Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Walmart. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Walmart. Afficher tous les articles

jeudi 4 mars 2021

La chronique économique : Biden et les syndicats

 _

Le Quotidien d’Oran, mercredi 3 mars 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

Serait-ce la révolution ? En début de semaine, le président américain Joseph Biden a publié un message vidéo sur Twitter pour apporter son soutien à six mille salariés du géant du commerce électronique Amazon qui souhaitent se syndiquer. Les intéressés qui travaillent dans un entrepôt de Bessemer, près de Birmingham dans l’État de l’Alabama doivent voter à ce sujet jusqu’au 29 mars. Selon les sondages, la majorité d’entre eux seraient décidés à être rattachés au syndicat Retail, Wholesale Department Store Union (RWDSU) et cela malgré les pressions de leur employeur pour les en empêcher

 

Manœuvres coercitives

 

Pour le locataire de la Maison-Blanche, « le choix d’adhérer à un syndicat appartient aux travailleurs, point final ». Le président américain a aussi rappelé qu’aucune entreprise ne devrait intimider ou menacer ses salariés « au sujet de ses préférences syndicales ». Or, Amazon n’a pas du tout l’intention d’autoriser ce qui constituerait une première. En effet, comme d’autres grands acteurs de la distribution, le groupe ne tolère aucun syndicat et n’hésite pas à employer des moyens expéditifs, comme le licenciement immédiat, pour tuer dans l’œuf toute tentative d’en créer un. Sa direction sait que, si d’aventure, les salariés de Bessemer réussissent, cela ouvrira la voie à d’autres travailleurs d’Amazon.

 

La loi aux Etats-Unis est claire : les travailleurs ont le droit de se syndiquer. Mais, dans le même temps, la législation offre aux entreprises de nombreux moyens dilatoires susceptibles d’empêcher la création de syndicats. Jadis, la chose se réglait par l’irruption de gros bras qui faisaient le ménage et la chasse aux syndicalistes, souvent accusés de communisme. Aujourd’hui, d’autres moyens sont employés. Ainsi le cas de la chaîne de supermarchés Walmart qui ne tolère pas les syndicats (sauf en Chine où ses employés peuvent adhérer au syndicat contrôlé par les autorités). Walmart n’hésite pas à fermer les magasins ou bien les rayons dont les salariés se syndiquent. Ce fut le cas avec son supermarché de Jonquière au Canada qui fut définitivement fermé moins d’un an après que ses salariés eurent réussi à imposer un syndicat. Une première qui ne s’est pas répétée ailleurs.

 

De manière traditionnelle, le parti démocrate était favorable aux syndicats lesquels le finançaient mais ces liens se sont largement distendus depuis les années 1990 et les deux mandats de Bill Clinton (1992-2000). Ce dernier, en favorisant l’essor de la mondialisation, du libre-échange et des marchés financiers a rompu le pacte qui liait son parti aux syndicats, notamment la confédération AFL-CIO. Le ressentiment de nombre de salariés à l’égard du parti démocrate explique en partie l’émergence d’un conservatisme populaire illustré récemment par l’émergence de Donald Trump et sa capacité à attirer à lui le vote d’anciens électeurs démocrates issus des classes populaires.

 

Manœuvre politique

 

La sortie de Joseph Biden est donc une tentative évidente de recoller les morceaux et de séduire un électorat potentiel constitué par ce nouveau prolétariat employé par les géants de la « nouvelle économie » (Amazon, Google) ou par leurs devanciers comme Walmart. L’aile gauche du parti démocrate milite pour aller plus loin et exige des lois criminalisant l’interdiction de fait des syndicats. A cela s’ajoutent les revendications sur l’instauration d’un salaire minimum national, vieille demande qui n’est toujours pas exaucée faute d’accord au Congrès. Avec son soutien aux salariés d’Amazon, c’est aussi sa gauche parlementaire que le président américain tente d’amadouer. 

_

 

 

 

 

   

 

 

jeudi 16 mai 2013

La chronique économique : La mondialisation heureuse et le drame de Rana Plaza

_
Le Quotidien d'Oran, mercredi 15 mai 2013
Akram Belkaïd, Paris

Heureuse, la mondialisation ? Cela dépend pour qui comme en témoigne la tragédie qui vient de se dérouler au Bangladesh avec l’effondrement d’un bâtiment de neuf étages abritant une usine textile à Savar, près de la capitale Dacca. Le bilan de cette catastrophe est lourd : Au moins 1127 morts sur les 3500 employés de ce complexe appelé Rana Plaza. On sait que de nombreux travailleurs ont alerté leurs supérieurs sur l’apparition de fissures dans le bâtiment mais que ces derniers leur ont imposé de continuer leur labeur.

Les profits contre la sécurité

Bien entendu, la responsabilité directe de ce drame incombe aux propriétaires de cette usine, des Bangladais qui se sont enrichis grâce à la sueur de leurs compatriotes, payés une misère et obligés de travailler dans des conditions pires que ce que décrivait Dickens dans ses romans à propos de l’Angleterre industrielle du 19ème siècle. La règle d’or de ces esclavagistes est simple : la réduction maximale des coûts garantit les plus gros bénéfices. Du coup, ils rognent sur les dépenses de sécurité, de formation et d’hygiène. Et cette situation n’est pas propre au Bangladesh, pays qui est le deuxième exportateur mondial de textile avec des recettes annuelles de près de 30 milliards de dollars (80% des exportations du Bengladesh). En Chine comme dans n’importe quel pays du sud-est asiatique mais aussi en Afrique subsaharienne, il existe des millions d’usines dangereuses pour leurs propres employés.

Dans le cas du textile, les donneurs d’ordre se trouvent essentiellement en Occident. Depuis la catastrophe de Dacca, c’est à qui rivalisera en déclaration de bonnes intentions. Ainsi, la société suédoise H&M a-t-elle promis de revoir les conditions de sécurité de ses fournisseurs en ayant recours à des inspections indépendantes. Que ne l’a-t-elle fait avant ! Il faut savoir aussi que tous les grands noms du textile mais aussi les chaînes de distribution comme Wal Mart ou Carrefour sont présents au Bengladesh. La question est simple : à qui ces symboles de la mondialisation vont-ils faire croire qu’ils ignoraient les conditions de travail dans ces usines ? Cela fait plusieurs décennies que les syndicats et les ONG tirent la sonnette d’alarme à propos de cette question. En vain.

A ce sujet, on peut revenir en arrière à la fin des années 1990 quand se négociait la libéralisation totale du commerce mondial du textile. A l’époque, le discours des grands donneurs d’ordre était que cette ouverture allait profiter aux pays pauvres car cela allait leur offrir des revenus supplémentaires. Ces mêmes acteurs s’étaient alors engagés à prévenir tout dumping social et à faire en sorte que les conditions minimales d’hygiène et de sécurité soient respectées chez leurs fournisseurs. De belles promesses…

Des salaires dérisoires

La question de la responsabilité des donneurs d’ordre se pose aussi quant aux salaires de misère payés par l’industrie textile du Bangladesh. Trente euros, c’est le salaire mensuel moyen versé dans les quelques 4 500 usines dans les alentours de Dacca. C'est-à-dire le prix de vente d’un tee-shirt dans un magasin en Europe ou en Amérique du nord… Cela donne une indication sur les marges réalisées par les grandes marques de vêtements et de distribution. Pour elles, la mondialisation est bien plus heureuse qu’elle ne l’a été pour les victimes de la catastrophe de Rana Plaza… Pourtant une chose certaine : une revalorisation des salaires ainsi qu’une amélioration des conditions de travail des employés du textile au Bangladesh ne pénalisera guère les profits de l’industrie textile mondiale pas plus qu’elle n’entamera les dividendes de ses actionnaires.
_