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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mercredi 25 novembre 2020

La chronique économique : En Chine, l’État face au marché

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 18 novembre 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Il y a quelques semaines, cette chronique annonçait l’entrée en Bourses de Shanghai et de Hong Kong d’Ant Group (1), le numéro un des transactions électroniques en Chine (55% des parts de marche contre 40% pour son concurrent Tencent). L’opération promettait d’entrer dans l’histoire avec une levée de fonds record de 34,5 milliards de dollars, autrement dit loin devant le géant du commerce en ligne Alibaba (25 milliards de dollars) et le groupe pétrolier saoudien Aramco (25 milliards de dollars). Or, à la surprise générale, cette Initial Public Offering (IPO) a été bloquée à la dernière minute par les autorités chinoises. Comment interpréter un tel revers ?

 

Reprise en main étatique

 

Dans cette même chronique nous évoquions le fait qu’Ant Group, comme d’autres opérateurs du secteur du commerce électronique, ne cessent d’élargir leur gamme de services et c’est bien cela qui inquiète les autorités. Empôcher des milliards de dollars en ponctionnant une commission sur chaque achat effectée grâce à Internet, cela passe. Mais commencer à utiliser ces liquidités pour se lancer peu à peu dans le crédit en ligne, l’assurance et, surtout, la gestion de l’épargne, et cela au grand dam des banques étatiques qui sont incapables de suivre le rythme, cela n’est pas accepté par les plus hautes autorités du pays.

 

Selon la presse économique, c’est le président chinois lui même qui aurait décidé de stopper l’IPO d’Ant Group. Xi Jinping serait décidé à freiner l’expansion des géants chinois de l’internet avant qu’ils n’échappent à tout contrôle ou qu’ils deviennent trop puissants et trop riches pour que l’Etat continue à leur dicter sa loi. Il est intéressant de noter que le gouvernement chinois n’hésite plus à exprimer son inquiétude quant au risque de voir des monopoles privés se constituer. L’ironie de la situation est évidente : voilà un Parti communiste au pouvoir qui a enclenché l’adaptation du pays à l’économie de marché mais qui décide qu’il existe des limites à ne pas dépasser.

 

Secteur florissant

 

Mais la marge de manœuvre de Pékin est très étroite. Les autorités peuvent freiner Ant Group ou même son ex-maison-mère Alibaba (qui en détient encore un tiers du capital) mais le risque est que ces acteurs perdent de leur compétitivité par rapport à leurs concurrents américains qui rêvent de prendre pied sur le marché chinois. Encore une fois, il est nécessaire de suivre ce qui se joue aujourd’hui en Chine car le capitalisme d’État tant vanté au cours des deux dernières décennies est en train d’atteindre ses limites. Il n’est pas étonnant d’entendre un Jack Ma, fondateur d’Alibaba et aujourd’hui officiellement retiré des affaires, critiquer de manière régulière l’inertie du système financier chinois (2).  

 

Jack Ma, le « crocodile du Yangtze » et ses pairs sont d’ailleurs le collimateur des autorités. Mais peuvent-elles les mettre au pas ? Le 11 novembre, la « journée des célibataires », grand moment consumériste dont le chiffre d’affaires dépasse de loin ceux du « black Friday » ou des fêtes de fin d’année, a démontré la vigueur du commerce en ligne en Chine avec un chiffre d’affaires de 64 milliards de dollars pour le seul Alibaba (contre 34 milliards de dollars lors du 11/11 de 2019). Cette manne est un levier puissant pour asseoir un pouvoir économique. C’est aussi un motif d’inquiétude pour tout pouvoir politique qui entend garder la main sur l’économie.

 

 

 

(1) « Ant Group bat le record des entrées en Bourse », Le Quotidien d’Oran, 28 octobre 2020.

 (2) « Jack Ma, milliardaire et (déjà) retraité », Le Quotidien d’Oran, 11 septembre 2019.

 

 

 

  

 

jeudi 26 octobre 2017

La chronique économique : La Chine et ses « talents » étrangers

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 25 octobre 2017
Akram Belkaïd, Paris


Le Parti communiste chinois (PCC) a donc tenu son dix-neuvième congrès. A chaque fin de lustre, cet événement mobilise l’attention des observateurs internationaux qui attendent les signes d’une évolution politique ou, c’est plus souvent le cas sous la présidence de Xi Jinping, une réaffirmation du dogme du « socialisme chinois spécifique ». Autrement dit la poursuite d’une ouverture économique toujours d’inspiration libérale mais un rejet hermétique de toute ouverture politique.

Expertise importée

Ce fut encore le cas cette fois-ci. La Chine, a expliqué XI Jinping, entend continuer de jouer le jeu de la mondialisation et des échanges commerciaux. Mieux, elle promet de mieux ouvrir son marché intérieur aux entreprises étrangères. On le sait, Pékin est très critiqué pour son protectionnisme notamment en matière de défense des intérêts de ses entreprises publiques. Désormais, les autorités chinoises tiennent un discours économique à l’opposé de celui du président américain Donald Trump qui prône un retour à une plus grande régulation des échanges commerciaux.

Concernant la stratégie chinoise, on connaît le paradoxe qui alimente nombre de controverses. Sur le long terme, peut-on demeurer libéral sur le plan économique tout en cadenassant le champ politique avec une poigne d’acier ? En juillet dernier, la mort en prison de Liu Xiabo, le prix Nobel de la Paix 2010 a montré que le régime chinois n’entend rien céder aux dissidents alors qu’il fait assaut de séduction à l’égard des investisseurs étrangers. Même si le succès économique est au rendez-vous, on peut se dire que ce genre de stratégie ne dure qu’un temps et que si, d’aventure, la conjoncture se retourne, Pékin sera obligé de lâcher du lest pour assurer la pérennité du PCC. Mais cela fait trois décennies que ce genre de raisonnement est rabâché. Et rien ne change.

De fait, le verrouillage du champ politique sert même d’argument vis-à-vis des investisseurs étrangers qui, par exemple, trouvent en Chine un environnement où les syndicats officiels servent surtout à briser les grèves… Mais il y a plus important. De nombreux cadres internationaux confirmés n’hésitent plus à s’installer en Chine, attirés par le boom économique et les perspectives de carrière. Cela vaut aussi pour des étudiants étrangers pour lesquels un cursus en Chine est un avantage stratégique. Publié récemment, un rapport met en exergue le fait que le pays réalise une double performance (*).

La première, c’est qu’il attire des étudiants et des « talents » étrangers de tous les horizons, y compris des ressortissants américains. A ce sujet, aucun pays, hormis la Chine, n’a réussi la performance d’être à la fois un exportateur d’étudiants nationaux et un importateur d’expertises étrangères (lesquelles acceptent de travailler pour des entreprises locales). La seconde performance est la capacité à convaincre les nationaux partis étudier à l’étranger de rentrer chez eux pour y faire carrière.  Là aussi, rares sont les pays du Sud qui y arrivent.

Le prix du silence

Que penser de tout cela ? L’une des conclusions premières est que le fameux environnement des affaires, que l’on agite à bout de bras pour classer les pays selon leur attractivité, peut s’accommoder d’un régime autoritaire, pour ne pas dire dictatorial, si le reste est assuré. Le reste ? Des entreprises modernes ou en voie de modernisation, des universités reconnues et capables de concurrencer des établissements occidentaux, des marchés en croissance et, bien sûr, des rémunérations à la hauteur des ambitions de ces élites économiques. Mais la règle implicite est connue de tous. On travaille, on gagne (bien) sa vie mais on ne se mêle pas de politique. Si l’on est étranger, on tient sa langue. En Chine, plus qu’ailleurs, le silence et la soumission au pouvoir en place sont le prix du succès professionnel.


(*) « Rapport 2018 sur la mobilité mondiale de talents et la gestion de la richesse », Forbes et Wailan, Overseas Consulting Group.
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vendredi 25 janvier 2013

La chronique économique : L’économie chinoise en phase de normalisation

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 23 janvier 2013
par Akram Belkaid, Paris
 
L’information n’a étonné personne mais elle mérite d’être analysée. En 2012, la croissance de la Chine a atteint 7,8%, soit son plus bas niveau depuis 1999. Bien sûr, un tel niveau de progression du Produit intérieur brut (PIB) chinois ferait la joie de n’importe quel autre pays. Mais, dans le cas présent, il s’agit de l’économie chinoise, laquelle a habitué la planète à des taux de croissance plus impressionnants (9,3% en 2011 et 10,4% en 2010). Plus important encore, tous les experts s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas d’un accident mais bien de l’entrée de la Chine dans un cycle d’expansion plus modeste. Pour 2013, le rythme de création de richesses devrait ainsi repasser la barre des 8% mais le temps des taux de croissance à deux chiffres semble révolu.


LA CONSOMMATION, FUTUR MOTEUR ECONOMIQUE


On le sait, le soutien à la croissance du PIB est l’une des priorités des autorités chinoises. En effet, le maintien d’un haut niveau d’activité est la garantie d’un renforcement des classes moyennes chinoises et d’une diminution du niveau de pauvreté. Durant plusieurs décennies, la potion reposant sur les exportations et l’investissement public a très bien fonctionné. Aujourd’hui, le moteur chinois du commerce extérieur a des ratés ne serait-ce que parce que l’économie mondiale a ralenti. En 2012, les échanges avec l’extérieur n’ont progressé en volume que de 6,2% contre 22% en 2011. En clair, le «made in China» ne suffit plus à doper la croissance du PIB et l’urgence d’un nouveau modèle économique est évoquée depuis plusieurs années.

Pour de nombreux économistes, il est donc temps que Pékin bascule son économie sur la consommation intérieure. Dans un pays où la population dépasse depuis longtemps le milliard d’individus, une telle orientation a du sens. Reste que la consommation ne se décrète pas. Elle doit reposer sur plusieurs piliers qui nécessitent de profondes réformes économiques et politiques. Cela dans un contexte marqué par une transition politique compliquée où personne ne sait vraiment quelles sont les intentions réelles du président Xi Jinping et de son Premier ministre Li Keqiang (les deux hommes ne prendront officiellement les rênes du pays qu’au mois de mars prochain).

Parmi les réformes évoquées pour soutenir l’économie, figure l’amélioration des conditions sociales des travailleurs chinois. En effet, un développement du marché intérieur passe nécessairement par une révision de la protection sociale et par un relèvement du salaire minimum. Cela signifie aussi que les salariés doivent pouvoir disposer d’un pouvoir de négociation avec leurs employeurs, ce qui implique une plus grande autonomie pour des syndicats, jusqu’à présent, tenus en laisse par le Parti communiste. A cela s’ajoute aussi une réforme profonde du système financier afin que le développement du crédit à la consommation soit mieux encadré. Enfin, la consommation va de pair avec la stabilisation des mouvements de travailleurs migrants. Or, ces derniers continuent de passer d’une province à l’autre, avec des droits limités et l’interdiction de s’établir définitivement dans la région où ils travaillent.

BAISSE DES TAUX ET RELANCE ECONOMIQUE

La Chine n’a donc pas encore pris toute la mesure des nouveaux défis qui l’attendent. En attendant le développement du marché intérieur, les autorités continuent donc d’appliquer des recettes classiques pour soutenir l’activité. A l’été 2012, la Banque centrale chinoise (Banque populaire de Chine) a décidé à deux reprises de baisser ses taux directeurs. Dans le même temps, les autorités ont mis en place un programme de relance par l’investissement public de plusieurs dizaines de milliards de dollars avec notamment de nouveaux chantiers d’infrastructures. La potion a été efficace au vu de la bonne tenue de l’économie au quatrième trimestre ( 7,9% de croissance). Mais, cela ne saurait suffire à moyen et long terme pour assurer à la Chine le minimum de 8% de croissance dont elle a besoin pour juguler la pauvreté et prétendre au rang de première économie mondiale, d’ici quelques années.
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