Lignes quotidiennes

Lignes quotidiennes
Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
Affichage des articles dont le libellé est Euro. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Euro. Afficher tous les articles

lundi 3 juillet 2017

L’euro, ce survivant

_
Le Quotidien d'Oran, mercredi 28 juin 2017
Akram Belkaïd, Paris

Les pro-euros ont-ils gagné la bataille ? Un an après la décision des électeurs britanniques de faire sortir leur pays de l’Union européenne (UE), il semble bien que la monnaie unique ait repris des couleurs, et pas simplement sur le marché des changes où son appréciation face au dollar continue d’alimenter les analyses.

En début de semaine, lors de l’ouverture de la quatrième édition du forum annuel de la Banque centrale européenne à Sintra (Portugal), le président de l’institution monétaire Mario Draghi, a ainsi estimé que «les cris en faveur de la disparition de l’Union européenne et de l’euro sont désormais à peine plus audibles que des chuchotements». Autrement dit, l’euro est toujours là malgré les Cassandres qui annoncent régulièrement sa disparition prochaine.

L’erreur de Friedman

L’affaire n’est pas nouvelle. En 1996, le célèbre économiste américain Milton Friedman avait jugé impossible la naissance de l’euro. La suite lui a donné tort puisque la devise européenne est née en 1999 pour les transactions financières et en 2002 sous sa forme fiduciaire. L’inspirateur des politiques économiques néolibérales avait alors avancé des arguments qui sont encore repris aujourd’hui. Pour lui, une union monétaire était impossible sans une union politique. L’Europe n’ayant pas opté pour la voie fédérale et ses membres refusant d’harmoniser leurs politiques économiques, fiscales et budgétaires, la cohérence d’une monnaie commune lui paraissait bien fragile.

Le débat a été relancé en 2010 après la crise financière de 2008, avec la crise de la Grèce et les conséquences d’endettements publics trop importants de pays membres de la zone euro (Espagne, Irlande). La réponse institutionnelle de l’Europe paraissait trop faible et son manque de solidarité interne, matérialisé par l’extrême fermeté de l’Allemagne à l’égard d’Athènes, était pointé du doigt. Avec ces faiblesses structurelles, on a vu refleurir des analyses alarmistes à propos de l’inéluctable disparition de la monnaie unique. Le Brexit a donné encore plus d’arguments aux pessimistes d’autant que l’Union européenne n’a guère avancé dans la refonte de ses institutions. Les rivalités entre Etats perdurent et le cas du Luxembourg a mis en évidence la compétition fiscale féroce qui oppose les membres de l’Union économique et monétaire.

Et pourtant l’euro est toujours là. En mai dernier, le Front national dont la campagne électorale a été bâtie autour de l’abandon de cette monnaie n’a pu remporter l’élection présidentielle et a enregistré un score décevant (pour ses militants et responsables) lors des législatives un mois plus tard. Au-delà de l’attachement des Européens pour leur monnaie, comment expliquer une telle résistance de l’euro dans de telles faiblesses structurelles ? Il faut revenir à la formulation du constat prédictif pour trouver des éléments de réponse. On dit souvent que l’euro est menacé parce qu’il n’y a pas suffisamment d’«Europe politique». En réalité, ce qui permet à la monnaie unique de résister, c’est la volonté des dirigeants politiques de préserver le statu quo.

Volonté politique

D’une part, ces derniers ne veulent pas aller plus loin dans la convergence des politiques économiques, fiscales et budgétaires. Mais, dans le même temps, leurs efforts tendent à maintenir l’existence de la devise avec, en prime, le soutien déterminant de la Banque centrale européenne qui fait en sorte que les marchés gardent leur confiance à l’euro. Cela signifie que l’idée que les politiques ont perdu la main par rapport aux forces du marché est fausse. Dans un cadre théorique, comme l’a montré Friedman, l’euro aurait dû disparaître dès la première bourrasque. Cela n’a pas été le cas, parce que les gouvernements ont su œuvrer, parfois dans l’urgence, pour le défendre. Cela peut-il durer indéfiniment sans changement majeur dans la structure de l’Union européenne ? La réponse sera peut-être connue lors de la prochaine crise…

La chronique économique s’interrompt pour la période estivale. Elle reprendra le mercredi 6 septembre 2017. La chronique du blédard, elle, ne s’interrompt pas.
_

vendredi 12 février 2016

Le marché pétrolier sous la menace du retour de l’Iran

_
Akram Belkaïd,
vendredi 12 février 2016

La levée des sanctions internationales permet à l’Iran de faire un retour en force sur le marché pétrolier. Mais cet afflux supplémentaire d’or noir risque de contribuer à la chute des prix, tandis que la volonté de Téhéran de remplacer le paiement en dollars par le paiement en euros pourrait créer des tensions avec les Etats-Unis.


La suite de l'article est à lire sur le site d'OrientXXI
_

mardi 23 décembre 2014

La chronique économique : Quelques prévisions pour 2015

_
Le Quotidien d'Oran, mercredi 17 décembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

En matière d’économie, la fin de l’année est le prétexte aux bilans mais aussi aux prévisions pour les douze mois qui suivent. L’exercice est ainsi un passage obligé pour tous les grands producteurs de recherche (instituts de conjoncture, banques d’affaires, sociétés de courtages,…). Voici donc celles établies par le cabinet Oxford Economics (OE) sous la plume de son économiste senior Adam Slater, lequel rappelle que neuf des prévisions établies par OE en décembre 2013 pour 2014 se sont avérées exactes.

1- La consommation américaine va augmenter. Une bonne nouvelle pour l’économie des Etats-Unis dont le Produit intérieur brut (PIB) dépend pratiquement aux deux tiers des dépenses de consommation dont celles des ménages. Avec un marché du travail dynamique (200.000 emplois créés chaque mois en moyenne), le clignotant est au vert aux USA selon Oxford Economics qui n’exclut pas une croissance du 4% du PIB étasunien.
2- Léger mieux pour la zone euro mais… A côté du dynamisme américain, l’activité économique européenne va sembler bien terne avec à peine 1,3% de progression du PIB (1% en 2014). De plus, avertit OE, il y a aussi des risques que la question de l’éclatement de la zone euro refasse son apparition avec les tensions politiques en Grèce. De quoi affoler de nouveau les marchés.
3- Les Banques centrales en mode conciliant. Même si le robinet va se tarir peu à peu du côté des Etats-Unis, les institutions monétaires dont la Banque centrale européenne (BCE) vont continuer d’injecter des liquidités pour soutenir des croissances plus ou moins faiblardes. Du coup, les taux d’intérêts ne devraient pas augmenter de manière importante.
4- Un baril à 70 dollars. Voilà une prévision qui peut paraître optimiste alors que le Brent fait route actuellement vers les 60 dollars et que des économistes parient désormais sur un plancher de 40 dollars. Mais pour Oxford Economics, ces 70 dollars sont une moyenne sur l’année, ce qui laisse à penser que le cabinet s’attend à une stabilisation des prix à plus ou moins court terme.
5- Le coup de mou persistera pour les BRIC. 5% de croissance pour les quatre grands pays émergents, à peine un peu plus de 4% en 2015 : les BRIC ne tiennent pas la forme d’autant que la Russie risque fort, selon EO, de devenir le « nouvel Iran » en raison des sanctions internationales liées à la situation en Ukraine. Certes, le Brésil et l’Inde devraient connaître une timide reprise mais pas de quoi compenser la stabilisation de la croissance chinoise autour de 7%. Oxford Economics n’exclut pas non plus une aggravation de la crise économique et financière en Russie et n’écarte pas l’idée selon laquelle la Chine pourrait dévaluer sa monnaie afin de relancer ses exportations.
6- La dette des ménages asiatiques en question. En matière de suivi d’actualité économique, on appelle ça un thème. Cela fait des années que l’endettement des ménages asiatiques alimente les inquiétudes cela d’autant que la consommation est désormais vue comme un moteur aussi important que les exportations. L’importance de cette dette est désormais considérée comme un ralentisseur de la consommation.
7- Un défaut de l’Ukraine. En 2015, estime EO, l’Ukraine devrait s’avérer incapable de rembourser sa dette extérieure. Dans un contexte de crise politique et financière, avec des réserves de change inférieures à 10 milliards de dollars, Kiev va avoir besoin de négocier avec ses créanciers parmi lesquels… la Russie. Un dossier qui va peser lourd… De même, à l’autre bout du globe, EO avertit de l’existence d’un risque d’une nouvelle crise de la dette en Amérique latine, deux pays étant particulièrement concernés : l’Argentine et le Venezuela.
8- Le dollar va continuer à s’apprécier. Le billet vert, bénéficiant des bonnes prévisions concernant la conjoncture américaine, va continuer à prendre de la hauteur par rapport aux autres devises. De quoi donner un peu de marge aux pays exportateurs de pétrole comme l’Algérie. Reste à savoir combien de temps cette appréciation va durer car Washington ne restera pas sans réagir face à cette perte de compétitivité.
_

mardi 25 novembre 2014

La chronique économique : L’euro baisse

_
Le Quotidien d’Oran, mercredi 19 novembre 2014
Akram Belkaïd, Paris

Une bonne ou une mauvaise chose ? Depuis le mois de mars dernier, l’euro est engagé dans une tendance baissière qui lui a fait perdre plus de 10% par rapport au dollar étasunien et 5% vis-à-vis de l’ensemble des grandes devises mondiales. De façon symbolique, la monnaie européenne est ainsi passée sous le seuil de un euro pour 1,30 dollar. On est loin de la période où de nombreux économistes étaient persuadés que la parité serait de 1,65 dollar pour un euro (à ce jour, le record est de 1,6038 ayant été établi en juillet 2008).

Un impact mitigé

Les raisons de la baisse de l’euro sont connues. Il y a d’abord le fait que c’est plutôt le dollar qui augmente. En effet, l’économie américaine va bien mieux que son homologue européenne pour laquelle le Fonds monétaire international (FMI) continue de craindre une troisième récession. Dans un tel contexte, les investissements vont vers la zone qui affiche les perspectives les plus prometteuses. Cela provoque une hausse des actifs libellés en dollars et donc un certain fléchissement de ceux qui le sont en euros. Plus important encore, on s’attend à ce que la Réserve fédérale (Fed) augmente ses taux en 2015 ce qui rend les investissements en dollars plus attractifs.

Le second facteur qui influe sur la baisse de l’euro est que la Banque centrale européenne (BCE) semble avoir décidé qu’il était temps d’agir en ce sens. Aujourd’hui, son taux directeur est de 0,05% et celui des dépôts (rémunération des placements à court terme) est négatif (-0,2%, ce qui signifie qu’il faut donc payer une prime pour placer ses fonds à court terme). En clair, sur le marché des changes, l’euro est une devise moins attractive pour les investisseurs qui lui préfèrent le billet vert ou d’autres monnaies. De façon plus pragmatique, on peut dire aussi que la devise européenne est enfin entrée dans la bataille des changes alors qu’elle faisait figure, depuis 2008, de grande vaincue de ces mouvements de dévaluation qui ne disaient pas leur nom.

Il reste à savoir si cette baisse va contribuer à faire sortir la zone euro de son marasme actuel. On connaît les avantages et les inconvénients d’un repli d’une devise. D’un côté, les exportateurs gagnent en compétitivité ce qui contribue à créer de l’emploi et à soutenir la croissance. De l’autre, cela signifie que les produits importés augmentent et avec eux l’inflation ce qui est une mauvaise nouvelle pour le pouvoir d’achat des ménages. Dans le cas de la devise européenne il est important de noter que l’effet positif en matière d’exportations ne vaut que pour les entreprises qui vendent au-delà de la zone euro. Or, souvent, la compétition entre entreprises a lieu surtout à l’intérieur même de cette zone. Cela signifie que la baisse de la monnaie unique risque de ne produire que des effets marginaux. On pense ainsi que cela permettrait d’obtenir +0,25% de croissance supplémentaire du Produit intérieur brut (PIB) européen.

L’Algérie rate des occasions

Mais qu’en est-il pour un pays comme l’Algérie dont les recettes sont essentiellement en dollars tandis que ses dépenses d’importations sont principalement libellées en euros ? La situation actuelle (dollar plus fort, euro plus faible) est a priori avantageuse et cela même si les cours du pétrole sont en baisse. Autrement dit, c’est un contexte qui peut permettre à l’Algérie de valoriser ses avoirs en dollars en réalisant quelques bonnes affaires dans la zone euro (immobilier, capital d’entreprises cotées) mais aussi de faire passer une partie de ses réserves de change en euros (le dollar ne restera pas longtemps orienté à la hausse). Cela fait des années que des économistes algériens souhaitent que leur pays prépare l’avenir par le biais de ce type d’opération. En vain…
_

jeudi 20 novembre 2014

La chronique économique : L'euro baisse

_
Le Quotidien d'Oran, mercredi 19 novembre 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Une bonne ou une mauvaise chose ? Depuis le mois de mars dernier, l’euro est engagé dans une tendance baissière qui lui a fait perdre plus de 10% par rapport au dollar étasunien et 5% vis-à-vis de l’ensemble des grandes devises mondiales. De façon symbolique, la monnaie européenne est ainsi passée sous le seuil de un euro pour 1,30 dollar. On est loin de la période où de nombreux économistes étaient persuadés que la parité serait de 1,65 dollar pour un euro (à ce jour, le record est de 1,6038 ayant été établi en juillet 2008).

UN IMPACT MITIGE

Les raisons de la baisse de l’euro sont connues. Il y a d’abord le fait que c’est plutôt le dollar qui augmente. En effet, l’économie américaine va bien mieux que son homologue européenne pour laquelle le Fonds monétaire international (FMI) continue de craindre une troisième récession. Dans un tel contexte, les investissements vont vers la zone qui affiche les perspectives les plus prometteuses. Cela provoque une hausse des actifs libellés en dollars et donc un certain fléchissement de ceux qui le sont en euros. Plus important encore, on s’attend à ce que la Réserve fédérale (Fed) augmente ses taux en 2015, ce qui rend les investissements en dollars plus attractifs.
Le second facteur qui influe sur la baisse de l’euro est que la Banque centrale européenne (BCE) semble avoir décidé qu’il était temps d’agir en ce sens. Aujourd’hui, son taux directeur est de 0,05% et celui des dépôts (rémunération des placements à court terme) est négatif (-0,2%, ce qui signifie qu’il faut donc payer une prime pour placer ses fonds à court terme). En clair, sur le marché des changes, l’euro est une devise moins attractive pour les investisseurs qui lui préfèrent le billet vert ou d’autres monnaies. De façon plus pragmatique, on peut dire aussi que la devise européenne est enfin entrée dans la bataille des changes alors qu’elle faisait figure, depuis 2008, de grande vaincue de ces mouvements de dévaluation qui ne disaient pas leur nom.
Il reste à savoir si cette baisse va contribuer à faire sortir la zone euro de son marasme actuel. On connaît les avantages et les inconvénients d’un repli d’une devise. D’un côté, les exportateurs gagnent en compétitivité, ce qui contribue à créer de l’emploi et à soutenir la croissance. De l’autre, cela signifie que les produits importés augmentent et avec eux l’inflation, ce qui est une mauvaise nouvelle pour le pouvoir d’achat des ménages. Dans le cas de la devise européenne, il est important de noter que l’effet positif en matière d’exportations ne vaut que pour les entreprises qui vendent au-delà de la zone euro. Or, souvent, la compétition entre entreprises a lieu surtout à l’intérieur même de cette zone. Cela signifie que la baisse de la monnaie unique risque de ne produire que des effets marginaux. On pense ainsi que cela permettrait d’obtenir 0,25% de croissance supplémentaire du produit intérieur brut (PIB) européen.

L’ALGERIE RATE DES OCCASIONS

Mais qu’en est-il pour un pays comme l’Algérie dont les recettes sont essentiellement en dollars tandis que ses dépenses d’importations sont principalement libellées en euros ? La situation actuelle (dollar plus fort, euro plus faible) est a priori avantageuse et cela même si les cours du pétrole sont en baisse. Autrement dit, c’est un contexte qui peut permettre à l’Algérie de valoriser ses avoirs en dollars en réalisant quelques bonnes affaires dans la zone euro (immobilier, capital d’entreprises cotées) mais aussi de faire passer une partie de ses réserves de change en euros (le dollar ne restera pas longtemps orienté à la hausse). Cela fait des années que des économistes algériens souhaitent que leur pays prépare l’avenir par le biais de ce type d’opération. En vain…
_

vendredi 14 novembre 2014

André Orléan, à propos de l'euro

_
L'économiste André Orléan, spécialiste des questions monétaires, à propos de l'euro
Extrait de l'entretien publié par Le Monde daté du 9 novembre 2014

"L'euro est une monnaie incomplète car elle n'est pas adossée à une souveraineté politique et ne renvoie à aucun sentiment de solidarité partagé par les populations européennes. Les billets en euro sont symptomatiques dans la mesure où il a été impossible de trouver d'autres symboles communs que des portes, fenêtres ou ponts qui ne renvoient à aucune réalité sociale vécue.
"Autrement dit, il faudrait avoir confiance dans l'euro, non pas pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il nous promet d'être, sans pourtant qu'il soit possible aujourd'hui de fournir une représentation tangible de ce destin".
_

lundi 26 mai 2014

La chronique économique : L’euro trop fort

_
Le Quotidien d'Oran, mercredi 21 mai 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Jusqu’où l’euro va-t-il monter par rapport au dollar américain ? C’est la question récurrente que se posent nombre de responsables européens qui s’inquiètent de plus en plus de la vigueur de leur devise. Dans le détail, la monnaie unique est proche actuellement de la barre de 1,40 dollar ce qui la place à un plus haut depuis l’automne 2011. Du coup, le débat à propos d’un possible pic à 1,45 dollar voire 1,50 dollar est relancé sur fond de bataille électorale pour le scrutin du 25 mai prochain.
 
Peu de marges pour la BCE
 
Mais quel est le problème posé par un euro fort ? Plusieurs pays de l’Union européenne (UE) se plaignent d’abord que cela handicape leurs exportations par rapport à leurs concurrents américains ou asiatiques. Certes, cela ne concerne pas l’Allemagne dont la renommée planétaire du fameux « made in Germany » est un avantage précieux qui compense des prix plus élevés. Mais des pays comme la France, l’Italie, l’Espagne ou même les Pays-Bas sont pénalisés surtout en ce qui concerne leurs produits bas-de-gamme. La conséquence pour eux est connue, plusieurs de leurs entreprises étant poussées à délocaliser une partie de leurs activités en zone dollar et cela afin de diminuer leurs coûts de production.
 
Dans le même temps, la vigueur de l’euro pose problème dans un contexte où l’inflation est très faible et où l’économie a du mal à redémarrer. En soi, le fait qu’une monnaie soit un rempart contre la hausse des prix n’est pas une mauvaise chose. Mais, quand cela contribue à augmenter les menaces de déflation voire de stagflation, cela devient inquiétant. En effet, de nombreux économistes européens craignent que les économies du Vieux Continent ne tombent dans le piège de la stagnation (panne de l’activité économique) doublée d’une chute drastique des prix (causée par la faiblesse de l’inflation qui finit par conduire à la déflation). Dans ce genre de situation, les entreprises, faute de commandes et de revenus suffisants, font faillite et sont obligées de licencier.
 
Du coup, c’est la Banque centrale européenne (BCE) qui est priée de réagir puisque c’est à elle que revient de conduire les politiques liées à l’euro. Problème, l’institution monétaire basée à Francfort n’a que très peu de marges de manœuvres. Ses taux directeurs sont déjà très faibles (baisser les taux peut contribuer à déprécier une monnaie) et, de toutes les façons, l’Allemagne ne veut ni d’un euro faible ni d’un regain d’inflation ne serait-ce que pour préserver les avoirs de ses épargnants. Le 5 juin prochain, les gouverneurs de la BCE seront donc attendus au tournant lors de leur réunion mensuelle. Non seulement, ils devront rendre publiques leurs prévisions de croissance et d’inflation mais aussi, et surtout, clarifier leurs intentions vis-à-vis de la valeur de l’euro.
 
Le tabou de la dévaluation
 
Bien entendu, il est pratiquement exclu d’entendre un jour les dirigeants de la Banque centrale européenne évoquer la question d’une dévaluation pure et simple. Ce genre d’option n’est pas prévu, du moins pas de manière explicite, par les textes qui régissent l’Union monétaire européenne. Pourtant, les exportateurs du Vieux continent auraient bien besoin d’un petit coup de pouce monétaire. Ce dont ne veulent absolument pas les épargnants (l’Europe est la première zone d’épargne du monde) qui craignent une dépréciation de leurs avoirs. La BCE devra donc faire avec ce qu’elle a, c’est-à-dire pas grand-chose.
​_

mercredi 30 janvier 2013

La chronique économique : Guerre des monnaies, le retour

_
Le Quotidien d'Oran, mercredi 30 janvier 2013
par Akram Belkaid, Paris
 
Après plusieurs mois de discrétion, voici que le thème de la guerre des monnaies refait son apparition au point qu’il a constitué l’un des principaux sujets de conversation durant le Forum de Davos. En effet, plusieurs personnalités du monde des affaires et de la finance s’inquiètent d’un retour en force des politiques monétaires destinées à affaiblir les devises (rappelons que la politique monétaire concerne d’abord les taux d’intérêts et que c’est par leur biais qu’elle peut avoir une incidence sur la valeur de la monnaie). On le sait, de telles politiques servent le plus souvent à remettre sur pied des compétitivités usées par la crise. La règle est simple : une monnaie dépréciée permet le plus souvent aux exportations de rebondir.
 
LE JAPON MIS EN CAUSE
 
Jens Weidmann, le très influent président de la Bundesbank, la Banque centrale allemande, fait partie de ceux qui ont tiré la sonnette d’alarme. Pour lui, l’interventionnisme des pouvoirs politiques a pour conséquence directe la perte d’indépendance de nombreuses banques centrales. Ces dernières seraient ainsi encouragées, voire forcées, à manipuler les taux d’intérêts ainsi que la masse monétaire afin d’affaiblir leurs monnaies nationales et, par conséquent, relancer les exportations. Pour le patron de la «Buba», symbole par excellence de la Banque centrale indépendante et garante de l’orthodoxie monétaire, la planète économique serait désormais menacée par une série de dévaluations compétitives. Une arme destinée à contrer les effets de la crise mais qu’aucun Etat membre du G20 n’a jusqu’à présent utilisée.
 
Dans cette polémique montante, le Japon fait figure d’accusé alors que, jusqu’à présent, la Chine et d’autres pays émergents (Brésil, Argentine…) comptaient parmi les principaux mis en cause. Il est vrai que depuis plusieurs semaines, la Banque centrale du Japon (BoJ) a annoncé son intention de fixer à 2% ses objectifs d’inflation. Ce qui, de manière mécanique, revient à mettre en place une politique monétaire dont l’un des effets sera d’affaiblir le yen. C’est du moins ce que pensent de nombreuses capitales qui craignent que le Japon ne s’engage dans une série de dévaluations compétitives pour réduire son déficit commercial. Il faut dire que la situation de l’Archipel est des plus préoccupantes en la matière.
 
En 2012, le déficit commercial nippon a ainsi atteint le chiffre historique de 77 milliards de dollars. De nombreuses entreprises, parmi lesquelles les emblématiques Toyota et Panasonic, ont appelé le gouvernement du Premier ministre Abe à prendre des mesures pour enrayer la baisse de leur compétitivité. Une perspective qui inquiète les concurrents du Japon à commencer par la Chine et la Corée du Sud. De son côté, le gouvernement japonais s’est défendu de toute manœuvre monétaire mais la baisse progressive du yen, depuis le mois de novembre dernier, conforte les soupçons de Pékin et Séoul. Dans le même temps, Tokyo a eu beau jeu de rappeler que le yuan chinois est considéré comme étant volontairement sous-évalué tandis que l’euro, de par les parités fixes qu’il a imposées aux monnaies européennes, a largement profité aux exportations allemandes.
 
UN DEBAT QUI N’EST PAS CLOS
 
De manière incidente, ce débat sur la politique monétaire japonaise remet au goût du jour celui sur l’indépendance des Banques centrales. Entre la fin des années 1970 et la crise de 2008, cette indépendance a fait figure de dogme incontournable y compris pour des pays en développement. Le ralentissement de l’économie mondiale et l’explosion du chômage aux quatre coins de la planète ont rebattu les cartes. De plus en plus de pouvoirs politiques estiment qu’il est de leur devoir de reprendre en main la politique monétaire quitte à être accusés de «fabriquer» de l’inflation (affaiblir une devise, c’est aussi favoriser une augmentation de l’inflation). En tout état de cause, ce débat est loin d’être terminé d’autant que les partisans de l’indépendance des Banques centrales se sont tout de même accommodés des politiques non conventionnelles suivies par ces dernières depuis 2008 (rachat de dettes des Etats, sauvetages de banques commerciales, etc.).
_

jeudi 5 janvier 2012

La chronique économique : Triste anniversaire pour l'euro

_
Le Quotidien d'Oran, mercredi 4 janvier 2012

L’euro est-il condamné ? Va-t-il disparaître ? Va-t-il s’effondrer face au dollar ou aux autres devises (yen, won ou même yuan) ? Dix ans après la mise en circulation, sous forme fiduciaire de la monnaie unique européenne (elle était en usage dès janvier 1999, notamment sur les marchés financiers), ces questions sont plus que jamais d’actualité. Certes, les dirigeants européens adoptent un discours rassurant et mettent en avant les efforts diplomatiques et institutionnels, déployés depuis plusieurs mois pour faire sortir l’Europe de la crise. Il n’empêche, ce qui se joue actuellement n’est ni plus ni moins que la survie de cette devise, confrontée à la défiance des marchés, dans une conjoncture marquée par une grave crise de la dette des Etats.

LA CHUTE DE L'EURO SEMBLE INELUCTABLE


Un indicateur résume à lui seul l’état d’esprit des investisseurs. Selon la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’instance de marché aux Etats-Unis qui régule les marchés dérivés, le nombre de contrats « shortant » l’euro, c’est-à-dire pariant sur sa baisse par rapport au dollar, a atteint un record (au 27 décembre 2011) de 127.900. La CFTC ne supervise qu’une part infime des flux sur le marché euro-dollar (ce dernier représente le tiers des transactions mondiales sur les devises) mais ses données sont un excellent indicateur, sur la tendance globale des marchés de change. Ces derniers connaissent donc une défiance de plus en plus grande, des fonds spéculatifs (ou hedge funds), à l’égard de l’euro. Il faut rappeler que ces fonds ont perdu beaucoup d’argent en 2011, en pariant (en vain) sur la chute de la monnaie unique. Le fait qu’ils maintiennent leurs positions courtes démontre qu’ils restent persuadés que la devise européenne va dévisser en 2012.

Plusieurs facteurs pourraient leur donner raison. Il y a d’abord la persistance de la crise grecque. De nombreux économistes sont désormais convaincus qu’Athènes va faire défaut sur sa dette, au premier semestre 2012. En annonçant son incapacité à faire face à ses échéances de remboursement, le gouvernement grec pourrait ainsi allumer un incendie qui se propagerait aux quatre coins de la zone euro. Une autre menace sur l’euro est la situation des finances publiques espagnoles. Madrid vient en effet, d’annoncer que son déficit public pour cette année sera de 8% du Produit intérieur brut (PIB) et non pas de 6%. En clair, cela veut dire que l’Espagne va devoir emprunter plus que prévu et à des taux plus élevés. Le troisième nuage sur l’euro est l’Italie, pays qui n’est toujours pas tiré d’affaire et qui va devoir mobiliser 430 milliards d’euros en 2012, dans un contexte marqué par une entrée en récession de son économie.

C’est donc un bien sombre anniversaire que les Européens ont célébré le 1er janvier dernier. A bien des égards, la crise de la dette semble hors de contrôle puisque le dernier chiffre des besoins des pays de la zone euro atteint désormais 900 milliards de dollars soit deux fois plus que ce que peut mobiliser le Fonds européen de stabilisation financière. De fait, chaque jour qui passe augmente les besoins de financement des pays européens ce qui met leur devise sous pression au point que de nombreux experts se demandent si la meilleure solution n’est pas tout simplement de revenir aux monnaies nationales (lesquelles seraient, pensent-ils, soumises à moins de contraintes, en matière de finances publiques).

L'ÉCHEC DES EUROCRATES

Cette crise de l’euro marque donc l’échec des politiciens et des experts qui pensaient que la création d’une monnaie unique pouvait être exemptée d’une réflexion sur les convergences fiscales et sociales en Europe. Faute d’avoir mis en place une politique économique commune, adossée à des règles fiscales partagées par tous ses membres, la zone euro est désormais en danger. Bien sûr, l’euro peut encore résister durant des années, ne serait-ce que parce que l’Allemagne continue de le défendre. Pourtant, les doutes entourant sa viabilité vont perdurer ce qui va aggraver les difficultés de financement des pays européens. Or, c’est bien pour l’inverse que l’euro a été créé. D’atout, la devise européenne est en train de se transformer en handicap.



Akram Belkaïd
_