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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 21 mai 2013

Entretien accordé à H24Infos : La "paix froide" va continuer» entre le Maroc et l'Algérie

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Qu'est-ce qui pourrait changer entre le Maroc et l'Algérie si le président Bouteflika décède? L'Algérie, qui fait face à des défis internes, ne risque pas de chambouler sa diplomatie. Akram Belkaïd, journaliste algérien, nous livre son analyse.

Akram Belkaïd est journaliste et essayiste algérien. Il vient de publier Retours en Algérie (Editions Carnetsnord, mai 2013). Il travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Au fait des arcanes du pouvoir algérien, il livre à H24info son analyse de la crise politique traversée par l’Algérie à cause de la maladie et des rumeurs de décès du Président algérien. Il explique aussi ce qu’un éventuel décès de Bouteflika pourrait avoir comme impact sur les relations entre les deux frères ennemis.

Comment interpréter les informations contradictoires, entre version officielle et information de presse sur l’Etat de santé du président Algérien ?
C'est une chose habituelle, propre au système algérien. A la fin des années 1970, il avait fallu plusieurs mois avant que les autorités ne reconnaissent la maladie du président Boumediene. Aujourd'hui, ces éléments contradictoires démontrent à quel point le système algérien préfère le silence et refuse la transparence. D'ailleurs, la règle en la matière est simple : ceux qui savent se taisent et ceux qui parlent sont ceux qui ne savent rien. Je pense aussi qu'il y a un flottement au sommet de l'Etat sur la manière dont doivent être organisées les choses pour la suite.

Si jamais Bouteflika décède. Que prévoit la constitution algérienne ? Que risque-t-il de se passer ?
La Constitution prévoit qu'il y aura un intérim assuré par Abdelkader Bensalah, le Président du Conseil de la Nation. Cela durera le temps que de nouvelles élections soient convoquées. Quant à savoir ce qui va se passer, personne n'est capable de le prévoir aujourd'hui. Une chose est certaine, le système algérien va faire en sorte que le formalisme soit respecté et que le processus électorale présente toutes les garanties de validité. Quant à savoir ce qui va se passer en coulisse... J'imagine qu'il y aura un "beauty contest" entre divers candidats...

Qui préside aux affaires de l’Etat algérien pendant la période de maladie du président ?
L'exécutif n'a pas cessé de fonctionner car, ne l'oublions pas, cela fait déjà plusieurs années que le président algérien est malade et diminué. En fait, le système fonctionne par à-coup. Les décisions ordinaires sont prises au quotidien mais rien n'est décidé pour les grands dossiers. C'est cela qui est inquiétant. L'Algérie fait du surplace même si sa bonne santé financière donne le change.

Quel impact le décès de Bouteflika pourrait-il avoir sur les relations maroco-algériennes ?
Il n'est pas sûr qu'il y aura un impact immédiat. Le successeur de Bouteflika devra d'abord faire face à nombre d'enjeux internes et je le vois mal prendre une initiative majeure à destination du Maroc. Le scénario d'une "paix froide" telle qu'elle existe depuis plusieurs décennies est le plus probable même si une grande surprise est possible. De toutes les façons, ce n'est pas un seul homme, aussi puissant soit-il, qui changera la donne. Il faudrait que deux élans, algérien et marocain, se rencontrent.

Les médias internationaux pronostiquent l’arrivée d’une aile dure aux commandes de l’Algérie si le président, considéré comme un des derniers représentants de l’ancienne garde, venait effectivement à mourir ?
Dès qu'il s'agit d'Algérie, nombre de médias étrangers aiment à imaginer des scénarii catastrophiques. Certes, le risque d'une succession heurtée est là. Mais, c'est aussi un pays qui a vu pire notamment durant les années 1990. La société algérienne n'a pas envie de revenir à des temps difficiles où elle serait privée de la relative aisance dont elle bénéficie. Peut-être que l'arrivée au pouvoir d'un représentant de la génération post-Guerre d'Algérie aidera à faire évoluer le système politique en place depuis l'indépendance. Il y a urgence à faire face aux grands défis de l'Algérie : santé, éducation, diversification de l'économie.

Y’aura-t-il un changement dans la gestion par l’Algérie du dossier du Sahara et sur la question de l’ouverture des frontières entre les deux pays dans ce cas ? 
Sur le Sahara, il ne faut pas s'attendre à des changements sauf à imaginer un rapprochement spectaculaire entre l'Algérie et le Maroc. Alger continuera de défendre l'option du référendum d'autodétermination. Par contre, on peut imaginer un geste de détente à propos de la frontière mais, là aussi, cela passera nécessairement par une négociation globale. Et, à ce sujet, les déclarations récentes de certains politiciens marocains parlant de recours à la force pour reprendre certaines villes a eu un effet des plus déplorables. La situation entre nos deux pays est déjà difficile, il est complètement irresponsable d'en rajouter !

Propos recueillis par Z.C.
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lundi 3 septembre 2012

La chronique du blédard : Enième plaidoyer pour un Maghreb uni

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 23 août 2012
Akram Belkaïd, Paris 

Aura-t-il lieu ? Sera-t-il reporté ou tout simplement encore annulé ? Bien sûr, le sommet des chefs d’Etats maghrébins dont il est question ici n’est pas l’un de ces événements susceptibles de changer la face du monde ou de lancer un processus diplomatique qui bouleversera les rapports de force géostratégiques. Alors que tous les regards se tournent vers la Syrie et, hélas vers le Liban, se préoccuper de la tenue de cette rencontre « serpent de mer » peut paraître décalé voire futile. Il n’empêche. Dans un contexte aussi compliqué que celui du Printemps arabe cela sans oublier une mondialisation marquée par un retour des canonnières pour le contrôle des matières premières, il n’est nul besoin d’être expert pour comprendre que l’avenir des Maghrébins dépend de leur capacité à s’allier puis à s’unir. Et l’on attend depuis bientôt vingt ans une initiative qui prouverait que le processus de rapprochement est de nouveau sur les rails.

Avant d’aller plus loin, il faut rappeler ce triste constat : Qu’ils soient Algériens, Marocains ou Tunisiens, les dirigeants de la région sont persuadés que leur pays peut s’en sortir seul, sans l’aide de ses voisins. Pour dire les choses autrement et de manière plus triviale, chacun est persuadé qu’il n’a pas besoin des autres et qu’il est même plus malin. C’est une chose que les négociateurs de l’Union européenne n’ont guère eu de mal à comprendre et ils en ont amplement tiré profit lors des diverses négociations concernant les accords d’association et de libre-échange. Des accords, rappelons-le, qui ont été négociés séparément par Tunis, Rabat et Alger (on imagine la marge de manœuvre des diplomates européens face à une telle dispersion), chacun estimant être celui qui a le mieux tiré son épingle du jeu (et c’est bien cela qui leur a été dit par Bruxelles…).

L’Union du Maghreb, rêve caressé jadis par les premiers mouvements nationalistes, n’est plus qu’un slogan creux, un hochet que l’on agite pour bien montrer qu’il existe tout de même, en ces temps de grands effondrements moraux et politiques, un projet auquel les rêveurs mécontents de leur sort peuvent se raccrocher, un peu à l’image des promesses de démocratisation que formulent de temps à autre les dictateurs subsahariens. De fait, l’échec de la construction maghrébine fait partie de ces désillusions de bien après les indépendances. C’est peut-être une goutte d’eau dans un océan de déceptions mais l’échec est loin d’être anodin. Partout dans le monde, y compris en Amérique du Sud, qui était il y a peu encore une terre de conflits régionaux et de chauvinismes, des pays et des peuples se regroupent, parfois dans la difficulté, pour mieux affronter l’avenir. Le Maghreb, lui fait route inverse. De tous les ensembles régionaux, il serait le plus cohérent (même religion, mêmes langues arabe et amazigh) et c’est pourtant lui qui est le plus en retard.

Pour être honnête, les dirigeants ne sont pas les seuls coupables car tout le monde – à commencer par les élites – a sa part de responsabilité. Pour le comprendre, il suffit de parler de la Tunisie (et des Tunisiens) ou du Maroc (et des Marocains) aux Algériens. On peut aussi le faire dans l’autre sens. A Tunis ou à Rabat, on n’est guère plus tendre à l’égard des voisins du centre du Maghreb. Clichés, jugements lapidaires et méprisants, sentiment de supériorité, la palette est large et elle alimente, d’une façon ou d’une autre, les incompréhensions et les ressentiments de part et d’autre des frontières. Il suffit juste de jeter un rapide coup d’œil aux joutes hargneuses entre internautes algériens et marocains pour bien le comprendre (même absents, leurs cousins tunisiens ne sont guère épargnés et la révolution de janvier 2011 n’a pas changé les choses).

Et ce qui est saisissant, c’est la disparition progressive de ce trait commun qui semblait unir les intellectuels de chaque pays. Cela vaut aussi pour les jeunes qui ne savent que peu de choses sur leurs « cousins » et qui, pour beaucoup, ignorent même qu’il fut question un jour d’une Union du Maghreb. Ce n’est guère étonnant. L’idée maghrébine ne s’enseigne pas. Personne ou presque ne la défend sérieusement. Pire, on doute de sa pertinence. A titre d’exemple, on ne prête même pas attention aux travaux d’économistes comme Mouhoud El-Mouhoub qui rappelle régulièrement que les pays du Maghreb devraient cesser d’en demander toujours plus à l’Europe et que leur vrai potentiel réside dans la coopération régionale.

En Tunisie, on se moque beaucoup de Moncef Marzouki, notamment dans les milieux démocrates qui ne lui pardonnent pas son alliance avec les islamistes d’Ennahda. Mais l’homme a eu au moins le mérite d’essayer de remettre la question maghrébine en tête de l’agenda régional. Vaine utopie, ont dit les cyniques qui semblent avoir intégré l’idée que le Maghreb restera divisé ce qui, pour faire écho à une récente chronique, consolidera son statut de bazar néo-colonisé. Pour les sceptiques, les obstacles qui empêchent tout progrès sont trop nombreux. Il est vrai que la liste est décourageante : la montée de l’islamisme radical en Tunisie (ne comptons pas sur les salafistes pour faire renaître le projet maghrébin…), la question du Sahara occidental, le contentieux algéro-marocain sur ce même Sahara, sur la frontière et sur d’autres sujets moins connus tout cela ayant pour conséquence inquiétante le surarmement des deux parties,… Mais ces problèmes sont-ils pour autant insurmontables ?

Il ne s’agit pas de minimiser leur ampleur mais de rappeler qu’il existe toujours des solutions, fussent-elles imparfaites. Encore faut-il accepter l’idée de se retrousser les manches et de proclamer l’urgence du projet d’union régionale. Le Maghreb est devenu un intitulé, un terme vague à inclure dans tout discours, colloque ou ouvrage. Il serait temps qu’il devienne un projet politique à part entière. Et c’est bien l’affaire de tous.
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