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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mercredi 16 août 2017

La chronique du blédard : Le Qatar, Neymar et l’hubris

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 10 août 2017
Akram Belkaïd, Paris

A la fin des années 1980, une monarchie du Golfe fit beaucoup parler d’elle dans les médias occidentaux, notamment financiers. Il ne s’agissait pas encore de Dubaï (qui allait devenir la vedette des années 2000) ou du Qatar (l’actuel thème incontournable) mais du Koweït. Début 1988, profitant de la privatisation de BP dans un contexte boursier morose, le fonds souverain de l’émirat prenait progressivement le contrôle de près de 22% du capital de la compagnie pétrolière britannique. Un outrage pour Margaret Thatcher et son gouvernement qui – après moult polémiques et menaces - trouvèrent le moyen légal d’obliger les Koweïtiens à ramener leur part à 9% à partir de janvier 1989. En clair, et règles du libéralisme ou pas, il était hors de question que Londres accepte qu’une ancienne colonie devienne le principal actionnaire – voire le propriétaire – d’un joyau du Royaume-Uni. L’économie de marché, oui, mais pas quand il s’agit d’Arabes…

Cet épisode engendra nombre de débats et d’analyses qui paraîtront très actuels au lecteur. En Occident, la presse multiplia les articles sur les ambitions, jugées « démesurées » et « inquiétantes », du Koweït. Comme par hasard, on commença alors à s’intéresser de plus près à la condition des étrangers asiatiques vivant dans cette pétromonarchie ainsi qu’à celle des populations bédouines sans nationalité (les « bidoun »). En revendant leurs parts, les Koweïtis firent une grosse plus-value (plus d’un demi-milliard de dollars) et jurèrent que leur objectif n’était que d’engranger des réserves financières pour leurs générations futures. Rien n’y fit. Pour l’opinion publique occidentale, le Koweït était la grenouille (arabe) qui se voulait plus grosse que les bœufs occidentaux. Ce qui explique pourquoi l’image internationale de l’émirat était aussi négative quand il fut envahi par l’Irak en août 1990.

L’affaire du Koweït et de BP illustra une règle d’airain qui demeure encore en vigueur. Les monarchies du Golfe n’ont pas le droit de tout faire avec leur argent. Elles peuvent prendre des participations dans les grands noms de l’économie mondiale mais ne pourront jamais prétendre les acquérir. Elles peuvent multiplier les investissements boursiers, elles se gardent bien d’exiger un siège dans les Conseil d’administration des grandes multinationales. Le corolaire de cette règle est que ces mêmes monarchies sont aussi obligées de mettre leur argent là où leurs puissants protecteurs les incitent (obligent) à le faire. Armement et défense, aéronautique, secteur financier : une (bonne) partie des pétrodollars ou gazodollars se doit d’être recyclée dans les économies occidentales. Les monarques du Golfe le savent et ils n’ont pas le choix.

Proposons maintenant une reformulation de la règle exposée ci-dessus afin d’aborder l’affaire Neymar, ce joueur brésilien de football dont le transfert mirobolant au Paris-Saint-Germain, propriété du Qatar, défraie la chronique. En fait, si les monarchies du Golfe savent que certains investissements ou certaines acquisitions leurs sont interdits, elles savent que, pour le reste, elles ont le droit (l’obligation ?) de faire n’importe quoi avec leur argent. Certes, on peut analyser le transfert de Neymar comme une opération économique destinée à faire entrer de l’argent dans les caisses du club (et donc du Qatar). Cela passe par la vente de maillots et la publicité en attendant les retombées financières d’éventuelles victoires dans les grandes compétitions. On peut aussi expliquer que ce transfert est un message géopolitique destiné à signifier que le Qatar, confronté au blocus et à la mise en accusation de ses voisins saoudiens et émiratis, demeure debout.

Il n’empêche. Cet argent dilapidé dans les jeux du cirque aurait pu (mieux) servir ailleurs. On pense au sort des réfugiés syriens, à celui des Palestiniens. On pense surtout à la faim dans le monde, ce scandale politique majeur. Le Qatar est sans cesse à la recherche de moyens de renforcer ce qu’il croit être un nécessaire « soft-power » (stratégie d’influence « douce ») pour survivre aux ambitions hégémoniques de ses voisins. Cela peut se comprendre mais on est en droit de se demander pourquoi nombre de ses investissements et initiatives sont toujours aussi clivants. En réalité, l’hubris (la démesure) n’est jamais loin dans ses choix. La démesure mais aussi la frustration. Comme son homologue du Koweït, l’émir du Qatar sait qu’il ne pourra jamais se payer Exxon, Total ou Boeing. Ce n’est pas une question de moyens mais de possibilité politique. Alors, il y a le reste. Le somptueux (et non le somptuaire), l’ostentatoire, le « al-bling-bling », tout cela étant encouragé par une foule d’intermédiaires qui ont compris l’intérêt d’exploiter à la fois cette envie d’exister à tout prix et cette compétition phallique entre monarques (et familles royales) qui se détestent et se jalousent. Le transfert de Neymar ? Qu’importe le prix, avec le PSG renforcé, le Qatar veut être le premier à remporter la Ligue des Champions et faire ainsi la nique à son rival d’Abou Dhabi dont le club de Manchester City échoue depuis des années à s’imposer sur le plan européen.

On terminera cette chronique en relevant que les indignations provoquées par le transfert de Neymar sont légitimes mais qu’il ne faut pas être dupe non plus. D’abord, chez certains commentateurs, le racisme anti-arabe n’est jamais loin. Ensuite, il est étonnant que personne ne relève à quel point cette affaire est emblématique des temps actuels. Si un patron peut gagner en un an l’équivalent de plusieurs siècles de salaires de ses employés, pourquoi faudrait-il s’étonner qu’un club dépense une fortune pour se payer un joueur (lequel a quelques talents contrairement à pléthore de patrons surpayés) ? Comme toujours, le football n’est rien d’autre qu’un simple miroir du monde dans lequel nous vivons.
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jeudi 11 septembre 2014

Le Golfe par ses mots

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Le Monde Diplomatique
par Akram Belkaïd, août 2013
              
En avril 2013, lors d’une conférence sur l’énergie organisée à Doha, au Qatar, l’un des intervenants, un officiel qatari, commence et conclut son intervention en anglais — la lingua franca dans le Golfe — en rendant hommage à la « vision éclairée » de son émir. Dans la salle, journalistes et universitaires échangent clins d’œil et sourires entendus. Habitués de ce genre de manifestations, certains ont même parié sur le nombre de fois où serait prononcée l’expression « the vision ». Il faut dire qu’elle est devenue omniprésente dans toutes les monarchies pétrolières ou gazières du golfe Arabo-Persique. Que ce soit lors d’un colloque, dans un document officiel ou dans une simple plaquette touristique, il faut célébrer la « vijieune » — exigez l’accent — de Son Altesse royale, ou plutôt, en forçant un peu le trait, de « Son Altessissime des cieux très élevés ».

Au-delà de l’obséquiosité dont il témoigne, pareil propos résume l’image que les monarques et leur cour tentent de projeter à l’extérieur. Ainsi, il faut donc savoir que le roi, l’émir ou le sultan a eu un jour une vision, personnelle cela va sans dire, quant à la manière de développer son pays. « A strategic vision », une vision stratégique, bien sûr, et non un caprice de nouveau riche.
Les gratte-ciel de Dubaï, les villes nouvelles d’Arabie saoudite, les ports du sultanat d’Oman, la diversification de l’économie d’Abou Dhabi pour sortir du tout-pétrole, l’activisme du Qatar sur tous les fronts de la planète, les hôtels fantasmagoriques que la presse anglo-saxonne qualifie d’« al-bling-bling », les compagnies aériennes (Emirates, Etihad Airways, Qatar Airways, Oman Air…) qui dament le pion à leurs concurrentes européennes (1), les fantaisies touristiques : tout cela relèverait de la « vision » cohérente de monarques qui seraient à la fois stratèges et planificateurs, gestionnaires avisés et entrepreneurs.

Opportunistes, et souvent à l’origine des grands projets économiques dans la région, les cabinets de conseil anglo-saxons ont compris tout l’intérêt d’investir dans ce terme de « vision ». Depuis plusieurs années, c’est à qui élaborera le plus beau et le plus dense des rapports de prospective. « Vision 2020 », « Vision 2030 » — en attendant ceux de 2040 : les pays du Golfe ne cessent de se projeter dans l’avenir et d’imaginer tous les scénarios susceptibles de faire d’eux de véritables puissances économiques et énergétiques.

Souvent, les consultants mobilisés au service de « the vision » n’ont guère de scrupules, vendant successivement la même idée à des monarques rivaux et obsédés par l’idée de faire mieux que le voisin. L’émirat de Charjah est connu dans le monde pour la beauté de ses musées, notamment celui de la Civilisation islamique ? Le Qatar en aura un plus grand, tandis qu’Abou Dhabi entend réussir l’exploit de réunir le Louvre et le Guggenheim dans le même « district culturel ». Dubaï possède la plus grande tour du monde ? L’Arabie saoudite envisage d’en ériger une encore plus haute, en signe manifeste de sa domination régionale…

Alors que le projet européen se réduit comme peau de chagrin et que les Etats-Unis ne savent pas comment sortir d’une croissance qui ne crée plus d’emplois, les pays du Golfe revendiquent leur confiance en l’avenir, même si, dans les coulisses, le nucléaire iranien provoque cauchemars et sueurs froides. Il ne se passe donc pas un jour, ou presque, sans que l’on parle de « projects » à plusieurs dizaines de « billions » — milliards — de dollars. Les sommes citées par l’hebdomadaire MEED (Dubaï) ou par le quotidien émirati The National — tous deux en anglais, langue des affaires, mais aussi de l’éducation supérieure et de tout ce qui touche aux loisirs et à la culture — donnent le tournis. A lire et à entendre les déclarations officielles, tous ces projets sont « world-class », d’envergure internationale, car le temps des cheikhs fortunés achetant d’obsolètes éléphants blancs (2) serait révolu.

Le projet doit être lourd, impressionnant, mais aussi rentable, de façon à permettre au pays concerné de tenir son rang d’« emerging market » — marché émergent —, au même titre que la Chine ou le Brésil, mais aussi et surtout de « hub ». C’est-à-dire de carrefour stratégique et de nœud de communications et de transports où il est opportun, pour ne pas dire obligatoire, de se rendre pour faire de bonnes affaires. Il y a d’ailleurs un aspect quasi obsessionnel dans la volonté des pays du Golfe d’être aujourd’hui à la convergence des mondes. « To be on the map » : être sur la carte du globe et, surtout, être enfin connu et reconnu. C’est, entre autres, ce qui motive les monarchies de la région, comme le montre l’exemple très médiatisé du Qatar.

Voilà pourquoi le qualificatif « global » s’accole inévitablement au terme « hub ». Aucun projet, aucune activité, aucun colloque n’a droit de cité s’il n’est pas « global », c’est-à-dire inscrit dans la mondialisation. De passage à Doha ou à Manama, on ne sera donc pas surpris si la carte de visite de l’attachée de presse d’une petite affaire familiale proclame sa fonction de « global press officer ». Même le « mall », ce gigantesque centre commercial climatisé où expatriés et nationaux traînent leur ennui dans de tristes galeries de marbre, se doit d’être « global ». Les pays du Golfe ? « A global hub with a strategic vision. »

Ce matériel linguistique suffit à charpenter des livres et des colloques célébrant l’avènement d’une nouvelle économie. Une économie robuste  strong economy »), mais aussi, vous préviendra-t-on, très attentive au développement durable  sustainable development »). Car, bien sûr, dans cette région qui est la première du monde en termes d’émissions de gaz à effet de serre par habitant, se soucier de l’environnement, c’est aussi très « world-class ».

Dans la terminologie abondante à laquelle recourent les documents relatifs à la « vision », le « capital humain »  human capital ») s’accommode à toutes les sauces. Officiellement, il faut le développer et le protéger. Bien entendu, cela ne concerne guère les légions de travailleurs immigrés, notamment ceux originaires du sous-continent indien, pour lesquels on parle plutôt de « deportation », c’est-à-dire d’expulsion. Une punition automatique quand il leur prend la mauvaise idée de faire grève pour réclamer leurs (maigres) droits ou leurs salaires, trop souvent versés en retard et amputés du coût de leur nourriture et de leur logement, qu’ils n’ont d’ailleurs pas la possibilité de négocier.

Ces derniers temps, intérêt de l’Occident protecteur oblige, on lie le « human capital » au sort des femmes. A Dubaï comme à Doha ou à Koweït, il n’est question que de leur donner un meilleur accès à la vie professionnelle. Dès lors surgit un autre terme qui mérite attention, tant il cristallise les sous-entendus politiques et idéologiques chers à l’idéologie néolibérale : celui d’« empowerment », qui, dans les textes, signifie « donner progressivement plus de pouvoir aux personnes concernées pour qu’elles puissent mieux agir d’elles-mêmes ». « Empowerer » une femme émiratie ou qatarie, c’est donc lui faire prendre conscience qu’elle pourrait avoir plus, mais sans pour autant remettre en question le système patriarcal dominant. En clair, l’émanciper, mais pas trop.

A l’inverse, pratiquer l’« empowerment » des jeunes « locals », les locaux, terme qu’emploient les expatriés pour désigner les nationaux, consiste à les convaincre d’en faire plus et d’accepter des emplois jusque-là réservés aux étrangers, notamment dans le secteur privé. Campagne après campagne, la « labor nationalization », le remplacement des travailleurs étrangers, demeure toutefois un échec, et la dépendance aux « foreign workers » reste importante. Ce qui, chose nouvelle, alimente de longs débats dans la presse et les Parlements, pour la plupart consultatifs (3).

Mais comment ne pas comprendre cette jeunesse masculine blasée et désœuvrée, qui inquiète les puissants chouyoukh — terme par lequel on désigne les monarques, mais aussi les grandes figures tribales ? Pas facile pour elle d’exister, de mener une vie normale ou, plus important encore, d’acquérir le goût de l’effort et du travail bien fait, quand tout ce qui l’entoure ne parle que de « luxury » — mot signifiant luxe, mais que l’on peut aussi traduire par luxure quand on connaît certains aspects de la vie nocturne de quelques villes du Golfe. Comment mettre au travail cette jeunesse autrement qu’en la recrutant dans une fonction publique pléthorique, dans des pays où un autre maître mot est « leisure » — loisir, à comprendre surtout dans le sens de farniente —, et le maître verbe, « enjoy » — prendre du plaisir ?

Il n’y a cependant pas que la jeunesse qui inquiète les chouyoukh. Quatre décennies d’énormes bouleversements sociaux ont engendré une forme de mal-être et de quête identitaire. C’est pourquoi, au nom de la cohésion nationale, il est souvent question de « heritage » (prononcer « heuritadje », en roulant bien le « r ») et de « culture » (prononcer « keultch’re »). Ah, ce « cultural heritage », expression bien utile pour compenser le malaise généré par la « modernity » tant revendiquée — du moins pour ce qui est de l’aspect technologique, car, pour les mentalités…

Mais, persifle le visiteur en provenance du Proche-Orient ou du Maghreb, de quel héritage culturel parle-t-on en ces terres jadis connues pour leur vacuité ? La tente ? Les chameaux ? La poésie antéislamique ? La frugalité imposée par le désert ? Les joutes marines ? La gastronomie sommaire, dont le visiteur prendra garde à ne pas demander si elle est « spicy » (épicée), le terme « spice » faisant désormais référence à des substances synthétiques de plus en plus prisées par la jeunesse locale en quête de paradis artificiels ?

La terminologie en vogue n’a pas d’expression favorite pour cela. Elle se contente tout au plus de reconnaître que les pays de la région sont engagés dans un « nation building », la construction d’une nation. Un « challenge » qui demeure incertain, malgré l’existence d’une « vision » stratégique et prospective qui, il faut tout de même le reconnaître, fait défaut à nombre de pays.
 
Akram Belkaïd
Journaliste.
 
(1) Lire Jean-Pierre Séréni, « Emirates veut faire redécoller Dubaï », Le Monde diplomatique, novembre 2010.
(2) Un « éléphant blanc » est un ouvrage ambitieux qui soit n’aboutit jamais, soit se révèle un gouffre financier.
(3) Lire « Les Emirats arabes unis saisis par la fièvre nationale », Le Monde diplomatique, mai 2010.
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mercredi 20 février 2008

Chronique économique : Pressions sur les fonds souverains arabes

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 20 février 2008

C’est donc l’Australie qui, la première, vient d’ouvrir le feu sur les fonds souverains qui persisteraient à rester sourds aux critiques et mises en garde les concernant à propos de leur opacité. En effet, Canberra vient d’édicter six règles destinées à «améliorer la transparence» des investissements étrangers réalisés sur son sol.

L’un des points les plus importants concerne le fait que les autorités australiennes examineront de près le niveau d’autonomie du fonds souverain vis-à-vis du gouvernement de son pays. On comprend le souci des dirigeants australiens. S’ils ne refusent aucun investissement étranger, ils souhaitent tout de même avoir un droit de regard sur les entrées de capitaux qui seraient motivées par une décision politique extérieure.

Cette exigence résume à elle seule le grand bras de fer qui se profile entre, d’une part, les nations industrialisées et, de l’autre, les fonds souverains arabes, russe et asiatiques. Les premières aimeraient que les seconds soient plus transparents, rendent publics leurs avoirs, détaillent leurs stratégies d’investissement et ne taisent pas leurs opérations.

Autant de «demandes» que les fonds souverains considèrent comme une atteinte à leur liberté d’autant que d’autres investisseurs, à commencer par les fonds spéculatifs ou «hedge funds», ne se voient imposer aucune contrainte. De même, ne comprennent-ils pas cette soudaine levée de boucliers alors qu’ils existent, pour certains d’entre eux, depuis plusieurs décennies.

En fait, c’est bien parce que les fonds souverains ont changé qu’ils inquiètent. Jusqu’à ces dernières années, ils investissaient leurs avoirs dans des placements sûrs et peu risqués à l’image des bons du Trésor américains voire européens (notamment le «bund» allemand). Mais leur stratégie a quelque peu changé depuis le début du siècle. Ces fonds n’hésitent plus à faire leurs emplettes sur des segments un peu plus risqués mais a priori plus rémunérateurs comme le marché boursier ou celui des changes. Deux environnements jugés stratégiques par les nations industrialisées.

Pour ce qui est des Bourses, la crainte est que des fonds souverains opèrent un contrôle rampant des fleurons des économies industrialisées. Une telle peur s’est par exemple matérialisée lorsque le fonds souverain d’Abu Dhabi (Abu Dhabi Investment Authority ou Adia) a déboursé plus de 7 milliards de dollars pour acquérir 4,9% du capital de Citigroup, la première banque américaine.

A l’époque, de nombreuses informations ont fait état du fait que Adia aurait souhaité prendre une part plus grande dans «Citi» mais qu’il a renoncé parce que toute acquisition de plus 5% du capital de la banque aurait permis à la Securities and Exchange Commission (SEC, le gendarme boursier américain) de mettre son nez dans la transaction.

Face aux critiques, les fonds souverains arabes ont des réponses quelque peu différentes. Celui du Koweït, l’un des plus anciens au monde puisqu’il a été créé en 1953, met en avant sa relative transparence et son fonctionnement autonome vis-à-vis des autorités politiques. Il faut dire que ce fonds a connu une cuisante expérience lorsqu’il avait tenté de prendre le contrôle du pétrolier britannique BP dans les années 1990 avant de faire machine arrière face au refus de Margaret Tatcher d’accepter une telle opération.

Quant aux autres fonds, qu’il s’agisse de celui d’Abu Dhabi, de Dubaï ou du Qatar, ils ne peuvent guère se targuer de leur transparence et encore moins d’une autonomie par rapport aux familles régnantes. En effet, il est toujours difficile de faire la part des choses entre les avoirs du fonds et ceux des dirigeants.

Du coup, ces fonds avancent un autre argument assez convaincant. Ils répètent à l’envi que leurs investissements sont destinés à préparer l’après-pétrole et qu’il ne s’agit pour eux en aucune façon de prendre le contrôle des économies occidentales. Une manière intelligente de se différencier d’autres fonds, notamment russe et chinois, qui eux ne cachent guère leur volonté de s’imposer en tant que bras armés de leurs gouvernements.

Akram Belkaïd

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