Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 14 mars 2019

À propos d'Abdelaziz Bouteflika et des « décideurs » algériens

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« Pourquoi le système a-t-il favorisé l'élection de Bouteflika en 1999 ? Comment un homme aussi peu compétent que « Boutef » a-t-il pu abuser aussi facilement le pouvoir ? Les réponses apportées par de multiples décideurs, dont le général Nezzar, ne sont pas satisfaisantes. Ces derniers s’exonèrent un peu trop facilement et laissent entendre que Bouteflika est une incongruité et qu’il ne saurait être représentatif des hommes qui font le système algérien. Dans n’importe quelle multinationale, un mauvais recrutement retombe toujours sur celui qui en est à l’origine ; faire une « erreur de casting » est assimilable à une faute de gestion et à une preuve d’incompétence. En faisant appel à Bouteflika, les décideurs n’ont pas été abusés ni trompés. En réalité, ils ont simplement choisi un homme à leur image, aussi incompétent et aussi peu apte à diriger un pays qu’eux-mêmes. »

Akram Belkaïd
in Un Regard Calme en Algérie (Seuil, 2005)
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mercredi 26 février 2014

Entretien accordé à Zaman France : Présidentielles algériennes 2014 : un scrutin pour rien ?

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Zaman France, 26 février 2014
Propos recueillis Par



En avril auront lieu les élections présidentielles algériennes... Et c'est officiel, le président Bouteflika est candidat à un quatrième mandat à la tête de l'Etat algérien. Considérablement affaibli (à 76 ans, il sort d'un accident vasculaire cérébral), son dernier discours en public remonte à mai 2012 à Sétif. Pour le journaliste et essayiste Akram Belkaïd, cette candidature poussée par le "système" est une très mauvaise nouvelle pour le pays. Il l'explique dans cet entretien accordé à Zaman France.

Que signifie ce nouveau mandat du président Bouteflika ?
C'est son premier ministre qui a annoncé que Bouteflika se représenterait. C'est la première fois que quelqu'un annonce sa candidature par personne interposée, ce qui laisse douter de la capacité en tout cas physique du président à être réellement candidat. Le système politique algérien est dans l'impasse et préfère faire le choix du statu quo plutôt que de risquer une ouverture. Cela laisse présager des jours difficiles. On a beaucoup d'interrogations, sur l’état physique du président, sur sa capacité à faire campagne... Ou alors, c'est que l'on poussera le bouchon encore plus loin et là, ce sera du jamais vu, un président élu sans être parti en campagne électorale.

Pourquoi Abdelaziz Bouteflika est-il à ce point poussé en avant?
Bouteflika a des appuis dans le système politique algérien. C'est un équilibre entre plusieurs clans qui appartiennent au même système politique, des clans rivaux mais pas ennemis et qui ont pour objectif la sauvegarde du système. Visiblement, le consensus est que Bouteflika reste à la tête de l’Etat. Contrairement à ce qu'on a pu entendre, il n'y a pas de « guerre » entre l'armée et les services de sécurité, des rivalités de système, oui, des escarmouches via la presse qui ont entretenu l'illusion que le système algérien se divisait, avec d'un côté, un bloc présidentiel et de l'autre, les services secrets. L’état-major des armées étant plutôt pour le bloc présidentiel. Il est difficile d'avoir une lecture objective de tout ça. In fine, une candidature a été annoncée et cela n'aurait pas pu être sans le consentement des grandes parties prenantes du système politique algérien, services secrets y compris. 

Qu'entendez-vous exactement par le "système" ?
Pour moi, c'est ce qui est en place depuis l'indépendance du pays, les héritiers d'une faction du FLN, qui a pris le pouvoir et ne l'a plus lâché depuis. C'est large, c'est à la fois la famille révolutionnaire, des gens issus de l'armée, des services de sécurité, quelques milieux d'affaires réunis autour de l’idée qu'il n'y a pas d'alternance possible et que la fonction suprême doit être le résultat d'un accord et d'un consensus au sein même de cette boîte noire. On en fait partie par cooptation, parce qu'on a un passé de militaire, de militant FLN ou plus récemment parce qu'on a été adoubé par le FLN ou par les services de sécurité. 

Quelle sera l'alternative politique en avril en face de Bouteflika ?
On ne va pas faire semblant de croire que le scrutin va être ouvert. On connaît la chanson. S'il est candidat, c'est qu'il entend être réélu, et va être réélu. Je me refuse à analyser le scrutin du mois d’avril comme un scrutin normal. On l'a vu en 2009, en 2004 - et même en 1999 - quand plusieurs candidats se sont retirés la veille même ou l'avant-veille de l'élection. Dès lors qu'il y a un candidat du système, le scrutin n'a plus d’intérêt. On peut se contenter de regarder la participation et encore. La vraie question est de savoir comment le système va gérer l’impossibilité physique du candidat à prendre la parole, à se déplacer dans des meetings et à préciser pourquoi il est candidat pour la 4e fois, et surtout, comment cela sera vécu par la population. 

Quel rôle joueront les partis politiques islamistes ?
Ca dépend desquels... Il y a ceux qui ont été adoubés et qui joueront le rôle qu'on leur a assigné. Une présence politique, mais à qui on interdira de prendre le pouvoir. On l'a vu pour les élections législatives de 2012 ou les islamistes entre guillemets modérés pensaient gagner le scrutin mais n'ont rien gagné du tout. Comme l'opposition, ils ont un rôle à jouer, celui d'un agitateur de la vie médiatico-politique mais in fine on ne leur concède rien. Quant aux autres, ceux qui ont constitué la matrice du FIS (Front islamique du Salut ndlr), ils sont aujourd’hui en déshérence, il n'y a pas de parti qui les représente. Ceux-là aussi ont été laminés par le pouvoir mais c'est un élément d'opposition qui ne demande qu'à reprendre du poil de la bête! Parce que, en même temps, on a assisté dans la société algérienne à un retour en force du conservatisme avec une ré-islamisation qui ne dit pas son nom... Mais on peut dire que les idées sociétales de ce parti ont plus ou moins triomphé, même s'ils n'ont pas le pouvoir. A telle enseigne que le régime s'est senti obligé de faire des concessions pour éviter que cette influence ne se développe encore plus. Prenons l'exemple des débits de boissons alcoolisées, beaucoup d'entre eux ferment aujourd'hui. C'est un véritable phénomène ... et ça, c'est l'Etat, ce sont les autorités qui le décident. 

On entend souvent que le peuple algérien donne la priorité à la stabilité depuis la terrible décennie 1990, mais est-ce que le peuple y croit encore ?
En 2009, l'élection de Bouteflika a reposé entre autres sur de vraies bases populaires, électorales, c'est-à-dire qu'une partie de la population lui était encore reconnaissante d'avoir ramené la paix en Algérie, de l'avoir fait sortir de la guerre civile et d'être à l'origine d'un certain mieux-être économique. A l'époque, même s'il y avait une opposition assez virulente de la part des milieux intellectuels, d'une partie de l'opposition, des journalistes, je pense qu'il a vraiment été élu avec un soutien populaire assez marqué, notamment à l'intérieur du pays. Les zones rurales sont encore très fidèles au FLN, à l'image de la lutte pour l'indépendance etc. En 2014, les choses sont différentes. Entre temps, il y a eu les printemps arabes avec l'exemple tunisien, de la Syrie même si ça a mal fini, de l'Egypte, donc je pense que ça va être plus difficile de vendre l'idée d'un dirigeant que personne ne va voir et sur lequel circule nombre de rumeurs. On peut déjà s'attendre à un fort abstentionnisme... 

Comment les Algériens considèrent-ils le processus politique tunisien ?
Les Algériens devraient avoir le bon sens et la modestie de s'inspirer de la Tunisie qui montre qu'on peut sortir d'une crise par le vrai dialogue politique. Je fais partie des journalistes algériens qui appellent les citoyens à s'en inspirer. On a toujours eu un regard algérien un petit peu paternaliste à l'égard de la Tunisie. Mais dans ce que les Tunisiens réalisent depuis trois ans - dans la difficulté -, il y a de véritables enseignements dont les Algériens peuvent se nourrir.

L'autre modèle du monde arabo-musulman est le modèle turc...
Il y a des similarités culturelles, on oublie souvent l'histoire de la présence ottomane en Algérie (4 siècles quand même). Aujourd'hui, la Turquie a évolué, s'est modernisée aussi au sein de ses institutions, même si ça ne satisfait pas totalement les démocrates turcs. On vit dans un pays où l'armée a en quelque sorte renoncé à faire de la politique. Elle a été forcée à le faire, elle a été renvoyée dans les casernes. Cela ne s'est pas fait sans mal, ça s'est fait aussi parce la Turquie a eu la chance d'être dans le processus de négociation avec l'UE et donc était pressée par l'obligation d'être en conformité avec les critères de Copenhague. Cela ne vaut pas pour l'Algérie, elle ne négocie avec personne, elle a 200 milliards de dollars de réserve de change et n'a de compte à rendre à personne. La vraie différence est là : en Turquie, un processus de modernisation interne, d'évolution politique et de confrontation avec la réalité internationale a abouti à une modernisation des institutions, ce qui n'est pas le cas de l'Algérie. On voit mal l'UE se permettre de dire aux Algériens qu'il ne faut pas que l'armée s'occupe de politique. Ce serait vu comme une ingérence inacceptable. D'ailleurs, l'UE se garde bien d'avoir le moindre avis sur cette question. Ce qui l'intéresse, c'est que le pétrole algérien et le gaz continuent d'arriver en Europe..Quant à la France, l'Algérie est un partenaire incontournable. Il y a des milliers d'Algériens qui vivent sur le sol français. Je vois mal le pouvoir français prendre le risque de critiquer un quatrième mandat. Ils en prendront acte, l'opposition dira des choses là-dessus... parce qu'elle est dans l'opposition! Les autorités françaises ont toujours été dans une position très difficile vis-à-vis de l'Algérie. Elles se contenteront de prendre acte, sans émettre de critique... A moins bien sûr que le processus actuel ne dérape, c'est une hypothèse qu'il ne faut pas négliger. On ne peut pas humilier les peuples de manière indéfinie sans en payer tôt ou tard les conséquences.
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samedi 1 juin 2013

Passage à Affaires Internationales, France Culture : L'Algérie sans Bouteflika

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01.06.2013 - 12:45 Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

Lien pour écouter, ou réécouter, l'émission : http://www.franceculture.fr/emission-affaires-etrangeres-l-algerie-sans-bouteflika-2013-06-01

Secrets, dissimulation, rumeurs, l’état de santé du président Bouteflika, hospitalisé à Paris, depuis un mois, nourrit en Algérie et ailleurs toutes sortes d’incertitudes et de spéculations. Dans l’opacité du système qui tient le pays depuis si longtemps, qui pompe ses richesses aux dépens de sa jeunesse, comment se négocie la succession ? Quels en sont les enjeux politiques, économiques, sociaux pour ce grand voisin méditerranéen avec lequel la France continue d’entretenir des liens  si proches et si difficiles ? Comment ce pays qui se sent volontiers encerclé réagit-il aux évolutions et aux révolutions de ses voisins arabes ?

Christine Ockrent s'interroge sur l'Algérie de demain en compagnie de :
Benjamin Stora, historien, professeur à l'université Paris-13, il a récemment publié Voyages en postcolonies : Viêt Nam, Algérie, Maroc (Stock, 2012).

El Mouhoub Mouhoud, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine où il codirige le master Affaires internationales, et dirige le groupement de recherche international du CNRS DREEM (Développement des recherches économiques euro-méditerranéennes). Il a notamment dirigé avec Jean-Yves Moisseron le n° 212 de la revue Tiers Monde, intitulé "Dynamiques institutionnelles dans le monde arabe" (Armand Colin, 2013).

et Akram Belkaïd, essayiste et journaliste pour Le Quotidien d'Oran. Il vient de publier Retours en Algérie : des retrouvailles émouvantes avec l'Algérie d'aujourd'hui (Carnets Nord, 2013).




La chronique de Courrier International   par Hoda Saliby
Invité(s) :
Benjamin Stora, historien et universitaire
El Mouhoub Mouhoud
Akram Belkaïd, journaliste et essayiste, spécialiste du monde arabe
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jeudi 30 mai 2013

Bouteflika, Boumediene et le pyjama

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"C'est vrai. Certainement que le Président n'a pas souhaité qu'on le montre à ses compatriotes, alité et vêtu d'un pyjama parce que le repos absolu lui a été strictement prescrit. Il est difficile à un chef d'Etat d'un quelconque pays qui soit de se montrer à son peuple dans un état physique diminué, mal rasé ou les traits tirés. Une telle idée rebutait le Président."

Voilà ce qu'aurait déclaré un bien mystérieux responsable algérien, ayant tenu à garder l'anonymat, au journaliste Ahmed Fattani (lire ici "l'entretien"...). Autant le dire tout de suite, la référence au pyjama a bien fait rire en Algérie et le chroniqueur Chawki Amari s'en est donné à cœur joie.

Extrait de son billet lu sur Facebook à propos du "nouveau débat qui se met en place : quel type de pyjama porte le Président. Rayé, uni, aux couleurs nationales ou à celles des Invalides ? Je crois que dans les hôpitaux de France, on utilise officiellement les termes 'chemise' ou 'blouse' plutôt que pyjama. Si on ne sait pas de quoi souffre Bouteflika on sait en revanche que sa blouse d’hôpital du Val est en polyester/coton 50/50 et gratté intérieur pour le confort, que la toile est de 145 gr/m2 environ pour éviter la transparence, que la fermeture est croisée dos par pressions, que le coloris est imprimé rouge et que la thermofixation est de 180° minimum".

Mais, cette référence au pyjama n'est pas vraiment anodine. Qu'elle soit réelle ou pas, elle fait référence à un très vieil épisode de l'histoire de l'Algérie indépendante. C'était à la fin des années 1960. Houari Boumediene venait de réaliser son "ajustement révolutionnaire" mais son pouvoir était loin d'être définitivement installé. Et c'est après une tentative d'assassinat où il fut légèrement blessé que les Algériennes et les Algériennes eurent la surprise de voir leur président en pyjama à la télévision alors qu'il était à l'hôpital (précision de taille : c'était un pyjama à rayures...); Des images qui ne cadraient pas avec l'idée que l'on se faisait alors de la toute-puissance, voire de l'aura mystérieuse, de l'homme fort du régime algérien.
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mercredi 29 mai 2013

Entretien accordé à AFP TV sur la situation en Algérie

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28 mai 2013. Entretien accordé à l'AFP TV :

Cliquer sur le lien suivant : Algérie: la succession de Bouteflika sera "très ouverte"

Publiée le 28 mai 2013
Alors que la santé du président algérien Abdelaziz Bouteflika reste entourée de secret, l'essayiste Akram Belkaïd, spécialiste de l'Algérie, explique pourquoi le pays n'a pas connu de soulèvement
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mardi 21 mai 2013

Entretien accordé à H24Infos : La "paix froide" va continuer» entre le Maroc et l'Algérie

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Qu'est-ce qui pourrait changer entre le Maroc et l'Algérie si le président Bouteflika décède? L'Algérie, qui fait face à des défis internes, ne risque pas de chambouler sa diplomatie. Akram Belkaïd, journaliste algérien, nous livre son analyse.

Akram Belkaïd est journaliste et essayiste algérien. Il vient de publier Retours en Algérie (Editions Carnetsnord, mai 2013). Il travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Au fait des arcanes du pouvoir algérien, il livre à H24info son analyse de la crise politique traversée par l’Algérie à cause de la maladie et des rumeurs de décès du Président algérien. Il explique aussi ce qu’un éventuel décès de Bouteflika pourrait avoir comme impact sur les relations entre les deux frères ennemis.

Comment interpréter les informations contradictoires, entre version officielle et information de presse sur l’Etat de santé du président Algérien ?
C'est une chose habituelle, propre au système algérien. A la fin des années 1970, il avait fallu plusieurs mois avant que les autorités ne reconnaissent la maladie du président Boumediene. Aujourd'hui, ces éléments contradictoires démontrent à quel point le système algérien préfère le silence et refuse la transparence. D'ailleurs, la règle en la matière est simple : ceux qui savent se taisent et ceux qui parlent sont ceux qui ne savent rien. Je pense aussi qu'il y a un flottement au sommet de l'Etat sur la manière dont doivent être organisées les choses pour la suite.

Si jamais Bouteflika décède. Que prévoit la constitution algérienne ? Que risque-t-il de se passer ?
La Constitution prévoit qu'il y aura un intérim assuré par Abdelkader Bensalah, le Président du Conseil de la Nation. Cela durera le temps que de nouvelles élections soient convoquées. Quant à savoir ce qui va se passer, personne n'est capable de le prévoir aujourd'hui. Une chose est certaine, le système algérien va faire en sorte que le formalisme soit respecté et que le processus électorale présente toutes les garanties de validité. Quant à savoir ce qui va se passer en coulisse... J'imagine qu'il y aura un "beauty contest" entre divers candidats...

Qui préside aux affaires de l’Etat algérien pendant la période de maladie du président ?
L'exécutif n'a pas cessé de fonctionner car, ne l'oublions pas, cela fait déjà plusieurs années que le président algérien est malade et diminué. En fait, le système fonctionne par à-coup. Les décisions ordinaires sont prises au quotidien mais rien n'est décidé pour les grands dossiers. C'est cela qui est inquiétant. L'Algérie fait du surplace même si sa bonne santé financière donne le change.

Quel impact le décès de Bouteflika pourrait-il avoir sur les relations maroco-algériennes ?
Il n'est pas sûr qu'il y aura un impact immédiat. Le successeur de Bouteflika devra d'abord faire face à nombre d'enjeux internes et je le vois mal prendre une initiative majeure à destination du Maroc. Le scénario d'une "paix froide" telle qu'elle existe depuis plusieurs décennies est le plus probable même si une grande surprise est possible. De toutes les façons, ce n'est pas un seul homme, aussi puissant soit-il, qui changera la donne. Il faudrait que deux élans, algérien et marocain, se rencontrent.

Les médias internationaux pronostiquent l’arrivée d’une aile dure aux commandes de l’Algérie si le président, considéré comme un des derniers représentants de l’ancienne garde, venait effectivement à mourir ?
Dès qu'il s'agit d'Algérie, nombre de médias étrangers aiment à imaginer des scénarii catastrophiques. Certes, le risque d'une succession heurtée est là. Mais, c'est aussi un pays qui a vu pire notamment durant les années 1990. La société algérienne n'a pas envie de revenir à des temps difficiles où elle serait privée de la relative aisance dont elle bénéficie. Peut-être que l'arrivée au pouvoir d'un représentant de la génération post-Guerre d'Algérie aidera à faire évoluer le système politique en place depuis l'indépendance. Il y a urgence à faire face aux grands défis de l'Algérie : santé, éducation, diversification de l'économie.

Y’aura-t-il un changement dans la gestion par l’Algérie du dossier du Sahara et sur la question de l’ouverture des frontières entre les deux pays dans ce cas ? 
Sur le Sahara, il ne faut pas s'attendre à des changements sauf à imaginer un rapprochement spectaculaire entre l'Algérie et le Maroc. Alger continuera de défendre l'option du référendum d'autodétermination. Par contre, on peut imaginer un geste de détente à propos de la frontière mais, là aussi, cela passera nécessairement par une négociation globale. Et, à ce sujet, les déclarations récentes de certains politiciens marocains parlant de recours à la force pour reprendre certaines villes a eu un effet des plus déplorables. La situation entre nos deux pays est déjà difficile, il est complètement irresponsable d'en rajouter !

Propos recueillis par Z.C.
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mercredi 19 janvier 2011

Quand Libération épargne Mohammed VI

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La une du quotidien Libération du lundi 17 janvier 2011 a pour titre : Monde arabe, à qui le tour ? Six portraits de grands "amis de la démocratie" sont affichés :
- il y celui de Zine el-Abidine Ben Ali (photo barrée)
- Hosni Moubarak
- Abdelaziz Bouteflika
- Mouammar Kadhafi
- Bachar al-Assad
- le roi Abdallah II de Jordanie.

On ressent une certaine jubilation à contempler cette une et ses tristes mines. Mais il y a tout de même une gêne. Dans cette galerie, il manque un portrait, celui du roi Mohammed VI du Maroc. Pourquoi pas lui aussi ? Parce que c'est un roi ? Alors pourquoi la présence du bien discret Abdallah II ?

La raison est simple. L'exemple de la Tunisie n'a pas encore été suffisamment médité. Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération fait partie de ces journalistes qui nous expliquent que le "Maroc, ce n'est pas la même chose que la Tunisie ou l'Algérie". Il faut dire que les lobbyistes du royaume savent y faire. Dans quelques années, on se souviendra de cette une et on demandera à Joffrin pourquoi il avait ménagé MVI...
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