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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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vendredi 13 novembre 2020

La chronique économique : Ant Group bat le record des entrées en Bourse

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 28 octobre 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

Pandémie de Covid19 ou pas, les marchés financiers continuent leur folle sarabande alimentée par d’énormes quantités de liquidités nées des politiques de taux bas des Banques centrales. Certes, les indices peuvent plonger quand se profile l’hypothèse d’un nouveau confinement général (comme c’est le cas en France actuellement) mais dans le moyen terme, la Bourse joue les lendemains qui chantent. Comment ne pas en être convaincu quand on s’apprête à assister à l’ouverture du capital de Ant Group, l’entreprise chinoise de solutions de paiement et de placement sur internet ?

 

318 milliards de dollars de valorisation

 

Ancienne propriété du géant Alibaba, qui en possède toujours 33% du capital, Ant Group est le numéro un des transactions électroniques en Chine avec 55% des parts contre 40% pour son concurrent Tencent. Le 5 novembre prochain, Ant va procéder à son Initial public offering (IPO) sur deux places : Hong Kong et Shanghai. Selon les spécialistes, cette entrée en Bourse devrait battre tous les records avec une levée de fonds de 34,5 milliards de dollars. Jusque-là, le maximum avait été atteint par Alibaba (25 milliards de dollars) et le groupe pétrolier saoudien Aramco (25,6 milliards de dollars).

 

Si l’on se base sur un cours de départ de 80 dollars, Ant Group pèsera 318 milliards de dollars. Une valorisation inférieure à celle de Tencent (538 milliards de dollars) mais équivalent à celle du géant américain JP Morgan et de loin supérieure à ses concurrents occidentaux PayPal (233 milliards de dollars) et Square (75 milliards de dollars). C’est donc d’un géant des marchés qu’il est désormais question. Un géant adossé à une activité réelle avec 800 millions d’utilisateurs, pour la plupart chinois, et 16 milliards de dollars de paiements électroniques gérés en 2019.

 

Ce qui est aussi intéressant, c’est de relever à quel point la trajectoire d’Ant Group « raconte » l’évolution de la Chine au cours de ces vingt dernières années. Deux décennies où le pays dirigé officiellement par un parti communiste a permis à des entreprises de naître et de croître à l’ombre, voire au détriment du secteur d’État traditionnel. Ainsi, Ant Group est désormais un acteur incontournable du paiement électronique (80% de son activité) mais il se développe aussi dans la gestion d’épargne et dans l’assurance. Face à lui, les banques publiques sont à la traîne et ne doivent de garder leur activité qu’aux réglementations étatiques qui les protègent encore.

 

Maîtrise technologique

 

Il n’est pas certain que l’on puisse faire d’Ant Group un exemple à suivre mais son expérience comme celle de Tencent mériterait d’être analysée en Algérie. Il s’agit d’exemples concrets d’acquisition d’une compétence à la fois technologique mais aussi financière. Les débuts furent laborieux mais, aujourd’hui, il est impensable pour le consommateur chinois de se passer des achats par internet tout en ayant la possibilité de disposer de solutions locales. Même chose quand il s’agit de gérer son épargne. Une chose est clair, la combinaison téléphonie intelligente – internet – services financiers et bancaires, est le credo du futur à court et moyen terme. Dans un pays comme l’Algérie où payer par chèque relève de l’exploit, cela donne la mesure du travail qui reste à accomplir.

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lundi 23 octobre 2017

La chronique économique : Aramco, suite et pas fin…

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 18 octobre 2017
Akram Belkaïd, Paris

La semaine dernière l’Arabie saoudite a annoncé une baisse de sa production de 560 000 barils par jour à partir du mois de novembre. Pour les observateurs, cela signifie que Riyad entend favoriser le prolongement de l’accord de limitation des pompages (1,8 million de barils par jour) conclu au sein de l’Organisateur des pays exportateurs de pétrole (Opep) en novembre 2016. La phase entamée en 2014 où l’Arabie saoudite entendait d’abord défendre ses parts de marché (au détriment des cours) est donc révolue. Avec une telle réduction, le royaume veut favoriser le retour du prix du baril dans une fourchette comprise entre 60 et 70 dollars en moyenne.

Convergence avec la Russie

Les déficits enregistrés par ce pays au cours de ces dernières années ne sont pas la seule explication de ce changement de stratégie. Riyad a un besoin urgent de fonds pour financer la diversification de son économie mais aussi pour continuer à la fois d’acheter la paix sociale et de poursuivre la guerre au Yémen. Il est évident qu’un baril à 60 dollars vaut mieux qu’un cours à 30 ou 40 dollars, niveaux où l’or noir serait certainement sans deux faits majeurs. D’abord, la réduction décidée en 2016 par l’Opep mais aussi la bonne entente entre l’Arabie saoudite et la Russie. Il est d’ailleurs intéressant de relever que les deux pays n’ont pas la même politique au Proche-Orient, Moscou soutenant le régime syrien de Bachar al-Assad tandis que Riyad continue de vouloir sa chute. Cela vaut aussi pour l’Iran, la Russie étant un proche partenaire de ce pays tandis que la « guerre froide » entre le royaume wahhabite et la République islamique est à l’origine de nombre de conflits dans la région. Ces divergences n’empêchent donc pas une coopération en ce qui concerne le pétrole.

L’Arabie saoudite souhaite aussi favoriser la hausse des cours parce que c’est une condition importante pour réussir l’entrée en Bourse de 5% du capital de l’Aramco, son entreprise publique pétrolière. Cette dernière est prévue pour le second semestre 2018 et les grandes places que sont le London Stock Exchange (LES) et le New York Stock Exchange (NYSE), autrement dit la City et Wall Street, rivalisent pour attirer ce qui devrait constituer, dans l’histoire, la plus importante des « IPO » (initial public offering, terme consacré pour désigner une entrée en Bourse). En effet, la valorisation de l’Aramco (laquelle déterminera ce que débourseront les investisseurs) se fera à la fois sur la base de ses réserves prouvées de pétrole mais aussi de son chiffre d’affaires avant taxation sans oublier, bien sûr, ses bénéfices. Plus le baril sera élevé et plus la valorisation sera haute et ce, pour le plus grand bien des finances saoudiennes.

Vers un placement direct ?


Pour autant, il existe de sérieux doutes sur la possibilité que cette IPO se fasse dans les temps. Les règles de Wall Street et de la City sont très rigoureuses en ce qui concerne les nouveaux entrants. Pour être cotés dans les plus prestigieux segments de ces marchés, il faut un minimum d’ouverture du capital (au moins 20%), des bilans comptables et financiers remontant à plusieurs années et certifiés cela sans oublier un descriptif clair de la gouvernance de l’entreprise. Or, l’Aramco est une entreprise d’Etat, opaque dans son organisation, et ses chiffres ne sont pas rendus publics dans leur totalité. A cela s’ajoute le fait que Riyad ne veut mettre que 5% de son capital sur le marché. Voilà pourquoi une IPO reste encore incertaine d’où la piste d’un placement direct auprès d’investisseurs de références : les entreprises pétrolières et chinoises seraient déjà sur les rangs en attendant d’autres prétendants. Le feuilleton Aramco ne fait donc que commencer…
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samedi 5 avril 2014

La chronique économique : Candy krach…

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 3 avril 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Une entrée en Bourse est parfois emblématique de l’époque, de la conjoncture économique et du paradigme du moment. Ces derniers temps, le marché américain a ainsi accueilli les « ipo » (initial public offering) de Facebook et de Twitter, jugées toutes les deux comme des emblèmes du boom des réseaux sociaux. En novembre dernier, l’entrée en Bourse tonitruante de Twitter (+70% en un jour pour l’action et une valorisation de 25 milliards de dollars) avait déclenché un flot impressionnant d’analyses et de commentaires, les experts avertissant que l’entreprise du « gazouilleur bleu » n’avait pas encore dégagé de bénéfices. Et de dresser dans la foulée un parallèle avec la période de la bulle internet où les « n’importe-quoi.com » pouvaient lever des milliards de dollars en un jour avant de disparaître en fumée faute de revenus conséquents.
 
Le passé ne compte pas
 
Il y a quelques jours, l’ouverture du capital de King digital entertainement a illustré à sa façon, non pas l’air du temps, mais certains mécanismes habituels du marché. Cette entreprise est l’éditrice du fameux jeu (très addictif) de Candy crush dont le but est d’aligner (et de détruire) les bonbons d’une même couleur. Destiné aux smartphones, ce jeu connaît depuis deux ans un énorme succès et l’on pensait que cela permettrait à son éditeur de réussir son « ipo » à Wall Street. Mais cela n’a pas été le cas. Certes, l’entreprise basée à Londres a levé 500 millions de dollars mais le cours de son action s’est effondré de 15,56% dès le premier jour de cotation ce qui a porté sa valorisation à un peu moins de 6 milliards de dollars contre les 7,6 milliards de dollars espérés.
 
Que s’est-il passé sachant que, contrairement à Twitter, King digital entertainement enregistre des bénéfices conséquents (714 millions de dollars en 2013) et que son chiffre d’affaires a explosé en moins de deux ans (1,88 milliards de dollars en 2013 contre 164 millions de dollars en 2012) ? La réponse est simple. De nombreux opérateurs de marché n’ont guère été impressionnés par les performances passées de l’éditeur, ne s’intéressant qu’à l’avenir. Pour eux, Candy crush, qui représente 78% des recettes de la société, risque tôt ou tard de passer de mode étant donné la vitesse à laquelle le marché des jeux pour smartphone évolue. Du coup, l’éditeur ayant perdu sa « vache à lait » (produit permettant d’importantes recettes pour un coût de plus en plus faible), ses perspectives financières seraient moins intéressantes. En clair, c’est parce qu’une entrée en Bourse est d’abord un pari sur l’avenir que cette « ipo » n’a pas été étincelante. Si l’on pousse un peu le raisonnement, on peut même en conclure que, finalement, il vaut mieux ne pas avoir trop d’historique comptable et être juste capable d’afficher de belles promesses. Ainsi, les investisseurs, qui, pour nombre d’entre eux, ne sont rien d’autre que des parieurs, auront la sensation de prendre un vrai risque sachant que, pour reprendre le vieil adage des boursicoteurs, seul le risque paie…
 
Le pari, toujours et encore
 
Mais, dans le lot, il y a tout de même des opérateurs qui ont acheté le titre King digital. Pour eux, c’est d’abord un pari d’autant plus prometteur que rares sont qui le prennent. Sans croire au caractère éternel de Candy crush, ils anticipent deux évolutions positives. D’abord, ils ont bien noté que cet éditeur alimente Facebook en applications et que cela peut lui garantir des recettes durables. Mais, plus encore, ils se disent que King digital a peut-être dans les tuyaux un futur jeu vedette qui fera encore plus fort que Candy crush. Achetée à bas prix, l’action de l’éditeur devrait alors repartir à la hausse. Dans cette affaire, les parieurs qui tiennent ce raisonnement devront savoir être patients…
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