Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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vendredi 25 novembre 2016

La chronique du blédard : Des primaires de droite (et du centre) et de l’activisme électronique islamophobe

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 24 novembre 2016
Akram Belkaïd, Paris

Ce sera donc Fillon contre Juppé. D’un côté, l’ex-« collaborateur » de Nicolas Sarkozy – du moins, c’est ainsi que ce dernier qualifiait son Premier ministre. De l’autre, celui qui fut le meilleur d’entre eux, « eux » désignant, selon Jacques Chirac qui en fit son Chef du gouvernement, les multiples ténors de la droite dite gaulliste. Fillon-Juppé donc, avec un avantage certain pour le premier même si on sait désormais de quoi sont capables les sondeurs... En effet, au vu du score de dimanche dernier, la messe semble dite en ce qui concerne les primaires de la droite (et du centre) et il faudrait un miracle électoral pour que le maire de Bordeaux batte le député de la deuxième circonscription de Paris. Fillon qualifié... Halte aux cris et que l’on se garde de possibles désespérades. Quoi de plus normal qu’un homme de droite pour représenter des gens qui partagent la majorité de ses idées ?

Que le lecteur se rassure. Je ne vais pas lui infliger un nouveau texte sur l’air du « kif-kif bourricot » à propos de l’interchangeabilité idéologique entre Fillon et Juppé, notamment en ce qui concerne les questions économiques. J’avoue néanmoins que la tentation est grande. C’est d’autant plus vrai que nombre d’électeurs et de sympathisants de gauche se lamentent depuis plusieurs jours sur le fait que Fillon sera le champion de la droite (et du centre), lui l’ami de Poutine, d’Assad et de l’ultra-droitier collectif La Manif pour Tous. « J’aurais préféré Juppé, il est moins réac que Fillon » m’écrit ainsi un ami toulousain, plutôt gauche mollassonne. Ah, et depuis quand choisi-t-on son adversaire ?

Cela me rappelle un peu ces amateurs de football qui croient tellement peu en leur équipe qu’ils se prennent à espérer que le joueur vedette de celle d’en face se blesse ou soit suspendu (ou que pris d’un accès de folie subite, il ne marque volontairement un but contre son camp). C’est aussi comme ces commentateurs sportifs pour qui les Bleus sont de potentiels champions du monde mais qui souhaitent sans vergogne que le tirage au sort leur désigne des adversaires comme le Costa Rica, l’Islande ou l’Ouzbékistan…

Car, ce qui est finalement intériorisé dans l’affaire, c’est que la droite va l’emporter en avril prochain et qu’il convient de manœuvrer – ou de prier – pour que son représentant le plus acceptable (par les électeurs de gauche) aille s’installer pour cinq ans à l’Elysée. Imaginez les complaintes auxquelles nous allons avoir droit si, comme nous l’annoncent les incorrigibles sondeurs, on se retrouve avec un affrontement Fillon – Le Pen au second tour de la présidentielle… Qui sait, ce sera peut-être l’occasion de trouver soudain quelques qualités à celui qui entend rallumer le flambeau du thatchérisme… Mais le rendez-vous printanier est encore loin et il reste la primaire de la gauche pour nous distraire.

En attendant, il convient de s’arrêter sur l’un des éléments ayant caractérisé ce premier tour droitier (et centriste). De nombreux analystes expliquent qu’Alain Juppé a perdu beaucoup de voix en raison de la campagne de dénigrement dont il a fait l’objet sur internet. La fachosphère, ce marigot pestilentiel qui combine calomnies, menaces, désinformation et attaques outrancières, s’est effectivement acharné à diffuser l’image d’un Juppé sous influence de l’islam politique voir de l’islam tout court. Surnommé « Ali Juppé » - on appréciera la finesse intellectuelle de la e-racaille vert-de-gris -, le concerné a reconnu qu’il ne pouvait rien faire contre de telles attaques.

Il est difficile de connaître l’impact réel de cette campagne. Il est aussi difficile de prouver que des armées de trolls au service de la Russie y ont contribué même si de nombreux indices permettent de le penser. Mais une chose est certaine, c’est bien la première fois qu’une élection en France est influencée, ne serait-ce qu’en partie, par le rapport, imaginé ou fantasmé, de l’un des candidats à la religion musulmane. C’est un précédent majeur et il y a fort à parier que cela va encore jouer en avril prochain. Par le passé, des candidats ont été (bassement) attaqués sur leur vie privée mais qu’ils passent au crible d’une exigence d’hostilité à l’égard de l’islam est une première. Un homme politique qui accepte la construction d’une mosquée dans sa ville sait déjà le prix électoral qu’il risque de payer. Mais les choses vont désormais plus loin. Pour être élu, il va falloir prendre en compte l’existence d’un activisme électronique islamophobe.

Il est évident que des tweets, des posts sur Facebook ou des caricatures (on pense à celle de Juppé embrassant une babouche verte, autrement dit le sommet de la créativité artistique) ne font pas le vote. Mais cela crée un contexte. Un climat. Quel que soit le nom des candidats respectifs de la droite et de la gauche, on vient d’avoir une nouvelle preuve que l’élection présidentielle française est bien partie pour se dérouler dans une atmosphère viciée.


P.S : Impossible de terminer cette chronique sans évoquer le double-kif de dimanche dernier. D’abord, Sarkozy éliminé (ne boudons pas notre plaisir) et, ensuite et plus encore, les 0,3% de suffrages obtenus par Jean-François - pain au chocolat - Copé. Mais soyons magnanimes et oublions la référence aux viennoiseries. Comme jadis, pour les zigotos qui se présentaient à l’élection présidentielle contre Ben Ali (officiellement pour faire élire ce dernier…) voici donc comment il faudra appeler celui qui entend tout de même continuer à faire de la politique (quel autre métier faire sinon ?) : Jeff Zéro-virgule.
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mercredi 12 octobre 2016

La chronique du blédard : Voter Juppé ?

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 octobre 2016
Akram Belkaïd, Paris


Allons enfants de la gauche, pour Alain Juppé, aux primaires de la droite, il nous faut absolument voter ! Voici, en forçant (juste) un peu le trait, le mot d’ordre tel qu’il circule en ce moment à gauche. Enfin, pas dans toute la gauche mais chez beaucoup de gens de gauche parmi lesquels les ineffables bobos-écolos-véganos-vélos. La motivation d’un tel acte, contre nature, écrivons-le tout de suite, réside dans la volonté de faire barrage à Nicolas Sarkozy qui, on ne peut l’ignorer, entend reprendre son ancien bureau au Palais de l’Elysée au mois de mai prochain. Calcul simple : on vote pour Juppé aux primaires de la droite pour stopper l’hargneux et inconséquent revanchard. Et ensuite ? Ensuite, on… Bah, ensuite, on verra…

Les vétérans de cette chronique peuvent témoigner de l’aversion que son auteur porte à Nicolas Sarkozy. Elle ne date pas d’hier. Elle l’a porté à se colleter avec certains de ses amis (lesquels font partie des lecteurs de la première heure, coucou Karim !) qui pensaient que ministre de l’intérieur en 2005 avait la carrure présidentielle pour changer la France et la réveiller de son long sommeil entamé dès le deuxième mandat de François Mitterrand (le désormais épistolier célébré sans décence aucune par le tout-Paris germanopratin). On sait ce qu’il advint et il est inutile de revenir sur les péripéties hexagonales de 2007 à 2012.

Certes, assister à la réélection de celui dont on sait aujourd’hui qu’il n’a ni principes ni scrupules (citons simplement l’invraisemblable histoire des fausses factures destinées à masquer le dépassement de ses dépenses de campagne) est susceptible d’endolorir nombre de fondements mais, soyons sérieux. Voter Juppé ? Au nom de quelle éthique politique ? Un matin, on ne cesse de regretter la confusion des programmes politiques, la convergence néolibérale entre parti socialiste et ex-UMP et il faudrait ensuite participer aux primaires de « les républicains » (ah que c’est moche, quand c’est écrit ainsi) au nom d’une combinazione politique ?

Passons sur l’obligation de lâcher deux euros par tour de scrutin (20 et 27 novembre), il faudra signer un papier où il est écrit, noir sur blanc, la mention suivante : « Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre et je m’engage pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France ». En clair, on devra se parjurer pour la « bonne cause ». Parce que signer ce papelard équivaudra à dire : Je ne suis pas de droite mais je vote aux primaires de la droite pour choisir son candidat dont, en tant que partisan de la gauche, je souhaiterai tout de même la défaite à la présidentielle. Chouiya tordu comme raisonnement, non ? Reconnaissons néanmoins qu’il existe un débat byzantin autour de la phrase qui vient d’être citée. Nombre de celles et ceux (de gauche) qui vont voter Juppé aux primaires LR insistent, pour se justifier et s’amender, sur les termes « valeurs républicaines ». Autrement dit, pour eux, il ne s’agit pas d’affirmer que l’on partage « toutes » les valeurs de la droite (et du centre… dont on se demande pourquoi il est cité ici, mais passons) mais juste les dites républicaines…

On m’explique ainsi que ces valeurs républicaines sont le socle commun à la droite et à la gauche. Je vous demande pardon ? Ah oui, je corrige : disons donc, le socle commun à la droite, à la gauche et… au centre. Admettons de bon cœur que cette intersection existe. Mais cela signifierait que la primaire de la droite (et du centre) n’est organisée que pour désigner le candidat le plus républicain de cette honorable famille politique. Ce n’est pourtant pas ce que disent les programmes des uns et des autres. C’est une compétition pour désigner le candidat de la droite (et du centre), un point c’est tout. Le Juppé qui, en 1995, a voulu réformer les régimes spéciaux des retraites est le même que celui de 2016, quelques zestes d’écologie en plus. On peut respecter l’homme, lui reconnaître une belle réussite dans la métamorphose de la ville de Bordeaux dont il est le maire mais cela ne justifie pas que l’on prenne des libertés avec l’éthique et la morale. En clair, aux gens de droite (et du centre), et à eux seuls, les primaires de la droite (et du centre).

Il faut néanmoins saluer l’exploit de celui ou celle qui a conçu cette phrase. L’insertion de la mention « valeurs républicaines » est une belle trouvaille pour attirer et balayer les scrupules des électeurs de gauche et il semble que les sarkozystes n’ont pas vu le piège. On peut aussi se permettre quelques considérations moqueuses à propos de la deuxième partie de la phrase. « Je m’engage pour l’alternance… ». De quelle alternance parle-t-on ? Considérant que la France est actuellement dirigée par un président de centre-gauche (soyons indulgents), cela signifie donc que l’on souhaite l’élection d’un président de droite parce que, disons-le tout de suite, aucun des candidats à la primaire LR ne peut être considéré comme de centre-droit, Juppé compris. En réalité, s’il y a bien une constante dans la politique française, c’est que la droite reste la droite et que les gens de gauche qui viendraient se mêler à ses affaires risquent de faire beaucoup de tort à la démocratie.

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