Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est e-commerce. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est e-commerce. Afficher tous les articles

vendredi 13 novembre 2020

La chronique de l’économie : Le e-commerce, vedette de 2020

Le Quotidien d’Oran, mercredi 4 novembre 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

Pour ce qui concerne l’économie, la pandémie de Covid-19 aura contribué à l’affirmation de la vente en ligne au détriment de la distribution directe, qu’elle soit grande ou petite. Cela fait certes plusieurs années que les ménages dans les pays développés privilégient ce type d’achat aux emplettes classiques. Mais avec les restrictions en matière de déplacement et la fermeture des commerces de détail pour des raisons sanitaires, le e-commerce est vainqueur sur tous les fronts. Il est l’unique solution pour faire ses achats « non-essentiels ».

 

Une dynamique haussière

 

La tendance va s’amplifier à l’approche des fêtes de fin d’année et leurs campagnes d’incitation à l’achat (« Black Friday, Noël, soldes de janvier). Les entrepôts des grandes plateformes vont donc tourner en continu. Ce créneau de la logistique est d’ailleurs l’un des rares secteurs à continuer d’embaucher alors que le reste de l’économie est en panne. On pourrait saluer l’émergence d’une nouvelle dynamique en matière d’activité mais des voix discordantes commencent à se faire entendre.

 

D’abord, le e-commerce contribue à tuer les commerces de proximité. Certes, des magasins de services particuliers ne sont pas affectés comme c’est le cas, par exemple, des nettoyages à sec. Par contre, libraires, confiseurs, papetiers, droguistes, magasins de vêtements, parfumeurs, sont tous sous la menace de géants qui peuvent rogner sur leurs marges pour attirer vers eux la clientèle. Et rien, sur le plan réglementaire, ne peut empêcher cette concurrence. Les discours sur la convivialité, sur le lien social, cèdent rapidement le pas quand il s’agit de faire des économies.

 

Impact environnemental

 

Ensuite, il y a la question de l’environnement. Derrière le clic et le numéro de la carte de crédit que l’on communique au site internet, il y a l’énergie des serveurs, la masse d’eau qui nécessite leur refroidissement. Il faut rappeler ici que le secteur du numérique au sens large est considéré comme un gros pollueur avec une part de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (ges). C’est plus que le secteur aérien, lui aussi sur la sellette. 

 

A cela s’ajoute les quantités importantes d’énergie dépensées pour stocker puis déstocker le produit avant de l’acheminer chez l’acheteur ou, chez l’intermédiaire où il viendra retirer ses achats. Une chaîne qui accumule les émissions de ges sans oublier le fait que les grands entrepôts, comme ceux d’Amazon rognent sur les terres agricoles et participent et à l’enlaidissement des paysages. Certes, on peut relever que ces émissions sont compensées par le fait que les ménages n’ont plus à se déplacer avec leurs voitures dans les grands centres commerciaux pour faire leurs courses. D’ailleurs, la tendance de fond, si l’on prend le cas des États-Unis, et au déclin de ces « mall » qui ont connu leur heure de gloire à partir de la fin des années 1950. Pour autant, le e-commerce n’est certainement pas, ou pas encore, l’ami de l’environnement.

 

L’affaire semble être entendue. Le grand centre commercial comme la petite boutique sont obligés de repenser leurs activités. Dans certains cas, la combinaison site réel et site internet est privilégiée mais est-ce que cela va durer ? C’est à une véritable révolution du commerce et de la consommation que nous assistons actuellement.

 

La chronique économique : Ant Group bat le record des entrées en Bourse

 _

Le Quotidien d’Oran, mercredi 28 octobre 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

Pandémie de Covid19 ou pas, les marchés financiers continuent leur folle sarabande alimentée par d’énormes quantités de liquidités nées des politiques de taux bas des Banques centrales. Certes, les indices peuvent plonger quand se profile l’hypothèse d’un nouveau confinement général (comme c’est le cas en France actuellement) mais dans le moyen terme, la Bourse joue les lendemains qui chantent. Comment ne pas en être convaincu quand on s’apprête à assister à l’ouverture du capital de Ant Group, l’entreprise chinoise de solutions de paiement et de placement sur internet ?

 

318 milliards de dollars de valorisation

 

Ancienne propriété du géant Alibaba, qui en possède toujours 33% du capital, Ant Group est le numéro un des transactions électroniques en Chine avec 55% des parts contre 40% pour son concurrent Tencent. Le 5 novembre prochain, Ant va procéder à son Initial public offering (IPO) sur deux places : Hong Kong et Shanghai. Selon les spécialistes, cette entrée en Bourse devrait battre tous les records avec une levée de fonds de 34,5 milliards de dollars. Jusque-là, le maximum avait été atteint par Alibaba (25 milliards de dollars) et le groupe pétrolier saoudien Aramco (25,6 milliards de dollars).

 

Si l’on se base sur un cours de départ de 80 dollars, Ant Group pèsera 318 milliards de dollars. Une valorisation inférieure à celle de Tencent (538 milliards de dollars) mais équivalent à celle du géant américain JP Morgan et de loin supérieure à ses concurrents occidentaux PayPal (233 milliards de dollars) et Square (75 milliards de dollars). C’est donc d’un géant des marchés qu’il est désormais question. Un géant adossé à une activité réelle avec 800 millions d’utilisateurs, pour la plupart chinois, et 16 milliards de dollars de paiements électroniques gérés en 2019.

 

Ce qui est aussi intéressant, c’est de relever à quel point la trajectoire d’Ant Group « raconte » l’évolution de la Chine au cours de ces vingt dernières années. Deux décennies où le pays dirigé officiellement par un parti communiste a permis à des entreprises de naître et de croître à l’ombre, voire au détriment du secteur d’État traditionnel. Ainsi, Ant Group est désormais un acteur incontournable du paiement électronique (80% de son activité) mais il se développe aussi dans la gestion d’épargne et dans l’assurance. Face à lui, les banques publiques sont à la traîne et ne doivent de garder leur activité qu’aux réglementations étatiques qui les protègent encore.

 

Maîtrise technologique

 

Il n’est pas certain que l’on puisse faire d’Ant Group un exemple à suivre mais son expérience comme celle de Tencent mériterait d’être analysée en Algérie. Il s’agit d’exemples concrets d’acquisition d’une compétence à la fois technologique mais aussi financière. Les débuts furent laborieux mais, aujourd’hui, il est impensable pour le consommateur chinois de se passer des achats par internet tout en ayant la possibilité de disposer de solutions locales. Même chose quand il s’agit de gérer son épargne. Une chose est clair, la combinaison téléphonie intelligente – internet – services financiers et bancaires, est le credo du futur à court et moyen terme. Dans un pays comme l’Algérie où payer par chèque relève de l’exploit, cela donne la mesure du travail qui reste à accomplir.

_