Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 8 août 2019

La chronique du blédard : Un bien détestable président

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 18 juillet 2019
Akram Belkaïd, Paris


Donald Trump, président des États-Unis d’Amérique est un raciste, un xénophobe et un misogyne. Qui peut désormais en douter après la série de tweets adressés, sans les nommer, à quatre parlementaires démocrates appelées à « retourner » d’où elles viennent. Parmi les mises en cause par ce président aux aïeux allemands, il y a Alexandria Ocasio-Cortez, dite « AOC », née à New York mais originaire de Porto Rico qui est un territoire sous tutelle américaine. Ilhan Omar est, quant à elle, arrivée aux États-Unis en tant que réfugiée de Somalie lorsqu’elle était mineure. Enfin, Rashida Tlaib est la première Américaine d’origine palestinienne à siéger au Congrès. Les intéressées ont répondu par tweets interposés en renvoyant le locataire de la Maison-Blanche dans les cordes mais cela ne changera rien à sa position et il serait illusoire d’attendre de sa part un mea culpa. Joe Biden qui fut le vice-président de Barack Obama et qui est candidat à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2020 a raison de dire que jamais président américain n’aura été aussi « ouvertement raciste » que Trump. On appréciera à sa juste valeur le terme « ouvertement »…

L’affaire a certes provoqué un tollé. La grande majorité des élus démocrates ont vigoureusement critiqué les propos de Trump et la Chambre des représentants, l’étage inférieur du Congrès sous domination démocrate, a condamné ce nouveau dérapage. Côté républicain, seules quelques voix se sont faites entendre en reprenant les accusations de racisme ou en demandant au président de retirer ses propos. C’est l’indication que la vie politique américaine est de plus en plus polarisée et c’est ce que cherche le principal intéressé. Car Donald Trump n’en est pas à son premier outrage. Il y a plus d’un an, n’avait-il pas qualifié les pays africains de « pays de merde » ? A l’époque, déjà, l’indignation avait parcouru le monde, des journaux influents avaient consacré maints éditoriaux rageurs sur ce sujet, des chancelleries ont protesté mais cela n’a rien changé. Le raciste persiste et signe. Mieux, il semble prendre un malin plaisir à récidiver et à surenchérir en sachant très bien quelles réactions il va provoquer.

La réalité, c’est que les États-Unis sont désormais entrés en campagne pour l’élection présidentielle de novembre 2020. Dans quelques mois, auront lieu les premières primaires, dont celle symbolique de l’Iowa. Donald Trump sera le candidat des républicains et toute la question est de savoir qui sera son adversaire démocrate. En pratiquant l’outrance et en répétant à l’envi ses provocations ordurières, le président vise deux objectifs. Le premier est de resserrer les rangs de sa base électorale. Scandale après scandale, cette dernière ne perd pas en importance. Certes, les républicains ont perdu les élections de mi-mandat mais les sondages montrent que Trump peut compter sur un électorat solide.

Un électorat, il faut le dire, qui partage en grande partie ses idées. Il n’y a pas que les questions sociales qui fondent la popularité de Trump. Son opposition au libre-échange, ses diatribes contre les délocalisations, ses sorties contre la fuite des emplois, tout cela a bien sûr son effet. Mais il ne faut pas s’aveugler. Les insultes et les mises en causes dirigées contre l’islam, l’immigration, les minorités ethniques et les femmes sont une réalité de même que son indulgence à l’égard de l’antisémitisme. Ces thèmes incendiaires sont autant de points de rassemblement et de convergence avec son électorat. Au passage, concernant l’antisémitisme, on notera la position à géométrie variable du président américain : indulgence à l’égard de celui, réel, qui prospère dans son camp et mise en cause intransigeante à l’égard de celui, supposé, qui existerait chez les démocrates, notamment chez celles et ceux qui s’opposent à la politique d’Israël…

L’autre objectif de Trump est de semer la pagaille au sein des candidats démocrates à l’investiture. Avec ses déclarations tapageuses – il y en aura d’autres dans les prochains jours et mois -, il les oblige à suivre son tempo, à se déterminer par rapport à lui et à se retrouver dans une situation où il leur sera bien difficile de faire entendre leurs propositions. Le président a bien compris l’avantage d’une telle situation qui flatte son narcissisme démesuré. Les uns et les autres sont obligés de parler de lui, de se référer à lui. La question est simple : peuvent-ils l’ignorer ? Et si oui, comment peuvent-ils y arriver ?

Finalement, l’Amérique paie bien cher l’élection de Barack Obama en 2008. Terminé l’idée d’un pays entré dans l’ère « post-raciale ». On réalise depuis 2016 qu’une grande partie de l’Amérique profonde n’a jamais admis de voir un Noir à la Maison-Blanche. Et avec Trump, elle trouve l’occasion de donner libre cours à des pulsions qui, jusque-là, étaient contenues ou interdites d’expression. Si le président se permet d’être ouvertement raciste pourquoi les citoyens ne le seraient-ils pas ? L’Amérique est entrée dans une période délicate et il sera intéressant de voir si elle possède les ressorts pour échapper à la catastrophe vers laquelle l’entraîne un homme aussi inconséquent que détestable.

vendredi 4 octobre 2013

La chronique économique : Les x-nomics

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 2 octobre 2013
Akram Belkaïd, Paris

Connaissez-vous les « abenomics » ? Ce terme est aujourd’hui omniprésent dans la presse spécialisée dès lors qu’il s’agit du Japon. Pour être plus précis, c’est un mot-valise qui désigne les principales orientations de la politique économique appliquée par le Premier ministre japonais Shinzo Abe depuis son retour au pouvoir en décembre 2012. De quoi s’agit-il ? C’est un cocktail qui mêle plan de relance avec un assouplissement monétaire (maintien à un niveau bas des taux d’intérêts) le tout adossé à une nouvelle stratégie de croissance où un yen faible dope les exportations. Dans le même temps, Shinzo Abe tente de relancer la consommation par une hausse des salaires tandis que l’augmentation prévue de la taxe sur la valeur ajoutée (tva) a été moins importante que prévu pour ne pas briser la timide reprise de l’activité.

De Reagan à Thaksin

A force d’être martelées, expliquées, décortiquées, les grandes lignes de la politique économique d’Abe ont donc mérité le label « nomics ». Il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas d’un jugement de valeur ou d’une quelconque forme de validation mais juste d’un constat selon lequel la dite politique est cohérente et, surtout, qu’elle est concrète. Le premier homme politique à avoir bénéficié de cette catégorisation est bien entendu Ronald Reagan, président des Etats-Unis de 1980 à 1988. Concoctés par l’économiste Milton Friedman, les « reaganomics » ont façonné nombre de programmes économiques dans les années 1980 et 1990 et continuent d’ailleurs d’influencer les doctrines de la majorité des institutions financières. Réduction des dépenses publiques, réduction des impôts, dérégulation et, enfin, recours à la politique monétaire pour combattre l’inflation : voilà ce que furent les quatre piliers des « reaganomics ». On sait que l’ancien acteur devenu président s’est fortement inspiré de la ligne économique suivie par Margaret Thatcher. Mais, pour cette dernière, il n’a (presque) jamais été question de « thatchernomics ». En effet, on parlait plus de Thatcherisme, ce « isme » tendant à prouver que l’influence de la dame de fer a été le socle majeur et prépondérant de toutes les politiques néolibérales.

D’autres responsables ont eu droit eux aussi à leur « nomics ». Certains sont plus ou moins oubliés à l’image de Roger Douglass, ministre néo-zélandais des finances (1984-1990). Appartenant au Parti travailliste, il a tout de même mis en place des mesures libérales – les « rogernomics » - avec des privatisations, une baisse des subventions et un soutien au libre-échange commercial. A l’opposé, les « thaksinomics » du Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra (2001-2006) étaient un mélange de relance keynésienne destinée à définitivement effacer les effets de la crise asiatique de 1997 (grands travaux, soutiens à la consommation, aides au monde rural avec un moratoire sur certaines dettes) le tout mâtiné de quelques privatisations pour ne pas trop fâcher le Fonds monétaire international (FMI). Enfin, Bill Clinton est le dernier président américain dont la politique économique a été jugé suffisamment consistante pour être appelée « clintonomics » : discipline budgétaire pour réduire les déficits, taux d’intérêts bas, soutien au libre-échangisme et développement des marchés financiers, notamment par la dérégulation, en ont été les grandes orientations (inspirées, entre autre, par Robert Rubin et Lawrence Summers). A l’inverse, l’expression « obamanomics » est à prendre avec des pincettes, ayant été utilisées par les républicains pour en moquer le manque de consistance et pour faire la rime avec « kremlinomics », une manière comme une autre de persuader l’électeur américain que Barack Obama n’est qu’un dangereux communiste…

Les « zéronomics »

Et l’Algérie dans tout ça ? Rentier incapable de diversifier son économie, il y a bien longtemps que ce pays n’a plus bénéficié de politique économique cohérente. Le terme n’existait pas dans les années 1970 mais l’on aurait peut-être pu parler de « boumenomics » voire d’« abdessnomics ». Une décennie plus tard, il aurait été possible, réformes obligent, d’évoquer les « hamrounomics ». Mais, depuis, plus rien. Car qui peut aujourd’hui trouver la moindre ligne directrice et la moindre logique rationnelle dans les semblants de politiques économiques suivies en Algérie depuis plus de vingt ans ? Peut-être, d’ailleurs, faudrait-il parler à ce sujet de « zéronomics »…
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jeudi 21 mars 2013

La chronique économique :Le pas de deux énergétique d’Obama

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 20 mars 2013
Akram Belkaïd, Paris
 

Quelle est la politique énergétique de Barack Obama ? Il y a quelques jours, le président étasunien a présenté une nouvelle feuille de route en la matière où il a réitéré sa volonté de voir les Etats-Unis développer massivement les énergies alternatives. L’un des points majeurs de son programme a été l’annonce d’un financement de 2 milliards de dollars sur dix ans pour la recherche sur des véhicules ne fonctionnant pas à l’essence mais à l’électricité, au biofuel, à l’hydrogène ou encore au gaz naturel. Tous ces carburants alternatifs devront être produits aux Etats-Unis et non importés de façon à réduire les dépenses énergétiques de ce pays.
 
Les hydrocarbures non-conventionnels en vedette
 
Les intentions officielles du président américain n’ont donc pas changé. En 2008, lors de sa première élection, il avait déjà promis que son pays entrerait dans l’ère des énergies alternatives avec un développement du solaire, de l’éolien et de l’hydrogène. Mais, à ce jour, ces promesses n’ont guère été suivies d’effets majeurs. Certes, l’administration fédérale a lancé quelques programmes de soutien à la recherche sur les sources d’énergie hors hydrocarbures mais le fait est que les Etats-Unis restent encore dépendant du carbone. En 2008, Obama n’avait, semble-t-il pas, anticipé le développement spectaculaire des hydrocarbures non-conventionnels tels que le gaz et le pétrole de schiste. Aujourd’hui, ces deux ressources sont à l’origine de la diminution d’un tiers des importations américaines de pétrole depuis 2008. Mieux, selon les projections avancées par l’Agence internationale de l’énergie, cela devrait conduire les Etats-Unis à une quasi-autosuffisance en matière d’hydrocarbures d’ici 2020.
 
Cette perspective est donc en complète contradiction avec le discours d’Obama dans la mesure où la politique énergétique des Etats-Unis est partie pour reposer avant tout sur l’exploitation massive d’hydrocarbures non-conventionnels. Dès lors, on voit mal comment les énergies alternatives pourraient se en parallèle. On le sait, et au-delà des incantations habituelles sur la nécessité de préparer l’après-pétrole, il est pratiquement impossible de promouvoir un approvisionnement secondaire, tel l’éolien ou le solaire, quand la majorité des investissements (et des incitations fiscales) vont à l’exploitation et le développement d’une source principale en l’occurrence le pétrole et le gaz de schiste.
 
L’un des exemples qui illustre bien les contradictions de la politique énergétique d’Obama réside dans le projet de l’oléoduc Keystone XL. Ce pipeline est destiné à convoyer du pétrole non-conventionnel extrait des champs de sables bitumineux de l’Alberta (ouest du Canada) vers les raffineries du Golfe du Mexique. Des centaines d’ONG y sont opposées à la fois en raison du bilan calamiteux de l’exploitation de cet hydrocarbure lourd en Alberta mais aussi en raison des dommages occasionnés à l’environnement, notamment dans l’Etat du Nevada, par la construction de l’oléoduc. Nombre de ces opposants espèrent encore que la Maison-Blanche mettra son veto au projet Keystone XL mais il est pratiquement certain que cela ne sera pas le cas. Ainsi, tout en parlant d’énergies alternatives, l’administration Obama ne s’opposera pas au développement de projets énergétiques controversés.
 
Incertitudes sur le nucléaire
 
Par ailleurs, le président américain reste encore très vague quant à ses intentions concernant l’énergie nucléaire. Il y a dix ans, l’administration Bush avait envisagé de relancer la construction de centrales nucléaires mais sans vraiment donner l’impression d’y croire. Obama n’a pas écarté une telle perspective mais aucun plan concret en la matière n’a été présenté. Plus important encore, Washington donne l’impression d’ignorer les mises en gardes répétées de plusieurs experts qui dénoncent le délabrement continu des centrales déjà existantes et qui pressent le gouvernement fédéral d’agir rapidement pour leur rénovation. Une demande qui bute contre les difficultés budgétaires des Etats-Unis.
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mardi 13 novembre 2012

La chronique du blédard : Obama réélu mais la magie a disparu

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 08 novembre 2012
Akram Belkaïd, Paris

Barack Obama a donc réussi son pari en étant réélu à la présidence des Etats-Unis d’Amérique. Comme en 2008, des millions de non-étasuniens ont suivi avec intérêt la nuit électorale, ses débats et son suspense. Pour autant, la magie d’il y a quatre années n’était pas au rendez-vous. Dissipé le grand moment historique qui a tant fait pleurer dans les chaumières et remisées les tirades empreintes d’émotion et leur désormais ringard « yes, we can ». Disparu le sentiment d’admiration à l’égard d’un pays capable de choisir un métis à sa tête, cinquante ans à peine après les terribles batailles pour les droits civiques et contre la ségrégation.

Tout cela est oublié car c’est peu dire qu’Obama a déçu à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. Attentiste, velléitaire, incapable de dicter sa loi aux flibustiers de Wall Street mais aussi va-t-en guerre, grand ordonnateur de tueries par drones interposés et, ne l’oublions pas, incapable, malgré sa promesse électorale de 2007, de procéder à la fermeture du camp de Guantanamo : les griefs et les déceptions ne manquent pas. Pour sa défense, les uns citent la violence de la crise économique à laquelle le président américain n’était pas préparé. D’autres, insistent sur le fait que son action réformatrice a été entravée par un Congrès entre les mains de Républicains poussés à la radicalisation par le mouvement ultra-doitier du Tea Party. On relèvera que le président réélu a pourtant eu la majorité dans les deux Chambres durant la première moitié de son mandat et qu’il n’a guère exploité cet avantage.

Obama ne sera donc pas le nouveau Carter, ce président démocrate (1976-1980), battu par Ronald Reagan et devenu depuis le symbole d’une certaine naïveté du centre-gauche américain. Mais on sait ce qu’est devenu Carter. Une conscience internationale, un homme de paix, ce que ne pourra être Obama malgré le Prix Nobel qu’il a reçu. Dans les mois qui viennent, il faut s’attendre à ce qu’il enfile de nouveau son costume de chef de guerre avec comme possibles théâtres d’opérations le Mali, l’Iran voire la Syrie. En tous les cas, on aura compris qu’un président américain est toujours le continuateur de la politique internationale de ses prédécesseurs.

C’est pourquoi il ne faut pas espérer de miracle concernant le drame palestinien. Au cours des quatre dernières années, les défenseurs d’Obama ont expliqué que le président américain ne pouvait s’attaquer de front à ce dossier sans mettre en danger sa réélection. Le voici reconduit pour quatre ans à la Maison-Blanche mais qui peut croire qu’il pourra imposer aux Israéliens d’évacuer les colonies de Cisjordanie et d’accepter la création d’un Etat palestinien ? Le veut-il, lui qui s’est opposé à la proclamation unilatérale de cet Etat ? Et, le voudrait-il, rien ne dit qu’il prendra le risque de mettre dans l’embarras le futur candidat démocrate à l’élection présidentielle de 2016.

En tout état de cause, l’un des grands vainqueurs de cette élection s’appelle K-Street. Il s’agit de cette rue de Washington où l’on trouve des centaines de bureaux de lobbyistes chargés d’activer autour des membres du Congrès (sénateurs et représentants) voire auprès de la Maison-Blanche. Les sommes injectées dans la campagne par ces groupes de pression donnent le tournis : Au moins deux milliards de dollars si on se limite à la seule élection présidentielle. Qui peut encore prétendre que la démocratie américaine n’est pas malade ? Réalise-t-on qu’il faudra trois milliards de dollars pour être élu président des Etats-Unis en 2016 ?

Bien sûr, on peut penser, comme l’artiste contestataire chinois Ai Weiwei, que l’Amérique peut être fière de sa démocratie sans élections truquées ni grands incidents. En Chine, comme dans n’importe quel pays sous régime dictatorial, les Etats-Unis incarnent encore un idéal démocratique, un but à atteindre pour garantir la liberté de tous. On peut estimer que cette vision est naïve et qu’il existe des démocraties bien plus saines – et moins corrompues par l’argent – comme c’est le cas pour les pays scandinaves ou le Canada. Il n’empêche, l’attraction que l’Amérique exerce sur le reste du monde reste intacte et c’est là sa force.

Mais ne boudons pas notre plaisir. La victoire d’Obama fait aussi plaisir car elle est une gifle cinglante sur la tronche de tout ce que l’Amérique compte comme déplaisances. Tous ces réactionnaires, ces fous furieux d’extrême-droite sans oublier FoxNews, bien sûr, cette chaîne de propagande qui est au journalisme ce qu’est la margarine à la cuisine au beurre. La réélection d’Obama met déjà ces mauvaises gens dans un état de rage folle. Qu’elle les étouffe a-t-on envie d’écrire. Il y a aussi ce Sheldon Adelson, treizième fortune mondiale, propriétaire de casinos et soutien déclaré d’Israël où il possède plusieurs intérêts économiques dont un journal gratuit. Cet homme a versé des centaines de millions de dollars pour faire battre Obama, et le punir de ne pas s’être totalement allongé aux pieds des dirigeants de l’état hébreu. Au final, son argent sale est parti en fumée. Cela fait du bien, cela fait rire et ricaner. Et rien que pour cela, la réélection d’Obama en vaut tout de même la peine…
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lundi 15 octobre 2012

La chronique du blédard : Des élections, de la démocratie représentative et du tirage au sort

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 11 octobre 2012
Akram Belkaïd, Paris

Le 6 novembre prochain, les citoyens étasuniens vont se rendre aux urnes pour reconduire ou signifier son congé à Barack Obama (certains électeurs ont commencé à voter depuis déjà plusieurs semaines). Ce scrutin qui s’annonce serré, du moins selon les sondages, est l’occasion de se pencher sur l’état de la démocratie américaine. Et il ne fait nul doute que le constat est des plus mitigés car jamais l’argent n’aura autant compté que durant cette bataille électorale. Au final, la compétition entre le président sortant et Mitt Romney, son challenger républicain, cela sans oublier les autres candidats (toujours en course ou ayant jeté l’éponge), devrait coûter au moins six milliards de dollars. Un record ! Depuis plus d’un an, les deux rivaux ne cessent de lever des fonds directement ou indirectement via notamment les « Super Political Action Committees » (Super PAC). Il s’agit d’instances partisanes, soit disant indépendantes des candidats, mais qui, dans la réalité, permettent à de gros contributeurs de déverser des millions de dollars dans la campagne. En toute légalité et en contournant la loi qui fixe les dons directs à 2.500 dollars.
 
Peut-on encore parler de démocratie quand l’argent est aussi prépondérant ? Où est le choix du peuple quand ce dernier est influencé par des milliers de spots publicitaires payés par des groupes de pression, souvent au service de multinationales ou de milliardaires en mal d’audience politique ? Et que dire de ces messages en rafale, à la radio ou à la télévision, qui ne s’embarrassent guère de respecter la vérité… C’est-là l’un des paradoxes des Etats-Unis puisque tout ce qui a trait aux campagnes électorales y est considéré comme relevant de la sacro-sainte liberté d’expression.

Ce n’est pas verser dans l’antiaméricanisme primaire que de dire que la démocratie étasunienne est malade. Mais, elle n’est pas la seule. L’Europe nous montre elle aussi que la démocratie dite représentative a du plomb dans l’aile. Les exemples sont nombreux. Des « technocrates » placés à la tête de gouvernements pour faire plaisir aux marchés financiers, des Parlements nationaux qui se contentent de voter les lois, laissant à d’autres (gouvernements et « experts ») le soin de les rédiger dans des conditions peu transparentes, un Parlement européen qui ne contrôle pas grand-chose à commencer par une Banque centrale européenne (BCE) omnipuissante, et des députés qui, à peine élus, s’empressent d’oublier le choix populaire comme l’a montré l’inutilité du non français lors du référendum de 2005 pour l’approbation de la Constitution européenne.

En Europe, comme aux Etats-Unis, les réflexions critiques à l’encontre de la démocratie représentative se multiplient. Élire des représentants qui, par la suite, ne rendent aucun compte et déploient leurs talents pour se faire réélire, voire pour cumuler les mandats et se sentir intouchables, est devenu chose intolérable pour nombre de citoyens. Reste que l’alternative n’est pas évidente. On connaît d’ailleurs la formule : « la démocratie est la moins mauvaise des solutions… ». Mais, le fait est qu’elle n’est plus satisfaisante dans les pays où elle se pratique réellement ou, du moins, dans l’intention. Aujourd’hui, d’autres pistes se dessinent pour assurer aux peuples le respect de l’essentiel, c'est-à-dire la mise en place d’un système politique capable de leur garantir le droit aux droits fondamentaux.

Parmi ces pistes, figure le tirage au sort en lieu et place des élections. Non, ne riez pas ; ne balayez pas cette idée en haussant les épaules. Oubliez le conditionnement mental dans lequel nous baignons depuis plusieurs siècles et qui veut que démocratie signifie forcément élections. Lisons ce qu’écrit à ce sujet Etienne Chouard, enseignant et blogueur influent inspiré notamment par les idées du politologue Bernard Manin (*). « Les citoyens ont été réduits au rang d’électeurs, sans avoir été consultés, sans conserver aucun pouvoir entre deux scrutins », relève-t-il en estimant que le suffrage universel n’a pas tenu ses promesses puisque « le choix restreint à un petit cercle de candidats induit une aristocratie fermée, avec son cortège de malhonnêtetés et d’abus de pouvoir ».

Le tirage au sort, qui existait durant l’Antiquité et que certains ordres religieux ont utilisé au cours des siècles, permettrait d’éviter les dérives de la démocratie représentative grâce au respect de trois principes. Celui de « liberté individuelle » (chacun peut être tour à tour gouvernant et gouverné), celui de « rotation des charges » (éviter la formation de castes politiciennes) et le « principe protecteur majeur » (la perspective de redevenir un citoyen ordinaire oblige le gouvernant à plus de rigueur) cela sans oublier le fait que « le tirage au sort est la seule procédure qui permette une répartition des charges sans l’intervention d’aucune volonté particulière ».

Bien entendu, les préventions à l’égard d’un tel mode de désignation sont nombreuses. Comment être sûr de ne pas mettre au pouvoir un charlatan ? Comment accepter l’idée de s’en remettre au hasard ? Pour Etienne Chouard, le tirage au sort est pourtant « un arbitre idéal, impartial et incorruptible, qui protège la liberté de parole et d’action de chacun. » Pour lui, « l’impossibilité de tricher dissuade les parties d’être malhonnêtes au lieu de les pousser au mensonge comme le fait l’élection, qui bénéficie toujours au meilleur menteur (sic). » Et d’enfoncer le clou : « on reproche au tirage au sort de risquer de porter au pouvoir un incompétent ou un escroc, or il ne désigne pas un chef mais des porte-parole, ce qui est très différent ». Des porte-parole « tenus de traduire fidèlement ce que choisissent les citoyens », travaillant « sous leur contrôle constant » et, surtout, devant « rendre des comptes en fin de mandat ».

D’autres voies, souvent complémentaires avec le tirage au sort, existent. C’est le cas de l’élection sans candidats déclarés (les candidatures sont proposées par tous les électeurs). Là aussi, il s’agit de revisiter la démocratie représentative puisque les qualités nécessaires pour être élu ne sont pas forcément celles qui font le bon représentant du peuple. Tirage au sort, élection sans candidats, recours plus fréquent au référendum : dans une planète en crise profonde, y compris de gouvernance, ces idées émergentes peuvent être qualifiées d’utopiques. 

Mais il ne faut pas s’y tromper : c’est via ce type de réflexion novatrice que se dessine le monde de demain. Cela ne peut qu’interpeller les pays et les peuples qui sont encore loin d’être sorti de la dictature ou de l’autoritarisme. Le fait que la démocratie représentative soit désormais un horizon que l’on peut dépasser doit obliger ceux qui en rêvent à repenser, et à renouveler, leurs réflexions et stratégies politiques. Faute de quoi, ils risquent une nouvelle fois d’être en retard d’une bataille car c’est bien dans le développement de pensées alternatives que l’Occident est en train de reprendre de l’avance sur le reste du monde.

(*) Pile dans l’urne ou face au sort, revue Kaizen, numéro de septembre-octobre 2012. De Bernard Manin, on peut lire notamment  Principes du gouvernement représentatif, Flammarion, 1995.

jeudi 16 août 2012

Michèle Obama veut la fitra de l'aïd...

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Akram --

Four years ago, Barack stood on a stage at the Democratic National Convention in Denver. He accepted our party's nomination, and then told our country what he intended to do as President.

Let's think for a second about what's happened since then.

Our businesses have added 4.5 million jobs in the last 29 months. The typical middle-class family has saved $3,600 in tax cuts over his first term. We passed historic health care reform. The war in Iraq has ended. It's now easier for women to fight for equal pay for equal work. And gay and lesbian service members can no longer be denied a place in our nation's military because of who they are or who they love.

But we've got to finish what we started. Soon we're gathering for our convention in Charlotte -- and Barack and I would like to meet a few of you there.

Pitch in $3 or whatever you can to help build this campaign in these last 82 days -- and you'll be automatically entered to be our personal guest in Charlotte.

This is a pretty amazing opportunity. The campaign will fly you and a guest to Charlotte and cover your hotel for the three nights you're there. And each night, you'll get some of the best seats in the house to watch the big speeches.

You'll meet Barack, and during his speech on Thursday night, I'd like you to sit with me.

This is going to be an amazing event for our campaign. There is truly only one like it.

So enter for your chance to join us now -- and I hope we'll see you in Charlotte in a few weeks:

https://donate.barackobama.com/Charlotte

Are you as fired up as I am?

Michelle
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vendredi 1 juin 2012

La chronique du blédard : Ce que nous dit la cabale contre Christiane Taubira

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 31 mai 2012
Akram Belkaïd, Paris

Depuis sa nomination au poste de ministre de la justice du gouvernement français, Christiane Taubira fait l’objet d’attaques aussi rageuses que malveillantes. Outre des critiques sur son engagement politique à gauche, des rumeurs et des fausses informations circulent sur internet l’accusant d’avoir, entre autre, jugé peu répréhensible le fait de brûler un drapeau français. Elus de l’UMP, militants de droite,  internautes proches de la « réacosphère » voire de la « fachosphère », reprennent à leur compte - sans précaution ni vérification - cette mise en cause contre la nouvelle garde des Sceaux. Et ils se gardent bien de dire que plusieurs médias ont prouvé que l’accusation est fausse.
   
Insultes, caricatures grotesques, attaques personnelles : ce déchaînement de haine et de bêtise n’a rien d’étonnant. Les adversaires de la ministre ont beau jeu d’affirmer qu’il s’agit de critiquer ses propositions et intentions en matière de réformes de la justice mais il faudrait être naïf pour les croire. De fait, le vrai enjeu dans cette affaire ne relève pas de la simple joute politique entre une gauche revenue au pouvoir et une droite qui n’a pas digéré sa défaite à l’élection présidentielle. En réalité, ce qui est central ici, c’est que madame Taubira est noire de peau et qu’elle n’a pas sa langue dans la poche. C’est bien cela qui déplaît aux racistes en tous genres mais aussi à celles et ceux qui ne lui ont jamais pardonné à la fois son passé de militante autonomiste de la Guyane et la loi de 2001 - elle porte son nom - qualifiant la traite négrière de crime contre l’humanité.

Contrairement à nombre de personnalités issues de l’immigration ou des départements et territoires français d’Outre-mer, Christiane Taubira n’est pas un « oncle Tom » ou quelqu’un qui, dos voûté et yeux baissés, s’excuserait en permanence d’exister. Il est clair qu’elle ne cherche pas à plaire et à séduire en modérant son discours et ses revendications. Toujours déterminée, elle n’essaie pas non plus à donner des gages d’intégration à la bonne société française ou, plus exactement, aux biens pensants qui s’irritent et s’impatientent dès lors que sont remis sur la table des dossiers aussi dérangeants que l’esclavagisme ou le racisme sans oublier, bien sûr, le colonialisme.

Si l’on était aux Etats-Unis, Christiane Taubira se ferait certainement traiter de « femme noire en colère ». Cette expression  a d’ailleurs longtemps concerné Michele Obama et nombreux sont les conseillers de son mari qui ont craint que cela ne lui coûte la Maison-Blanche. En matière de lutte contre les discriminations et de défense de la condition des Noirs d’Amérique, on sait que la First Lady américaine est bien plus radicale que son époux lequel, déjà en butte à des problèmes d’identité (il s’est longtemps fait appeler Barry car n’assumant pas ses origines), a très tôt compris que son intérêt politique lui commandait de ne surtout pas apparaître comme un « homme noir en colère ».

Aux Etats-Unis, comme en France, l’homme ou la femme noire en colère - tout comme d’ailleurs l’Arabe en colère - fait peur et agace. On lui reproche d’envenimer les choses, d’attiser la haine des racistes mais aussi d’indisposer une majorité plutôt neutre et bienveillante en ressassant des problèmes que cette même majorité (blanche) estime réglés. Or, on ne dira jamais assez la différence de perception qui peut exister sur des sujets comme le racisme. Aux Etats-Unis, selon un récent sondage du Pew Center, 60% des Noirs estiment que cela demeure un problème important qui mine la société alors que seuls 20% des Blancs pensent la même chose. Cette divergence, qui existe aussi en Europe et en France, est à l’origine de nombre de malentendus et de rancœurs. « On parle trop de ces sujets en leur donnant plus d’importance qu’ils n’en méritent » m’a dit un jour un confrère parisien, d’origine picarde, à propos de la question du délit de faciès à l’encontre des Noirs et des Maghrébins. Pour lui, la dénonciation répétée de ce genre de pratique ne pouvait que conduire à un ras-le-bol de l’opinion publique et donc à aboutir à l’effet inverse. En clair, c’est moins on en parle, mieux ça vaut pour le vivre-ensemble…

Les Etats-Unis connaissent bien cette question qui s’est de nouveau révélée dans toute son acuité après la mort de Trayvon Martin, un jeune Noir de dix-sept ans abattu en février dernier par un homme blanc en patrouille armée dans son quartier. Pour mémoire, Martin ne portait pas d’arme et rentrait tranquillement chez lui après avoir acheté des sucreries quand il a été tué par le vigile autoproclamé George Zimmerman. Au lendemain de ce qui a été qualifié par la justice de meurtre sans préméditation, l’Amérique était pratiquement unie dans l’émotion et la condamnation de cet acte. Mais les choses ont changé après que Barack Obama eut déclaré que s’il avait eu un fils, il aurait ressemblé à Trayvon Martin. Des propos condamnés avec virulence par la droite américaine qui a accusé le président de jeter de l’huile sur le feu et d’exploiter la corde raciale à des fins électoralistes (1).

Aurait-il fallu qu’Obama se taise ? Faut-il aussi que les Noirs de France se taisent eux, qui de toutes les minorités dites visibles (ou discernables), sont ceux qui doivent certainement subir le plus de discriminations ? En réalité, celles et ceux qui sont concernés pensent qu’on ne parle jamais assez de ces manquements à la dignité de la personne humaine. Ils estiment qu’on n’évoque pas suffisamment ce qu’ils endurent et ce qu’ont endurés leurs parents ou ancêtres. Comment leur en vouloir ? Certes, il faut être honnête en reconnaissant qu’il existe bien quelques opportunistes qui tirent avantage de ce que subissent leurs pairs. Mais prétendre que les discriminés en font trop sur le registre de la revendication, c’est faire fausse route ou, plus grave encore, c’est les heurter de manière délibérée. Pour celui qui souffre, se voir dire que sa douleur n’existe pas ou se voir signifier qu’il faut la nuancer, la relativiser ou encore la taire, est insupportable.

L’affaire Trayvon Martin a mis en exergue un autre aspect des différences de perception à propos du racisme et des discriminations. « Est-ce que le président aurait dit la même chose si la victime avait été blanche ? » s’est faussement interrogé l’ultraconservateur Newt Gingrich à propos de la déclaration d’Obama. Cette sortie n’est pas anodine. C’est une attitude, désormais systématique, qui agite l’existence d’un racisme anti-blanc à la figure de celles et ceux qui dénoncent les discriminations et violences subies par les minorités. En France, pour nombre de ses contempteurs, Christiane Taubira serait tout simplement coupable d’occulter le racisme anti-blanc. 

Il n’est pas question ici de dire que ce dernier n’existe pas. Discours communautariste, insultes et stéréotypes négatifs à l’encontre du « céfran », du « blanc-blanc-navet », du « babtou » ou du « gawri » existent bel et bien et doivent être condamnés sans aucune hésitation. Mais ce serait faire preuve de malhonnêteté intellectuelle que d’affirmer qu’il y autant de Blancs que de Noirs qui sont victimes de racisme. Voilà où réside la faiblesse, pour ne pas dire autre chose, du discours des adversaires de Christiane Taubira. Qu’on le veuille ou non, le racisme anti-blancs reste ultra-minoritaire, non-structurel et son existence ne doit pas justifier l’inaction et le silence face à ce que Noirs, Arabes, Maghrébins et autres minorités visibles de France subissent de manière récurrente.

(1) “Is Obama making it worse”, Newsweek, 16 avril 2012.

jeudi 1 mars 2012

Chronique économique : L’OR NOIR REFAIT PARLER DE LUI

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 29 février 2012
Akram Belkaïd, Paris

La crise iranienne va-t-elle déboucher sur une nouvelle flambée des cours de pétrole comparable à celle de 2008 où le baril de brut avait atteint le record absolu de 147 dollars ? Cela semble bel et bien être le cas avec un prix moyen qui a déjà dépassé la barre des 120 dollars, soit le plus haut niveau depuis neuf mois. Pour tous les spécialistes, cette tendance haussière est liée au fait que le marché pétrolier est en train de « pricer », c’est-à-dire d’inclure dans ses prix, la perspective et les conséquences d’une attaque israélienne contre l’Iran. Une attaque qui pourrait déclencher des représailles iraniennes dans le Golfe avec notamment le blocage du détroit d’Ormuz par où transitent les quatre cinquièmes de la production pétrolière régionale.

RISQUE DE RECESSION ET PRESSIONS SUR WASHINGTON

La perspective d’un nouveau choc pétrolier est une très mauvaise nouvelle pour une économie mondiale à peine convalescente. De nombreux pays émergents, à commencer par la Chine, craignent, aujourd’hui, que la hausse du baril n’aggrave le coût déjà élevé de leur facture pétrolière. En Europe, on est encore plus inquiet car, contrairement à ce qui a souvent été le cas au cours des dix dernières années, le cours du pétrole augmente aussi quand il est libellé en euros. Résultat, dans une zone géographique où la croissance reste faible, le surenchérissement du brut accentue les risques de récession cela dans une conjoncture déjà marquée par les difficultés budgétaires des Etats.

Cette tension sur les prix du brut a aussi des conséquences aux Etats-Unis. On assiste ainsi à l’augmentation des pressions sur le gouvernement américain pour qu’il puise dans ses réserves stratégiques (Strategic petroleum reserve ou SPR) évaluées actuellement à 727 millions de barils soit l’équivalent de 37 jours de consommation (créés en 1975 au lendemain du choc pétrolier de 1973, les quatre centres principaux de stockage sont situés dans la région du golfe du Mexique dans d’anciennes mines de sel). Au printemps dernier, l’arrêt de la production libyenne avait déjà obligé Washington à puiser dans ces stocks. Une intervention qui avait permis de détendre les marchés pétroliers dès le mois de mai 2011 avec un repli des cours de près de 8%.

Il reste que le gouvernement des Etats-Unis n’est guère décidé d’avoir recours une nouvelle fois aux SPR préférant les conserver intacts dans la perspective d’une vraie interruption de l’approvisionnement pétrolier si jamais Israël attaque l’Iran. Pour Washington, la ligne de conduite a toujours été de n’utiliser les SPR que lorsque le pétrole vient à manquer sur le marché (ce fut le cas en 1991 lors de l’embrasement des puits du Koweït ou en 2005 après le passage de l’ouragan Katrina). Pour autant, de nombreux observateurs relèvent que la tension actuelle sur les prix est due au fait que plusieurs pays européens refusent aujourd’hui d’acheter du pétrole iranien, préférant s’approvisionner ailleurs. Du coup, ces sanctions contre le régime de Téhéran apparaissent comme l’équivalent d’une pénurie car rares sont les producteurs qui peuvent se substituer à l’Iran. C’est certes le cas de l’Arabie Saoudite dont le niveau de pompages est déjà supérieur de 30% à sa production habituelle mais le Royaume est bien le seul à pouvoir jouer le rôle de variable d’ajustement de l’offre mondiale de pétrole.

OBAMA JOUE SA REELECTION

En tout état de cause, le gouvernement américain va devoir agir très vite pour atténuer cette hausse. Outre le recours possible aux SPR, il peut aussi faire pression sur d’autres producteurs «amis» (Mexique, Emirats arabes unis, Koweït, Norvège) pour qu’ils augmentent leur production le temps que la crise iranienne soit réglée. Pour Barack Obama, il s’agit à la fois d’empêcher que la reprise actuelle de l’économie étasunienne soit handicapée, voire stoppée, et, surtout, que le prix de l’essence ne continue de grimper aux Etats-Unis (il était à 3,68 dollars le gallon en début de semaine, soit un niveau que la majorité des Américains jugent trop élevé). Ainsi, le pétrole pourrait bien coûter sa réélection au président américain…
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jeudi 22 décembre 2011

La chronique du blédard : La nouvelle guerre d'Irak

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Printemps arabe et crise syrienne obligent, on avait presque oublié l'Irak, sa lente reconstruction, son chaos au quotidien, ses attentats incompréhensibles et sa crise politique permanente. Depuis peu, ce pays est revenu en force dans l'actualité avec le départ accéléré des dernières troupes américaines présentes sur son sol. Attendu depuis longtemps, à la fois exigé et redouté par la majorité des acteurs politiques irakiens, ce retrait ouvre la voie à une période d'incertitude et d'instabilité qui risque de déboucher sur un conflit régional majeur. En effet, outre les risques d'une nouvelle guerre civile et confessionnelle entre sunnites et chiites, de nombreux observateurs craignent que ce pays ne devienne un terrain d'affrontement indirect entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. 

Mais revenons d'abord sur les conditions du retrait étasunien. Prévu pour le premier janvier 2012, il a été avancé à la mi-décembre par les autorités américaines et cela de manière unilatérale. Il est évident que l'opération a une forte connotation électorale moins de onze mois avant une élection présidentielle où Barack Obama tentera de se faire réélire dans un contexte économique des plus déprimés. C'est bien pour cela que le locataire de la Maison-Blanche a tenu à saluer, en présence des caméras, les dernières troupes rapatriées d'Irak aux côtés de son vice-président Joe Biden. Avec ce retour des GI's, c'est l'une des rares promesses électorales de 2008 d'Obama qui est ainsi tenue… Pour autant, il ne faudrait pas croire que la présence américaine va être réduite à zéro. En effet, au moins 16.000 employés américains vont travailler dans l'immense ambassade américaine de Bagdad. Diplomates, membres des services de sécurité, instructeurs militaires mais aussi employés de firmes privées de sécurité, tout ce beau monde contribuera à maintenir l'influence US en Irak… 

Il faut aussi savoir qu'une autre option a été explorée, c'est-à-dire le maintien permanent de dix à vingt mille soldats américains sur le sol irakien. Cette possibilité, qui avait la vertu de rassurer les dirigeants irakiens, ne s'est pas concrétisée pour une raison qui en dit long sur la manière dont les Etats-Unis conçoivent leur rôle de première puissance mondiale. En effet, c'est parce que le gouvernement irakien a refusé que les soldats américains stationnant en Irak bénéficient d'une totale immunité judiciaire que Washington a décidé d'accélérer le retrait. On dira ce que l'on voudra des dirigeants irakiens actuels, et de leur autonomie vis-à-vis de l'oncle Sam, mais une chose est certaine : ces derniers savent qu'ils ne peuvent avoir un avenir politique dans leur pays en acceptant qu'un GI ayant commis un délit ne soit pas jugé par la justice irakienne (ce qui est le cas dans de nombreux pays où les Etats-Unis disposent de bases militaires). 

Abordons maintenant la situation politique interne irakienne. A peine la date du retrait étasunien connue, le gouvernement du Premier ministre Nouri al-Maliki a déclenché une nouvelle opération de « dé-bathisation » avec l'arrestation de près de mille personnes accusées de comploter contre le gouvernement. On pensait pourtant que les forces armées américains avaient fait l'essentiel entre 2003 et 2005 en purgeant tout l'appareil administratif et militaire irakien des membres et des sympathisants du parti Baath. Mais pour Al-Maliki et ses pairs, le recours récurrent à la dénonciation de la menace « saddamiste » reste un outil privilégié pour asseoir l'autorité du pouvoir central. En réalité, ces arrestations ressemblent fort à une nouvelle chasse aux sunnites dans un contexte marquée par les déclarations incendiaires de l'imam chiite Moqtada al-Sadr qui menace à la fois de s'en prendre aux sunnites mais aussi aux Américains restant sur le sol irakien. 

Et la défiance à l'égard des sunnites a pris une nouvelle tournure avec l'émission d'un mandat d'arrêt à l'encontre du vice-président (sunnite) Tarek al-Hachémi. Accusé de complot et d'avoir dirigé des escadrons de la mort coupables de nombreux attentats, ce dirigeant s'est réfugié dans la zone autonome du Kurdistan et dénoncé un règlement de compte confessionnel à son encontre. Il est évident que cette affaire n'en restera pas là. Déjà, des personnalités sunnites irakiennes, notamment des membres du bloc parlementaire laïc Iraqiya – auquel appartient al-Hachémi – menacent de ne plus siéger au parlement. 

D'autres politiciens sunnites vont plus loin et réclament la création d'une zone autonome sunnite (à l'image du Kurdistan) qui regrouperait les trois provinces centrales du pays dont celle d'Anbar (réputée très riche en gisements pétroliers et gaziers …). Il faut savoir que la nouvelle Constitution irakienne autorise la création d'une telle zone autonome mais que le gouvernement central y est fermement opposé. 

On voit donc réapparaître un scénario évoqué dès les premiers jours de l'invasion américaine de 2003 à savoir la division de l'Irak en trois zones, kurde, chiite et sunnite. Et c'est là qu'interviennent les pressions et influences externes. L'Arabie Saoudite, pays à dominante sunnite et adversaire plus ou moins déclaré de l'Iran, semble décidée à favoriser la création d'une zone autonome sunnite en Irak même si cela passe par une nouvelle guerre confessionnelle dans ce pays. De son côté, l'Iran a tout intérêt à ce que le pouvoir central irakien, c'est-à-dire l'un de ses rares alliés arabe dans la région, soit renforcé et cela passe forcément par la mise au pas de la contestation sunnite. On le voit, tous les éléments d'une nouvelle guerre d'Irak sont en place. De quoi mesurer l'immensité du gâchis provoqué par une invasion – au coût cumulé de 1000 milliards de dollars ! - que l'Histoire a déjà jugé comme étant l'un des plus grands crimes de ce début de siècle. 

Le Quotidien d'Oran, jeudi 22 décembre 2011
Akram Belkaïd, Paris
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