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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mercredi 2 juillet 2014

La chronique de l’économique : Un fonds souverain pour l’Arabie Saoudite

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 25 juin 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
Début juin, l’Arabie Saoudite a annoncé son intention de créer un Fonds souverain (Sovereign wealth fund, SWF, en anglais). Une information qui a mis en émoi le monde de la finance internationale et notamment l’industrie de gestion de fonds. En effet, cela fait plusieurs années que le géant pétrolier réfléchit à une telle structure afin d’investir au profit des générations futures. Jusque-là, le royaume ne disposait pas d’un vrai fonds souverain comparable à ce qui existe, par exemple, à Abou Dhabi ou au Qatar, deux émirats qui placent une partie de leurs surplus financiers dans des SWF à l’image de ce que font aussi la Norvège, la Chine ou Singapour. A ce jour, c’est la Banque centrale saoudienne ou Saudi Arabian Monetary Agency (SAMA) qui est en charge de la gestion des réserves de change et ses placements extérieurs – à l’image de la Banque centrale algérienne – se font essentiellement en obligations du Trésor étasunien.
 
Une diversification plus active
 
Selon les informations fournies par Ryadh, la nouvelle entité devrait recevoir 30% des surplus budgétaires, soit une moyenne annuelle de 15 à 20 milliards de dollars avec un fonds de départ de 70 milliards de dollars. Contrairement à la SAMA, ce fonds pourra effectuer des investissements sur d’autres segments que les obligations américaines. On pense notamment aux marchés d’actions, à l’immobilier mais aussi aux devises. Cette option de diversification active, adoptée par les autres monarchies du Golfe depuis déjà trente ans, est une bonne nouvelle pour les intermédiaires financiers et autres gérants de fonds qui vont essayer d’obtenir des mandats pour placer une partie des avoirs de ce qui devrait être appelé le Fonds de réserves nationales.
 
Mais il reste encore à savoir désormais comment va fonctionner ce SWF. Va-t-il opérer comme n’importe quel fonds souverain, en privilégiant d’abord la rentabilité de ses placements quel que soit l’actif dans lequel il aura investi ? Ou bien alors sera-t-il soumis à une « chariâ compliance », c'est-à-dire l’obligation de respecter la charia ce qui exclut de nombreux secteurs d’activités (armes, alcools et spiritueux,…) ? Surtout, il sera intéressant de voir si ce Fonds de réserves nationales va pouvoir se doter de la même indépendance à l’égard de la monarchie que celle dont dispose la SAMA. Forte de son statut de Banque centrale, cette dernière a toujours évité les interférences politiques et la rigueur de sa gestion est reconnue mondialement. Qu’en sera-t-il avec un fonds souverain plus exposé et plus actifs sur les marchés internationaux ? La question mérite d’être posée tout comme celle de l’indépendance à l’égard des partenaires internationaux de l’Arabie saoudite. On le sait, certains fonds souverains du Golfe ont servi récemment à amortir les effets de la crise de 2008 et ont été plus ou moins « encouragés » à se porter au secours de certaines grandes banques occidentales (le secret de leurs pertes est à ce jour difficile à percer…).
 
Le débat perdure en Algérie
 
En tout état de cause, cette décision saoudienne devrait relancer le débat sur la question de la création d’un fonds souverain algérien et cela pendant qu’il est encore temps. Pourquoi l’Algérie ne dispose-t-elle pas d’un SWF dédié à préparer l’après-pétrole ? Cette question n’a pas de réponse officielle si ce n’est qu’elle serait à l’étude. Jusqu’à quand ? Les réserves de change dont dispose le pays ne sont pas éternelles. A moins qu’il ne s’agisse d’un problème de compétences ou, c’est plus probable, de volonté politique de garder la haute main sur les ressources financières du pays et de ne pas permettre l’émergence d’une structure de gestion plus autonome que la Banque centrale algérienne. Le débat reste donc ouvert.
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mercredi 20 février 2008

Chronique économique : Pressions sur les fonds souverains arabes

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 20 février 2008

C’est donc l’Australie qui, la première, vient d’ouvrir le feu sur les fonds souverains qui persisteraient à rester sourds aux critiques et mises en garde les concernant à propos de leur opacité. En effet, Canberra vient d’édicter six règles destinées à «améliorer la transparence» des investissements étrangers réalisés sur son sol.

L’un des points les plus importants concerne le fait que les autorités australiennes examineront de près le niveau d’autonomie du fonds souverain vis-à-vis du gouvernement de son pays. On comprend le souci des dirigeants australiens. S’ils ne refusent aucun investissement étranger, ils souhaitent tout de même avoir un droit de regard sur les entrées de capitaux qui seraient motivées par une décision politique extérieure.

Cette exigence résume à elle seule le grand bras de fer qui se profile entre, d’une part, les nations industrialisées et, de l’autre, les fonds souverains arabes, russe et asiatiques. Les premières aimeraient que les seconds soient plus transparents, rendent publics leurs avoirs, détaillent leurs stratégies d’investissement et ne taisent pas leurs opérations.

Autant de «demandes» que les fonds souverains considèrent comme une atteinte à leur liberté d’autant que d’autres investisseurs, à commencer par les fonds spéculatifs ou «hedge funds», ne se voient imposer aucune contrainte. De même, ne comprennent-ils pas cette soudaine levée de boucliers alors qu’ils existent, pour certains d’entre eux, depuis plusieurs décennies.

En fait, c’est bien parce que les fonds souverains ont changé qu’ils inquiètent. Jusqu’à ces dernières années, ils investissaient leurs avoirs dans des placements sûrs et peu risqués à l’image des bons du Trésor américains voire européens (notamment le «bund» allemand). Mais leur stratégie a quelque peu changé depuis le début du siècle. Ces fonds n’hésitent plus à faire leurs emplettes sur des segments un peu plus risqués mais a priori plus rémunérateurs comme le marché boursier ou celui des changes. Deux environnements jugés stratégiques par les nations industrialisées.

Pour ce qui est des Bourses, la crainte est que des fonds souverains opèrent un contrôle rampant des fleurons des économies industrialisées. Une telle peur s’est par exemple matérialisée lorsque le fonds souverain d’Abu Dhabi (Abu Dhabi Investment Authority ou Adia) a déboursé plus de 7 milliards de dollars pour acquérir 4,9% du capital de Citigroup, la première banque américaine.

A l’époque, de nombreuses informations ont fait état du fait que Adia aurait souhaité prendre une part plus grande dans «Citi» mais qu’il a renoncé parce que toute acquisition de plus 5% du capital de la banque aurait permis à la Securities and Exchange Commission (SEC, le gendarme boursier américain) de mettre son nez dans la transaction.

Face aux critiques, les fonds souverains arabes ont des réponses quelque peu différentes. Celui du Koweït, l’un des plus anciens au monde puisqu’il a été créé en 1953, met en avant sa relative transparence et son fonctionnement autonome vis-à-vis des autorités politiques. Il faut dire que ce fonds a connu une cuisante expérience lorsqu’il avait tenté de prendre le contrôle du pétrolier britannique BP dans les années 1990 avant de faire machine arrière face au refus de Margaret Tatcher d’accepter une telle opération.

Quant aux autres fonds, qu’il s’agisse de celui d’Abu Dhabi, de Dubaï ou du Qatar, ils ne peuvent guère se targuer de leur transparence et encore moins d’une autonomie par rapport aux familles régnantes. En effet, il est toujours difficile de faire la part des choses entre les avoirs du fonds et ceux des dirigeants.

Du coup, ces fonds avancent un autre argument assez convaincant. Ils répètent à l’envi que leurs investissements sont destinés à préparer l’après-pétrole et qu’il ne s’agit pour eux en aucune façon de prendre le contrôle des économies occidentales. Une manière intelligente de se différencier d’autres fonds, notamment russe et chinois, qui eux ne cachent guère leur volonté de s’imposer en tant que bras armés de leurs gouvernements.

Akram Belkaïd

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