Retours en Algérie

Retours en Algérie
dernier ouvrage paru : Retours en Algérie (Carnetsnord) lien : http://retours-en-alg.blogspot.fr/

mardi 17 février 2015

Peter Sloterdijk à propos du terrorisme et du consensus mou dans les sociétés occidentales

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Extraits d'un entretien accordé au Quotidien Le Monde daté du 12 février 2015 (propos recueillis par Nicolas Truong).
Peter Sloterdijk est philosophe, professeur de philosophie et d’esthétique à la Hochschule für Gestaltung de Karlsruhe.

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Le Monde.- S’agit-il d’un véritable choc des civilisations, entre un pays qui accepte de tout moquer et un autre univers traversé par un regain des dogmes et des interdits ?
Peter Sloterdijk.- Les meurtriers ne sont pas du tout les messagers d’une guerre de civilisation ni d’une quatrième guerre mondiale. Il s’agissait de simples criminels à la recherche de la gloire. Ils étaient des tueurs de la société du spectacle. Les sociétés modernes sont celles des apparences multiples qui ne soutiennent plus les identifications simplistes. Les catholiques français pourraient se déclarer mille fois plus « offensés » que les musulmans. Pourtant, ils ne tuent pas. La véritable question est complètement différente : « A quoi sert le terrorisme ? » Pour faire vite on peut dire : à souder une nation qui se croit agressée, à donner à l’appartenance européenne ou américaine un peu plus de consistance. Sans un élément de paranoïa, les grands corps sociaux qu’on appelle « sociétés » perdraient de leur cohérence. En un mot, dans la perspective de la realpolitik, si le terrorisme n’existait pas, il faudrait l’inventer.
Comment combattre la fabrique nihiliste et djihadiste de nos sociétés ?
Les sociétés modernes sont des ensembles tièdes. Si rien ne leur arrive, elles peuvent se permettre de vivre avec un minimum de convictions fermes et un presque rien de résolution cohérente. Or, il nous est arrivé quelque chose. La solidarisation de l’Europe entière avec la France après les attentats restera un geste inoubliable. Cela veut dire qu’il suffit d’élever un peu la température de nos convictions. Il faut voter pour une forme de vie moins paresseuse.
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