Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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vendredi 24 juillet 2020

La chronique économique : L’Oracle d’Omaha

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 8 juillet 2020
Akram Belkaïd, Paris

Son surnom attitré résume tout. Pour la presse économique et financière, Warren Buffet, troisième fortune mondiale selon le magazine Forbes(82,5 milliards de dollars) est « l’oracle d’Omaha ». C’est dans cette ville que vit cet investisseur et homme d’affaires qui ne rechigne pas à déjeuner d’un hamburger et d’un soda dans un fastfood. C’est là, au cœur de l’Amérique profonde qu’il a débuté en créant un petit fonds d’investissement Berkshire Hathaway lequel détient aujourd’hui 137 milliards de dollars de réserves en cash. Un immense trésor qui fait saliver tous ceux qui ont quelques entreprises à céder ou à recapitaliser.

Investissement dans le gaz

Pourquoi l’appelle-t-on ainsi ? Parce que l’homme s’est rarement trompé en matière d’investissements. Son histoire est de celle que les magazines aiment raconter. Une mise de départ modeste et puis, au fil du temps, les milliards qui s’accumulent. Depuis trois décennies, chacune de ses prises de participations est détaillée à la loupe par le marché et ses propos font office… d’oracle. Cette semaine, le fonds Berkshire Hathaway vient ainsi de débourser 9,7 milliards de dollars – dont 5,7 milliards de dollars de reprise de dette – pour acheter la branche gazière Dominion Energy. Transport, compression et stockage, l’acquisition fait beaucoup parler (elle reste sujette à l’accord des autorités de concurrence américaines) car elle témoigne de la volonté de l’investisseur de privilégier cette énergie « propre ». 

Dans un milieu marqué par la spéculation, les modes changeantes, la multiplication de bulles et donc de crises, Warren Buffet fait figure de « sage ». Il s’est ainsi largement tenu à l’écart du boom des valeurs internet, n’investissant que dans les poids lourds du secteur de la technologie et refusant de céder à la folie du nimportoi.com. De même, il n’a pas été pris dans les rets des produits dérivés ce qui a limité ses pertes après la crise de 2008. Pour lui, rien ne remplacera la « vieille économie » et les investissements qui privilégient « le temps long » en matière de rentabilité. Il y a plus de dix ans, cette chronique se penchait déjà sur l’un de ses investissements majeurs dans transport ferroviaire de marchandises (26 milliards de dollars pour acquérir 100% du géant de fret Burlington Northern Santa Fe *). 

Pour plus d’impôts

Warren Buffet fait aussi parler de lui pour certaines de ses prises de positions qui dépareillent dans un milieu plutôt prompt à célébrer le laissez-faire et le néolibéralisme. Il fait ainsi partie de ces milliardaires qui jugent qu’ils ne paient pas assez d’impôts et pour qui la baisse de la fiscalité pour les plus riches est dangereuse parce qu’elle aggrave les inégalités. De même, il n’est pas contre des lois limitant les héritages. Bien entendu, l’homme croit aux vertus du marché et il serait exagéré d’en faire un gauchiste mais c’est son bon sens qui fait sa popularité. En 2013, il s’est ainsi élevé contre la politique de rachat de la dette étasunienne par la Réserve fédérale en qualifiant cette dernière de « plus gros fonds spéculatif de l’histoire. »

Dans sa lettre aux investisseurs de son fonds publiée en juin dernier, Buffet a aussi livré son avis sur certains points, l’un d’eux, délicieux, concernant les membres de conseil d’administration (CA) des entreprises cotées en Bourse. Il faut savoir que ce genre de place peut rapporter jusqu’à un demi-million de dollars par an. Et le constat du milliardaire est sans appel : quand un PDG cherche un nouvel administrateur, il choisira un homme peu fortuné qui, trop content d’être bien payé grâce à ses jetons de présence au CA, se comportera comme un « caniche » incapable de s’opposer aux décisions du patron.

* « Warren Buffet aime le train », Le Quotidien d’Oran, mercredi 11 novembre 2009.

La chronique de l’économie s’interrompt durant la période estivale et reprendra le mercredi 9 septembre.
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dimanche 12 janvier 2014

La chronique économique : Une femme à la tête de la Fed

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 9 janvier 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Comme prévu, le Sénat des Etats-Unis a donné, lundi 6 janvier, son feu vert (56 voix pour et 26 contre) à la nomination de Janet Yellen à la présidence de la Réserve fédérale américaine. Elle remplacera ainsi Ben Bernanke dont le second mandat s’achève à la fin du mois de janvier. Agée de 67 ans, celle est qui est déjà vice-présidente de la Banque centrale américaine (que l’on appelle aussi « Fed »), va donc faire son entrée dans le cercle des dirigeants les plus puissants et influents de la planète.
 
Une action dans la continuité de Bernanke
 
Certes, les décisions au sein de la Fed se prennent de manière consensuelle et, le plus souvent, à la faveur d’un vote au sein du Comité de politique monétaire (Fomc). Mais la personnalité du président compte énormément car c’est lui qui oriente cette politique selon ses convictions et ses analyses. Les deux prédécesseurs de Janet Yellen l’ont bien montré. Alan Greenspan a été l’architecte de l’expansion financière aux Etats-Unis tandis que Ben Bernanke restera dans l’histoire comme ayant été celui qui n’a pas hésité à recourir à des politiques peu orthodoxes pour faire face à la crise des subprimes. En rachetant de la dette publique étasunienne, la Fed a vu ses actifs passer de 813,2 milliards de dollars en 2006 à 3747,4 milliards de dollars en octobre 2013. Un bond de 361% qui a fait dire au financier et milliardaire Warren Buffet que « la Fed est devenue le plus gros fonds spéculatif de l’histoire ».
 
Et c’est justement la gestion de la politique monétaire non-conventionnelle qui sera le dossier le plus urgent à traiter pour Janet Yellen. Pour faciliter la tâche de sa successeuse, Ben Bernanke a déjà initié la réduction des achats mensuels d’actifs puisque ces derniers sont passés en décembre dernier de 85 milliards de dollars à 75 milliards de dollars. Du coup, Yellen pourra expliquer qu’elle s’inscrit dans la voie tracée par son prédécesseur et elle n’aura pas de mal à justifier d’autres réductions. Il lui faudra tout de même rassurer les marchés et faire en sorte que ce retrait progressif du soutien à l’économie ne débouche pas sur une crise de confiance et un ralentissement de la croissance.
 
Dans les mois qui viennent, il sera d’ailleurs intéressant de voir comment la Présidente de la Fed va gérer le couple croissance du Produit intérieur brut (PIB) et inflation. A diverses reprises, cette économiste a fait savoir que, pour elle, il était possible de tolérer une inflation élevée de manière temporaire si jamais cela devait permettre de maintenir une croissance forte. On le voit, comme ses prédécesseurs, Yellen continuera de faire de la création d’emplois (conséquence directe de la croissance), le pilier de l’action de la Fed et cela contrairement à la politique de la Banque centrale européenne (BCE) qui reste focalisée sur l’inflation fusse au prix de la destructions de postes.
 
Une nomination à la portée plus que symbolique
 
Par ailleurs, on relèvera que c’est la première fois qu’une femme accède au plus haut poste de la Réserve fédérale. Pour mémoire, Yellen n’était pas le premier choix de Barack Obama qui aurait préféré désigner Larry Summers avant de se raviser après la menace de plusieurs sénateurs démocrates de ne pas voter pour cet économiste controversé et jugé trop favorable à Wall Street. Aujourd’hui, Obama peut tout de même s’enorgueillir d’avoir contribué à la lutte contre les discriminations au travail dont sont victimes les femmes. Avec Yellen à la tête de la Fed, c’est tout le leadership de la finance qui devra tôt ou tard cesser d’être un domaine réservé aux hommes.
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