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dimanche 17 décembre 2017

La chronique économique : Le non-Maghreb et son coût

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 décembre 2017
Akram Belkaïd, Paris

Le thème resurgit de manière régulière pour constater le caractère inerte d’une situation qui n’a guère évolué depuis le milieu des années 1990. Dernièrement, c’est le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) qui en a fait le constat : le coût du « non-Maghreb » équivaut à plusieurs points de croissance du Produit intérieur brut (PIB) régional (1). Autrement dit, le manque d’intégration économique pénalise les trois pays du Maghreb central.

Un coût sociétal

Sur le plan commercial, on sait définir ce qu’est le non-Maghreb. D’abord, il y a des taux de douane encore élevés qui ne facilitent pas les échanges intra-maghrébins. Ces derniers représentent 3% du commerce de chaque pays. Selon le FTDES, si d’aventure les pays du Maghreb s’entendent sur une convergence commerciale, alors 12% de leurs flux commerciaux se feront entre eux. Il y a ensuite, la question de la frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc. Voilà vingt-trois ans qu’elle est fermée. Le Royaume en réclame régulièrement l’ouverture, parfois de manière véhémente ou maladroite. Son voisin réplique en rappelant que ce fut une mesure décidée en réponse de l’instauration unilatérale de visas pour les Algériens. Bref, le dossier tourne en rond.

L’erreur est d’appréhender le coût du non-Maghreb sous le seul angle commercial. Il ne fait pas de doute qu’une meilleure entente entre Rabat et Alger changerait bien des choses sur le plan économique. Mais, à dire vrai, le vrai coût est certainement ailleurs. Il est dans la séparation de plus en plus hermétique entre les sociétés algérienne et marocaine. Il est aussi dans la pénalisation des populations frontalières, habituées à vivre et à échanger ensemble, quelle que soit la nationalité. Des traditions se perdent, des relais et des solidarités aussi, les flux de personnes sont empêchés. Autant de convergences possibles que la survivance du phénomène contrebandier ne saurait remplacer.

Le plus souvent, c’est l’Algérie qui est mise en accusation pour le « non-Maghreb ». Or, dans cette affaire, aucune des parties ne peut échapper aux critiques. La bonne idée qui avait présidé à la création de l’Union du Maghreb Arabe (UMA) était de ne pas faire de la question du Sahara un élément incontournable du règlement du contentieux algéro-marocain. A l’époque, on croyait encore, ou l’on feignait de le faire, à une solution rapide avec la tenue d’un referendum d’auto-détermination. On sait aujourd’hui que les chances que ce dernier se tienne sont infimes car le Maroc n’en veut pas. Dans un contexte où les relations entre Alger et Rabat sont exécrables, Tunis en vient logiquement à se tenir à distance parfois trop prudente de ce dossier.

Intérêt général

Dans cette affaire, les patronats tentent bien de se faire entendre mais chacun possède son propre agenda. On pourrait résumer la position des uns et des autres par la phrase suivante : « d’accord pour l’ouverture commerciale, mais que nos voisins commencent les premiers. » Cet attentisme ne peut être dépassé que s’il y a déblocage politique. Cela signifie que l’idée que l’économie peut contourner les divisions liées au Sahara (et à la frontière) n’est pas pertinente. Dans les années 1980, c’est une initiative diplomatique saoudienne qui a exhorté Algériens et Marocains à renouer. Depuis, et malgré la dégradation des relations régionales, aucune démarche d’envergure n’a été entamée, y compris de la part de partenaires européens. A croire que le non-Maghreb convient finalement à tout le monde.

(1) « Résumé analytique de l’étude sur le cout du non Maghreb et projet de mémorandum », Etude coordonnée par l’économiste Azzam Mahjoub, https://ftdes.net/

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lundi 1 juillet 2013

Le Maghreb toujours en panne

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Al HuffPost, 01/07/2013   
Akram Belkaïd, Tunis                                                    

 
Même peuple, même religion, mêmes langues (l'arabe et le berbère), même culture: il n'y a pas beaucoup de régions aussi homogènes, et pourtant... Les Maghrébins s'éloignent les uns des autres, se connaissent moins bien à l'heure où, internet et réseaux sociaux aidants, ils devraient être encore plus proches que jadis. Un jeune d'Agadir ne sait pas grand-chose d'un jeune de Batna. Pour un habitant de Bizerte, Mers-el-Kebir est aussi loin que Sidney ou Tokyo. Les jeunesses maghrébines, celles qui prendront le relais demain, sont-elles convaincues de la nécessité de construire un Maghreb uni, intégré sur le plan économique ? Ce n'est guère certain. Car, qui parle du Maghreb en dehors des colloques où les mêmes experts se rencontrent depuis des années pour dresser le même constat d'échec, partager les mêmes anecdotes et débattre à fleurets mouchetés ? Les partis politiques, qu'ils soient au pouvoir ou dans l'opposition, ne font pas de cette question une priorité. Les élites ? Elles parlent de la stagnation de la construction maghrébine comme on parlerait d'une mauvaise météo. En la déplorant mais en rejetant toute responsabilité sur les politiques, sur l'Europe qui sait si bien diviser les Maghrébins pour y régner, sur les Etats-Unis, un peu trop velléitaires quant à cette région. Or, dans cette triste affaire, tout le monde est coupable. D'abord les pouvoirs en place, mais aussi les partis politiques, les élites quelles qu'elles soient, à commencer par celles des milieux économiques incapables de s'opposer frontalement à des régimes dont ils ne sont finalement que la clientèle. Quant aux sociétés civiles, à peine naissantes ou encore assujetties aux régimes, elles ne se font guère entendre sur ce sujet tant leurs autres combats sont nombreux. Question: à quand une initiative d'envergure pour réclamer le Maghreb uni ?

Frontière fermée
 
Mais il y a plus grave que l'idée d'une union maghrébine qui s'étiole. Ces dernières années, les tensions récurrentes entre l'Algérie et le Maroc n'ont guère faibli. Bien au contraire. Campagnes de presse haineuses de part et d'autre de la frontière (fermée), déclarations incendiaires d'un homme politique populiste marocain appelant à un recours à la force armée pour construire le «grand Maroc» et «récupérer» des villes comme Tlemcen, Béchar ou Tindouf, absence de dialogue à haut niveau : les deux voisins jouent en ce moment avec le feu et cela ne semble guère inquiéter l'Europe ou les Etats-Unis, deux partenaires de poids dans la région qui pourraient obliger les deux protagonistes à s'asseoir enfin autour d'une même table. Quant à les convaincre de renoncer à la course aux armements dans laquelle ils sont tous deux engagées, c'est déjà une autre histoire...
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