Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 4 mars 2021

La chronique économique : Quand le conteneur se fait rare

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 17 février 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Il est devenu l’emblème de la mondialisation et de l’explosion du commerce international. Il est aussi, ceci allant de pair avec cela, l’icône du grand réveil chinois et de la capacité de Pékin de fournir toutes les marchandises possibles au monde dans des délais raisonnables y compris en matière de produits frais ou périssables. Enfin, il est aussi le symbole du gaspillage déraisonné et de la pollution des océans. Il s’agit, bien entendu, du container.

 

Pénurie globale

 

Au début des années 2000, nombre d’économistes estimaient déjà que ce début de siècle serait l’âge d’or du container. Des « boîtes » empilées les unes sur les autres, des navires toujours plus gigantesques pour les transporter, des innovations technologiques comme la technique frigorifique, et les échanges mondiaux ne cessent d’être facilités. Bien sûr, cela permet toutes les dérives notamment les trafics, y compris humains, sans oublier ces containers qui dérivent dans l’océan et qui constituent de vrais dangers pour la navigation. De même, certaines boîtes ont servi à couler des déchets dangereux dans les mers. Mais la tendance est là, le container demeure incontournable. Il est la colonne vertébrale du commerce internationale.

 

Et en cette période marquée par la pandémie de Covid-19, cet équipement indispensable est en train de manquer. La raison en est simple : de nombreux conteneurs demeurent bloqués dans des centaines de ports à l’arrêt ou à l’accès difficile en raison des mesures de restrictions sanitaires. En règle générale, les conteneurs vont et viennent, dans un immense mouvement de recyclage perpétuel. Dans le cas présent, l’immobilisation forcée de milliers de boîtes crée un goulot d’étranglement.

 

La conséquence de tout cela est une hausse directe des coûts de fret maritime (+150% sur un an pour les trois derniers mois de 2020). En effet, les ports chinois manquent de conteneurs et les importateurs européens et nord-américains sont obligés de payer le transport plus cher. La situation est d’autant plus compliquée que l’économie mondiale redémarre plus rapidement que prévu. Elle est donc en avance par rapport à une éventuelle levée des restrictions sanitaires voire une éventuelle amélioration de la situation pandémique.

 

Réorganisation

 

Cette situation va laisser des traces car, à l’avenir, les opérateurs vont certainement garder en tête le fait que le transport maritime n’est pas l’unique solution. Dans un contexte où de nombreuses entreprises sont en train de réorganiser leurs chaînes de valeur et leurs systèmes logistiques, il est possible d’envisager que des stratégies de relocation partielle soit décidées de manière à favoriser d’autres modes de transport (route, ferroviaire). Une évolution que la Chine a d’ores et déjà anticipée. En effet, le projet des nouvelles routes de la soie prend en compte les exigences à venir en matière de proximité des centres de production par rapport aux consommateurs. Certes, le conteneurs a encore de beaux jours devant lui mais sa domination (presque) totale est peut-être terminée.

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jeudi 28 janvier 2021

La chronique économique : L’année de la Chine

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 13 janvier 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Jusqu’où ira la Chine ? Alors que la planète vit encore au rythme de la pandémie de Covid-19 et même au rythme de « l’épidémie dans l’épidémie », comprendre la diffusion fulgurante du variant, ou virus mutant, anglais ; Alors que les yeux sont braqués sur les États-Unis où l’on se demande ce que Donald Trump va bien pouvoir inventer comme nouvelle provocation avant son départ de la Maison-Blanche, les économistes et la presse dans sa grande majorité s’intéressent de nouveau à la Chine, lieu de départ de l’épidémie, faut-il le rappeler.

 

Une croissance vigoureuse

 

Un an après l’annonce du premier mort du Covid-19 et du confinement massif et historique des dix millions d’habitants de la ville de Wuhan, la Chine semble être revenue à un niveau de normalité que lui envient nombre de pays. Après une croissance économique de 2% en 2020 - signe que le pays aura tout de même échappé à la récession, le produit intérieur brut (PIB) devrait croître de 8% en 2021. Dans une série consacrée cette semaine à la Chine, le quotidien français Le Monde estime même que la pandémie a accéléré l’essor économique de ce pays.

 

Il ne s’agit pas simplement du niveau de croissance auquel Pékin a habitué la planète depuis une vingtaine d’années. C’est surtout que le rattrapage vis-à-vis des autres puissances est en phase d’accélération dans un contexte marqué par les conséquences dramatiques de la pandémie. Jusqu’à présent, il était habituel d’affirmer que la Chine ne serait pas au niveau de ses rivaux, dont les États-Unis, avant 2040 voire 2050. Aujourd’hui, si les prévisions économiques restent en l’état, le PIB chinois pourrait atteindre le premier rang mondial d’ici 2030 voire 2028. On imagine les conséquences, ne serait-ce que géostratégiques, d’un tel changement dans la hiérarchie mondiale.

 

Aux États-Unis, le camp républicain, soucieux de se refaire une virginité après la fin chaotique du mandat Trump va y trouver un matériau en or pour attaquer Joe Biden d’ores et déjà accusé de faiblesse à l’égard de Pékin. Les démocrates agitaient le hochet russe pour disqualifier Trump. Les républicains feront la même chose à l’égard du nouveau président américain en l’accusant de ne pas défendre la suprématie américaine vis-à-vis de l’essor croissant de la Chine. Tout cela bien sûr étant relatif car le budget de défense américain continuera encore de surclasser celui de son rival mais, pour le reste, on sent bien que le monde atteint un point de basculement, celui où la grande puissance américaine ne sera plus aussi hégémonique qu’avant. Question : cela augure-t-il d’affrontements armés ?

 

Quelle que soit l’issue, il faut d’abord s’attendre à un durcissement des batailles commerciales entre les deux pays mais la Chine a bien compris qu’il lui fallait profiter des divisions pour continuer à s’imposer. Le brexit mais aussi la brutalité de l’administration Trump à l’égard des Européens ont favorisé les desseins de Pékin. La signature d’accords économiques récents avec Bruxelles et le manque de réaction vigoureuse de l’Union européenne face à la répression à Hong Kong montrent que la situation évolue en faveur du camp chinois.

 

Pays développé ?

 

Rançon du succès, il sera de plus en plus difficile à la Chine de continuer à prétendre qu’elle n’est « qu’un » pays en développement. Dans quelques années, le revenu annuel par habitant sera l’équivalent de celui de pays industrialisés et les diverses dispenses et avantages dont bénéficie Pékin en matière de commerce international, de normes ou de facilités d’accès à certains marchés vont certainement être révoqués. Cela obligera, d’une certaine manière, la Chine à assumer sa position de géant planétaire. L’équilibre géostratégique de la planète en sera alors totalement modifié et une ère d’incertitudes s’ouvrira, largement dépendante de l’acceptation ou non par les Etats-Unis de leur relégation au second rang.

 

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mercredi 25 novembre 2020

La chronique économique : En Chine, l’État face au marché

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 18 novembre 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Il y a quelques semaines, cette chronique annonçait l’entrée en Bourses de Shanghai et de Hong Kong d’Ant Group (1), le numéro un des transactions électroniques en Chine (55% des parts de marche contre 40% pour son concurrent Tencent). L’opération promettait d’entrer dans l’histoire avec une levée de fonds record de 34,5 milliards de dollars, autrement dit loin devant le géant du commerce en ligne Alibaba (25 milliards de dollars) et le groupe pétrolier saoudien Aramco (25 milliards de dollars). Or, à la surprise générale, cette Initial Public Offering (IPO) a été bloquée à la dernière minute par les autorités chinoises. Comment interpréter un tel revers ?

 

Reprise en main étatique

 

Dans cette même chronique nous évoquions le fait qu’Ant Group, comme d’autres opérateurs du secteur du commerce électronique, ne cessent d’élargir leur gamme de services et c’est bien cela qui inquiète les autorités. Empôcher des milliards de dollars en ponctionnant une commission sur chaque achat effectée grâce à Internet, cela passe. Mais commencer à utiliser ces liquidités pour se lancer peu à peu dans le crédit en ligne, l’assurance et, surtout, la gestion de l’épargne, et cela au grand dam des banques étatiques qui sont incapables de suivre le rythme, cela n’est pas accepté par les plus hautes autorités du pays.

 

Selon la presse économique, c’est le président chinois lui même qui aurait décidé de stopper l’IPO d’Ant Group. Xi Jinping serait décidé à freiner l’expansion des géants chinois de l’internet avant qu’ils n’échappent à tout contrôle ou qu’ils deviennent trop puissants et trop riches pour que l’Etat continue à leur dicter sa loi. Il est intéressant de noter que le gouvernement chinois n’hésite plus à exprimer son inquiétude quant au risque de voir des monopoles privés se constituer. L’ironie de la situation est évidente : voilà un Parti communiste au pouvoir qui a enclenché l’adaptation du pays à l’économie de marché mais qui décide qu’il existe des limites à ne pas dépasser.

 

Secteur florissant

 

Mais la marge de manœuvre de Pékin est très étroite. Les autorités peuvent freiner Ant Group ou même son ex-maison-mère Alibaba (qui en détient encore un tiers du capital) mais le risque est que ces acteurs perdent de leur compétitivité par rapport à leurs concurrents américains qui rêvent de prendre pied sur le marché chinois. Encore une fois, il est nécessaire de suivre ce qui se joue aujourd’hui en Chine car le capitalisme d’État tant vanté au cours des deux dernières décennies est en train d’atteindre ses limites. Il n’est pas étonnant d’entendre un Jack Ma, fondateur d’Alibaba et aujourd’hui officiellement retiré des affaires, critiquer de manière régulière l’inertie du système financier chinois (2).  

 

Jack Ma, le « crocodile du Yangtze » et ses pairs sont d’ailleurs le collimateur des autorités. Mais peuvent-elles les mettre au pas ? Le 11 novembre, la « journée des célibataires », grand moment consumériste dont le chiffre d’affaires dépasse de loin ceux du « black Friday » ou des fêtes de fin d’année, a démontré la vigueur du commerce en ligne en Chine avec un chiffre d’affaires de 64 milliards de dollars pour le seul Alibaba (contre 34 milliards de dollars lors du 11/11 de 2019). Cette manne est un levier puissant pour asseoir un pouvoir économique. C’est aussi un motif d’inquiétude pour tout pouvoir politique qui entend garder la main sur l’économie.

 

 

 

(1) « Ant Group bat le record des entrées en Bourse », Le Quotidien d’Oran, 28 octobre 2020.

 (2) « Jack Ma, milliardaire et (déjà) retraité », Le Quotidien d’Oran, 11 septembre 2019.

 

 

 

  

 

vendredi 13 novembre 2020

La chronique économique : Ant Group bat le record des entrées en Bourse

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 28 octobre 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

Pandémie de Covid19 ou pas, les marchés financiers continuent leur folle sarabande alimentée par d’énormes quantités de liquidités nées des politiques de taux bas des Banques centrales. Certes, les indices peuvent plonger quand se profile l’hypothèse d’un nouveau confinement général (comme c’est le cas en France actuellement) mais dans le moyen terme, la Bourse joue les lendemains qui chantent. Comment ne pas en être convaincu quand on s’apprête à assister à l’ouverture du capital de Ant Group, l’entreprise chinoise de solutions de paiement et de placement sur internet ?

 

318 milliards de dollars de valorisation

 

Ancienne propriété du géant Alibaba, qui en possède toujours 33% du capital, Ant Group est le numéro un des transactions électroniques en Chine avec 55% des parts contre 40% pour son concurrent Tencent. Le 5 novembre prochain, Ant va procéder à son Initial public offering (IPO) sur deux places : Hong Kong et Shanghai. Selon les spécialistes, cette entrée en Bourse devrait battre tous les records avec une levée de fonds de 34,5 milliards de dollars. Jusque-là, le maximum avait été atteint par Alibaba (25 milliards de dollars) et le groupe pétrolier saoudien Aramco (25,6 milliards de dollars).

 

Si l’on se base sur un cours de départ de 80 dollars, Ant Group pèsera 318 milliards de dollars. Une valorisation inférieure à celle de Tencent (538 milliards de dollars) mais équivalent à celle du géant américain JP Morgan et de loin supérieure à ses concurrents occidentaux PayPal (233 milliards de dollars) et Square (75 milliards de dollars). C’est donc d’un géant des marchés qu’il est désormais question. Un géant adossé à une activité réelle avec 800 millions d’utilisateurs, pour la plupart chinois, et 16 milliards de dollars de paiements électroniques gérés en 2019.

 

Ce qui est aussi intéressant, c’est de relever à quel point la trajectoire d’Ant Group « raconte » l’évolution de la Chine au cours de ces vingt dernières années. Deux décennies où le pays dirigé officiellement par un parti communiste a permis à des entreprises de naître et de croître à l’ombre, voire au détriment du secteur d’État traditionnel. Ainsi, Ant Group est désormais un acteur incontournable du paiement électronique (80% de son activité) mais il se développe aussi dans la gestion d’épargne et dans l’assurance. Face à lui, les banques publiques sont à la traîne et ne doivent de garder leur activité qu’aux réglementations étatiques qui les protègent encore.

 

Maîtrise technologique

 

Il n’est pas certain que l’on puisse faire d’Ant Group un exemple à suivre mais son expérience comme celle de Tencent mériterait d’être analysée en Algérie. Il s’agit d’exemples concrets d’acquisition d’une compétence à la fois technologique mais aussi financière. Les débuts furent laborieux mais, aujourd’hui, il est impensable pour le consommateur chinois de se passer des achats par internet tout en ayant la possibilité de disposer de solutions locales. Même chose quand il s’agit de gérer son épargne. Une chose est clair, la combinaison téléphonie intelligente – internet – services financiers et bancaires, est le credo du futur à court et moyen terme. Dans un pays comme l’Algérie où payer par chèque relève de l’exploit, cela donne la mesure du travail qui reste à accomplir.

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jeudi 22 octobre 2020

La chronique économique : La Chine devient verte

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 30 septembre 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Simple effet d’annonce destiné à mettre sous pression d’autres pays dont les États-Unis ou véritable engagement annonçant une véritable révolution politique et technologique ? Dans son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, le président chinois Xi Jinping a déclaré que son pays entendait désormais parvenir à la neutralité carbone d’ici 2060 et qu’il s’engagerait pour cela dans une réduction des gaz à effet de serre (ges) à partir de 2030. Pour mémoire, la neutralité carbone signifie qu’un émetteur (pays, entreprise, ville, région, etc.) compense la totalité de ce qu’il laisse s’échapper dans l’atmosphère comme dioxyde de carbone en capturant et en stockant des quantités équivalentes de ges.

 

Vitrine technologique

 

Si une telle annonce traduit une vraie volonté des autorités chinoises, alors cela signifie que la Chine est décidée à jouer le rôle de vitrine technologique et de locomotive dans la lutte contre le réchauffement climatique. C’est ce dernier qu’a d’ailleurs évoqué le président Xi Jinping en affirmant que l’humanité ne pouvait plus ignorer les dérèglements de la nature. Alors que les États-Unis sont aujourd’hui dirigés par un climato-sceptique et que leurs émissions de ges repartent à la hausse, Pékin a d’ores et déjà le beau rôle en reconnaissant l’urgence d’agir pour le climat.

 

Il reste à savoir si la Chine y arrivera vraiment. Aujourd’hui, ce pays est le premier émetteur de dioxyde de carbone avec 10 milliards de tonnes en 2018, soit près du double des émissions aux États-Unis (5,4 milliards de tonnes). L’image de villes chinoises plongées dans un brouillard de suie noire due aux industries polluantes et aux centrales à charbon est connue de tous. Et même si la situation semble s’améliorer peu à peu, on se demande comment les autorités vont planifier en si peu de temps le remplacement des énergies carbone par du renouvelable ou du nucléaire.

 

De nombreuses informations incitent toutefois à prendre au sérieux les déclarations de Xi Jinping. Les programmes de constructions sont désormais tenus d’incorporer des solutions technologiques englobant l’énergie solaire ou d’autres sources renouvelables (éoliennes, marées, etc.). Dans certaines provinces, les opérateurs de communication baissent les capacités des réseaux internet la nuit afin de diminuer la facture énergétique. Même la 5G qui compte déjà près de 100 millions d’abonnés est concernée. De nombreuses universités investissent dans des programmes diplômants concernant les énergies vertes et la transition écologique. Bref, il est fort possible qu’il soit nécessaire de suivre de près la Chine pour être à la page en ce qui concerne le développement durable.

 

Complot anti-américain

 

Bien entendu, les sceptiques demeurent nombreux. Pays gigantesque, énergétivore et soucieux de garder une large place au sein du commerce international, la Chine est, selon eux, condamnée à toujours polluer plus. Pour d’autres observateurs, les déclarations de Xi Jinping sont d’abord destinées à rapprocher son pays de l’Europe, qui se veut elle aussi irréprochable en matière d’environnement tout en isolant les États-Unis et d’autres pays émergents dont le Brésil. D’ailleurs, pour les climato-sceptiques américains, la lutte contre le réchauffement climatique n’est rien d’autre qu’un complot chinois pour brider la croissance américaine. Une certitude que les feux récents en Californie n’arrive pas à ébranler.

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mercredi 1 juillet 2020

La face honteuse du « métal bleu »

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Des enfants employés dans les mines de cobalt en République démocratique du Congo

Akram Belkaïd

Indispensable pour la fabrication des batteries électriques, le cobalt fait partie des matières premières les plus convoitées. Sa rareté alimente les inquiétudes quant à d’éventuelles pénuries. En République démocratique du Congo (RDC), principal producteur mondial, des enfants travaillent dans les mines pour fournir les grandes entreprises des secteurs de l’automobile, de l’informatique et de la téléphonie.

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mardi 20 mars 2018

La chronique économique : Trump défend la 5G américaine

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 14 mars 2018
Akram Belkaïd, Paris

Après l’acier et l’aluminium, au tour des semi-conducteurs… Et avec la manière forte ! Le président américain Donald Trump vient donc de bloquer ce qui s’annonçait comme étant la plus grosse opération d’acquisition dans le domaine technologique. Le locataire de la Maison-Blanche a signé un décret interdisant le projet de rachat de Qualcomm, fabricant californien de puces pour la connectivité des appareils mobiles, par son rival singapourien Broadcom. Pour mémoire, il s’agit d’une offre publique d’achat (OPA) hostile (les dirigeants et actionnaires principaux de Qualcomm s’y opposaient) d’un montant de 142 milliards de dollars (la première offre, « amicale », était de 117 milliards de dollars).

Motif de sécurité nationale

Pour les autorités américaines, cette acquisition aurait représenté une menace directe pour la « sécurité nationale ». En effet, ce qui se joue en toile de fond, c’est la fabrication des composants nécessaires à la 5G (technologie qui serait 100 fois plus rapide en début que l’actuelle 4G). Saisie par Qualcomm, la Commission des investissements étrangers aux Etats-Unis (Cifius ou Committee on Foreign Investment in the United States) a émis un avis négatif quant à l’opération et Donald Trump n’a fait que suivre ses recommandations. « L’offre de reprise de Qualcomm par l’acquéreur est interdite et toute opération équivalente, de fusion, acquisition ou d’OPA, directe ou indirecte, est également interdite » indique le décret signé par le dirigeant américain.

Que craignent vraiment les Etats-Unis ? Le raisonnement qui fonde cette décision protectionniste est très simple à appréhender. Washington souhaite protéger un « champion national » des appétits étrangers et notamment chinois. Broadcom a beau être basé à Singapour, c’est la main de Pékin qui est vue derrière cette entreprise. La Cifius a clairement indiqué que Broadcom pourrait à la fois siphonner le savoir-faire de Qualcomm avant de mettre cette entreprise hors-circuit en réduisant fortement ses budgets de recherche et développement. Une perspective qui aurait signifié une dépendance accrue à l’égard d’entreprises étrangères et notamment asiatiques pour de nombreux opérateurs américains, dont ceux liés au secteur de la défense.

Le signal envoyé par les Etats-Unis est donc d’une fermeté totale. Pas question de perdre l’avantage technologique mondial en matière de composants pour les appareils mobiles. Le décret de Donald Trump montre bien que l’idée de défendre un champion national est bien dans l’air du temps malgré tous les discours sur les bienfaits de la mondialisation. En réalité, il s’agit bien de protectionnisme sélectif. Aux Etats-Unis, la notion de champion national dépend surtout du lien qui existerait entre l’entreprise concernée et le secteur de la défense. Si une telle relation n’existe pas, il n’est pas dit que la Cifius remette en cause une offre d’acquisition venue de l’étranger.

De prédateur à proie


Cet échec va faire date pour Broadcom. Dans les prochains mois, on suivra avec attention si, de prédateur, cette entreprise ne va pas se transformer en cible. Pour ses dirigeants, l’acquisition de Qualcomm visait à atteindre une taille stratégique et à s’installer sur le marché américain. Pour vaincre les réticences de la Cifius, Broadcom a même lancé une procédure d’installation officielle aux Etats-Unis afin d’être considérée comme une société américaine. La manœuvre n’a pas réussi et désormais la firme singapourienne pourrait faire figure de proie rêvée pour des entreprises chinoises de haute technologie auxquelles Pékin a donné l’ordre de se développer à l’international.
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mardi 13 février 2018

La chronique économique : Tempête sur le bitcoin

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 7 février 2018
Akram Belkaïd, Paris

Près de 20 000 dollars en décembre, moins de 7 400 dollars en début de semaine… Le moins que l’on puisse dire c’est que la chute du bitcoin s’accélère. Pour nombre d’observateurs, on est dans la phase classique de l’éclatement d’une bulle spéculative. Après les sommets, l’abîme. Reste à savoir jusqu’où la crypto-monnaie vedette va tomber. Et, surtout, quelles seront les conséquences financières et économiques de cet effondrement.

Offensive groupée

Il faut dire que les mauvaises nouvelles se sont multipliées concernant cette monnaie. Plusieurs grandes banques américaines (Citigroup, Bank of America,…) ont interdit à leurs clients d’acheter des bitcoins avec leurs cartes de crédit. Ils peuvent néanmoins continuer à le faire en utilisant des cartes de débits. Autrement dit, ces établissements financiers refusent qu’un découvert, synonyme d’endettement, ne serve à acheter une monnaie dont la valeur ne cesse de se déprécier. Autre coup dur, la décision du réseau social Facebook d’interdire les publicités et autres « pratiques promotionnelles fallacieuses et trompeuses » en faveur du bitcoin et d’autres cryptomonnaies. La « bitcoinomania » a du plomb dans l’aile…

Il y a aussi la volonté affichée de la Chine de venir à tout prix à bout de ce moyen de paiement qui échappe à toute régulation. Pékin veut en finir avec le bitcoin d’où sa décision d’interdire l’usage ou l’accès aux plateformes d’échange. Les autorités chinoises sont les plus en pointes dans la mise en place de mesures dissuasives ou punitives pour tout utilisateur du bitcoin. Cela est dû au fait qu’elles ne goûtent guère cette monnaie que sa banque centrale ne peut contrôler et qui sert aussi à faire fuir des capitaux de Chine. Autre raison, moins évoquée par les médias, le système bitcoin est un grand consommateur d’énergie car il utilise des chaînes d’ordinateurs de particuliers mobilisés pour leurs capacités de calcul. Pékin ne veut donc plus que ses centrales de production d’électricité soient mobilisés par ces machines.

Enfin, plusieurs pays occidentaux, dont la Grande-Bretagne et la France, estiment qu’il est temps de légiférer pour encadrer les cryptomonnaies. La question sera même abordée lors du prochain G20 en mars. Tout cela ressemble donc fort à une offensive en règle contre le bitcoin et rappelle que les Etats, et les banques, n’aiment guère qu’on empiète sur leurs prérogatives. Depuis des siècles existe l’idée de monnaies gérées par les propres utilisateurs. Des monnaies ou alors des moyens de paiements alternatifs. A chaque fois, les Etats ont fini par reprendre la main, parfois de manière radicale.

Retour au stade initial


Le bitcoin est-il pour autant condamné ? Plusieurs de ses partisans espèrent que cette purge sera salvatrice. Avec ce repli brutal, la monnaie devrait être moins exposée à la spéculation et pourra peut-être retrouver son statut initial de moyen de paiement alternatif. On peut aussi penser que la technicité qui entoure le bitcoin empêchera la Chine et d’autres pays de l’interdire totalement. Mais rien n’est moins sûr. Pour le bitcoin, l’année 2018 est celle de l’épreuve de vérité.
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mardi 13 juin 2017

La chronique économique : La Chine en champion du climat

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 7 juin 2017
Akram Belkaïd, Paris

La décision du président Donald Trump de retirer son pays de l’accord de Paris sur le climat n’est pas une surprise. Cela faisait partie de son projet électoral et nombre de ses déboires depuis son investiture (plusieurs de ses projets de loi ont été rejetés ou bloqués) expliquent qu’il veuille à tout prix garder un semblant d’initiative politique. Il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences de ce retrait par rapport à un texte qui n’entrera en vigueur qu’en 2020, c’est-à-dire l’année électorale où Trump remettra en jeu son mandat. Pour autant, l’un des grands enseignements de cette affaire est la position en pointe de la Chine.

Engagement chinois

Outre le fait que ses dirigeants ont fait part de leur déception et de leur préoccupation face au retrait annoncé des Américains, la Chine fait partie de ces pays qui ont l’intention de soutenir l’accord de Paris. Il y a plusieurs raisons à cela. La première est d’ordre institutionnel. Depuis des décennies, Pékin est un fervent défenseur du multilatéralisme. Un accord signé par plusieurs pays au sein d’une instance internationale vaut plus pour les dirigeants chinois que des engagements bilatéraux qui excluraient les plus faibles ou les moins influents.

La seconde raison est d’ordre environnemental. Pour qui a voyagé en Chine, notamment dans les villes du littoral, il est évident que ce pays bat des records de pollution. De manière récurrente, des scandales éclatent, liés à la qualité de l’air ou de l’eau, à l’alimentation ou au respect de la nature. Cela fait plusieurs années que le problème a été identifié par le PC chinois et assimilé à une vraie menace interne ne serait-ce que parce qu’elle peut aggraver les tensions sociales et amplifier le phénomène des migrations intra-régionales.

La troisième raison est économique. Talonnant les Etats Unis en termes de leadership économique mondial, la Chine entend être le numéro des énergies renouvelables et des technologies propres. Il suffit de voir quel impact a ce pays sur le marché des panneaux et composants solaires pour prendre la mesure de cette ambition. Pour les dirigeants chinois il ne s’agit pas simplement d’une compétition avec le rival américain. C’est un enseignement qu’ils tirent du passé et qui conditionne les projets de leur pays.

Tournant stratégique


On dit souvent que la Chine s’éveille depuis le début des années 1980 comme si ce pays n’avait jamais connu de période faste. Or, depuis la fin de l’Antiquité, et la chose est peu souvent relevée, l’ex-Empire du milieu a presque toujours été la première économie mondiale, loin devant l’Europe ou le monde méditerranéen. Et c’est parce que la Chine a raté, pour diverses raisons, le grand tournant de la révolution industrielle, qu’elle a connu le déclin durant le dix-neuvième siècle et une bonne partie du vingtième siècle. Autrement dit, Pékin ne veut pas cette fois rater le grand tournant stratégique du vingtième siècle. Ses dirigeants savent que les pays qui maîtriseront les nouvelles technologies, les énergies renouvelables et les industries qui les accompagnent seront à la pointe de l’économie planétaire. L’Histoire dira peut-être un jour si Donald Trump n’a pas entériné le déclin de l’Amérique en décidant de se retirer de l’accord de Paris.
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lundi 7 novembre 2016

La chronique économique : Menace chinoise, le retour

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 2 novembre 2016
Akram Belkaïd, Paris

Il y a bien longtemps que le thème de la Chine comme menace pour l’économie occidentale n’avait pas été agité. Depuis la crise financière de 2008, l’habituel débat sur la faiblesse artificielle du yuan (destinée à favoriser les exportations) ou bien sur les mesures protectionnistes mises en place par Pékin, était, en effet, peu à peu passé au second plan. Bien entendu, il n’a jamais totalement disparu mais certaines questions, comme la possible guerre des monnaies en raison de la hausse annoncée des taux américains (et donc du dollar) ont plus mobilisé l’attention.


Acquisitions technologiques…

Mais voici que deux pays européens, l’Allemagne et la France semblent vouloir remettre au goût du jour la fameuse « menace chinoise ». A Berlin, le ministre de l’économie Sigmar Gabriel, qui est aussi le président du Parti social-démocrate et vice-chancelier, a dénoncé les « pratiques déloyales » de la Chine. Cette dernière est accusée de profiter des législations ouvertes de l’Europe pour acquérir des entreprises technologiques tout en fermant son propre marché. En clair, Pékin serait engagé dans une phase d’acquisition de technologies allemande tout en pratiquant un protectionnisme hermétique. Il faut dire que les chiffres témoignent d’une tendance réelle : Pour les dix premiers de 2016, les Chinois ont mené 47 acquisitions en Allemagne pour un montant de 10,3 milliards d’euros. C’est bien plus qu’en 2015, année où l’activisme des groupes chinois avait pourtant déjà attiré l’attention avec 29 opérations d’achat ou de prise de contrôle pour un montant de 263 millions d’euros.

L’Allemagne, dont la Chine est le premier partenaire commercial, estime que la prise de contrôle stratégique d’entreprises allemandes doit favoriser la réciprocité. Et comme cette dernière n’existe pas, Berlin a décidé de bloquer certaines opérations de rachat à l’image de l’acquisition par des groupes chinois de la société d’éclairage Osram ou de l’équipementier de semi-conducteurs Aixtron. Normalement, la législation ne permet au gouvernement allemand de ne s’opposer qu’aux opérations présentant un risque pour la sécurité, la défense ou la stabilité financière du pays. Mais Sigmar Gabriel est formel, il n’est pas question de faciliter le dépeçage du parc industriel allemand par des intérêts chinois. Et il exige même de l’Europe qu’elle se réveille enfin en cessant d’adopter la position d’ouverture conciliante quand d’autres régions du monde demeurent très protectionnistes.

… et agraires


De son côté, la France réalise quant à elle que c’est son patrimoine agraire qui est dans le viseur chinois. Au printemps 2016, l’achat de 1700 hectares dans le Berry (centre de la France) par des intérêts chinois a créé l’émotion. L’idée que la production agricole française puisse être totalement destinée au marché asiatique alimente les craintes. C’est d’autant plus vrai, que la France est un pays où la terre agricole est un bien rare et où des milliers d’agriculteurs, notamment les jeunes, ne possèdent pas le moindre hectare à cultiver. Des économistes mettent en garde contre les opérations spéculatives qui feraient que ces terres puissent passer de main en main et, pour l’heure, le gouvernement semble vouloir mettre un frein à ces opérations après avoir longtemps temporisé. La terre et la technologie comme objectifs d’achat : On le voit, la Chine franchit un nouveau pallier et sa stratégie de placement d’une partie de ses réserves de change conforte celles et ceux qui mettent en garde contre la menace d’un nouvel impérialisme économique dont l’Europe serait la nouvelle cible.
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vendredi 19 février 2016

La chronique du blédard : Du pouvoir et de la diaspora algérienne

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 11 février 2016
Akram Belkaïd, Paris
 
Les Algériens binationaux ne pourront donc plus occuper de postes clés puisque c’est ce que stipule désormais la Constitution dont la réforme vient d’être votée par nos illustres représentants du peuple… Certes, de nombreux pays dans le monde ont une législation restrictive quand il s’agit de certaines hautes responsabilités précises (c’est le cas des Etats Unis où il faut être né sur le sol américain pour prétendre à la présidence). Mais dans le cas algérien, l’intention est plus large et la mesure est un message de défiance sur lequel il convient de s’attarder.
 
De fait, qu’est-ce qui unit un Algérien résidant à Paris à une Algérienne vivant à Los Angeles, Montréal,  ou Brunswick (ME) ? Qu’est-ce qui unit une Algérienne installé à Marseille à une Algérienne de  Tunis, Taipeh ou Tokyo ? Qu’est-ce qui unit un Algérien vivant à Tokyo à un Algérien installé à New York, Dubaï ou Istanbul ? Dans la majorité des cas, et à de rares exceptions, il y a un sentiment diffus d’inaccompli, la sensation d’un échec plus ou moins assumé, celui de n’avoir pu se réaliser dans son propre pays. Il y a la volonté, récurrente, de « faire quelque chose ‘là-bas’ », « d’aider el-bled », de rembourser une dette que chacun apprécie et assume à sa façon. Il y a donc une virtualité. Une potentialité.
 
Quand on évoque la triste situation de l’Algérie, les facteurs d’optimisme sont rares. Dans un contexte de fuite en avant où la pire des possibilités est toujours celle qui se réalise au grand dam de celles et ceux qui espéraient, espèrent toujours, que ce pays prenne enfin son envol, c’est la jeunesse, sa créativité, sa capacité à réaliser des choses malgré un environnement hostile qui empêchent l’accablement de triompher. D’un point de vue socio-économique, n’importe quel observateur relèvera aussi que l’un des atouts principaux de l’Algérie est aussi sa diaspora. Bien sûr, il est aisé de s’engager dans des polémiques inutiles en divisant les Algériens. On est en droit, à Alger, Oran ou Constantine, de reprocher leur départ à ceux qui sont partis ou de leur signifier que leur avis ne compte pas dans la mesure où ils ne partagent pas le quotidien éprouvant, du moins pour certains, de ceux qui sont restés. Mais tout cela est secondaire. En tous les cas, cela devrait le rester.
 
Car, la réalité, c’est que la majorité des pays qui ont réalisé un développement économique spectaculaire durant la deuxième moitié du vingtième siècle l’ont fait avec l’aide de leur diaspora. C’est le cas, par exemple, de la Chine. On connaît la fameuse phrase de Deng Xiaoping pour justifier le grand écart entre orthodoxie communiste et réformes libérales : « qu’importe la couleur du chat pourvu qu’il attrape la souris ». Ce que l’on connait moins c’est que le pragmatisme du PC chinois l’a aussi obligé à être accommodant à l’égard des compétences issues de la diaspora et cela reste encore le cas aujourd’hui. Sinon, comment expliquer que des sino-américains ou même des sino-vietnamiens ou encore des sino-singapouriens se retrouvent parmi les dirigeants économiques les plus en vues en Chine ?
 
Prenons un autre exemple, moins connu que celui de la Chine. A la fin des années 1950, la Corée du sud était un pays qui désespérait ses soutiens occidentaux. Economie en panne, corruption, fuite de capitaux, chômage, autrement dit une situation qui n’a rien à voir avec ce qui existe aujourd’hui. Or, l’un des facteurs de redressement de ce pays a été qu’il a réussi à convaincre sa diaspora de rentrer au pays. Comment ? En lui garantissant un minimum de conditions décentes de vie avec, entre autre, la réforme du système éducatif, une politique ambitieuse de logement et la modernisation du système de santé. Dans ce « deal », le pouvoir sud-coréen reconnaissait deux choses majeures : d’abord, la gravité de la situation du pays et l’exigence d’un changement. Ensuite, le fait que le pays avait besoin de « sa » diaspora.
 
Si l’on en revient à l’Algérie, le pouvoir ne reconnaît ni la gravité de la situation et donc l’exigence de réformes urgentes ni le fait que la diaspora est un élément de la solution. Je ne vais pas m’attarder sur la première partie de ce qui précède. On sait ce qu’est le pouvoir algérien, inutile d’insister là-dessus. Par contre, concernant la diaspora, il est important de dire certaines choses. Tout comme il refuse de faire confiance aux Algériens qui vivent en Algérie, le pouvoir n’a que peu de considérations pour la diaspora. Certes, elle a droit de temps en temps à quelques discours laudateurs mais ils sonnent aussi creux que les promesses d’une plus grande démocratisation ou de la mise en place d’une politique pour sortir du tout pétrole.
 
Jadis, entre les années vingt et la fin de la guerre d’Indépendance, c’est au sein de l’émigration algérienne que le mouvement nationaliste s’est renforcé. Peut-être est-ce cela qui alimente la méfiance à l’égard des exilés d’aujourd’hui. Il est vrai qu’un Algérien qui travaille à la Nasa ou dans la Silicon Valley ou qui est encore l’un des pontes de la recherche médicale en France n’apportera pas que sa seule expertise.  Il aura aussi sa manière de voir les choses et des exigences pour que le minimum de vie décente – et il ne s’agit pas que de considérations matérielles – lui soit garanti.
 
Finalement, les seuls binationaux qui intéressent le pouvoir algérien sont les footballeurs. Appelés en masse d’Europe pour les besoins d’un « wanetoutrisme » mortifère, ces joueurs sont célébrés en tant qu’exemples de dévouement pour le pays alors, qu’en réalité, ils ne servent qu’à donner des jeux et flatter le nationalisme du peuple (cela sans compter quelques magouilles avec les agents et autres intermédiaires). Quant aux autres « binat », quels que soient leur niveau de compétence, leur capacité d’entreprendre et d’investir, il vient de leur être signifié qu’ils ne sont plus que des Algériens de seconde catégorie.
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