Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Star Wars. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Star Wars. Afficher tous les articles

mardi 26 décembre 2017

La chronique du blédard : Star Wars again…

_
Le Quotidien d’Oran, jeudi 21 décembre 2017
Akram Belkaïd, Paris

Oui poto, l’histoire des gars (et maintenant des femmes !) qui se battent à coup de néons continue encore. Huitième épisode mon frère ! Donc, pour bien caler les choses, je reprends depuis la fin du dernier opus. Le sept, oui, celui qui suivait le six qui était en fait le trois dans l’ordre de diffusion. Tu n’as toujours rien compris ? Ce n’est pas grave. On reprend. Souviens-toi, c’était à la fin du septième épisode, il y a longtemps, dans une galaxie far far away... En trois dimensions, lunettes spéciales à un euro sur le nez parce qu’on a perdu celles de la dernière fois (attention aux allergies), on voit un type, de dos, au sommet d’une montagne qui surplombe l’océan. Au début du numéro huit, une fille, dont on devine qu’elle est aussi douée que lui, vient lui rendre visite. Salut monsieur Jedi, tu es tout seul ? Pourquoi te caches-tu ? Tiens, voilà, je t’ai ramené ton néon comme ça tu pourras aller te battre contre les vilains. Tu sais, les méchants qui craignent le grand remplacement et adorent écouter Alain Finkielkraut (non, elle ne dit pas ça, c’est le chroniqueur qui rajoute cette « mésidonce » -copyright l’imam vous savez qui-, à propos du philosophe désormais biker).

Bon, le problème, c’est que le gars en question (le Jedi au sommet de la montagne, pas Finkie) ne veut plus se battre. Dans sa tête, à force de regarder les dauphins et le niveau de l’eau monter à cause du réchauffement climatique, il a compris plein de choses – que le spectateur, avouons-le, a du mal à saisir, mais ce n’est pas grave – et ça l’a bien changé notre ami Luc. Il préfère rester sur l’ile pour surfer sur internet quand il y a du réseau. Et c’est normal, car il ne peut que s’inspirer d’un autre Luc, le saint, qui dit un jour « paix sur la galaxie aux hommes de bonne volonté ». Veut plus de baston le Jedi… Pas grave, la jeune fille connaît son destin, c’est à elle d’aller défier les méchants, surtout celui qui lui parle en télépathie et qui n’a pas résolu son problème d’oreilles décollées. Pendant ce temps-là, un monstre poilu, pilote à ses heures, mange des oiseaux rôtis. Leurs congénères encore vivants lui en veulent. Il a un peu de remords mais, au final, s’en moque. Oh, Aymeric ! Choubaka ne veut pas être Vegan… C’est l’un des messages principaux du huitième opus de Star Wars. Ajoutons à cela un autre fait d’importance : l’Algérie tient un petit rôle dans le film puisque des Fennecs de glace sauvent la mise aux gentils.

Soyons un peu sérieux et cessons de divulgâcher. Ces dernières années, Hollywood a un vrai problème avec ces films dits de grand spectacle. Ça cause trop et ça cogne peu. Pas assez de duels, pas assez de batailles spatiales, pas de combats interstellaires qui durent vingt minutes. Par contre, ça philosophe à tout va. Ça se prend la tête. Suis-je bon ou méchant ? La force ou le côté obscur ? Barça ou Madrid ? Et ça papote, ça s’interroge, ça introspecte (je sais, forme incorrecte mais pourquoi ne pas innover ?), ça vaticine (oui, oui, aux dernières nouvelles, ticine va bien !) et ça carbure sec du plafonnard. Bref, on se dit que les scénaristes ont lu et relu La Philo (ci di filous) pour les nuls et qu’ils ont décidé de truffer le film de références plus ou moins cachées qui feront le bonheur d’une armée de thésards désargentés.

Ceci étant, il y a tout de même un peu d’action. Des courses-poursuite galactique, des créatures venues d’ailleurs ou de nulle part et une ou deux belles scènes de combats avec des néons dont on aurait aimé qu’elles durent tout le film, surtout celle où un méchant armé d’un marteau et d’un piolet… Non ! N’insistez pas, je ne divulgâcherai pas.

Le problème, c’est qu’à chaque fois le bla-bla revient vite ou alors, pire encore, la prise de tête à propos du défi technique. Dans Star Wars, comme dans tous les Marvell ou les autres films de super-héros aux super-pouvoirs, il y a sans cesse un charabia technologique dont le spectateur – qui commence à avoir mal aux genoux, c’est mauvais signe – ne pige que pouic. Mais là aussi, c’est une évolution intéressante. Dans ces films, le héros n’est rien par lui-même. Il lui faut aussi faire face à un problème technologique (du genre, « attention, la subconnectivité met en danger le superphaseur à trinitrons ! ») qu’il ne peut résoudre seul.

Plus intéressant encore, le ou les héros sont intrinsèquement plus faibles que l’ennemi. Ils ne peuvent pas vaincre grâce à leurs seuls néons, leur seule force ou à leurs pouvoirs. Il leur faut plus. Il leur faut ce que l’adversaire n’a pas : une conscience, une fierté, une solidarité humaine, de l’espoir ou un esprit de sacrifice. Et tout cela ne les fait l’emporter que de justesse. On dirait ainsi que Hollywood prend acte de la faiblesse (relative, n’exagérons rien) des Etats Unis. Les ennemis dans les films, autrement dit, dans le monde réel, la Chine, la Corée du Nord ou même la Russie, sont perçus comme des pays plus puissants que l’Amérique et capables donc de la mettre à terre. Alors, pour gagner les guerres qui s’annoncent – pardon, je corrige pour ne pas être accusé de verser dans un pessimisme inutile : pour gagner les guerres qui pourraient venir, l’Amérique est invitée par le cinéma à puiser dans les ressources de l’âme pour dompter le feu technologique. Darth Vader – que des zozos monolingues ont, hélas, traduit en Dark Vador – n’est plus là depuis longtemps mais d’autres forces l’ont remplacé. Et Star Wars numéro huit nous dit que la victoire passe par un retour aux sources. Make the force great again…






mardi 5 janvier 2016

La chronique du blédard : L’histoire des types qui se battent avec des néons continue…

_
-->
Le Quotidien d’Oran, jeudi 31 décembre 2015

Akram Belkaïd, Paris



Allez, viens, mais viens j’te dis ! Non, juré, je ne vais pas te raconter la fin du film. Comment ? On dit « spoiler » maintenant ? Attends, je cherche. Ah oui : « un spoiler, terme emprunté à l’anglais signifiant gâcher, désigne toute chose qui interrompt le suspense ou dévoile une partie d’une énigme, ce qui a pour effet de supprimer tout mystère quant au dénouement » (source linternaute.com). C’est promis, je ne vais pas te « spoyler » le film mais juste te raconter deux ou trois trucs, un peu comme pour l’histoire du dauphin (*). Ah, tu vois que ça t’avais bien plu !

Donc, c’est le septième épisode. Au moins, celui-là personne ne va se tromper ou te demander des précisions. Parce qu’avec les précédents, c’est devenu compliqué. Pour moi, le numéro un de la série, c’est toujours et encore « Un nouvel espoir » parce que c’est le premier de tous, celui qui est sorti en 1977. Mais les « djeunes » et les ados d’aujourd’hui, t’expliquent gentiment que c’est le numéro quatre parce que la chronologie de sortie des films ne les intéresse pas. Ce qui compte pour eux, c’est le déroulement de l’histoire avec, au commencement, « La menace fantôme » de 1999. Tiens, petit raisonnement mathématique. Imaginons qu’il y ait une quatrième trilogie et qu’elle raconte des évènements qui se sont déroulés avant ceux de la troisième (trilogie), autrement dit celle qui vient de commencer. Cela veut donc dire que le septième épisode qui est sur les écrans doit d’ores et déjà être considéré comme le numéro dix ! Tu me suis ? Non. Pas grave, on revient à l’histoire.

Comment ? Ça s’appelle des « prequels » ? Attends, je cherche encore. Ah, voilà : Au cinéma, « un prequel est un film reprenant l’univers et une partie des personnages d’un autre film existant, mais racontant une autre histoire, s’étant déroulée avant le film ayant servi de modèle. Exemple : ‘’Le monde de Dorri’’ est un prequel au ‘’Monde de Némo’’ » (même source). D’accord ! Tiens, il faudra que je te parle de Némo. Non, ne fais pas la tête, on revient à l’histoire.

D’abord, il y a toujours des gens qui se battent à coups de néons multicolores et ça fait toujours le même bruit de vibrations. Bizarre comme ça peut fasciner ce genre de truc. Il fallait y penser. Des épées, mais en forme de tube lumineux. Ah, petite nouveauté, l’un des sabres, je crois que c’est celui du méchant, a une garde qui peut faire penser à une croix. Il paraît que les afficionados ont protesté contre cette bid’â (innovation blâmable chez les musulmans). Pardon ? Bien sûr qu’il y a un méchant. Très méchant même. Bon, je ne te dirai rien de plus si ce n’est qu’il a bien une sale gueule avec ou sans masque. Attends, ne proteste pas, tout le monde sait que le vilain du septième épisode a un masque. C’est en vente partout, c’est sur toutes les couvertures de magazines. J’en ai même porté un. Si, si. J’ai pris un selfie et l’ai posté sur instagram. J’ai reçu beaucoup de commentaires étonnés ou carrément catastrophés. J’en suis bien content. Je me dis que ces amies et amis ont cessé de penser pendant quelques secondes à Valls et à Hollande, tu sais les deux nouveaux supplétifs du Front national…

Bon, revenons au film. Donc, le méchant très méchant est là dès le début. Il y a aussi une actrice qui joue dans Game of Thrones et qui fait partie des vilains masqués. Et tout ce beau monde cherche à tuer le plus grand nombre de gentils et à faire sauter plein de planètes qui n’ont rien demandé. Bien sûr, il y a un héros. Deux même. Chacun fait partie d’une minorité. Un noir et une femme. Tu vois, il y a toujours un moment où Hollywood va plus vite que le reste du cinéma mondial. Combien de films français où le héros est une femme ou un noir ou un arabe ? Peu. Si peu… Tiens, l’acteur noir est même un petit peu enveloppé ce qui pourrait inclure une troisième minorité. La femme, elle, pourrait poser pour ce journal féminin qui vient de fêter ses soixante-dix ans et qui se prétend encore féministe…

Il y a donc, un méchant, très méchant mais qui a quelques lignes de faille. C’est ça la clé pour réussir un film d’action. Il faut prendre plus de soin à composer le personnage du vilain qu’à celui du héros. Prends Tintin. Que serait ce falot sans humour ni fantaisie si Rastapapoulos n’existait pas ? Bien sûr, le second rôle compte tout autant. Là aussi, qu’est-ce que Tintin sans le capitaine Haddock ou même le professeur Tournesol ? Mais là, pour ce numéro sept, futur numéro dix, ce qui change tout, c’est que le héros est une héroïne. Donc, c’est tellement nouveau, y compris dans cette saga où, jusque-là les femmes étaient un peu nunuches, qu’on a aucun mal à accompagner l’intrigue. Et donc je ne me suis pas surpris à espérer que le méchant très méchant dégomme tout le monde pour qu’on en finisse une bonne fois pour toute. Ah, le vilain au costume noir de la première trilogie… Cette musique à la fois inquiétante et sublime qui l’accompagnait… On n’a rien inventé de mieux que Darth Vader – que des zozos monolingues ont, hélas, traduit en Dark Vador.

Donc, je résume. Il y a de la castagne, des vaisseaux qui hurlent comme des éléphants, des batailles et des bombardements spatiaux, une machine infernale, des images sublimes du désert (d’Abou Dhabi, pas celui de la Tunisie), des terres enneigées, des goules, des robots qui bipbipent ou qui minaudent, des revenants (que le public des fans applaudit avec joie), un type sur une falaise qui regarde la mer en tournant le dos à la caméra, une naine dans un costume d’E.T., du charabia technique belbezef, et des acteurs et actrices prometteurs appelés à revenir en 2017 pour l’épisode huit (futur onze) et en 2019 pour l’épisode neuf (futur douze). Bon, de toi à moi, je n’ai pas tout compris et pas toujours saisi qui est qui et qui a fait quoi. Mais ça vaut tout de même le coup d’être vu d’autant que tu peux y aller en famille vu qu’il n’y a pas de scènes de khichibichi. Bon, allez, que la force soit avec toi. La prochaine fois, je te raconte Le monde de Némo

(*) Monologue de celui qui a regardé une histoire de dauphins, Le Quotidien d’Oran, jeudi 20 août 2015

P.S : Le blédard souhaite une bonne année 2016  à celles et ceux qui ont eu le courage (ou pas) d’aller jusqu’au bout de cette chronique (et des autres aussi…). 
_