Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mercredi 26 janvier 2022

Allez les Lions !

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Pour mémoire, et avant le match Maroc-Égypte, voici le message écrit par une personnalité française à ses amis algériens après le match Algérie-Egypte du 18 novembre 2009 à Khartoum (Oum Dourman) :
« Je suis à Casablanca. Je suis tranquille en train de travailler. Une immense clameur surgit de la ville. Inquiet je téléphone à un ami. Il me dit l'Algérie vient de marquer un but. Je continue, tranquille. Une heure après les voitures hurlent dans toutes les avenues. Je téléphone à un ami. Il me dit « Nous avons gagné ». Je lui dis «qui ?». Il me dit « ben, l'Algérie ! » »
Et cette personnalité de conclure : « Le Maghreb existe enfin, je l'ai vu et entendu ».
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mercredi 23 janvier 2019

Les gérontocrates et le dilettante

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Le Monde diplomatique, décembre 2018
Akram Belkaïd

En Algérie comme au Maroc ou en Tunisie, la santé du chef de l’État est un sujet de préoccupation qui alimente rumeurs et spéculations quant à l’identité réelle des détenteurs du pouvoir. L’âge de M. Béji Caïd Essebsi, les maladies de M. Abdelaziz Bouteflika et du roi Mohammed VI ainsi que les absences de ce dernier affaiblissent des régimes qui craignent d’être délogés par la force.

dimanche 17 décembre 2017

La chronique économique : Le non-Maghreb et son coût

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 décembre 2017
Akram Belkaïd, Paris

Le thème resurgit de manière régulière pour constater le caractère inerte d’une situation qui n’a guère évolué depuis le milieu des années 1990. Dernièrement, c’est le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) qui en a fait le constat : le coût du « non-Maghreb » équivaut à plusieurs points de croissance du Produit intérieur brut (PIB) régional (1). Autrement dit, le manque d’intégration économique pénalise les trois pays du Maghreb central.

Un coût sociétal

Sur le plan commercial, on sait définir ce qu’est le non-Maghreb. D’abord, il y a des taux de douane encore élevés qui ne facilitent pas les échanges intra-maghrébins. Ces derniers représentent 3% du commerce de chaque pays. Selon le FTDES, si d’aventure les pays du Maghreb s’entendent sur une convergence commerciale, alors 12% de leurs flux commerciaux se feront entre eux. Il y a ensuite, la question de la frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc. Voilà vingt-trois ans qu’elle est fermée. Le Royaume en réclame régulièrement l’ouverture, parfois de manière véhémente ou maladroite. Son voisin réplique en rappelant que ce fut une mesure décidée en réponse de l’instauration unilatérale de visas pour les Algériens. Bref, le dossier tourne en rond.

L’erreur est d’appréhender le coût du non-Maghreb sous le seul angle commercial. Il ne fait pas de doute qu’une meilleure entente entre Rabat et Alger changerait bien des choses sur le plan économique. Mais, à dire vrai, le vrai coût est certainement ailleurs. Il est dans la séparation de plus en plus hermétique entre les sociétés algérienne et marocaine. Il est aussi dans la pénalisation des populations frontalières, habituées à vivre et à échanger ensemble, quelle que soit la nationalité. Des traditions se perdent, des relais et des solidarités aussi, les flux de personnes sont empêchés. Autant de convergences possibles que la survivance du phénomène contrebandier ne saurait remplacer.

Le plus souvent, c’est l’Algérie qui est mise en accusation pour le « non-Maghreb ». Or, dans cette affaire, aucune des parties ne peut échapper aux critiques. La bonne idée qui avait présidé à la création de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) était de ne pas faire de la question du Sahara un élément incontournable du règlement du contentieux algéro-marocain. A l’époque, on croyait encore, ou l’on feignait de le faire, à une solution rapide avec la tenue d’un referendum d’auto-détermination. On sait aujourd’hui que les chances que ce dernier se tienne sont infimes car le Maroc n’en veut pas. Dans un contexte où les relations entre Alger et Rabat sont exécrables, Tunis en vient logiquement à se tenir à distance parfois trop prudente de ce dossier.

Intérêt général

Dans cette affaire, les patronats tentent bien de se faire entendre mais chacun possède son propre agenda. On pourrait résumer la position des uns et des autres par la phrase suivante : « d’accord pour l’ouverture commerciale, mais que nos voisins commencent les premiers. » Cet attentisme ne peut être dépassé que s’il y a déblocage politique. Cela signifie que l’idée que l’économie peut contourner les divisions liées au Sahara (et à la frontière) n’est pas pertinente. Dans les années 1980, c’est une initiative diplomatique saoudienne qui a exhorté Algériens et Marocains à renouer. Depuis, et malgré la dégradation des relations régionales, aucune démarche d’envergure n’a été entamée, y compris de la part de partenaires européens. A croire que le non-Maghreb convient finalement à tout le monde.

(1) « Résumé analytique de l’étude sur le cout du non Maghreb et projet de mémorandum », Etude coordonnée par l’économiste Azzam Mahjoub, https://ftdes.net/

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vendredi 11 septembre 2015

La chronique du blédard : Réfugiés du Levant, ingénuité occidentale et égoïstes du Golfe

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 10 septembre 2015
Akram Belkaïd, Paris
 
Le terrible drame des femmes et des hommes qui fuient le Proche-Orient pour gagner l’Europe au péril de leur vie ne va certainement pas cesser. Le chaos syrien, la décomposition irakienne, les bombardements occidentaux contre l’Organisation de l’Etat islamique (EI) et le retour des affrontements entre l’armée turque et le PKK kurde sont autant de violences qui alimentent le flux de réfugiés. Pour ces derniers, il s’agit tout simplement de sauver leur vie. On peut gloser à l’infini sur d’éventuelles motivations économiques – ce que font d’ailleurs de nombreux politiciens européens– mais le fait est que c’est avant tout une question de survie.
 
La photographie, déchirante, du cadavre d’un petit enfant kurde sur une plage de Méditerranée orientale ; celle, poignante, d’un père qui éclate en sanglots alors qu’il vient de poser le pied sur le rivage grec ; les images de ces longues cohortes de réfugiés essayant de franchir la frontière hongroise ou marchant le long d’une autoroute allemande : tout cela fait naître un sentiment complexe, mélange de compassion, de pitié, de colère et de découragement accablé. Quiconque vit « normalement », avec les hauts et les bas de toute existence banale, ne peut qu’être indigné et ému par cet exode humain.
 
Cela explique les polémiques plus ou moins dilatoires auxquelles nous assistons ces derniers jours. L’une d’entre elles, concerne les pays du Golfe accusés de ne rien faire pour secourir leurs « frères » arabes. Dans un petit texte posté sur les réseaux sociaux, j’ai abordé cette question en expliquant que « ce n'est pas un hasard si un réfugié syrien préfère risquer la mort pour rejoindre l'Europe plutôt que d'aller en Arabie Saoudite. Là-bas, il sait qu'il n'a aucune chance d'être aidé, d'avoir droit à un traitement humain, de bénéficier de lois claires. Il est persuadé que l'Europe, c'est aussi (encore ?) le respect de l'individu et de la loi. On aura beau lui dire que les choses sont plus compliquées, que les temps y sont de plus en plus durs, que l'extrême-droite est partout, dans les discours et les mentalités. Rien n'y fera. »
 
Mais cette question mérite d’être développée. Rappelons d’abord – notamment aux Européens qui s’émeuvent des conséquences pour leur tranquillité de ce flux humain – que les pays qui accueillent le plus de réfugiés sont le Liban (1,2 millions de Syriens soit le quart de la population libanaise), la Jordanie (650.000 réfugiés) et la Turquie (1,8 millions). Autrement dit, il existe des zones « tampons » dont les dirigeants, cela vaut surtout pour le Liban et la Jordanie, l’un des pays parmi les plus pauvres de la planète, se débattent dans d’inextricables problèmes financiers et logistiques. Et c’est aussi parce que la situation de ces réfugiés se dégrade dans les centres d’accueil qu’ils décident de partir en Europe, certains étant désormais convaincus que la guerre chez eux, notamment celle qui concerne l’Etat islamique, est partie pour durer plusieurs décennies.
 
Il faut aussi rappeler aux Européens que tout cela ne serait pas arrivé sans les multiples guerres – récentes, ne remontons pas à la période coloniale - menées dans la région. On parle beaucoup de l’invasion de l’Irak en 2003, guerre pour laquelle George W. Bush et Anthony « Tony » Blair méritent d’être jugés, mais on oublie celle de 1991 et l’embargo qui l’a suivie. On oublie enfin les tergiversations (et les complicités) occidentales face aux crimes commis par le régime d’Assad père et fils. Si le Machrek est une poudrière, c’est certes la faute des régimes en place mais la responsabilité occidentale est pleine et entière notamment dans le processus qui a conduit à la naissance de « Daech ». Il est donc normal que l’Europe mais aussi les Etats-Unis et l’Australie paient leur écot au drame humanitaire en cours. Quand l’Allemagne accueille des réfugiés syriens et irakiens, ce n’est pas juste de la charité et de la générosité. Cela doit être vu comme une réparation, partielle, des dégâts occasionnés par les milliards de dollars d’armements qu’elle a déversés dans la région. Et cela vaut aussi pour la France dont l’ancien président Nicolas Sarkozy nous expliquait en 2008 – c’était lors de la création de feu l’Union pour la Méditerranée à Paris – que Bachar al-Assad était un dirigeant « fréquentable » (qu’il aille le répéter aux habitants d’Alep…).
 
Revenons maintenant aux pays du Golfe, lesquels ont eux aussi leur responsabilité dans la situation puisqu’ils ont financé à fonds perdus les mouvements djihadistes qui embrasent la Syrie et l’Irak. Le discours tenu pour répondre aux critiques en dit long sur les mentalités dans cette région. Ainsi, le « journaliste » koweitien Fahad Alshelaimi, aghioulissime parmi les brels,  a expliqué à la télévision que son pays ne pouvait accueillir des réfugiés en raison de leur… pauvreté, ces derniers étant de plus jugés inaptes à s’intégrer dans l’Emirat en raison de leurs  problèmes psychologiques et nerveux. Plus retors, certains officiels et universitaires de la péninsule arabique ont insisté sur le fait que les monarchies pétrolières financent les actions humanitaires en faveur des réfugiés. Un fait patent mais qui doit être relativisé. Si le Koweït a déboursé 304 millions de dollars pour cette crise, l’Arabie Saoudite n’a dépensé « que » 18 millions de dollars, un montant dérisoire à comparer avec le 1,1 milliard de dollars déjà engagé par les Etats-Unis.
 
Au lendemain du 2 août 1990, le monde arabe dans sa grande majorité s’était réjoui de l’invasion du Koweït par les troupes de Saddam Hussein. A l’époque, nombre de ressortissants du Golfe avaient été choqués par ce qu’ils estimaient être de l’ingratitude (notamment celle des Palestiniens mais aussi des Maghrébins). Dans le contexte régional actuel, les monarchies pétrolières seront tôt ou tard confrontées à de sérieuses difficultés ne serait-ce qu’en raison de la guerre asymétrique qu’elles mènent au Yémen (ceci est une autre affaire dont on parle peu…). On leur rappellera alors le comportement égoïste dont elles ont fait preuve à l’égard des réfugiés du Levant.
 
Mais l’on ne terminera pas cette chronique sans quelques lignes à propos des gouvernements maghrébins. La Tunisie porte déjà son fardeau avec un nombre important de ressortissants libyens installés sur son sol. On aimerait donc que l’Algérie et le Maroc fassent entendre leurs voix officielles sur cette question des réfugiés du Machrek et qu’il soit précisé ce que ces pays ont l’intention de faire ou pas.
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Post-scriptum :

Face aux critiques, les Emirats arabes unis ont annoncé avoir délivré 100.000 permis de séjour à des Syriens depuis 2011 ce qui porte à 242.000 leur nombre total dans la Fédération. Cette dernière précise aussi avoir débloqué 530 millions de dollars en réponse à la crise humanitaire qui affecte la Syrie, une grande partie de cette somme finançant les camps de réfugiés en Jordanie. Ces informations sont d’importance mais ne lèveront pas les critiques car 100.000 permis de séjour depuis 2011, c’est 20.000 entrées par an soit moins que ce que la France entend consentir comme effort (et ne parlons pas de l’Allemagne).

mercredi 4 février 2015

Pointus

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Il manque la babouche tunisienne pour compléter l'ensemble des 4 pays du Maghreb : Algérie, Maroc, Tunisie et... France (ici représentée par sa capitale)

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jeudi 27 décembre 2012

La libre circulation n’est pas la liberté d’installation

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Revue Citoyens n°345 - Octobre 2012
Akram Belkaïd

Par Akram Belkaïd, journaliste

Depuis la nuit des temps, l’Homme a été obligé de quitter sa terre pour un ailleurs censé être meilleur, du moins plus hospitalier. L’Histoire de l’humanité n’est ainsi qu’une longue série de migrations, de peuples en mouvements, parfois contre leur gré, et de terres âprement disputées entre anciens habitants et nouveaux arrivants. Les temps modernes n’échappent à cette réalité. Mais, dans un contexte de mondialisation triomphante, où un container emplis de produits électroniques ou de crevettes surgelées peut faire le tour de la planète en quelques jours, l’être humain se voit limité dans ses mouvements. Passeports biométriques, visas de différentes catégories et durées, frontières renforcées, postes de douane : les obstacles sont nombreux même s’ils sont loin d’être les mêmes pour tout le monde.

Ainsi, les peuples du nord ne se rendent même pas compte de leur chance et du bonheur qui leur est offert. Excepté certaines zones de guerre (et encore, un tourisme spécifique d’apparition récente offre de les y conduire), ils peuvent visiter les quatre coins de la planète, voire y séjourner. Telle n’est pas la réalité que vivent nombre de peuples du Sud. Pour eux, la libre-circulation est un mirage. C’est par exemple le cas des populations du Maghreb pour qui l’accès à l’Europe relève de l’impossible, exception faite d’une minorité qui peut obtenir des visas ou qui possède la double-nationalité.

Mais il ne faut pas s’y tromper. Rien ne peut arrêter le mouvement des hommes. Ni les vagues de la mer Méditerranée, ni les barbelés qui protègent les enclaves de Ceuta et Melila ni même les administrations et leurs visas. Le drame récurrent des harragas, ces migrants qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie le prouvent. Alors, quoi ? Faut-il pour autant abolir les frontières et exiger une refonte totale des politiques migratoires européennes ? On s’en doute, la réponse n’est pas simple. Décréter la fin des frontières est chose évidemment impensable pour des gouvernements européens confrontés à la crise économique, au chômage de masse et à la montée des tensions et des mouvements xénophobes. Mais, dans le même temps, le statu quo est dangereux et générateur de drames, qu’il s’agisse des morts en Méditerranée ou de l’exploitation des migrants par diverses mafias allant des passeurs aux pourvoyeurs de travail au noir sans oublier les marchands de sommeil. Voilà pourquoi la libre-circulation est souhaitable. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est grâce à elle que le mouvement des populations pourra être régulé avec l’adhésion de tous.

Car il faut bien comprendre que la libre-circulation n’est pas la liberté d’installation. Elle permet le voyage et le mouvement. Elle offre au cadre, à l’étudiant ou au retraité la possibilité de passer d’un pays à l’autre, d’y demeurer, de s’y former et même d’y travailler quelques temps avant de revenir chez lui. Pourquoi les clandestins vivant en France ou en Grande-Bretagne ne rentrent-ils pas chez eux ? Tout simplement parce qu’ils savent que, dès lors qu’ils auront quitté l’Europe, y revenir leur sera définitivement interdit. Et d’ailleurs, que font-ils à peine régularisés. Ils vont et viennent, contribuant à renforcer les liens économiques et sociaux entre leur pays d’origine et celui qui les a accueilli.

La libre-circulation est ainsi une garantie de retour, fut-il temporaire, mais aussi de création de richesse. Certes, dans un premier temps, elle engendrera un appel d’air comme ce fut le cas pour les Polonais ou Hongrois après que les frontières d’Europe de l’Ouest leur eurent été ouvertes. Mais où sont aujourd’hui ces migrants de l’Est ? Nombre d’entre eux sont revenus en Pologne, en Hongrie ou ailleurs. Fort d’un pécule et d’un savoir amassés dans la « riche Europe », ils sont rentrés chez eux, leur pays d’origine leur offrant enfin des conditions de vie acceptables tant sur le plan matériel que politique.

Alors oui, la libre-circulation n’est pas une dangereuse utopie. Réglementée et encadrée, elle offrira de nouveaux horizons à des peuples voisins. Encore faudrait-il avoir le courage de regarder cette question en face et de ne pas céder aux surenchères xénophobes.
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vendredi 14 décembre 2012

La chronique économique : L'Arabie saoudite, future puissance solaire ?

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 12 décembre 2012
Akram Belkaïd, Paris

Cap sur les énergies renouvelables et le nucléaire. Tel est l’un des messages récurrents des autorités saoudiennes et il n’est pas toujours facile de faire la part des choses entre intentions réelles et simple communication surfant sur le thème du développement durable. Mais, une chose est certaine : dans quelques années, évolution démographique et développement économique obligent, la consommation énergétique interne de l’Arabie saoudite atteindra l’équivalent de 8 millions de baril par jour (mbj), soit la presque-totalité de sa production pétrolière actuelle.

DE L’ELECTRICITE A DESTINATION DE L’EUROPE
 
 
C’est en évoquant cette perspective que Ryad vient d’annoncer son intention d’investir 100 milliards de dollars sur 15 ans, pour le développement de stations solaires destinées à produire de l’électricité « verte ». Dans le même temps, les autorités du Royaume wahhabite affirment qu’une partie de cette énergie sera exportée à destination des pays voisins du Golfe, mais aussi d’Afrique de l’Est et, surtout, de l’Egypte. Toujours à en croire les multiples déclarations officielles, le projet d’interconnexion du réseau électrique saoudien avec son équivalent égyptien serait déjà lancé avec, comme objectif, l’exportation de l’électricité saoudienne vers le pourtour Est de la Méditerranée puis vers l’Europe occidentale. 
 
Il est encore trop tôt pour juger de la pertinence d’un tel projet mais il faut relever que l’énergie solaire n’est pas juste un slogan en Arabie saoudite. Ainsi, c’est dans ce pays, qu’a été installé il y a plus d’un an, le plus grand complexe solaire du monde. Construit par deux entreprises autrichiennes, il sert à fournir en eau chaude un campus universitaire de 40.000 personnes. Bien entendu, il y a une grande différence entre chauffer l’eau des étudiants et fournir de l’électricité aux Européens. Mais, dans la course à la diversification énergétique, les Saoudiens ne cessent de marquer des points vis-à-vis de leurs concurrents, notamment d’Afrique du nord. Malgré les discours volontaristes, force est de constater que le solaire prend du retard au Maghreb. Qu’il s’agisse du Maroc, pays le plus avancé en la matière dans la région, de la Tunisie et encore plus de l’Algérie, la dynamique d’il y a quelques années semble s’être essoufflée. A titre d’exemple, le projet Desertec n’a guère progressé depuis son lancement à grands renforts médiatiques, il y a trois ans. 
 
Plus important, on attend encore de voir se dessiner une stratégie industrielle dans ces trois pays. Alors que les pays du Golfe, Arabie Saoudite mais aussi le Qatar et les Emirats arabes unis, sont engagés dans une dynamique d’acquisition des technologies – via l’achat de brevets et d’entreprises – les pays du Maghreb, l’Algérie en tête, continuent de croire que l’énergie solaire s’exportera comme on exporte aujourd’hui le gaz naturel ou le pétrole. Pourtant, la filière du solaire pourrait permettre la création de dizaines de milliers d’emplois et la renaissance d’un parc industriel en totale déshérence depuis la fin des années 1980. Encore faudrait-il disposer à ce sujet d’une vraie vision stratégique, à la fois politique mais aussi économique…
 
LE CAS DU NUCLÉAIRE


Cela vaut aussi pour la question de l’énergie nucléaire, laquelle, il faut en convenir, risque de poser de sérieux problèmes en matière de sécurité. Mais, toujours est-il que Ryad a, là aussi, décidé de mettre les moyens en investissant 80 milliards de dollars pour se doter d’ici à 2020 de 16 réacteurs civils. A terme, énergies solaire et nucléaire devraient contribuer à 30% de la consommation énergétique du Royaume contre actuellement à peine moins de 2% pour l’ensemble des renouvelables. Cette ambition en matière « d’energy-mix » va-t-elle aboutir ? Les prochaines années le diront mais, une chose est sûre. En matière d’énergies renouvelables, le Maghreb n’a pas intérêt à traîner en chemin.
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lundi 3 septembre 2012

La chronique du blédard : Enième plaidoyer pour un Maghreb uni

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 23 août 2012
Akram Belkaïd, Paris 

Aura-t-il lieu ? Sera-t-il reporté ou tout simplement encore annulé ? Bien sûr, le sommet des chefs d’Etats maghrébins dont il est question ici n’est pas l’un de ces événements susceptibles de changer la face du monde ou de lancer un processus diplomatique qui bouleversera les rapports de force géostratégiques. Alors que tous les regards se tournent vers la Syrie et, hélas vers le Liban, se préoccuper de la tenue de cette rencontre « serpent de mer » peut paraître décalé voire futile. Il n’empêche. Dans un contexte aussi compliqué que celui du Printemps arabe cela sans oublier une mondialisation marquée par un retour des canonnières pour le contrôle des matières premières, il n’est nul besoin d’être expert pour comprendre que l’avenir des Maghrébins dépend de leur capacité à s’allier puis à s’unir. Et l’on attend depuis bientôt vingt ans une initiative qui prouverait que le processus de rapprochement est de nouveau sur les rails.

Avant d’aller plus loin, il faut rappeler ce triste constat : Qu’ils soient Algériens, Marocains ou Tunisiens, les dirigeants de la région sont persuadés que leur pays peut s’en sortir seul, sans l’aide de ses voisins. Pour dire les choses autrement et de manière plus triviale, chacun est persuadé qu’il n’a pas besoin des autres et qu’il est même plus malin. C’est une chose que les négociateurs de l’Union européenne n’ont guère eu de mal à comprendre et ils en ont amplement tiré profit lors des diverses négociations concernant les accords d’association et de libre-échange. Des accords, rappelons-le, qui ont été négociés séparément par Tunis, Rabat et Alger (on imagine la marge de manœuvre des diplomates européens face à une telle dispersion), chacun estimant être celui qui a le mieux tiré son épingle du jeu (et c’est bien cela qui leur a été dit par Bruxelles…).

L’Union du Maghreb, rêve caressé jadis par les premiers mouvements nationalistes, n’est plus qu’un slogan creux, un hochet que l’on agite pour bien montrer qu’il existe tout de même, en ces temps de grands effondrements moraux et politiques, un projet auquel les rêveurs mécontents de leur sort peuvent se raccrocher, un peu à l’image des promesses de démocratisation que formulent de temps à autre les dictateurs subsahariens. De fait, l’échec de la construction maghrébine fait partie de ces désillusions de bien après les indépendances. C’est peut-être une goutte d’eau dans un océan de déceptions mais l’échec est loin d’être anodin. Partout dans le monde, y compris en Amérique du Sud, qui était il y a peu encore une terre de conflits régionaux et de chauvinismes, des pays et des peuples se regroupent, parfois dans la difficulté, pour mieux affronter l’avenir. Le Maghreb, lui fait route inverse. De tous les ensembles régionaux, il serait le plus cohérent (même religion, mêmes langues arabe et amazigh) et c’est pourtant lui qui est le plus en retard.

Pour être honnête, les dirigeants ne sont pas les seuls coupables car tout le monde – à commencer par les élites – a sa part de responsabilité. Pour le comprendre, il suffit de parler de la Tunisie (et des Tunisiens) ou du Maroc (et des Marocains) aux Algériens. On peut aussi le faire dans l’autre sens. A Tunis ou à Rabat, on n’est guère plus tendre à l’égard des voisins du centre du Maghreb. Clichés, jugements lapidaires et méprisants, sentiment de supériorité, la palette est large et elle alimente, d’une façon ou d’une autre, les incompréhensions et les ressentiments de part et d’autre des frontières. Il suffit juste de jeter un rapide coup d’œil aux joutes hargneuses entre internautes algériens et marocains pour bien le comprendre (même absents, leurs cousins tunisiens ne sont guère épargnés et la révolution de janvier 2011 n’a pas changé les choses).

Et ce qui est saisissant, c’est la disparition progressive de ce trait commun qui semblait unir les intellectuels de chaque pays. Cela vaut aussi pour les jeunes qui ne savent que peu de choses sur leurs « cousins » et qui, pour beaucoup, ignorent même qu’il fut question un jour d’une Union du Maghreb. Ce n’est guère étonnant. L’idée maghrébine ne s’enseigne pas. Personne ou presque ne la défend sérieusement. Pire, on doute de sa pertinence. A titre d’exemple, on ne prête même pas attention aux travaux d’économistes comme Mouhoud El-Mouhoub qui rappelle régulièrement que les pays du Maghreb devraient cesser d’en demander toujours plus à l’Europe et que leur vrai potentiel réside dans la coopération régionale.

En Tunisie, on se moque beaucoup de Moncef Marzouki, notamment dans les milieux démocrates qui ne lui pardonnent pas son alliance avec les islamistes d’Ennahda. Mais l’homme a eu au moins le mérite d’essayer de remettre la question maghrébine en tête de l’agenda régional. Vaine utopie, ont dit les cyniques qui semblent avoir intégré l’idée que le Maghreb restera divisé ce qui, pour faire écho à une récente chronique, consolidera son statut de bazar néo-colonisé. Pour les sceptiques, les obstacles qui empêchent tout progrès sont trop nombreux. Il est vrai que la liste est décourageante : la montée de l’islamisme radical en Tunisie (ne comptons pas sur les salafistes pour faire renaître le projet maghrébin…), la question du Sahara occidental, le contentieux algéro-marocain sur ce même Sahara, sur la frontière et sur d’autres sujets moins connus tout cela ayant pour conséquence inquiétante le surarmement des deux parties,… Mais ces problèmes sont-ils pour autant insurmontables ?

Il ne s’agit pas de minimiser leur ampleur mais de rappeler qu’il existe toujours des solutions, fussent-elles imparfaites. Encore faut-il accepter l’idée de se retrousser les manches et de proclamer l’urgence du projet d’union régionale. Le Maghreb est devenu un intitulé, un terme vague à inclure dans tout discours, colloque ou ouvrage. Il serait temps qu’il devienne un projet politique à part entière. Et c’est bien l’affaire de tous.
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samedi 22 janvier 2011

La lecture du samedi : Dictionnaire des écrivains francophones classiques

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Voilà un ouvrage qui va faire date et qui devrait être distribué dans toutes les librairies et les bibliothèques d’Algérie mais aussi du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne. Avec 105 articles dédiés à des écrivains appartenant tous à l’espace francophone, il est une invitation à la découverte, à la relecture et à la réflexion sur l’évolution de la littérature d’expression française hors de France. Ce qui est fondamental, au-delà de la somme inouïe d’informations contenues dans l’ouvrage, c’est que les auteurs proposent la qualification de Classiques francophones pour tous les écrivains recensés.

Combien d’entre-nous, entrant dans une librairie en France à la recherche d’un ouvrage d’Aimé Césaire, de Sembène Ousmane ou de Mohammed Dib, se sont entendus dire « vous le trouverez en rayon étranger » parfois, dans le meilleur des cas, « dans le rayon des littératures francophones ». Cette hiérarchisation a toujours porté en elle une séparation implicite. D’un côté, les auteurs français. De l’autre, le reste, les francophones, jugés avec plus ou moins de bienveillance et de paternalisme.

« Est lourd de sens, aussi, et fécond de polémiques, le geste qui inclut les écrivains français parmi les écrivains francophones, alors que les Français ont rarement considéré comme ‘francophone’ – et continuent à le faire dans leurs institutions – ce qui précisément n’est pas français. La littérature des Sud écrite en français a tardé à se faire accepter comme telle ; elle ne s’est acquis droit de cité, sous le nom de ‘littérature francophone’, qu’à condition d’être tenue à l’écart de la littérature française » est-il ainsi noté dans la préface de ce dictionnaire.

De même, notent Christiane Chaulet Achour et Corinne Blanchaud, l’originalité de ce livre « est d’avoir introduit le qualifiant de ‘classique’ à côté de celui d’écrivains francophones et donc d’avoir mis en synergie des écrivains issus de pays qui ont tous connu la situation coloniale ». Une situation qui a profondément marqué leur entrée en écriture. Du coup, « parler de ‘classique francophone’ apparaît comme un acte de revendication, de déplacement de la notion de classique »
Mais laissons-là ces considérations et entrons dans le livre à la découverte d’auteurs de référence parmi lesquels on citera Jamel Eddine Bencheikh, Tahar Ben Jelloun, Rachid Boudjedra, Andrée Chedid, Driss Chraïbi, Mohammed Dib, Malek Haddad, Kateb Yacine, Amin Maalouf, Rachid Mimouni et Jean Sénac. On n’oubliera pas non plus les auteurs subsahariens tels que Léopold Sedar Senghor et Sembène Ousmane, ou originaires des Caraïbes (Aimé Césaire et Daniel Maximin notamment). A noter que le plus ancien de ces écrivains est Oswald Durand, un Haïtien né en 1840 tandis que la plus jeune, Angèle Rawiri, Gabonaise, est née en 1954. Signalons aussi la qualité des index qui ne se limitent pas aux noms cités mais qui donnent un large panorama des notions et mouvements culturels, des prix et distinction littéraires, des maisons d’édition ainsi que des journaux et revues.

L’extrait
Il faut dissocier le couple nation française / langue française et suivre l’analyse revigorante par son humour d’Abdourahman A. Waberi, écrivain djiboutien, qui, dans Libération du 16 mars 2006, déclinait les raisons de son usage littéraire du français :
« J’écris en français parce que je n’ai pas d’autre langue d’écriture.
J’écris en français parce qu’il faut rendre à Césaire ce qui lui revient.
J’écris en français parce que tout écrivain habite la langue qui s’est imposée à lui (…)
J’écris en français parce que je suis un pur produit postcolonial.
J’écris en français parce que je suis djiboutien (…)
J’écris en français parce que j’ai un complexe de Dib (…)
J’écris en français pour réitérer la célèbre formule de Beckett : ‘Bon qu’à ça !’ »

Les écrivains francophones et certains écrivains français savent bien que l’usage littéraire de la langue française n’est plus depuis longtemps le privilège des seuls Français, de même que l’espagnol a échappé depuis longtemps à la seule Espagne : « Il y a un certain temps déjà que la France ne détient plus de droits de propriétés exclusifs sur sa langue. Nombre de Français ne s’en sont pas encore aperçus »*. Nous espérons que le présent dictionnaire participera à parachever cette prise de conscience !

(*) Jean-Marie Borzeix, Les Carnets d’un francophone, Saint Pourçain-sur-Sioule, éd. Bleu autour, 2006, p. 34.

La citation
« Même si les autres auteurs de sa génération l’ont évincé par les chefs-d’œuvre qu’ils ont laissés à la postérité, Malek Haddad demeure parmi les pionniers de la littérature algérienne celui qui, acteur et témoin de son époque, cristallise nombre de questionnements de l’écrivain maghrébin francophone ».

Le livre
« Dictionnaire des écrivains francophones classiques. Afrique subsaharienne, Caraïbe, Maghreb, Machrek, Océan indien ». Christiane Chaulet Achour avec la collaboration de Corinne Blanchaud. Préface de Bernard Cerquiglini. Avant-propos de Jean Marc Moura. Editions Honoré Champion, 472 pages, 19 euros.


Akram Belkaïd, Paris
Le Quotidien d'Oran, samedi 22 janvier 2011