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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 20 juin 2013

La chronique économique : Le Qatar fait son marché (suite…)

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 19 juin 2013
Akram Belkaïd, Paris
 
Combien de milliards de dollars le Qatar va-t-il dépenser en 2013 en matière de placements et d’investissements à l’étranger ? La question n’est pas anodine car l’émirat qui détient les troisièmes réserves mondiales de gaz naturel est devenu l’un des acteurs principaux de la recomposition de la scène capitalistique mondiale. Selon les estimations qui circulent à la City de Londres, le Qatar devrait ainsi dépenser un minimum de 50 milliards de dollars cette année en prises de participations boursières ou en acquisitions directes.
 
Investissements dans l’énergie et la finance
 
Récemment, et à en croire le site financier Wansquare, Qatar holding, l’un des bras armés de l’émirat en matière d’investissements étrangers, a augmenté sa part dans le capital de la compagnie pétrolière française Total. Cette dernière serait ainsi passée de 3% à 4,8% ce qui fait du Qatar le deuxième actionnaire de Total après le financier belge Albert Frère qui en détient 5,4% via ses multiples sociétés. On notera que le Qatar n’a pas franchi le seuil des 5% du capital ce qui l’aurait obligé à faire une déclaration officielle à l’Autorité française des marchés financiers (AMF). Par ailleurs, les spécialises rappellent que Total est très impliqué dans l’exploitation du gaz nature qatari et que les deux parties sont engagées dans un partenariat en Afrique. Qatar Petroleum Investment vient d’acquérir 15% de la filiale d’exploration-production de Total au Congo-Brazzaville.  Un investissement stratégique qui contribuera au financement de l’investissement de 10 milliards de dollars de Total pour le développement du gisement congolais Noho nord.
 
La frénésie d’acquisitions du Qatar ne se limite pas à l’énergie ou aux investissements de prestige pour ne pas dire « bling-bling » (PSG en France, grands magasins à Paris ou Londres,…). A ce jour, il détient 7% du groupe français Vinci, 12% de Lagardère, 5% de Veolia environnement, 1% de LVMH et 3% de Vivendi pour ne parler que des « pépites » françaises. En Allemagne, il détient 17% du capital de Volkswagen après avoir vendu les 10% qu’il détenait de Porsche. Le fonds souverain Qatar Investment Authority a aussi pris des parts dans Deutsche Bank et dans la banque russe VTB. Des opérations qui confirment l’intérêt de l’émirat pour le secteur bancaire et financière puisqu’il est déjà présent dans le capital des établissements suivants : Barclays, Credit Suisse, Agricultural bank of China et Santander Brasil.  Cinq ans après la crise financière de 2008, la présence du Qatar dans le secteur bancaire peut être interprétée de deux manières complémentaires. D’une part, l’émirat a profité de rachats à bon compte et, d’autre part, comme d’autres pays du Golfe, il a été encouragé par ses partenaires européens et étasunien à recycler une partie de ses gazodollars pour relancer l’économie mondiale, et plus précisément occidentales. Ainsi, ces négociations en cours entre Doha et Londres pour que le Qatar investisse 115 milliards d’euros dans les grands projets d’infrastructures britanniques (centrales nucléaires, champs d’éoliennes, etc…).
 
Quel impact après le retrait de l’émir ?
 
Il reste à savoir comment va évoluer la politique d’investissement du Qatar dans la perspective des changements annoncés à sa tête. On le sait, l’émir Hamad ben Khalifa al-Thani, 61 ans, devrait bientôt passer le témoin à son fils le cheikh Tamim, 33 ans, tandis que l’ossature du gouvernement qatari devrait être profondément modifiée avec le retrait possible du très influent et remuant Cheikh Hamad bin Jassim al-Thani, 54 ans et actuel Premier ministre et ministre des Affaires étrangères. Pour autant, la majorité des experts estime que cette recomposition ne devrait pas bouleverser l’activisme financier du Qatar sur les marchés internationaux. A une réserve près : les dépenses de prestige pourraient être plus discrètes afin de contenir l’irritation croissante de la faction conservatrice de la famille régnante.

mercredi 20 février 2008

Chronique économique : Pressions sur les fonds souverains arabes

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 20 février 2008

C’est donc l’Australie qui, la première, vient d’ouvrir le feu sur les fonds souverains qui persisteraient à rester sourds aux critiques et mises en garde les concernant à propos de leur opacité. En effet, Canberra vient d’édicter six règles destinées à «améliorer la transparence» des investissements étrangers réalisés sur son sol.

L’un des points les plus importants concerne le fait que les autorités australiennes examineront de près le niveau d’autonomie du fonds souverain vis-à-vis du gouvernement de son pays. On comprend le souci des dirigeants australiens. S’ils ne refusent aucun investissement étranger, ils souhaitent tout de même avoir un droit de regard sur les entrées de capitaux qui seraient motivées par une décision politique extérieure.

Cette exigence résume à elle seule le grand bras de fer qui se profile entre, d’une part, les nations industrialisées et, de l’autre, les fonds souverains arabes, russe et asiatiques. Les premières aimeraient que les seconds soient plus transparents, rendent publics leurs avoirs, détaillent leurs stratégies d’investissement et ne taisent pas leurs opérations.

Autant de «demandes» que les fonds souverains considèrent comme une atteinte à leur liberté d’autant que d’autres investisseurs, à commencer par les fonds spéculatifs ou «hedge funds», ne se voient imposer aucune contrainte. De même, ne comprennent-ils pas cette soudaine levée de boucliers alors qu’ils existent, pour certains d’entre eux, depuis plusieurs décennies.

En fait, c’est bien parce que les fonds souverains ont changé qu’ils inquiètent. Jusqu’à ces dernières années, ils investissaient leurs avoirs dans des placements sûrs et peu risqués à l’image des bons du Trésor américains voire européens (notamment le «bund» allemand). Mais leur stratégie a quelque peu changé depuis le début du siècle. Ces fonds n’hésitent plus à faire leurs emplettes sur des segments un peu plus risqués mais a priori plus rémunérateurs comme le marché boursier ou celui des changes. Deux environnements jugés stratégiques par les nations industrialisées.

Pour ce qui est des Bourses, la crainte est que des fonds souverains opèrent un contrôle rampant des fleurons des économies industrialisées. Une telle peur s’est par exemple matérialisée lorsque le fonds souverain d’Abu Dhabi (Abu Dhabi Investment Authority ou Adia) a déboursé plus de 7 milliards de dollars pour acquérir 4,9% du capital de Citigroup, la première banque américaine.

A l’époque, de nombreuses informations ont fait état du fait que Adia aurait souhaité prendre une part plus grande dans «Citi» mais qu’il a renoncé parce que toute acquisition de plus 5% du capital de la banque aurait permis à la Securities and Exchange Commission (SEC, le gendarme boursier américain) de mettre son nez dans la transaction.

Face aux critiques, les fonds souverains arabes ont des réponses quelque peu différentes. Celui du Koweït, l’un des plus anciens au monde puisqu’il a été créé en 1953, met en avant sa relative transparence et son fonctionnement autonome vis-à-vis des autorités politiques. Il faut dire que ce fonds a connu une cuisante expérience lorsqu’il avait tenté de prendre le contrôle du pétrolier britannique BP dans les années 1990 avant de faire machine arrière face au refus de Margaret Tatcher d’accepter une telle opération.

Quant aux autres fonds, qu’il s’agisse de celui d’Abu Dhabi, de Dubaï ou du Qatar, ils ne peuvent guère se targuer de leur transparence et encore moins d’une autonomie par rapport aux familles régnantes. En effet, il est toujours difficile de faire la part des choses entre les avoirs du fonds et ceux des dirigeants.

Du coup, ces fonds avancent un autre argument assez convaincant. Ils répètent à l’envi que leurs investissements sont destinés à préparer l’après-pétrole et qu’il ne s’agit pour eux en aucune façon de prendre le contrôle des économies occidentales. Une manière intelligente de se différencier d’autres fonds, notamment russe et chinois, qui eux ne cachent guère leur volonté de s’imposer en tant que bras armés de leurs gouvernements.

Akram Belkaïd

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