Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 20 février 2018

La chronique économique : Bourses, la grande menace

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 14 février 2018
Akram Belkaïd, Paris

2018, année du grand krach boursier ? Dix ans après la crise financière provoquée par la débâcle des subprimes, l’idée est dans toutes les têtes. C’est d’autant plus vrai que les marchés ont connu de grosses turbulences la semaine dernière et que la hausse modeste qui a suivi la purge ne rassure personne. Quand, comme ce fut le cas le 5 février dernier, le Dow Jones, indice principal du New York Stock Exchange (Nyse) perd plus de 1600 points en séance (un record historique), cela frappe les esprits même si l’index s’est (un peu) repris avant la clôture.

Peur de l’inflation

Les analystes qui veulent garder leur calme rappellent, à raison, que les arbres ne montent jamais au ciel. Cela fait maintenant neuf ans que les Bourses sont globalement orientées à la hausse. Alors que l’économie réelle a mis du temps à digérer la crise de 2008, les marchés d’actions, eux, se sont vite nourris de projections optimistes et ont enregistré records sur records à l’image de l’indice S&P 500 (cinq cent principales capitalisations boursières aux Etats Unis) qui a pratiquement quadruplé de valeur. Il était donc inévitable que les marchés corrigent d’eux-mêmes cette hausse continue. Une correction, estiment les analystes, nécessaire avant que la marche en avant ne reprenne…

La chute du bitcoin, évoquée dans ces colonnes, a aussi sa part de responsabilité. Le phénomène a peu été commenté mais les particuliers américains ont bel et bien repris le chemin de la Bourse depuis quelques années. Echaudés par les crises de 2001 et de 2008, ils avaient pris le large mais la croissance des Bourses et les facilités offertes pour opérer à son compte (désormais un simple ordinateur suffit…) les ont convaincus de retenter leur chance sur les marchés d’actions. En perdant de l’argent à cause de la chute du bitcoin, certains d’entre eux ont été obligés de se défaire d’une partie de leur portefeuille de valeurs mobilières ce qui a accentué les pertes des Bourses.

Mais la vraie raison de cette instabilité boursière est liée aux intentions de la Réserve fédérale (Fed). Cela fait des années que les marchés s’enivrent, d’autres diraient se goinfrent, grâce à la politique monétaire accommodante de la Banque centrale américaine. Taux d’intérêts peu élevés et rachats sur le marché d’obligations, ce sont des milliards de dollars de liquidités qui se sont déversées sur les marchés, créant, ici et là d’importantes bulles spéculatives. Tout le monde sait que la fête ne peut pas éternellement durer et que, tôt ou tard, l’orchestre s’arrêtera de jouer. Alors, à chaque fois qu’un événement est susceptible d’accélérer le mouvement de hausse de taux, les marchés anticipent et paniquent.

Le bal continue


L’annonce d’une augmentation de salaires de 2,9% aux Etats Unis a fait partie de ces catalyseurs. Pour les marchés boursiers, un salaire qui augmente ce n’est pas une bonne nouvelle même si ce genre d’augmentation est susceptible de doper la consommation (deux tiers de l’économie américaine). C’est surtout vu comme un risque de résurgence de l’inflation. Et qui dit inflation dit hausse des taux d’intérêts. On en est là. L’image habituelle déjà évoquée dans ce qui précède demeure pertinente. Le bal se poursuit mais l’orchestre commence à donner de sérieux signes de fatigues.
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mardi 29 septembre 2015

La chronique économique : La Fed joue la montre

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 23 septembre 2015
Akram Belkaïd, Paris

Est-ce reculer pour mieux sauter ? Ou est-ce encore un refus d’obstacle ? Le moins que l’on puisse dire c’est que les analystes sont partagés quant aux raisons qui ont conduit la Réserve fédérale (Fed) à ne pas augmenter son taux directeur lors de la dernière réunion de son Comité monétaire (FOMC). On le sait, cette augmentation est attendue depuis plusieurs mois et a été annoncée de manière plus ou moins explicite par Janet Yellen, la présidente de la Banque centrale américaine.

Des marchés déroutés

Le statu quo décidé par la Fed la semaine dernière a donc surpris et dérouté. La preuve, les marchés boursiers n’ont guère salué cette temporisation alors qu’on pourrait penser que le maintien d’un taux bas leur profite (le faible coût du crédit assure la liquidité). Sur les grandes places financières de nombreux opérateurs ont reproché à la Fed de naviguer à vue, de privilégier le court terme et d’avoir reporté une échéance que tout le monde sait incontournable et cela sans donner d’indications précises quant au calendrier. Pour résumer, la situation est comparable à celle d’élèves fâchés, au lieu d’être soulagés, que leur professeur reporte une nouvelle fois une interrogation écrite à laquelle, de toutes les façons, ils savent qu’ils ne pourront pas échapper.

La question est donc de savoir pourquoi la Fed a préféré gagner du temps. La réponse n’est certainement pas liée à l’état de l’économie américaine. Cette dernière continue de progresser et de créer des emplois dans un contexte où l’inflation reste maîtrisée. Bien sûr, le salarié américain aimerait moins de précarité et de vraies augmentations de salaires mais ceci est une autre affaire. En réalité, l’Institution de Washington est surtout préoccupée par l’impact qu’une telle décision pourrait avoir sur l’économie mondiale.

La Chine inquiète

Cela fait deux ans que l’on sait que les pays émergents craignent un retour d’une politique monétaire moins laxiste aux Etats Unis. Ils n’ignorent pas que, gavés de liquidités, les investisseurs se dépêcheront alors d’investir sur le marché américain, notamment en achetant de la dette souveraine (les taux ayant augmenté, ils obtiendront une meilleure rémunération). Pénaliser le Brésil, l’Afrique du Sud, la Turquie ou même la Corée du Sud ne posait pas de gros problèmes à la Fed. Par contre, ses réticences sont plus nombreuses aujourd’hui car, désormais, la Chine est concernée elle aussi.

Confrontée à une baisse de ses marchés boursiers, fragilisée par une activité locale et des exportations qui ralentissent et, enfin, en proie à la multiplication de revendications sociales, la Chine risque d’être frappée de plein fouet par l’inévitable fuite de capitaux qui se fera au bénéfice des Etats Unis. On sait ce que cela veut dire. Une économie chinoise qui éternue, et c’est la planète entière, Europe comprise, qui va tomber malade. En décidant de ne pas augmenter les taux, la Fed préfère donc attendre que la Chine aille mieux. Pour combien de temps ? Les avis divergent mais il n’est pas exclu que ce resserrement monétaire intervienne avant la fin de cette année.
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dimanche 12 janvier 2014

La chronique économique : Une femme à la tête de la Fed

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 9 janvier 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Comme prévu, le Sénat des Etats-Unis a donné, lundi 6 janvier, son feu vert (56 voix pour et 26 contre) à la nomination de Janet Yellen à la présidence de la Réserve fédérale américaine. Elle remplacera ainsi Ben Bernanke dont le second mandat s’achève à la fin du mois de janvier. Agée de 67 ans, celle est qui est déjà vice-présidente de la Banque centrale américaine (que l’on appelle aussi « Fed »), va donc faire son entrée dans le cercle des dirigeants les plus puissants et influents de la planète.
 
Une action dans la continuité de Bernanke
 
Certes, les décisions au sein de la Fed se prennent de manière consensuelle et, le plus souvent, à la faveur d’un vote au sein du Comité de politique monétaire (Fomc). Mais la personnalité du président compte énormément car c’est lui qui oriente cette politique selon ses convictions et ses analyses. Les deux prédécesseurs de Janet Yellen l’ont bien montré. Alan Greenspan a été l’architecte de l’expansion financière aux Etats-Unis tandis que Ben Bernanke restera dans l’histoire comme ayant été celui qui n’a pas hésité à recourir à des politiques peu orthodoxes pour faire face à la crise des subprimes. En rachetant de la dette publique étasunienne, la Fed a vu ses actifs passer de 813,2 milliards de dollars en 2006 à 3747,4 milliards de dollars en octobre 2013. Un bond de 361% qui a fait dire au financier et milliardaire Warren Buffet que « la Fed est devenue le plus gros fonds spéculatif de l’histoire ».
 
Et c’est justement la gestion de la politique monétaire non-conventionnelle qui sera le dossier le plus urgent à traiter pour Janet Yellen. Pour faciliter la tâche de sa successeuse, Ben Bernanke a déjà initié la réduction des achats mensuels d’actifs puisque ces derniers sont passés en décembre dernier de 85 milliards de dollars à 75 milliards de dollars. Du coup, Yellen pourra expliquer qu’elle s’inscrit dans la voie tracée par son prédécesseur et elle n’aura pas de mal à justifier d’autres réductions. Il lui faudra tout de même rassurer les marchés et faire en sorte que ce retrait progressif du soutien à l’économie ne débouche pas sur une crise de confiance et un ralentissement de la croissance.
 
Dans les mois qui viennent, il sera d’ailleurs intéressant de voir comment la Présidente de la Fed va gérer le couple croissance du Produit intérieur brut (PIB) et inflation. A diverses reprises, cette économiste a fait savoir que, pour elle, il était possible de tolérer une inflation élevée de manière temporaire si jamais cela devait permettre de maintenir une croissance forte. On le voit, comme ses prédécesseurs, Yellen continuera de faire de la création d’emplois (conséquence directe de la croissance), le pilier de l’action de la Fed et cela contrairement à la politique de la Banque centrale européenne (BCE) qui reste focalisée sur l’inflation fusse au prix de la destructions de postes.
 
Une nomination à la portée plus que symbolique
 
Par ailleurs, on relèvera que c’est la première fois qu’une femme accède au plus haut poste de la Réserve fédérale. Pour mémoire, Yellen n’était pas le premier choix de Barack Obama qui aurait préféré désigner Larry Summers avant de se raviser après la menace de plusieurs sénateurs démocrates de ne pas voter pour cet économiste controversé et jugé trop favorable à Wall Street. Aujourd’hui, Obama peut tout de même s’enorgueillir d’avoir contribué à la lutte contre les discriminations au travail dont sont victimes les femmes. Avec Yellen à la tête de la Fed, c’est tout le leadership de la finance qui devra tôt ou tard cesser d’être un domaine réservé aux hommes.
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jeudi 12 décembre 2013

La chronique économique : Une leçon américaine

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 11 décembre 2013
par Akram Belkaïd, Paris

Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives mais il semble bien que l’économie américaine ait pris des couleurs comme le montrent deux récentes statistiques. D’abord, la croissance du produit intérieur brut (PIB) a atteint 3,6% en rythme annuel au troisième trimestre de cette année. C’est la première fois depuis sept trimestres que la progression du PIB dépasse la barre symbolique des 3%. Ensuite, le chômage au mois de novembre est tombé à 7% avec la création de 203.000 emplois. Le marché du travail revient donc à ses niveaux de septembre 2008, à la veille de la grande crise financière.
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QUELQUES RESERVES DE TAILLE
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Bien entendu, des éléments amènent à relativiser ces performances et à garder en tête qu’un retournement est toujours possible. Pour ce qui est de la croissance, il faut préciser qu’elle a été dopée par la constitution de stocks, pour un montant total de 116,5 milliards de dollars, en vue des achats pour les fêtes de fin d’année (dont le coup d’envoi traditionnel a été donné le 29 novembre dernier pour le fameux week-end du Black Friday). Il faudra donc attendre les résultats du quatrième trimestre pour vérifier si la reprise de la consommation s’est maintenue au même niveau.

Concernant le marché du travail, les statistiques de création d’emplois ont bénéficié du retour au bureau de plusieurs milliers de fonctionnaires qui s’étaient retrouvés sans emploi jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé au Congrès à propos du budget fédéral. De même, il faut noter que le nombre de chômeurs reste élevé car proche de 11 millions (10,9) ce qui est très loin de la moyenne de 6 millions qui prévalait au début des années 2000 quand la croissance de l’économie était vigoureuse. Voilà pourquoi de nombreux commentateurs continuent de parler de « jobless recovery », reprise sans emplois, et cela malgré les 2,8 millions d’emplois créés depuis septembre 2012.

On peut aussi s’interroger sur la manière dont évolueront les chiffres de la croissance et de l’emploi le jour où la Réserve fédérale (Fed) s’arrêtera d’injecter chaque mois 85 milliards de dollars dans l’économie. A ce sujet, les perspectives restent encore incertaines. D’une part, la Fed ne pourra pas continuer à créer de la monnaie de manière indéfinie (ses injections créent déjà des bulles sur les marchés financiers notamment dans le secteur des nouvelles technologies). De l’autre, la bataille parlementaire à propos du budget est loin d’être terminée au Congrès et un nouveau blocage de l’appareil fédéral n’est pas à exclure.
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LE PRAGMATISME AVANT TOUT
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Mais quoiqu’il en soit, ces derniers chiffres de conjoncture démontrent la capacité de l’économie des Etats-Unis à s’adapter et à déterminer les mesures susceptibles d’enrayer les menaces récessionnistes. Ainsi, l’action volontariste de la Réserve fédérale s’apparente à une méga-subvention publique de l’économie et du secteur privé qu’il soit bancaire ou pas. Dans ce genre de circonstances, l’idéologie cède donc la place à un keynésianisme des plus pragmatiques. C’est là une leçon américaine que l’Union européenne, agrippée à son dogme libéral, a encore du mal à comprendre…
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