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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 13 novembre 2012

La chronique du blédard : Obama réélu mais la magie a disparu

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 08 novembre 2012
Akram Belkaïd, Paris

Barack Obama a donc réussi son pari en étant réélu à la présidence des Etats-Unis d’Amérique. Comme en 2008, des millions de non-étasuniens ont suivi avec intérêt la nuit électorale, ses débats et son suspense. Pour autant, la magie d’il y a quatre années n’était pas au rendez-vous. Dissipé le grand moment historique qui a tant fait pleurer dans les chaumières et remisées les tirades empreintes d’émotion et leur désormais ringard « yes, we can ». Disparu le sentiment d’admiration à l’égard d’un pays capable de choisir un métis à sa tête, cinquante ans à peine après les terribles batailles pour les droits civiques et contre la ségrégation.

Tout cela est oublié car c’est peu dire qu’Obama a déçu à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. Attentiste, velléitaire, incapable de dicter sa loi aux flibustiers de Wall Street mais aussi va-t-en guerre, grand ordonnateur de tueries par drones interposés et, ne l’oublions pas, incapable, malgré sa promesse électorale de 2007, de procéder à la fermeture du camp de Guantanamo : les griefs et les déceptions ne manquent pas. Pour sa défense, les uns citent la violence de la crise économique à laquelle le président américain n’était pas préparé. D’autres, insistent sur le fait que son action réformatrice a été entravée par un Congrès entre les mains de Républicains poussés à la radicalisation par le mouvement ultra-doitier du Tea Party. On relèvera que le président réélu a pourtant eu la majorité dans les deux Chambres durant la première moitié de son mandat et qu’il n’a guère exploité cet avantage.

Obama ne sera donc pas le nouveau Carter, ce président démocrate (1976-1980), battu par Ronald Reagan et devenu depuis le symbole d’une certaine naïveté du centre-gauche américain. Mais on sait ce qu’est devenu Carter. Une conscience internationale, un homme de paix, ce que ne pourra être Obama malgré le Prix Nobel qu’il a reçu. Dans les mois qui viennent, il faut s’attendre à ce qu’il enfile de nouveau son costume de chef de guerre avec comme possibles théâtres d’opérations le Mali, l’Iran voire la Syrie. En tous les cas, on aura compris qu’un président américain est toujours le continuateur de la politique internationale de ses prédécesseurs.

C’est pourquoi il ne faut pas espérer de miracle concernant le drame palestinien. Au cours des quatre dernières années, les défenseurs d’Obama ont expliqué que le président américain ne pouvait s’attaquer de front à ce dossier sans mettre en danger sa réélection. Le voici reconduit pour quatre ans à la Maison-Blanche mais qui peut croire qu’il pourra imposer aux Israéliens d’évacuer les colonies de Cisjordanie et d’accepter la création d’un Etat palestinien ? Le veut-il, lui qui s’est opposé à la proclamation unilatérale de cet Etat ? Et, le voudrait-il, rien ne dit qu’il prendra le risque de mettre dans l’embarras le futur candidat démocrate à l’élection présidentielle de 2016.

En tout état de cause, l’un des grands vainqueurs de cette élection s’appelle K-Street. Il s’agit de cette rue de Washington où l’on trouve des centaines de bureaux de lobbyistes chargés d’activer autour des membres du Congrès (sénateurs et représentants) voire auprès de la Maison-Blanche. Les sommes injectées dans la campagne par ces groupes de pression donnent le tournis : Au moins deux milliards de dollars si on se limite à la seule élection présidentielle. Qui peut encore prétendre que la démocratie américaine n’est pas malade ? Réalise-t-on qu’il faudra trois milliards de dollars pour être élu président des Etats-Unis en 2016 ?

Bien sûr, on peut penser, comme l’artiste contestataire chinois Ai Weiwei, que l’Amérique peut être fière de sa démocratie sans élections truquées ni grands incidents. En Chine, comme dans n’importe quel pays sous régime dictatorial, les Etats-Unis incarnent encore un idéal démocratique, un but à atteindre pour garantir la liberté de tous. On peut estimer que cette vision est naïve et qu’il existe des démocraties bien plus saines – et moins corrompues par l’argent – comme c’est le cas pour les pays scandinaves ou le Canada. Il n’empêche, l’attraction que l’Amérique exerce sur le reste du monde reste intacte et c’est là sa force.

Mais ne boudons pas notre plaisir. La victoire d’Obama fait aussi plaisir car elle est une gifle cinglante sur la tronche de tout ce que l’Amérique compte comme déplaisances. Tous ces réactionnaires, ces fous furieux d’extrême-droite sans oublier FoxNews, bien sûr, cette chaîne de propagande qui est au journalisme ce qu’est la margarine à la cuisine au beurre. La réélection d’Obama met déjà ces mauvaises gens dans un état de rage folle. Qu’elle les étouffe a-t-on envie d’écrire. Il y a aussi ce Sheldon Adelson, treizième fortune mondiale, propriétaire de casinos et soutien déclaré d’Israël où il possède plusieurs intérêts économiques dont un journal gratuit. Cet homme a versé des centaines de millions de dollars pour faire battre Obama, et le punir de ne pas s’être totalement allongé aux pieds des dirigeants de l’état hébreu. Au final, son argent sale est parti en fumée. Cela fait du bien, cela fait rire et ricaner. Et rien que pour cela, la réélection d’Obama en vaut tout de même la peine…
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mercredi 23 janvier 2008

L'avidité et les bêtises de la main invisible


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Le Quotidien d'Oran, mercredi 23 janvier 2008

S'il est encore trop tôt pour tirer les leçons de la récente tempête qui vient d'ébranler les Bourses mondiales, on peut d'ores et déjà se pencher sur l'un de ses aspects et en tirer une conclusion qui devrait faire réfléchir tous ceux qui ne jurent que par le marché et sa prétendue science infaillible. Que s'est-il passé pour que la panique s'empare des opérateurs et les pousse à vendre à tout va ?

On le sait, à l'origine de cette pagaille, il y a la fameuse crise des « subprime » aux Etats-Unis, ces prêts immobiliers risqués, qui plombent désormais le bilan de nombreuses banques et qui n'ont pas fini de faire parler d'eux. On remarquera pourtant, que cette crise dure depuis juin dernier et que personne n'ignorait que les établissements financiers sont les plus exposés. En fait, comme pour toute explosion, il a fallu une étincelle, et c'est George W. Bush qui l'a provoquée.

Il ne s'agit pas d'accabler une nouvelle fois le président américain mais, de noter que c'est après qu'il eut annoncé un plan de relance fiscal de 150 milliards de dollars que les Bourses américaines ont commencé à dévisser, entraînant dans leur chute les autres places de la planète. Pourtant, l'intention de Bush était louable puisqu'il s'agissait de redonner confiance aux Américains en leur proposant des rabais fiscaux destinés à les encourager à consommer et donc à empêcher que l'économie de leur pays, qui dépend aux deux tiers de la consommation, n'entre en récession.

La question est donc de savoir pourquoi Wall Street n'a pas apprécié le plan Bush au point de déclencher un mini-krach mondial. La réponse est simple : les opérateurs n'attendaient pas un plan de relance fiscal destiné à sauver l'économie réelle. Ils espéraient plutôt, pour ne pas dire qu'ils exigeaient, des mesures de sauvetage pour la sphère financière. En un mot, le marché attendait de la présidence américaine qu'elle épongeât ses errements. Si Bush avait annoncé le déblocage de 150 milliards de dollars pour renflouer les établissements mis à mal par la crise des « subprime », il y a fort à parier que tous les indices boursiers auraient battu des records à la hausse.

Dès lors, deux conclusions s'imposent. La première est d'ordre général et c'est plutôt un rappel. Qu'on le veuille ou non, c'est bel et bien l'appât du gain qui guide le marché et cela quel qu'en soit le prix final. Comme pour les scandales précédents (Enron, Worldcom, LTCM, Barrings,...), les langues vont bien finir par se délier et on réalisera alors, à quel point l'âpreté l'a disputé à l'imprudence dans cette affaire où des centaines de banques et des milliers de fonds ont bâti des châteaux de carte à partir de produits financiers risqués, puisque adossés à des créances quasiment insolvables. « Greed », est d'ailleurs le mot qui revient le plus souvent dans les commentaires d'experts. Il signifie avidité et il résume bien ce qui a caractérisé les marchés dans cette affaire des « subprime ».

La deuxième conclusion découle de ce qui précède. Disons-le et répétons-le, la fameuse « main invisible » qui agirait pour donner au marché toute sa rationalité n'est qu'une fumisterie à laquelle, de toutes les façons, seuls quelques ultra-libéraux continuent de croire cela sans oublier une kyrielle d'experts du Sud qui pensent être crédibles en ânonnant que le marché peut tout et qu'il a toujours raison. D'abord, le marché s'est trompé en se fourvoyant à propos de crédits vérolés et, de plus, il a été incapable de détecter à temps leur dangerosité. Mieux, ou pire, il a espéré jusqu'au bout l'intervention directe de l'Etat américain pour qu'il efface son ardoise.

En un mot, quand les choses vont mal, il n'y a pas de « main invisible » qui tienne et les opérateurs des marchés s'en remettent toujours à l'intervention publique. C'est une leçon à méditer alors que l'on continue ici et là à promouvoir le dogme du moins d'Etat.