du monde au Brésil qui se dérouleront en même temps. Vera-t-on se répéter la belle histoire de 2009 ? Le 19 novembre prochain risque d’être chaud. Très très chaud…

MISE À JOUR, le 20 novembre 2013 : C'est fait, les deux équipes se sont qualifiées pour le mondial brésilien.
_