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Le Quotidien d'Oran, mercredi 14 juin 2017
Akram Belkaïd, Paris
A la fin de l’année 2016, une prévision faisait consensus sur le marché des changes. Dans les semaines qui devaient suivre, l’euro et le dollar seraient à parité parfaite (1 pour 1) et l’on pensait même que la monnaie unique s’engagerait dans un cycle baissier des plus incertains voire des plus inquiétants. Six mois plus tard, il n’en a rien été. L’euro est orienté à la hausse et le dollar baisse après un fort élan ascendant. Alors que la parité actuelle est de 1 euro pour 1,12 dollar, des analystes agitent désormais un niveau d’échange plus que symbolique de 1 euro pour 1,25 dollar. Comment expliquer un tel retournement de tendance ?
Trump et populisme
Pour comprendre cette évolution, il faut se souvenir que les marchés se nourrissent souvent d’anticipations fussent-elles contradictoires. D’un côté, la perspective d’une politique monétaire restrictive de la Réserve fédérale poussait le dollar à la hausse. En effet, quand les taux courts augmentent, cela rend la monnaie attractive pour les investisseurs, ce qui débouche sur son appréciation. De plus, l’économie américaine paraissant alors plus dynamique que son homologue européenne, les marchés ont assisté à une hausse sensible du billet vert, d’où l’émergence de l’idée d’une prochaine parité parfaite. Et c’était d’autant plus vrai que l’Europe incitait à la prudence ou au pessimisme avec le Brexit et la montée des populismes, y compris en France.
Le temps a passé et d’autres facteurs ont incité le marché à changer d’avis. Il y a le fait que les projets de grands travaux d’infrastructures voulus par le président Trump risquent d’aggraver des déficits qui sont repartis à la hausse alors que la précédente administration les avait diminués de moitié (12% à 6% du Produit intérieur brut sous Obama). De quoi stopper la progression du dollar et d’inverser la tendance. De même, l’élection présidentielle française a convaincu plusieurs opérateurs que les risques politiques en Europe ont diminué et que l’euro n’est plus menacé. Ce dernier pourrait même être «la » grande vedette des marchés en 2017. Mais rien n’est encore joué.
Les autorités européennes, de même que le Japon, voient d’un mauvais œil la baisse du billet vert. Cela sape la compétitivité de leurs exportateurs tandis que les entreprises de la zone dollar sont avantagées. La Banque centrale européenne (BCE) a indiqué qu’elle continuera à injecter des liquidités, au moins jusqu’à la mi-2018, ce qui signifie des facteurs baissiers pour l’euro. De son côté, Donald Trump n’a pas renoncé à imposer aux entreprises américaines de rapatrier une partie de leurs trésoreries à l’étranger. Cela pourrait se traduire par un afflux de plusieurs centaines, voire des milliers, de milliards de dollars vers les Etats-Unis. Mécaniquement, cela engendrera une hausse de la devise américaine. Les marchés étant le plus souvent un équilibre entre tendances contraires, chacun s’accorde aujourd’hui pour dire que la parité la plus probable pour les prochains mois sera de 1 euro pour 1,15 dollar.
En attendant une crise
A moins qu’une grave crise ne survienne cet été, côté américain, les prémisses d’un long feuilleton judiciaire où Donald Trump serait le principal protagoniste se dessinent. Relations avec la Russie, conditions du limogeage du patron du FBI et conflits d’intérêts sont à la source de mises en accusations en cours ou prévisibles. Cela aura un impact sur la valeur du dollar qui pourrait alors plonger. A l’inverse, la crise grecque qui peut à tout moment rebondir peut pénaliser l’euro. Quoiqu’il en soit, on n’a pas fini de reparler de la parité euro-dollar.
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mardi 20 juin 2017
jeudi 20 novembre 2014
La chronique économique : L'euro baisse
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Le Quotidien d'Oran, mercredi 19 novembre 2014
Akram Belkaïd, Paris
Une bonne ou une mauvaise chose ? Depuis le mois de mars dernier, l’euro est engagé dans une tendance baissière qui lui a fait perdre plus de 10% par rapport au dollar étasunien et 5% vis-à-vis de l’ensemble des grandes devises mondiales. De façon symbolique, la monnaie européenne est ainsi passée sous le seuil de un euro pour 1,30 dollar. On est loin de la période où de nombreux économistes étaient persuadés que la parité serait de 1,65 dollar pour un euro (à ce jour, le record est de 1,6038 ayant été établi en juillet 2008).
UN IMPACT MITIGE
Les raisons de la baisse de l’euro sont connues. Il y a d’abord le fait que c’est plutôt le dollar qui augmente. En effet, l’économie américaine va bien mieux que son homologue européenne pour laquelle le Fonds monétaire international (FMI) continue de craindre une troisième récession. Dans un tel contexte, les investissements vont vers la zone qui affiche les perspectives les plus prometteuses. Cela provoque une hausse des actifs libellés en dollars et donc un certain fléchissement de ceux qui le sont en euros. Plus important encore, on s’attend à ce que la Réserve fédérale (Fed) augmente ses taux en 2015, ce qui rend les investissements en dollars plus attractifs.
Le second facteur qui influe sur la baisse de l’euro est que la Banque centrale européenne (BCE) semble avoir décidé qu’il était temps d’agir en ce sens. Aujourd’hui, son taux directeur est de 0,05% et celui des dépôts (rémunération des placements à court terme) est négatif (-0,2%, ce qui signifie qu’il faut donc payer une prime pour placer ses fonds à court terme). En clair, sur le marché des changes, l’euro est une devise moins attractive pour les investisseurs qui lui préfèrent le billet vert ou d’autres monnaies. De façon plus pragmatique, on peut dire aussi que la devise européenne est enfin entrée dans la bataille des changes alors qu’elle faisait figure, depuis 2008, de grande vaincue de ces mouvements de dévaluation qui ne disaient pas leur nom.
Il reste à savoir si cette baisse va contribuer à faire sortir la zone euro de son marasme actuel. On connaît les avantages et les inconvénients d’un repli d’une devise. D’un côté, les exportateurs gagnent en compétitivité, ce qui contribue à créer de l’emploi et à soutenir la croissance. De l’autre, cela signifie que les produits importés augmentent et avec eux l’inflation, ce qui est une mauvaise nouvelle pour le pouvoir d’achat des ménages. Dans le cas de la devise européenne, il est important de noter que l’effet positif en matière d’exportations ne vaut que pour les entreprises qui vendent au-delà de la zone euro. Or, souvent, la compétition entre entreprises a lieu surtout à l’intérieur même de cette zone. Cela signifie que la baisse de la monnaie unique risque de ne produire que des effets marginaux. On pense ainsi que cela permettrait d’obtenir 0,25% de croissance supplémentaire du produit intérieur brut (PIB) européen.
L’ALGERIE RATE DES OCCASIONS
Mais qu’en est-il pour un pays comme l’Algérie dont les recettes sont essentiellement en dollars tandis que ses dépenses d’importations sont principalement libellées en euros ? La situation actuelle (dollar plus fort, euro plus faible) est a priori avantageuse et cela même si les cours du pétrole sont en baisse. Autrement dit, c’est un contexte qui peut permettre à l’Algérie de valoriser ses avoirs en dollars en réalisant quelques bonnes affaires dans la zone euro (immobilier, capital d’entreprises cotées) mais aussi de faire passer une partie de ses réserves de change en euros (le dollar ne restera pas longtemps orienté à la hausse). Cela fait des années que des économistes algériens souhaitent que leur pays prépare l’avenir par le biais de ce type d’opération. En vain…
UN IMPACT MITIGE
Les raisons de la baisse de l’euro sont connues. Il y a d’abord le fait que c’est plutôt le dollar qui augmente. En effet, l’économie américaine va bien mieux que son homologue européenne pour laquelle le Fonds monétaire international (FMI) continue de craindre une troisième récession. Dans un tel contexte, les investissements vont vers la zone qui affiche les perspectives les plus prometteuses. Cela provoque une hausse des actifs libellés en dollars et donc un certain fléchissement de ceux qui le sont en euros. Plus important encore, on s’attend à ce que la Réserve fédérale (Fed) augmente ses taux en 2015, ce qui rend les investissements en dollars plus attractifs.
Le second facteur qui influe sur la baisse de l’euro est que la Banque centrale européenne (BCE) semble avoir décidé qu’il était temps d’agir en ce sens. Aujourd’hui, son taux directeur est de 0,05% et celui des dépôts (rémunération des placements à court terme) est négatif (-0,2%, ce qui signifie qu’il faut donc payer une prime pour placer ses fonds à court terme). En clair, sur le marché des changes, l’euro est une devise moins attractive pour les investisseurs qui lui préfèrent le billet vert ou d’autres monnaies. De façon plus pragmatique, on peut dire aussi que la devise européenne est enfin entrée dans la bataille des changes alors qu’elle faisait figure, depuis 2008, de grande vaincue de ces mouvements de dévaluation qui ne disaient pas leur nom.
Il reste à savoir si cette baisse va contribuer à faire sortir la zone euro de son marasme actuel. On connaît les avantages et les inconvénients d’un repli d’une devise. D’un côté, les exportateurs gagnent en compétitivité, ce qui contribue à créer de l’emploi et à soutenir la croissance. De l’autre, cela signifie que les produits importés augmentent et avec eux l’inflation, ce qui est une mauvaise nouvelle pour le pouvoir d’achat des ménages. Dans le cas de la devise européenne, il est important de noter que l’effet positif en matière d’exportations ne vaut que pour les entreprises qui vendent au-delà de la zone euro. Or, souvent, la compétition entre entreprises a lieu surtout à l’intérieur même de cette zone. Cela signifie que la baisse de la monnaie unique risque de ne produire que des effets marginaux. On pense ainsi que cela permettrait d’obtenir 0,25% de croissance supplémentaire du produit intérieur brut (PIB) européen.
L’ALGERIE RATE DES OCCASIONS
Mais qu’en est-il pour un pays comme l’Algérie dont les recettes sont essentiellement en dollars tandis que ses dépenses d’importations sont principalement libellées en euros ? La situation actuelle (dollar plus fort, euro plus faible) est a priori avantageuse et cela même si les cours du pétrole sont en baisse. Autrement dit, c’est un contexte qui peut permettre à l’Algérie de valoriser ses avoirs en dollars en réalisant quelques bonnes affaires dans la zone euro (immobilier, capital d’entreprises cotées) mais aussi de faire passer une partie de ses réserves de change en euros (le dollar ne restera pas longtemps orienté à la hausse). Cela fait des années que des économistes algériens souhaitent que leur pays prépare l’avenir par le biais de ce type d’opération. En vain…
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