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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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vendredi 7 août 2020

La chronique du blédard : Bas le masque !

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Le Quotidien d’Oran, Jeudi 30 juillet 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

Un nouvel accessoire vestimentaire s’impose. De Paris à Alger en passant par New York, Madrid ou New Delhi, blanc, bleu ou multicolore, en coton, en toile ou en fibres synthétiques, il se porte au cou, de manière un peu négligée, un peu à la manière d’un foulard ou d’une barbe postiche. Si les circonstances l’exigent – comme en cas d’apparition d’une quelconque autorité susceptible d’exiger son port correct – contrôleur du métro, vigile de supermarché ou hôtesse de l’air, on peut le relever rapidement pour cacher sa bouche et son nez. Une variante, très répandue, consiste à se couvrir juste les lèvres mais à laisser libre l’appendice nasal pour pouvoir respirer normalement. En théorie, le masque chirurgical, puisque c’est de lui qu’il s’agit, doit être porté au plus près du visage car il sert à protéger autrui des risques d’une contamination au Covid-19. On peut éventuellement ajouter qu’il permet aussi dans de nombreux cas de se prémunir contre le virus mais l’affaire est loin d’être entendue. On ne cesse ici ou là de bretter à propos de l’efficacité de cet accessoire que, ceci expliquant peut-être cela, d’aucuns préfèrent appeler bavette, le même nom que la toile qui protège le cou des escrimeurs. 

 

Après plusieurs semaines de tergiversations et de propos contradictoires, la décision du gouvernement français de rendre obligatoire par décret le port du masque dans tous les établissements recevant du public dans des endroits clos (centres commerciaux, bibliothèques, services publics et administrations, musées, cinémas, salles de spectacle ou de sport, les lieux de culte) a ravivé les polémiques. Acte d’autoritarisme intolérable ou mesure prophylactique de bon sens ? Et le masque, talisman sanitaire indispensable ou simple produit de consommation bénéficiant d’un coup de pouce réglementaire pour doper ses ventes ? En disant tout et son contraire à son propos depuis le mois de février, les autorités françaises ont largement contribué à cette cacophonie (1).  

 

Fin février, alors que l’épidémie venue de Chine se propageait en Europe et ailleurs, le masque représentait pourtant un objet de convoitise et de trafics. Indisponible en France, il provoquait des vols dans des hôpitaux et des pharmacies, la police se retrouvant obligée de traquer les grossistes qui alimentaient un florissant marché noir (2). Dans certains établissements hospitaliers, on interdit aux personnel d’en porter afin de ne pas effrayer les patients. Puis on distribua des masques à la date de péremption depuis longtemps dépassée. A celles et ceux qu’indignaient une telle désinvolture, on expliqua que ce n’était pas la qualité de filtrage qui risquait d’être dégradée mais qu’il fallait juste veiller à vérifier la solidité des élastiques susceptibles de rompre après des années de stockage. 

 

Dans d’autres hôpitaux, on inventa quelques règles empiriques, comme par exemple repasser au fer chaud un masque usagé pour le désinfecter et le remettre en service. Même bricolage pour les surblouses chirurgicales jetables, indispensables en unités Covid, dont on décréta qu’elles pouvaient être recyclées à condition que le personnel de santé les lave en machine. Des solutions alternatives virent aussi le jour avec le façonnage de sacs poubelles à grande contenance transformés en vêtement protecteur grâce aux tutoriels disponibles sur Internet. Pénurie oblige, l’art de la débrouille, propre à certaines régions sous-développées du monde, refaisait son apparition en France, sixième puissance économique mondiale incapable de fabriquer des masques quand le Maroc ou le Vietnam se targuaient de pouvoir en exporter. 

 

A l’étranger, désireuses de faire oublier leur responsabilité dans l’aggravation de la pandémie, les autorités chinoises inaugurèrent la diplomatie du masque en approvisionnant certains pays parmi les plus touchés. Parfois en vain comme lorsque la République tchèque « récupéra » 680 000 bavettes envoyées par la province chinoise du Zhejiang à l’Italie où les morts au quotidien se comptaient par centaines (3). Officiellement, le gouvernement tchèque se justifia en affirmant que sa police luttait contre la contrebande et qu’une petite partie des saisies était effectivement un don chinois confisqué « par erreur ». Quoi qu’il en soit, les masques n’ont jamais été récupérés par l’Italie, Prague les ayant distribué à ses propres hôpitaux quelques heures à peine après la saisie. 

 

Tétanisés à l’idée de devoir rendre des comptes pour justifier la pénurie de masques, y compris en milieu hospitalier, et l’insignifiance des réserves stratégiques, les dirigeants français n’ont eu de cesse de modifier leur discours au gré des circonstances et de l’évolution des stocks. Le 28 février, M. Olivier Veran, le ministre de la santé, donnait le ton : nul besoin de masque pour les bien-portants. « Les masques sont inutiles si vous n’êtes pas malades ; si vous n’avez pas été en contact proche de personnes malades. »Le 6 mars, M. Jérôme Salomon, Directeur général de la Santé en remettait une couche : « Je pense qu’il y a un consensus très clair aujourd’hui pour dire qu’il ne faut pas avoir de masques pour le grand public. Ça n’a pas d’intérêt. C’est même faussement protecteur. »Pourtant, le même Jérôme Salomon modifiait le ton dès le 3 avril : « nous encourageons effectivement le grand public s’il le souhaite à porter un masque. »Depuis le 16 juillet, et la décision du premier ministre Jean Castex de rendre le masque obligatoire dans les milieux clos, le grand public n’a rien à souhaiter, il doit juste s’exécuter. Au vu de la multiplication de signaux attestant d’une reprise de l’épidémie, il faut peut-être même s’attendre à ce que l’obligation s’étende à tous les lieux, y compris en plein air. On regrettera alors que Mme Sybeth Ndiaye ne soit plus porte-parole du gouvernement, elle qui expliquait doctement ne pas porter de masque car ne sachant pas comment le mettre (4).

 

Pour la vox populi, l’affaire est entendue. C’est l’évolution des stocks qui a commandé l’évolution du discours officiel. Indisponible, le masque chirurgical n’était pas jugé nécessaire. Désormais vendu dans toutes les pharmacies au prix maximum de 95 centimes l’unité (prix encadré par décret jusqu’au 10 janvier 2021), son port serait devenu obligatoire, nous disent les réseau sociaux, parce qu’il y aurait urgence à écouler les quantités importantes qui ont été importées. Côté gouvernement, on essuie le couteau sur l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Longtemps réservée quant à son efficacité, cette dernière a attendu le mois de juin, 400 000 morts et 7 millions de cas confirmés d’infection à l’échelle de la planète pour changer d’avis et affirmer que la bavette réduit « la probabilité d’être contaminé par le coronavirus de 85 % en cas de rencontre avec une personne infectée. (5)» 

 

En France comme aux États-Unis ou ailleurs ces atermoiements sont pour partie responsables du refus du port du masque. Fin mai, le maire de la ville de Stillwater dans l’Oklahoma a dû revenir sur sa décision d’imposer le port du masque dans les commerces en raison des violences exercées contre les employés des magasins qui tentaient de faire appliquer cette directive. Dans un pays où il aura fallu attendre le 11 juillet pour que le président Donald Trump daigne enfin apparaître en public avec un masque à l’occasion d’une visite à l’hôpital militaire Walter Reed dans la banlieue de Washington, le refus de la bavette prend une dimension politique. « Je défends mes droits. C’est ma liberté que vous attaquez. Je ne veux pas de votre p… de masque. Vous n’avez pas à m’obliger à le porter. C’est contre la Constitution »hurle ainsi une cliente à l’encontre d’un employé d’un magasin Gelson en Californie. Partagée sur les réseaux sociaux le 17 mai dernier, la vidéo de l’algarade a été effacée depuis, mais la Constitution américaine est désormais invoquée par tous les récalcitrants. A tort, estiment la majorité des juristes américains dont certains font le parallèle avec l’interdiction de la cigarette dans les lieux publics pour des raisons de santé. Mais, sait-on jamais, un amendement au texte fondateur des Etats-Unis comportera peut-être un jour l’amendement suivant : « Nous, le peuple, refusons le port du masque. »Au Québec, une pétition en ligne réclamant l’annulation des mesures imposant le port du masque dans les lieux publics clos a réuni 60 000 signatures au bout de quelques heures avant d’être retirée du site web qui l’hébergeait pour infraction « aux règles de la communauté ». Partout, c’est au nom de la liberté que le refus du port du masque est brandi. On aimerait qu’une telle radicalité se manifeste pour des causes plus évidentes comme le droit à la santé pour tous.

 

(1) « ‘‘Inutile’’ pour le grand public, le masque devient ‘‘obligatoire’’, Le Figaro, 17 juillet 2020.

(2) « Covid-19 : les enquêtes sur les vols en série de masques se poursuivent », France inter, 25 mars 2020.

(3) « Coronavirus : la République tchèque saisit des milliers de masques destinés à l'Italie », Les Echos, 22 mars 2020.

(4) RMC, 20 mars 2020.

(5) « COVID-19 : l’OMS ajuste ses recommandations sur le port du masque », Département de la communication globale des Nations Unis, 10 juin 2020.

(6) « Can the government legally force you to wear a mask? », Poynter, 22 juin 2020.

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dimanche 19 avril 2020

La chronique du blédard : Les fautes d’Emmanuel Macron

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 16 avril 2020
Akram Belkaïd, Paris

« Gouverner, c’est prévoir ». Cette célèbre formule, dont l’auteur est le journaliste et homme politique français Émile de Girardin (1802-1881), prend une dimension particulière en ces temps de pandémie de Covid-19. Dans le cas français, on ne peut reprocher au gouvernement l’irruption de la maladie tout comme on ne pourrait pas lui reprocher le fait qu’une catastrophe naturelle survienne soudainement. C’est ainsi, il est des événements dont on ne peut connaître la date puisqu’ils sont imprédictibles par nature. Par contre, on sait qu’ils sont plus ou moins inéluctables, ce qui exige de s’y préparer. Ainsi, depuis 2003, on ne pouvait ignorer que le monde était menacé par une pandémie dévastatrice. Cette année-là, le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), maladie partie de Chine (déjà…), causa 800 morts et constitua, selon l’Institut Pasteur, « la première maladie grave et transmissible à émerger en ce vingt-et-unième siècle. » En clair, avec cette alerte, nous étions prévenus que cela pouvait recommencer, de manière bien plus grave, et qu’il convenait de s’y préparer sérieusement.

Or, ce qui frappe aujourd’hui en France c’est l’état d’impréparation absolue du pays face à l’épidémie de Covid-19. Dès les premiers cas, le personnel soignant a été obligé de faire face sans beaucoup de moyens de protection. Les masques manquaient et manquent toujours. Les blouses et les surblouses manquaient et manquent toujours. Les tests pour détecter le virus – pourtant très vite identifié et séquencé par les chercheurs chinois, manquaient et manquent toujours. A cela s’ajoute un fait dont on a très peu parlé mais qui a ses conséquences. Dans de nombreux hôpitaux mais aussi dans la médecine de ville – véritable premier front face au Covid-19, il manquait un protocole, une procédure clairement détaillée pour agir. Exemple concret. Des médecins généralistes de la région parisienne n’ont reçu leur premier courriel – plutôt vague dans ses mises en garde et instructions – qu’à la fin du mois de février alors que la situation sanitaire dégénérait depuis longtemps en Italie.

Dans cette affaire, Emmanuel Macron et son gouvernement ont une double responsabilité. La première est d’ordre structurelle. En menant une politique de réduction des coûts et de marchandisation de la santé, avec notamment une baisse du nombre de lits et la fermeture programmée de plusieurs établissements de santé, l’équipe d’Emmanuel Macron a affaibli l’hôpital et sa capacité à encaisser le choc épidémiologique. On rappellera néanmoins que cette responsabilité est partagée avec les prédécesseurs de l’actuel président. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont leur part de responsabilité dans ce qui se passe aujourd’hui. Tous ont mené des politiques de santé restrictives. Autrement dit, sur ce plan, Emmanuel Macron n’est pas le seul coupable, étant le continuateur, le complice, d’une entreprise de démolition entamée il y a près de trois décennies et dont on voit bien le résultat aujourd’hui. Face au Covid-19, dans la sixième puissance économique mondiale, des hôpitaux ne fonctionnent aujourd’hui que grâce aux dons et au bricolage.

A l’inverse, on doit considérer qu’Emmanuel Macron est l’unique responsable de certains faits précis. Elu en 2017, le président français, tout à ses réformes détricotant le pacte social et à ses discours fumeux sur la « start-up nation », n’a pas fait preuve de prévoyance. Pourtant, pendant la campagne de 2017, l’actuel directeur général de la santé Jérôme Salomon (à l’époque chef de pôle adjoint à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches) alertait le candidat Macron sur l’absence totale de préparation de la France face aux risques majeurs d’une épidémie mais aussi d’une catastrophe ou d’actes terroristes avec tuerie de masse. Révélée par les « Macron Leaks », ensemble de courriels et d’autres documents électoraux rendus publics par un piratage de la boîte courriel de plusieurs membres de l’entourage du candidat, cette mise en garde prônait une « révision en profondeur de la réponse nationale » face à de tels événements.

Gouverner, c’est prévoir… Or, rien n’a été prévu et donc, rien n’a été fait. Une réflexion telle que souhaitée par Salomon aurait permis de prendre conscience que la France n’avait pas de stocks de masques et qu’elle était incapable d’en fabriquer. Idem pour les respirateurs. De même, l’évidence de l’absence de capacités industrielles pour fabriquer en urgence des médicaments et des composants nécessaires aux produits anesthésiants aurait sauté aux yeux. Au passage, et puisqu’il en est encore temps, on peut se poser la question concernant d’autres catastrophes possibles. Quid de la capacité de réaction face à un incident nucléaire grave ? Après le manque de masques et de respirateurs, faut-il craindre l’absence de pastilles d’iode ? Au vu de l’impréparation du gouvernement à une épidémie virale, ce type d’interrogation est totalement fondé.

Au défaut de prévoyance, donc à l’acte de mauvaise gouvernance, on reprochera aussi à Emmanuel Macron des faits plus précis. La désinvolture de son équipe alors que l’épidémie montait en puissance : une ministre de la santé qui quitte le pont pour briguer la mairie de Paris, une conseillère du président en matière de santé qui démissionne alors que la tempête est là, des masques qui sont commandés trop tardivement sans oublier, au-delà des scandaleux mensonges gouvernementaux sur la non-efficacité des masques, deux fautes graves : l’appel présidentiel à continuer à sortir et à fréquenter les spectacles (c’était une semaine avant la décision du confinement général…) et, surtout, le maintien du premier tour des élections municipales, décision irresponsable, pour ne pas dire criminelle, qui fera certainement l’objet de nombreuses poursuites judiciaires.

A ces deux fautes on ajoutera une troisième qui se profile et dont on ne pourra pas dire qu’elle n’a pas été identifiée. Le déconfinement, même progressif, est désormais annoncé pour le 11 mai prochain mais le gouvernement français sait pourtant que tout le monde ne pourra pas être testé et que les masques, les vrais, pas les morceaux de tissu découpés à la hâte, ne seront pas disponibles en quantité suffisantes. Le coronavirus est hautement contagieux. Décider de mettre fin au confinement sans être capable d’appliquer une vraie stratégie sanitaire de dépistage et de mise en quarantaine sera pire encore que d’avoir exposé les électeurs au virus ou d’avoir abandonné à leur sort durant plusieurs semaines les pensionnaires des établissements pour personnes âgées. La liste des imprévoyances et des fautes d’Emmanuel Macron risque fort de s’allonger.
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jeudi 19 mars 2020

A l’hôpital

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Se rendre dans un hôpital parisien et y passer plusieurs heures par ces temps de pandémie n’est pas une expérience neutre. Ce qui suit n’est ni un reportage ni une enquête. Pour cela, il aurait fallu parler aux intéressé.e.s. Ici, il s’agit juste de phrases happées, entendues, de discussions que l’on écoute sans en avoir l’air, de scènes que l’on enregistre en faisant mine de regarder ailleurs. Commençons par une note positive. Comparée à celle d’il y a dix jours au même endroit, l’ambiance y est moins tendue, moins crépusculaire. Certes, les couloirs sont aussi déserts, la cafète habituellement peuplée d’internes plus ou moins débraillés et oisifs est fermée, idem pour le vendeur de journaux. Chaque pas résonne comme dans une crypte. Une voix, un éternuement, une toux, et les rares présents sursautent et se retournent, se protègent la bouche et le nez. Mais la sensation d’oppression a disparu. Du moins, elle semble moins prégnante. Peut-être est-ce le temps à l’extérieur qui joue. Ciel gris et pluie hier, soleil revigorant aujourd’hui. Il y a aussi le fait que l’ensemble du personnel porte des masques ce qui était loin d’être le cas lors de la visite précédente.
Les masques, parlons-en ou, plutôt, voici ce qu’en dit une infirmière à ses collègues : « il y a encore eu des vols hier. Les cartons ont été livrés avec des emballages déchirés. Il ne faut pas laisser traîner les boîtes. On met les réserves sous clé. On en donne aux patients s’ils n’en ont pas. Mais on leur explique qu’ils ne peuvent pas les changer toutes les heures. Il faut qu’ils fassent attention. » Elles sont trois, réunies devant un ordinateur. Elles remanient le planning, appellent pour annoncer le report des rendez-vous. A plus tard, quand le monde y verra plus clair. Appel après appel, même message. Elles soupirent et font les gros yeux quand à l’autre bout du fil leur interlocuteur râle ou leur dit que, de toutes les façons, il n’avait pas l’intention de venir. Dans la salle, un détail saute aux yeux. La bouteille de gel hydroalcoolique est scotchée au mur. Momifiée, scellée, aurait-on envie d’écrire. L’enlever, essayer de l’arracher, ferait beaucoup de bruit…
Une quatrième infirmière arrive. On comprend qu’elle est en retard parce qu’elle remercie l’une de ses collègues d’avoir avancé le travail pour elle. Elle se justifie. Hier, l’école qui est censé accueillir sa fille lui a annoncé qu’elle fermait et l’a dirigée vers un autre établissement. « Ça fait deux fois que je change. Ma fille n’y connaît personne. Ce matin, elle était dans une classe de six. L’instit qui les garde m’a demandé des masques et des gants. Qu’est-ce qu’elle va faire avec des gants… Mais bon, je ne peux pas lui dire non »
Au fil des (dizaines de) minutes, d’autres sujets sont évoqués. Faut-il remplir l’attestation de déplacement dérogatoire tous les jours ? Pourquoi ne pas faire un ordre de mission permanent ? Comment gérer les absences soudaines des collègues ? Non, la rumeur d’un cas de contamination chez les infirmières du quatrième n’est pas fondée. Elle est juste en arrêt maladie. « Pour autre chose ». Les brancardiers sont moins nombreux. Et certains ambulanciers n’ont toujours pas compris qu’on ne doit pas poser ses mains n’importe où. Et l’ascenseur ? Pourquoi tout le monde monte-t-il en même temps ? Il faudrait trouver une méthode pour limiter le nombre de personnes à l’intérieur. De toutes les façons, prendre les escaliers, c’est meilleur pour la santé…
Un médecin fait son apparition, téléphone vissé à l’oreille. Il raconte dans le détail une réunion. Continuer mais réfléchir à faire passer le message. Pas de masques, pas de tests… Trouver le moyen de rester sur le front tout en faisant entendre sa colère. Imaginer un truc avec les médias ? Des vendus… Ils donneront toujours plus de temps de parole au gouvernement… Toujours en téléphonant, il prend une liasse de papiers et s’en va. Les infirmières qui s’étaient interrompues reprennent leur discussion. Dans la salle d’attente, presque déserte, un homme enlève son masque pour manger une pomme. Une infirmière le tance. Elle doit lui donner un nouveau masque et elle n’est pas là pour les gaspiller.
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mercredi 18 mars 2020

Masques

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Résumons. Le message officiel, relayé par quelques "médecins" de plateaux-tv, est que le port du masque est réservé aux personnes infectées afin qu'elles ne contaminent personne (catégorie 1) et aux personnels de santé afin qu'ils ne soient pas infectés car nous avons trop besoin d'eux (catégorie 2). 
Soit.
Mais, dans le même temps, on nous explique que nombreuses et nombreux sont celles qui seront porteuses et porteurs du virus. Ce qui les fait donc implicitement entrer dans la catégorie 1.
Question de bon sens : dans le doute, ne serait-il pas préférable de généraliser le port du masque ?
En réalité, les circonvolutions sémantiques officielles n'ont qu'un but : trouver un discours rationnel pour camoufler un scandale majeur : la pénurie de masques
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