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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 28 janvier 2021

La chronique économique : Les riches vont (très) bien, merci pour eux

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 27 janvier 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Les débuts d’année se suivent mais ne se ressemblent pas toujours. Il y a un an, le Forum économique mondial de Davos (Suisse) se distinguait par une présence massive d’hommes d’affaires et de responsables politiques (1 500 jets privés avaient permis aux happy few de rejoindre la célèbre station des Grisons) tous préoccupés par les tensions géopolitiques, les bisbilles commerciales entre la Chine et les Etats-Unis ainsi que par les tours de vis en cours dans certains pays autoritaristes. De la mystérieuse épidémie qui sévissait en Chine, il n’en fut point question ou presque.

 

 

Une bonne année pour les milliardaires

 

Un an plus tard, pandémie de Covid-19 oblige, le Forum se tient de manière virtuelle jusqu’à la fin de la semaine. Il y est beaucoup question de l’état de l’économie mondiale, des conséquences des confinements à répétition et aussi, accessoirement, de politiques de santé. Gageons qu’aucun regret majeur ne sera exprimé à propos de celles qui ont été menées depuis trente ans et dont on admire aujourd’hui le résultat. Partout, les hôpitaux sont débordés, le personnel soignant, les matériaux et les médicaments manquent mais vive le libéralisme…

 

Comme chaque année, les e-participants au Forum seront amenés à prendre connaissance des conclusions de l’étude d’Oxfam sur les inégalités dans le monde. Selon l’organisation non-gouvernementale, la pandémie n’aura guère eu d’impact sur les plus riches de ce monde. Mieux, ces derniers se sont même enrichis puisque les 1 000 premiers milliardaires de la planète ont vu leurs avoirs augmenter d’un total de 3 900 milliards de dollars. Oxfam, rappelle qu’il avait fallu cinq ans pour que les plus riches digèrent la crise financière de 2008. Cette fois, ils ont engrangé les revenus. A l’inverse, pour les plus démunis, il faudra au moins dix ans, affirme Oxfam, pour qu’ils retrouvent leur niveau financier d’avant pandémie. Etats-Unis, Chine et France sont les pays où les milliardaires sont le plus à la fête. Pour la France, la richesse supplémentaire des milliardaires atteint 175 milliards d’euros soit deux fois le budget de la santé. 

 

Les plus riches se portent donc très bien, merci pour eux. Les raisons ? Aux baisses d’impôts pratiquées par plusieurs gouvernements, dont ceux des Etats-Unis et de la France, s’ajoute l’euphorie boursière de ces derniers mois. En rachetant à tout va des actifs sur le marché et en pratiquant des taux très bas, les banques centrales inondent les places financières de liquidité ce qui, en retour, engendre des hausses des cours boursiers. Pour se consoler, on pourra donc dire que la hausse de la fortune des plus riches est théoriquement virtuelle puisqu’elle repose sur l’évolution des cours de Bourse et la valorisation de leur capital. Il n’en demeure pas moins que les niveaux actuels de fortunes sont indécents en comparaison de ce que vit la majorité.

 

La fiscalité en question

 

Il sera donc intéressant au cours des prochains mois de suivre les débats à propos de la hausse de la fiscalité des plus riches. Pour l’heure, la tendance est à l’inverse au nom de le fumeuse théorie du ruissellement (plus il gagne, plus le riche en fait « profiter » le reste de la société). L’exemple de la France est ainsi éloquent : en 2018, le président Emmanuel Macron a supprimé l’impôt sur la fortune arguant que cela aiderait à relancer l’économie et à lutter contre le chômage. Il n’en a rien été. Dans un contexte où les États s’endettent lourdement pour faire face à la pandémie, on se demande bien où ils comptent trouver l’argent pour faire face à l’explosion des dépenses.

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lundi 10 février 2020

La chronique du blédard : Des riches et des pauvres, le monde en 2020

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 23 janvier 2020
Akram Belkaïd, Paris

Chaque année, à la fin du mois de janvier, le tout petit monde des plus riches, des puissants et de celles et ceux qui les suivent, les surveillent, les admirent, les jalousent ou les défendent se réunit dans la station suisse de Davos à l’occasion du Forum économique mondial. Pour faire bonne mesure et éviter l’accusation de l’entre-soi, les organisateurs s’arrangent depuis plus d’une décennie pour inventer quelques voix marginales, dissidentes ou même contestatrices. Cela ne mange pas de pain, cela permet même de mettre un peu d’animation. Cette année, c’est la jeune suédoise Greta Thunberg qui a fait le déplacement. Je ne sais pas si elle est arrivée en skis ou en traineau à chiens mais ce qui est sûr c’est qu’elle n’a pas pris l’un des 1 500 vols privés prévus pour l’occasion.

Cette année, les participants à cette grande messe - dont le principal intérêt est ce que l’on appelle le « réseautage » (vous savez mon cher, les conférences et autres panels sont d’un tel ennui…) - auront en tête l’étude que l’organisation non gouvernementale Oxfam vient de publier avec un parfaite maîtrise du timing. Selon cette Ong britannique, l’écart qui sépare aujourd’hui les plus riches du reste de la planète dépasse désormais l’entendement. Un exemple : la planète compte 2 153 milliardaires (Rabbi izidelhoum, que Dieu leur donne plus, dira-t-on de manière ironique et désabusée). Ces deux milliers de personnes possèdent plus d’argent que 4,6 milliards d’individus dont les revenus les classent parmi les plus pauvres. Autre chiffre édifiant : Le 1% le plus riche de la planète possède une fortune supérieure au double des richesses cumulées de 6,9 milliards de Terriens (92% de la population totale). Bref, les riches sont très très riches et les pauvres ne voient guère le bout du tunnel. Malgré les discours triomphalistes de la Banque mondiale, la moitié de la population mondiale (3,8 milliards de personnes) vit avec moins de 5 dollars par jour.

Restons-en là, pour le moment, avec les chiffres (ne pas noyer le lecteur, règle essentielle pour le papier à facture économique). Les conclusions de l’étude d’Oxfam obligent à poser une première question : est-ce que cette situation de profond déséquilibre est considérée comme scandaleuse et comme nécessitant des actions d’envergure ? Au-delà des discours politiques promettant la lune, la réponse est évidemment négative. Nous vivons une époque où une grande partie des élites dirigeantes agit en respectant un postulat implicite : pour eux, l’inégalité, et la pauvreté qui en résulte, est normale. Elle est l’ordre naturel des choses.

Les riches sont encore plus riches mais ils ne redistribuent guère. Et pourquoi est-ce le cas ? Parce que les pouvoirs politiques les servent eux et non plus la majorité. Et comment les servent-ils ? En faisant en sorte qu’ils participent de moins en moins, et de loin en loin, à la solidarité nationale. La tendance qui a été enclenchée dans les années 1980 s’est accélérée : les grandes fortunes échappent de plus en plus à l’impôt puisque les politiques fiscales leur sont de plus en plus favorables. Et ce qui reste d’impôt exigible, car il en faut un peu pour préserver les apparences, est diminué de ce qui s’échappe grâce à l’optimisation fiscale.

Pour faire taire les critiques, les servants des plus riches ont inventé la notion de ruissellement. Ceux d’en haut ont les coffres pleins ? Pas grave, la gravité va faire qu’une partie de cette eau précieuse va descendre vers le bas… Or, le ruissellement est une foutaise. En France, rappelle Oxfam, on comptait 41 milliardaires en 2019 soit quatre fois plus qu’en 2008 année de la fameuse crise financière qui a provoqué l’application de maintes mesures d’austérité. Merci Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron : les 10% les plus riches des Français détiennent la moitié des richesses du pays. La France, pays de 41 milliardaires, compte près de 10 millions de pauvres.

Pour calmer la colère sociale qui monte, on explique aux gens que ces fortunes sont virtuelles puisqu’elles sont le plus souvent calculées à partir de valorisations boursières. Ce n’est pas faux. Mais cette richesse est tout de même tangible. Elle se traduit par le paiement de dividendes sonnants et trébuchants qui mettent en relief une autre réalité : l’actionnaire tire son épingle du jeu, le salarié, lui, voit la courbe des salaires s’aplatir quand elle ne dévale pas la pente. 2019, a été un cru excellent en matière de versement de dividendes dans les pays développés, notamment en France (60 milliards d’euros, un record). Les salaires, eux, stagnent. Voilà comment, entre autres, les inégalités s’aggravent.

Restons en France avec son projet de loi sur les retraites. Tout le monde sait, y compris dans la presse économique, que le véritable enjeu est de faire en sorte que le salarié de demain épargne pour préparer sa retraite. Et cette épargne est destinée à alimenter directement, ou indirectement, la Bourse. Ce qui sera profitable aux marchés financiers et donc aux entreprises cotées, celles qui fondent la fortune des milliardaires. En 2020, la redistribution n’est plus à l’ordre du jour. Ce qui compte, c’est la captation de l’épargne (quand elle existe) et la limitation des impôts des plus riches. Tout cela n’est guère soutenable. Ici et là, comme au Chili, des peuples se révoltent. En face, les pouvoirs n’ont d’autre solution que d’user de la force et de mesures antidémocratiques. Jusqu’à quand ?
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dimanche 20 janvier 2019

La chronique du blédard : En attendant le changement

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 3 janvier 2019
Akram Belkaïd, Paris

Il y a dix ans, Barrack Obama était élu président des Etats-Unis d’Amérique sur la fameuse promesse du « change is coming », le changement vient. On connaît la suite (à moins de considérer que Donald Trump constitue, in fine, ce fameux changement…). Quelques années plus tard, un politicien sournois et inutile se faisait élire président de la République française en répétant à l’envi « le changement, c’est maintenant ». Là aussi, on connaît la (piètre) suite… Mais ce qui est intéressant dans les deux cas, c’est que ces deux politiciens ont bien compris l’exigence – et l’attente – du changement chez les électeurs.

Qu’entendons-nous souvent autour de nous ? Le « ça ne peut plus continuer comme ça » est un discours récurrent sous de nombreuses latitudes (et l’Algérie n’échappe pas à cette constatation mais c’est une autre histoire). Comprenons-nous bien. Il ne s’agit pas de propos de comptoir ou de mots lancés par la force de l’habitude avant de s’en retourner à ses pénates. On parle ici de constats, souvent de bon sens, d’expériences et parfois même d’intuitions. La machine s’est emballée et personne ne semble pouvoir la contrôler. Qui peut vraiment croire que la planète peut continuer à subir encore longtemps ce rythme démentiel de production des richesses et de destruction de l’environnement ? Qui peut vraiment croire que les ressources en pétrole, eau potable ou simplement en air respirable sont infinies ?

Plus important encore, qui peut vraiment croire, exception faite de la valetaille médiatique et intellectuelle (mais le croit-elle vraiment ?), que l’inégale répartition des richesses aggravée par une mondialisation désormais hors de tout contrôle ne va pas engendrer des ondes de chocs dont nous n’imaginons même pas la violence. Qu’est-ce que ce monde où une Banque centrale peut dépenser des centaines de milliards de dollars pour acheter des créances douteuses sur le marché quand, dans le même temps, des augmentations de quelques dizaines d’euros sont refusées à des corps de métier tels que les enseignants ou les infirmières ?

Le changement, c’est une remise en cause profonde des paradigmes économiques qui régissent le monde actuel. Toute autre modification, surtout cosmétique, mènera à des drames. Les peuples, qu’on le veuille ou non, sont mieux informés qu’avant. En France, il ne faut pas avoir fait de longues études pour comprendre que la privatisation des autoroutes ou celle annoncée des aéroports (ou du loto) procède d’une captation organisée du bien public par des intérêts privés et cela avec la complicité d’une partie de la classe politique et des médias (lesquels sont détenus par ces mêmes intérêts privés). Et l’emballage idéologique de ce genre de déprédation ne trompe plus guère. « Efficience du marché, libre-concurrence, retrait nécessaire de l’Etat pour qu’il se concentre sur ses missions, exigences de la mondialisation » : du blabla creux servis par les adeptes de la servitude volontaire à l’ordre néolibéral.

En France, le mouvement des gilets jaunes a très bien posé les termes de l’équation. Les servants de cet ordre, les misérables éditocrates toujours prêts à clamer leur docilité, peuvent bien essayer de délégitimer cette contestation en la réduisant à des manifestations racistes, antisémites ou homophobes, la réalité est toute autre. C’est une exigence profonde de changement de système qui se fait entendre en France et ailleurs.

Quand on entend le président Emmanuel Macron discourir comme il l’a fait à l’occasion de ses vœux de fin d’année, on se rend bien compte que le système ne lâchera pas prise facilement. Coïncidence exemplaire, son propos sentencieux de fin d’année était diffusé au moment même où des dispositions légales étaient prises pour rendre la vie des chômeurs encore plus difficile avec des sanctions et des suspensions d’indemnisations.

On nous dit que le mouvement des gilets jaunes s’essouffle. En réalité, ce sont les mêmes qui ne lui prédisaient que quelques jours d’existence – ah, cette maudite méconnaissance de sa propre société – qui jouent en boucle cette musique en espérant la transformer en prophétie autoréalisatrice. Il est certain qu’occuper des ronds-points ou se manger des balles en caoutchouc en pleine poitrine peut conduire à une certaine lassitude. Mais la France est aujourd’hui une lande sèche prête à s’enflammer encore. Le moindre événement mettant en exergue les différences de traitement entre la majorité de la population et la minorité protégée – disons les choses telles qu’elles sont – conduiront à de nouvelles protestations.

Parmi les scénarii évoqués ici et là, on recense l’hypothèse d’une nouvelle crise financière, comparable à celle de 2008. Est-ce que l’Etat français, comme ses pairs occidentaux, aura alors la même latitude pour sauver les acteurs financiers et bancaires avec de l’argent public ? Pas si sûr. Mais comment pourrait-il faire autrement quand on sait à quel point haute administration et intérêts financiers sont reliés ? Pour faire taire l’inévitable contestation, il y aura nécessairement des mesures de restriction, des limitations de libertés, bien plus dures que celles auxquelles on assiste actuellement avec l’empêchement des gilets jaunes de gagner la capitale ou de manifester. En clair, le changement, le vrai, ne se fera pas sans peines. Et il passera nécessairement par la confrontation.


Note qui n’a rien à voir, ou presque : Bonne et heureuse année aux lectrices et lecteurs de cette chronique. Que 2019 leur apporte le meilleur.
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La chronique du blédard : Parcoursup, Benalla puis gilets jaunes

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 20 décembre 2018
Akram Belkaïd, Paris


Dans les jours qui viennent, les médias français qui traiteront des derniers développements de la crise des gilets jaunes vont certainement s’interroger sur la persistance de ce mouvement au moment de la trêve des confiseurs. Ouvrons une parenthèse pour rappeler que cette expression est née aux débuts de la Troisième République alors que le parlement français était le théâtre de vifs échanges à propos de la nouvelle Constitution. A l’approche des fêtes de fin d’année, les députés de toutes factions s’entendirent pour une suspension des débats, suspension aussitôt baptisée, avec une certaine ironie, « trêve des confiseurs » par la presse de l’époque. Fin de la parenthèse.

Pour beaucoup d’observateurs, ces fêtes de fin d’année devraient sonner le glas du mouvement. Champagne, foie gras et cotillons : circulez, il n’y a plus de rondpoints à occuper ! D’ailleurs, les forces de l’ordre ont commencé à démanteler les installations de bric et de broc dont la presse a beaucoup parlé : tentes, garde-manger, fûts pour faire du feu… Le président Macron et son gouvernement ayant fait quelques concessions – du moins, à les croire -, les gilets jaunes sont donc priés de rentrer chez eux en attendant ce fameux (fumeux ?) dialogue national qui n’interviendra finalement qu’à la fin du mois de janvier.

Mais est-on si sûr que le mouvement est vraiment terminé ? Il est certain qu’une partie des « gj » sont épuisés par plusieurs semaines de mobilisation. Les fêtes de fin d’année, la baisse de luminosité propre au mois de décembre, le retour du froid et de la pluie, sont autant d’incitations à abandonner la partie d’autant que l’envie de passer Noël et le réveillon de la Saint-Sylvestre en famille ne peut être facilement réprimée quelle que soit la catégorie sociale à laquelle on appartient. Et pourtant, rien ne dit que janvier sera un mois tranquille. La colère est encore perceptible et il suffira d’un rien, un tout petit catalyseur pour que l’on assiste à une reprise de la contestation.

Il est difficile de savoir d’où pourrait venir l’étincelle mais les possibilités sont nombreuses. Parlons d’abord du fameux Parcoursup, ce système informatique de sélection des nouveaux bacheliers. Dans quelques semaines, les futurs étudiants commenceront à entrer leur souhait d’orientation et si les choses se passent comme l’année dernière, il y a fort à parier que l’agitation lycéenne – laquelle se poursuit aujourd’hui encore –réveillera les troupes jaunes. Il est d’ailleurs plus que probable que le premier acte ayant préparé le mouvement des gilets jaunes s’est joué au printemps dernier quand des milliers de ménages français se sont retrouvés démunis face à un logiciel au maniement loin d’être simple.

D’ailleurs, Parcoursusp a révélé de nombreuses inégalités au sein de la société française dont une fracture numérique rarement évoquée. Des pans entiers de la jeunesse française savent utiliser leurs téléphones intelligents (smartphones) pour échanger en ligne, s’amuser, regarder des vidéos ou télécharger telle ou telle application mais ils s’avèrent souvent peu capables de remplir des formulaires ou de traiter avec une interface d’intelligence artificielle. Cela sans oublier les foyers qui ne possèdent pas d’ordinateurs. Remplir ses fiches de vœux avec son smartphone n’étant pas une opération aisée, on imagine les efforts déployés par les concernés pour avoir un accès suffisamment long (et tranquille) à un ordinateur de leur centre de documentation.

Lorsque les premiers résultats de la sélection opérée via Parcoursup ont été connus, ce fut une onde de choc dans de nombreuses familles. Refus et mise en liste d’attente à des positions ne laissant entrevoir aucune chance d’accéder à la formation désirée ont provoqué colère, ressentiment et sensation de relégation, notamment chez les élèves des filières technologiques. Plusieurs mois avant l’apparition de pages Facebook dédiée à la protestation contre l’augmentation des taxes sur le carburant, on a vu en juin dernier des parents d’élèves et leurs enfants essayer d’organiser des mobilisations communes via les réseaux sociaux. Un augure qui, en son temps, ne se vit pas accorder toute l’attention qu’il méritait.

L’autre élément ayant contribué à préparer la colère n’a rien à voir avec une quelconque décision fiscale ou une proposition de loi gouvernementale. Il s’agit tout simplement de l’affaire Benalla, ancien collaborateur du président Emmanuel Macron. Le but de cette chronique n’étant pas de revenir dans les détails sur cet étrange scandale, on relèvera simplement qu’il a provoqué une colère inouïe qui s’est notamment exprimée, là encore, sur les réseaux sociaux. Il faudra un jour revenir sur ce dossier pour en comprendre les mécanismes. Est-ce la faute des médias qui en ont trop fait ? Est-ce que l’opinion publique y a vu une énième preuve de la déliquescence au sommet de l’État ? En tous les cas, cette affaire a provoqué bien plus de dégâts dans l’opinion qu’il n’y paraît.


Il suffira donc d’un rien pour que les passions reprennent. Cela, le gouvernement français le sait. Certaines de ses réformes prévues, comme par exemple la modification du système d’indemnisation chômage, devraient être reportées à la Saint-Glinglin. Mais fin janvier, les salariés auront la (mauvaise) surprise de découvrir sur leur fiche de paie un salaire net inférieur à ce qu’il était en 2018. Bien sûr, cette différence s’expliquera par l’entrée en vigueur de la retenue à la source de l’impôt sur le revenu mais il n’empêche. Jusqu’à présent, de nombreux foyers ont géré leur insuffisance de revenus en jouant sur les découverts, les prêts puis en serrant les boulons quand se profilait le paiement de l’impôt. La retenue à la source va changer la donne et nécessiter des adaptations. En ces temps de grogne, cela ouvrira la voie à tous les possibles.
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