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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 22 octobre 2020

La chronique économique : Consolidation dans le gaz de schiste

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 21 octobre 2020

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Dans le vocabulaire boursier et financier, certains mots ont parfois une double signification. Il y a leur sens premier mais aussi ce qu’ils impliquent comme mécanismes ou conséquences. Celui de « consolidation » en est un exemple. Dans le langage courant, il fait émerger l’image d’un renforcement d’une structure, d’une amélioration d’une assise ou d’une situation. En Bourse, si l’on prend un secteur donné, cela signifie simplement que certains de ses acteurs disparaissent ou sont avalés par plus gros qu’eux. Ainsi, la « consolidation » équivaudrait à une élimination ; une sélection naturelle où seuls les plus forts survivraient.

 

Un « deal » à 9,7 milliards de dollars

 

Un exemple concret vient d’être fourni par la plus grosse opération d’acquisition de l’année dans le secteur des hydrocarbures. Le géant ConocoPhillips vient d’avaler le producteur de gaz de schiste Concho pour un montant de 9,7 milliards de dollars (8,24 milliards d’euros). Ce « méga-deal » se fera uniquement via un paiement d’actions, les détenteurs de capital de Concho recevant des titres de ConocoPhillips. Un type d’opération qui permet de se passer de cash mais qui présente l’inconvénient de provoquer parfois une dilution du capital voire une baisse en Bourse. Il faudra voir comment le titre Conoco se comporte dans les prochaines semaines.

 

En attendant, c’est donc à une consolidation que l’on assiste. Cela fait désormais trois ans que le secteur des producteurs d’hydrocarbures de schiste est dans le rouge en raison de la chute des cours du pétrole. Avec des coûts d’exploitation supérieurs à leurs recettes, ils accumulent les pertes et doivent s’endetter pour poursuivre leur activité. Concho affiche ainsi une dette de près de 4 milliards de dollars et n’a pas réalisé de bénéfice depuis 2018. Au deuxième trimestre 2020, sa perte atteint 435 millions de dollars contre 97 millions de dollars pour la même période en 2019. Autrement dit, c’est un navire à la dérive que ConocoPhillips a acheté. Pourquoi donc une telle acquisition ?

 

Secteur à risque

 

La réponse est simple. Il s’agit ici d’une opération de croissance extérieure. Dans un contexte où les cours du brut sont anémiés et où la découverte de grands champs est de plus en plus difficile, la « major » trouve ici le moyen d’augmenter ses réserves de pétrole. Ces dernières atteignent désormais 23 milliards de barils (23 Giga-barils) en se basant sur un baril à 30 dollars. Pour mémoire, les compagnies pétrolières cotées en Bourse sont le plus souvent évaluées en fonction de leurs réserves prouvées, lesquelles pèsent autant que le niveau de production ou l’évolution du compte de résultat. Avec l’acquisition de Concho qui lui fournit des gisements dans le Texas et le Nouveau-Mexique, ConocoPhillips améliore ainsi son niveau de réserves et donc sa valorisation boursière. Du moins, en théorie.

 

En effet, nombre d’analystes considèrent désormais que le secteur des hydrocarbures de schiste est risqué. A moins d’un spectaculaire et inattendu renversement de conjoncture, les cours du pétrole ne grimperont pas de sitôt ce qui rendra difficile, voire impossible, l’exploitation rentable de gisements tels que ceux de Concho. Mais l’un des adages de la Bourse est qu’elle permet d’acheter des paris sur l’avenir. C’est ce que vient de faire ConocoPhillips.

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lundi 22 juin 2020

La chronique économique : Quand une Bourse en avale une autre

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 17 juin 2020
Akram Belkaïd, Paris


A quoi sert une Bourse de valeurs ? A permettre le financement des entreprises et donc au financement de l’économie, dira-t-on sans trop s’étendre sur l’évolution controversée de ces marchés devenus des terrains de jeux pour « investisseurs institutionnels » et divers sortes de fonds dont ceux dits spéculatifs ou de couverture. Longtemps, l’image de la Bourse est allée de pair avec sa « corbeille », endroit symbolique où se traitaient les transactions. Aujourd’hui, seule la Bourse de New York a gardé ses traders dont la possible disparition au profit de transactions cent pour cent électroniques est régulièrement évoquée.

La Bourse en Bourse

Avec le triomphe néolibéral et la dématérialisation des échanges, c’est le statut des Bourses qui a évolué. La Bourse de Paris, qui fut longtemps une sorte de coopérative publique est aujourd’hui une entité privée faisant partie d’Euronext, entreprise née en 2000 de la fusion entre les Bourses de Paris, Amsterdam et Bruxelles. Dit autrement, le Palais Brongniart (place de la Bourse) n’a plus rien à voir avec les marchés financiers et se contente d’accueillir fêtes et salons spécialisés.

Les Bourses sont ainsi devenues des entreprises comme les autres, dotées d’un capital ouvert aux investisseurs et soumises aux mêmes lois du marché. Ainsi, depuis 2014, Euronext est elle-même cotée sur… Euronext. Une situation que l’on croyait encore impossible au début des années 2000 mais qui a fini par devenir une réalité. Les entreprises qui gèrent les Bourses peuvent ainsi entrer en Bourse et même être soumises à des offres publiques d’achat (OPA), amicales ou hostiles.

Prenons, par exemple, la Bourse de Madrid. Toujours indépendante ces dernières années, elle faisait office de survivante dans un environnement marqué par les regroupements initiés par l’incontournable trident : Euronext (autrement dit Paris), Deutsche Börse (Francfort) et London Stock Exchange (LSE, Londres). Ces trois géants concurrents n’ont eu de cesse de tenter de conclure un mariage à deux en excluant le troisième. A chaque fois, les discussions ont capoté, l’Union européenne veillant notamment à empêcher l’émergence d’un monopole boursier. Alors ?

Madrid perd son indépendance

Alors chacun des trois a fait son marché. Par exemple, Euronext s’est mariée – temporairement – avec la Bourse de New York puis a racheté les places de Dublin, de Lisbonne et même d’Oslo. Une stratégie d’expansion européenne qui faisait de Madrid un objectif logique. Or, la Bolsa y Mercados Espagnoles (BME) vient d’échapper à Euronext. Lancée en novembre dernier, l’OPA amicale de Six Group, l’opérateur suisse qui gère la Bourse de Zurich, vient de conclure de manière positive pour un montant de 2,57 milliards d’euros.

Pour Six Group, c’est une prise de choix. Outre le fait que cela lui donne un accès direct au marché de la zone euro, cette acquisition lui donne plus de poids pour résister aux appétits d’Euronext ou de la Deutsche Börse. La logique est évidente : grossir pour ne pas être mangé trop vite ou se ménager des conditions plus favorables en vue d’une inévitable OPA. En tout état de cause, cette acquisition ne changera rien à la hiérarchie des capitalisations boursières (valorisation au prix de marché de l'ensemble des actions émise par l’entreprise) : 5 milliards d’euros pour Euronext, 26 milliards d’euros pour le London Stock Excange (LSE) et 28 milliards d’euros pour Deutsche Börse.
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mardi 20 mars 2018

La chronique économique : Trump défend la 5G américaine

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 14 mars 2018
Akram Belkaïd, Paris

Après l’acier et l’aluminium, au tour des semi-conducteurs… Et avec la manière forte ! Le président américain Donald Trump vient donc de bloquer ce qui s’annonçait comme étant la plus grosse opération d’acquisition dans le domaine technologique. Le locataire de la Maison-Blanche a signé un décret interdisant le projet de rachat de Qualcomm, fabricant californien de puces pour la connectivité des appareils mobiles, par son rival singapourien Broadcom. Pour mémoire, il s’agit d’une offre publique d’achat (OPA) hostile (les dirigeants et actionnaires principaux de Qualcomm s’y opposaient) d’un montant de 142 milliards de dollars (la première offre, « amicale », était de 117 milliards de dollars).

Motif de sécurité nationale

Pour les autorités américaines, cette acquisition aurait représenté une menace directe pour la « sécurité nationale ». En effet, ce qui se joue en toile de fond, c’est la fabrication des composants nécessaires à la 5G (technologie qui serait 100 fois plus rapide en début que l’actuelle 4G). Saisie par Qualcomm, la Commission des investissements étrangers aux Etats-Unis (Cifius ou Committee on Foreign Investment in the United States) a émis un avis négatif quant à l’opération et Donald Trump n’a fait que suivre ses recommandations. « L’offre de reprise de Qualcomm par l’acquéreur est interdite et toute opération équivalente, de fusion, acquisition ou d’OPA, directe ou indirecte, est également interdite » indique le décret signé par le dirigeant américain.

Que craignent vraiment les Etats-Unis ? Le raisonnement qui fonde cette décision protectionniste est très simple à appréhender. Washington souhaite protéger un « champion national » des appétits étrangers et notamment chinois. Broadcom a beau être basé à Singapour, c’est la main de Pékin qui est vue derrière cette entreprise. La Cifius a clairement indiqué que Broadcom pourrait à la fois siphonner le savoir-faire de Qualcomm avant de mettre cette entreprise hors-circuit en réduisant fortement ses budgets de recherche et développement. Une perspective qui aurait signifié une dépendance accrue à l’égard d’entreprises étrangères et notamment asiatiques pour de nombreux opérateurs américains, dont ceux liés au secteur de la défense.

Le signal envoyé par les Etats-Unis est donc d’une fermeté totale. Pas question de perdre l’avantage technologique mondial en matière de composants pour les appareils mobiles. Le décret de Donald Trump montre bien que l’idée de défendre un champion national est bien dans l’air du temps malgré tous les discours sur les bienfaits de la mondialisation. En réalité, il s’agit bien de protectionnisme sélectif. Aux Etats-Unis, la notion de champion national dépend surtout du lien qui existerait entre l’entreprise concernée et le secteur de la défense. Si une telle relation n’existe pas, il n’est pas dit que la Cifius remette en cause une offre d’acquisition venue de l’étranger.

De prédateur à proie


Cet échec va faire date pour Broadcom. Dans les prochains mois, on suivra avec attention si, de prédateur, cette entreprise ne va pas se transformer en cible. Pour ses dirigeants, l’acquisition de Qualcomm visait à atteindre une taille stratégique et à s’installer sur le marché américain. Pour vaincre les réticences de la Cifius, Broadcom a même lancé une procédure d’installation officielle aux Etats-Unis afin d’être considérée comme une société américaine. La manœuvre n’a pas réussi et désormais la firme singapourienne pourrait faire figure de proie rêvée pour des entreprises chinoises de haute technologie auxquelles Pékin a donné l’ordre de se développer à l’international.
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