Lignes quotidiennes

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dimanche 11 décembre 2011

La chronique foot (1) : Le Barça fait vieillir ses fans

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Ainsi donc, le Barça a remporté le classico du samedi 10 décembre en allant s’imposer par trois but à un sur la pelouse du Real de Madrid. Je n’espérais pas un tel résultat car l’équipe madrilène me semblait irrésistible depuis quelques semaines tandis que le Barça, équipe que je supporte depuis les années soixante-dix, me paraissait encore à la recherche du bon rythme. Une recherche peu aisée d’autant que son entraîneur Guardiola a expérimenté plusieurs schémas de jeu depuis le début de la saison (notamment un 3-5-2 qui montre bien à quel point il est l’héritier de l’entraineur argentin Marcelo Bielsa). La victoire relance donc le championnat espagnol et montre qui est le vrai patron de la Liga…

De façon générale, tout le monde reconnaît que le Barça a été supérieur aux Merengues, notamment en seconde mi-temps. Le milieu de terrain barcelonais a étouffé toute opposition et, une nouvelle fois, il faut relever le rôle déterminant de la paire Xavi-Iniesta. On doit aussi rendre hommage au match époustouflant de Pujol. Lui que l’on disait au seuil d’une retraite bien méritée a démontré que la défense catalane a encore besoin de lui. Mention spéciale aussi pour Abidal et Alves, qui, chacun à leur façon, ont pesé sur le milieu et la défense madrilène. Quant à Messi, il n’a pas été étincelant même si on lui doit une passe décisive pour le premier but. Sa tendance à trop garder le ballon porte peut-être en elle les germes d’une crise à venir au sein de l’équipe comme en témoigne d’ailleurs la non-titularisation de Villa auquel Guardiola a préféré Sanchez (excellent et auteur du but égalisateur). Côté madrilène, un grand bravo à Benzema. Quand donc Mourinho comprendra-t-il que c’est autour de ce joueur qu’il doit bâtir son équipe et exiger qu’elle travaille autant pour lui que pour Ronaldo (insignifiant et pétrifié par son duel à distance avec Messi).

Mais revenons à un aspect du jeu du Barça qui n’en finira jamais de m’impressionner. Il m’arrive souvent de dire que cette équipe me fait rajeunir mais qu’elle me fait aussi vieillir. Rajeunir grâce à son jeu érigé en philosophie. Mais vieillir à cause de sa capacité à prendre tous les risques pendant un match. Au Barça, quand la situation est chaude dans la surface de réparation, on ne dégage pas «fort et en l’air». Bien au contraire, on construit, on sort le ballon proprement, en prenant tous les risques s’il le faut. On fait des passes horizontales alors que l’attaquant adverse est là et qu’il lui suffirait d’anticiper pour intercepter la balle. Le grand exemple de cela est le but madrilène. Au lieu de dégager loin devant, Valdes, le gardien barcelonais a offert un but en or aux Real (ce qui m’a fait penser que le Barça se permet aujourd’hui de donner un but d’avance à ses adversaires comme le faisaient nos aînés du quartier quand ils jouaient contre plus jeunes, et plus faibles, qu’eux). Croyez-vous que cette bévue de Valdes a constitué une leçon ? Pas du tout. De manière régulière, le Barça a continué de prendre tous les risques pour sortir la balle de son camp. Passes en triangle, diagonales, talonnades, et nous autres, supporters, en étions quitte pour des sueurs froides et des souffles coupés. Oui, à bien des égards, le Barça fait vieillir ses fans…

Cette obligation de bien sortir le ballon a été récemment évoquée par le mensuel So Foot de septembre dernier. Extraits de propos de Guardiola : «Je me souviens de ce que nous disait Johan Cruyff, que ce qui était le plus important dans le football c’est que les joueurs qui devaient jouer le mieux au ballon devaient être les défenseurs. Si tu sors bien le ballon, tu peux jouer, sinon tu peux rien faire. Johan pense que c’est le ballon qui équilibre une équipe. Perds la balle et ton équipe est déséquilibrée ; perds-la peu et ton équipe est équilibrée». Voilà qui explique, en partie, la manière de jouer du Barça. Voilà pourquoi cette équipe aime le ballon et en prive ses adversaires (60% de possession de balle contre le Real). Autre phrase du «Pep» : «Je ne place jamais mes joueurs avec l’idée d’attaquer en utilisant la contre-attaque. Pour moi, c’est avant tout la possession. Si on peut garder le ballon, pourquoi le rendre ?». Effectivement. Le Barça ne rend la balle à l’adversaire que lorsqu’il a marqué. Pour notre plus grand plaisir…

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