Lignes quotidiennes

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dimanche 31 juillet 2016

La chronique du blédard : Independence day, ze great turnip

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 28 juillet 2016
Akram Belkaïd, Paris

Une qar3âa, mon vieux. Une courge… Tiens, dis-moi, comment dit-on navet en anglais ? Turnip ? D’accord. Donc, j’ai vu une vraie courge-turnip. C’est la suite d’un film d’il y a vingt ans ou presque. Non, non, je ne vais pas te spoiler. Pardon, c’est vrai, faisons un petit geste pour la francophonie et nos amis du Québec. Ne pas dire spoiler mais divulgâcher. Promis, je ne vais pas te divulgâcher ce chef-d’œuvre. Je ne suis pas comme ta consœur qui a lâché le morceau sur Facebook. Si ! Ce n’est pas défendable ce qu’elle a fait. Désolé ! Quand tu postes juste « Hodor… », les gens devinent qu’il lui arrive quelque chose de grave pendant la saison six de Game of Thrones. C’est du spoi… divulgâchage, ni plus ni moins ! A propos, tu sais qu’il paraît que Ned Stark reviendrait pour la septième saison ?

Bon, donc les aliens sont de retour eux aussi pour se venger et dévaster la Terre. Et Mohammed Ali n’est même plus là pour les stopper. Bah oui, Mohammed Ali ! Tu sais le gars qui jouait dans le King de Bel Air et qui massacre Foreman à Kinshasa. Dans le premier film, il est pilote, il capture un alien et il apprend même à manœuvrer une soucoupe. Là, il est absent mais c’est son fils qui le remplace aux manettes. Un fils bogosse qui flirtouille avec la fille de l’ancien président, celui dont le cerveau a été forcé par les ondes des extraterrestres (ça a son importance pour la suite du film). J’ai eu du mal à me souvenir de qui était qui mais au bout d’un moment, tu n’as plus besoin de comprendre. Les sauterelles à tête de mante religieuse sont toujours là, teigneuses comme pas possible et elles veulent faire un trou dans l’océan pour voler le noyau en fusion de la planète. Ne ris pas !

Ces films, tu en vois un, tu les as tous vus. Les méchants sont méchants et il n’y a aucun moyen de discuter avec eux. Des villes sont détruites, comme Londres qui paie le prix fort du brexit. On a droit à du verre brisé, de l’acier tordu et à un raz-de-marée comme dans San Andreas avec des porte-containers qui font du surf et tu as bien sûr l’inévitable scène où les gens courent dans la rue pour échapper à la catastrophe (ça, j’ai compris, c’est une référence implicite aux attentats de 2001). Pour le reste, la trame est la même : Au début, les Ricains sont dépassés mais ils finissent toujours par trouver le moyen de l’emporter. Il y a du patriotisme à gogo, des gens qui se mettent au garde-à-vous pour un oui pour un non, des coups de menton de la présidente yankee qui se met à ressembler à Manuel Valls et quelques scènes façon guimauve pour faire pleurer le spectateur, histoire de bien saler les popcorns.

En tous les cas, ça parle trop et ça ne cogne pas assez. Tu as les batailles aériennes habituelles où on ne sait jamais qui tire sur quoi, le grand vaisseau-mère dans lequel les chasseurs américains pénètrent pour faire des dégâts et les pilotes qui se chambrent tout en écrabouillant les vilains. Un autre truc marrant, c’est qu’on te fait croire au début du film que le monde est uni et qu’il y a une seule armée. Mais tu te rends compte au bout de cinq minutes que les Américains sont toujours les patrons même si c’est un Chinois qui dirige la base lunaire. Ce sont les yankees qui sauvent le monde et qui se sacrifient pour lui pendant que les Arabes restent à angoisser sous leur tente en attendant que ça passe…

Le truc bizarre dans l’affaire, c’est qu’ils ont offert un rôle à Charlotte Gainsbourg. On ne comprend pas très bien ce qu’elle vient faire dans l’histoire mais elle est en Afrique et elle étudie les messages subliminaux des aliens. Elle fait souvent la moue, la mâchoire en avant et la lippe boudeuse, surtout quand il ne se passe pas grand-chose et qu’il faut faire croire le contraire au spectateur (les autres acteurs écarquillent les yeux comme si Dark Vador venait de faire son apparition). A un moment, j’ai cru avoir deviné le dénouement du film. Je pensais que les aliens seraient sur le point de l’emporter et que là, Charlotte, fille de Serge et de Jane, sauverait le monde en se mettant à chanter, un peu comme dans Mars Attacks quand une vieille chanson désintègre les envahisseurs. Mais ça ne s’est pas passé comme ça. Dommage. Ça aurait abrégé les souffrances des aliens et celles des spectateurs…

Dans le film, il y a aussi un seigneur de guerre africain avec des machettes et du chagrin dans les yeux parce que les sauterelles ont zigouillé son frère. C’est lui qui dit qu’il faut tuer les aliens en les attaquant par derrière. Tu crois que ça veut dire quelque chose de particulier ? Un truc raciste ? Les films d’envahisseurs, c’était contre les communistes avant. Aujourd’hui, ce ne serait-ti pas contre les barbus ? Mais le clou du film, c’est une partie de ballon en guise de bataille finale. Ça se passe dans le Nevada, sur une étendue salée, pas loin de la fameuse zone 51. La reine des sauterelles veut prendre une sphère blanche, une alien elle aussi mais gentille, qui peut lui causer beaucoup de problèmes. La reine choppe la balle et cherche à marquer un essai tout en échappant aux soucoupes qui la poursuivent. Un grand moment de sport et il manquait juste les publicités des sponsors ! Bon, toute cette plaisanterie dure deux heures. Et quand le film se termine, tu comprends de quoi parlera le troisième épisode. Cette fois, c’est les Ricains qui vont envahir la planète des sauterelles, histoire de donner un peu de crédit à l’invasion « préventive » de l’Irak. Et j’ai vraiment envie de savoir si le réalisateur va penser à faire chanter Charlotte Gainsbourg pour pulvériser une bonne fois pour toute ces satanés bestioles...
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