Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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lundi 2 juillet 2018

Au fil du mondial (18) : Le force du petit...

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Il ne faut jamais dire jamais. A un collègue qui me demandait si je croyais à un exploit du Japon contre la Belgique, j’ai répondu par une négation catégorique, celle du gars à qui on ne la fait pas. Comment ? Qui pouvait croire que cette équipe si impressionnante, capable d’aligner en son sein deux fois onze joueurs performants, risquait de perdre ou même de souffrir, contre une formation qui n’a rien montré depuis le début de la compétition ? Et cette équipe japonaise, comment lui accorder la moindre chance, elle qui s’est qualifiée pour les huitièmes de finale après un comportement honteux lors des dix dernières minutes contre la Pologne (refus de jeu pour assurer la qualification aux dépens du Sénégal) ?
Et puis… Et puis, il y a cette règle intangible que l’on oublie souvent et qui fait que le football est ce qu’il est. Un match n’est jamais gagné (ou perdu) avant la dernière minute. On ne le dira jamais assez, ce sport n’est pas une science exacte. C’est ce que des « Diables rouges » arrogants et trop sûrs d’eux-mêmes ont oublié. Ils ont sous-estimé les Japonais, ils ont failli repartir manger quelques biscuits chez Dandoy. Cette Coupe du monde n’affiche peut-être pas un niveau de jeu exceptionnel mais elle nous offre des surprises en pagaille : l’Allemagne ? Dehors. L’Espagne ? La même chose. L’Arabie saoudite ? Ah oui, ça c’est normal… Bref, la Belgique aurait dû se méfier (et moi aussi…).
Bien sûr, au final, le Japon a fini par perdre mais la Belgique n’est pas passée loin d’une correction historique. Les raisons ? L’arrogance, on l’a déjà dit. Le manque de rythme aussi. Nombre de joueurs belges n’ont pas joué le troisième match de poules. On pourrait penser qu’un tel repos ne pouvait qu’être bénéfique mais ce n'était pas garanti. On perd le rythme. Le corps fatigué par une longue saison se venge après avoir cru qu’on lui offrait enfin un long repos. Les jambes sont lourdes, les muscles se nouent.
A cela s’ajoute cette force mystérieuse qui fait gravir des montagnes aux équipes les plus faibles. Soudain, le petit est capable de l’emporter. Il multiplie les raids, il bouscule l'adverse mais, de manière imperceptible d'abord, il gâche trop d'occasions et là, on se dit qu’il ne tiendra peut-être pas le résultat. Que le scénario irrationnel va encore se dérouler sous nos yeux. Un match de football, c’est cela aussi. Une équipe passe de la catastrophe au soulagement. L’autre de l’euphorie à l’abattement. Souvent, le plus fort reprend les commandes. Retour à la normalité. Cruauté… Les matchs à élimination directe sont les seuls à offrir ce genre de scénario. Cette coupe du monde réserve d’autres surprises. Pour notre plus grand plaisir.
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mardi 17 juin 2014

Belgique 2 Algérie 1 : Une tactique pitoyable

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Quand une équipe joue contre nature et qu’elle gagne, les observateurs critiques ne peuvent que se taire même s’ils n’en pensent pas moins. Par contre, quand une équipe renie sa philosophie offensive, qu’elle entre sur le terrain avec un double verrou défensif et, qu’au final, elle perd, alors elle mérite amplement la volée de bois vert qui ne manquera pas de s’abattre sur elle. C’est ce qui s’est passé pour l’Algérie face à la Belgique. Qu’avons-nous vu durant quatre-vingt dix minutes ? Une équipe ultra-défensive, incapable de jouer le moindre contre de manière correcte et qui doit remercier à la fois la providence pour le penalty obtenu (et transformé) en début de partie mais aussi son excellent gardien M’bolhi qui a longtemps retardé ce que l’on pressentait à savoir une égalisation belge puis un autre but des « diables rouges ». Quitte à perdre, l’Algérie aurait pu au moins jouer « à l’algérienne », en essayant de construire ou, du moins, en s’appliquant lors des rares phases offensives dont elle a disposé. Pitoyable spectacle que celui d’une équipe rentrée sur le terrain uniquement pour défendre et qui, la plupart du temps, a été incapable d’aligner plus de trois bonnes passes successives. Il y a une règle que le « coach » Halilhodzic devrait pourtant connaître. On ne joue le catenacio (verrou défensif) que lorsqu’on a la capacité à tenir un résultat…
Un match à oublier, et vite…
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samedi 12 avril 2014

La chronique du blédard : Rwanda : un déni français

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 10 avril 2014
Akram Belkaïd, Paris
 
 
Personne ne peut décemment affirmer que Paul Kagamé est un démocrate. Personne non plus ne peut démentir l’idée qu’il ne fait pas bon d’être un opposant à l’actuel président du Rwanda surtout si l’on a fait défection après avoir été l’un de ses proches (1). Derrière la façade démocratique et pluraliste de son régime, un habillage dont l’Afrique, y compris du nord, a le secret, l’homme est en réalité un autocrate qui n’entend pas partager son pouvoir. Cela même si on lui concèdera bien volontiers d’importantes et spectaculaires réussites en matière de reconstruction de son pays, de développement économique et d’efforts pour atténuer les conséquences du terrible génocide de 1994 commis par les milices et la population hutues (plus de 800.000 morts dont la très grande majorité appartenaient au groupe ethnique des Tutsis).
 
Mais la personnalité cassante de Kagamé (l’homme est un ancien militaire), sa poigne de fer et le rôle très controversé de son armée dans la crise sans fin que connaît la République du Congo voisine (RDC, ex-Zaïre) ne doivent pas servir à occulter le passé et à exonérer de leurs fautes les acteurs ayant eu une responsabilité directe ou indirecte dans les massacres des Tutsis. Pour Kagamé, la France (comme la Belgique) a eu un rôle dans « dans la préparation politique du génocide » et dans « la participation (…) à son exécution même » (2). Des propos graves et récurrents qui ont provoqué la colère des autorités françaises lesquelles ont annulé la présence de Christiane Taubira aux commémorations organisées le 7 avril à Kigali.
 
La responsabilité de la France
 
Pour disqualifier les accusations du président rwandais, de nombreuses personnalités françaises, parmi lesquelles l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine (il était Secrétaire général de l’Elysée – sous la présidence de François Mitterrand – durant le printemps sanglant de 1994), ont insisté sur l’isolement diplomatique croissant de Kagamé et rappelé que son grand protecteur étasunien manifeste des signes d’impatience à l’égard de son autoritarisme. Cela est vrai mais ce genre d’argument ne répond pas à l’essentiel. Il sert surtout à éluder le vrai débat en allumant des contrefeux grâce à des faits avérés. Le schéma dialectique avec ses « éléments de langage » est simple : Kagamé accuse la France, Kagamé est un dictateur isolé, ses accusations sont donc fausses et servent à la fois à masquer ses propres difficultés et à ressouder l’adhésion des Rwandais à son pouvoir de plus en plus contesté.
 
Le problème, c’est que la France a beaucoup à se reprocher dans cette triste affaire. Ce n’est pas un secret, elle a porté à bout de bras le régime de l’ancien président Juvénal Habyarimana (tué dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, après que son Falcon 50 a été abattu au-dessus de Kigali). Partie prenante des négociations entre le pouvoir rwandais de l’époque et la rébellion armée du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé, elle a aussi été un acteur du conflit en formant l’armée rwandaise et en lui fournissant une assistance militaire à partir d’octobre 1990 avec l’opération Noroit. « C’était pour empêcher que le FPR ne l’emporte et pour obliger Habyarimana à s’asseoir à la table des négociations » se défend aujourd’hui Hubert Védrine. On appréciera cette explication à sa juste valeur…
 
La France a aussi toléré que s’exacerbe, dès le début des années 1990, une propagande fasciste et génocidaire à l’encontre des Tutsis. Contrairement à l’argument ressassé par les négationnistes et ceux qui cherchent à régler leurs comptes avec Kagamé, ce n’est pas parce que l’avion d’Habyarimana a été abattu que la folie meurtrière a eu lieu. Les tueries de masses étaient préparées depuis longtemps et pas uniquement par le biais de l’immonde radio des mille collines. C’est toute l’idéologie officielle du régime rwandais qui a conduit à l’irréparable. En tant que parrain et protecteur d’Habyarimana, la France avait les moyens d’enrayer cette machinerie démoniaque. Elle ne l’a pas fait.
 
Et à ce jour, des questions restent posées quand à cette période qui a précédé l’hécatombe. Des troupes spéciales françaises ont elles directement participé aux combats contre les forces du FPR ? Quand exactement les livraisons d’armes françaises se sont-elles vraiment interrompues ? Avant ou après le 7 avril ? L’Elysée ou le Quai d’Orsay étaient-ils informés des agissements de certains barbouzes français présents à Kigali auprès des génocidaires ? Et, question fondamentale, pourquoi la France n’est-elle pas intervenue ensuite auprès des autorités intérimaires rwandaises (celles qui avaient succédé à Habyarimana) pour ordonner l’arrêt des massacres? « Une simple menace de Mitterrand aurait suffi » affirment aujourd’hui encore des rescapés tutsis.
 
Et puis, il y a eu cette fameuse opération Turquoise lancée par l’armée français le 22 juin 1994 (un mois et demi après le début du carnage) non pas pour (enfin) faire cesser les exactions mais pour s’interposer entre l’offensive militaire triomphante du FPR et les populations civiles hutues en fuite. Pour Kagamé et ses pairs, la France n’est intervenue que pour permettre aux génocidaires de s’enfuir. Et il est vrai qu’une bonne partie des organisateurs et planificateurs de la boucherie ont pu quitter le pays et se cacher aux quatre coins de la planète. Certains d’entre n’ont jamais été inquiétés à ce jour notamment ceux qui ont formé les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) qui opèrent aujourd’hui à partir de la RD Congo. Avec l’opération Turquoise, la France a privé Paul Kagamé d’une victoire militaire totale sur les génocidaires et offert, volontairement ou non, une porte de sortie à ses ennemis : c’est cela, entre autre, qu’il ne lui pardonne pas.
 
La France ne veut pas demander pardon
 
On pourrait consacrer plusieurs autres paragraphes à détailler les multiples griefs formulés par les Rwandais, et pas simplement leur président. Mais, l’un des aspects les plus importants de ce drame est que la France n’a jamais demandé pardon pour ce qui s’est passé au Rwanda. Du bout des lèvres, elle a reconnu des « fautes » comme l’a fait le président Nicolas Sarkozy en 2010 à Kigali. Des diplomates admettent des « erreurs graves » dans la gestion des événements ayant précédé le drame. Mais d’excuses présentées, point (à l'inverse de la Belgique, des Etats-Unis ou même de l'Onu). Et ce n’est pas le retour aux affaires de l’ancienne gauche mitterrandiste qui va changer les choses. En effet, poser la question de la responsabilité de la France dans le génocide des Tutsis, c’est questionner le rôle de François Mitterrand et de ses collaborateurs de l’époque.
 
De façon générale, il y a en France une complaisance réelle à l’égard de ce qui n’est rien d’autre que du négationnisme. On peut tranquillement y expliquer que les Tutsis sont responsables de leurs malheurs, qu’ils ont payés « le mal qu’ils ont infligé aux Hutus ». Qu’ils sont un peuple « menteur » et « dissimulateur ». Des propos qui empruntent à l’argumentaire antisémite sans que cela n’interpelle les autorités françaises. A Paris, on peut aussi développer en public la thèse du « double génocide » en affirmant que s’il y a bien eu massacre de Tutsis par les Hutus, ces derniers ont subi la même chose de la part des premiers ceci, bien entendu, expliquant cela… On peut aussi y relativiser le carnage en jurant que c’est un Tutsi, en l’occurrence Paul Kagamé, qui l’a sciemment déclenché contre les siens en faisant abattre l’avion d’Habyarimana. Une thèse rejetée aujourd’hui par la justice française laquelle, au passage a mis bien du temps avant de se réveiller pour traquer les génocidaires réfugiés dans l’Hexagone. Et, contrairement à la destruction des Juifs par les nazis ou le massacre des Arméniens par les Ottomans, on peut nier, ou réviser, ce qui s’est passé au Rwanda en 1994 sans craindre d’être poursuivi par cette même justice française…
 
On peut même se saisir des massacres des Tutsis pour en faire le sujet d’un sketch fécal diffusé sur l’antenne d’une grande radio, comme l’a osé en février dernier l’imitateur Nicolas Canteloup. Prenant la voix de l’animateur Julien Courbet, spécialiste télévisuel et radiophonique du règlement à l’amiable des différends entre voisins, ce dernier a brodé sur un « conflit de voisinage » entre « monsieur Hutu » et « monsieur Tutsi », le premier exagérant dans les supplices infligés au second. Un « amusement » très franchouillard qui a ulcéré les Tutsis vivant en France mais pour lequel Canteloup a refusé de s’excuser, recevant même le soutien d’Alain Jakubowicz, président d’une Licra à l’indignation à géométrie variable…
 
« La France doit défendre son honneur » a protesté Alain Juppé (ministre des Affaires étrangères en 1994) après les nouvelles accusations de Paul Kagamé. En réalité, et quel que soit le sujet, l’honneur commande de reconnaître ses erreurs et de demander pardon pour ses fautes. Mais encore faudrait-il que la France officielle se débarrasse d’une suffisance héritée d’un temps pas si ancien où l’obsession de « sa grandeur » et de son influence dans le monde permettait toutes les dérives. A commencer par le soutien accordé à des régimes bien peu recommandables. Et c’est même en demandant aux Rwandais de lui pardonner que la France contribuera à les aider à se relever et à se reconstruire.
 
(1) Rwanda : Paul Kagame met de nouveau en garde les dissidents en exil, RFI, 17 mars 2014.
(2) Paul Kagamé, « du génocide à la ‘rwandité’ », Jeune Afrique, 6 avril 2014.
 
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PS : Signalons aussi ces propos de Guillaume Ancel, capitaine de l'armée française pendant l'opération "Turquoise" en 1994 (rapportés par le quotidien Le Monde daté du 9 avril 2014)
 
" Je sais qu'en aucun cas nous n'avons participé au génocide. Mais je sais aussi, parce que je l'ai vécu, que nous avons une part des responsabilités dans le drame rwandais pour avoir commis des erreurs lourdes de conséquences. 'Turquoise' n'était pas au départ, comme on le prétend, une opération humanitaire. J'étais spécialiste des frappes aériennes : on n'emmène pas ce type de professionnel pour faire de l'humanitaire ! Ma mission était agressive : elle consistait à dégager la voie pour un raid terrestre sur Kigali. Il s'agissait de combattre le Front patriotique rwandais [FPR de Paul Kagamé] et de reprendre la capitale pour y réinstaller au pouvoir le gouvernement soutenu par Paris."

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jeudi 13 septembre 2012

La chronique du blédard : De la fiscalité et du bon citoyen

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Le Quotidien d'Oran, jeudi 13 septembre 2012
Akram Belkaïd, Paris

« La France, tu l’aimes ou tu la quittes… ». On connaît cette fameuse injonction, souvent maniée par la droite française à l’encontre de toute personne, issue de l’immigration et, peu satisfaite de son sort et de la manière dont elle est traitée – ou a été traitée – par la France, qu’elle soit officielle ou non. Ceux qui subissent le plus ce rappel à l’ordre sont les jeunes des cités qu’une certaine propagande présente comme étant une cinquième colonne antipatriotique au service d’intérêts étrangers (pays d’origine, réseaux islamistes, etc.…).

La question de la loyauté des Français d’origine étrangère, ou pour être plus précis, des Arabes, des Sub-Sahariens et de tous ceux qui ont un lien avec le Sud, est ainsi régulièrement posée et pas uniquement par le Front national de Marine Le Pen ou par quelques stupides éditeurs-écrivains en mal de célébrité. A droite comme à gauche (mais surtout à droite), ce thème est exploité sans vergogne comme on l’a vu lors du fameux débat sur l’identité nationale ou, plus récemment, lors des polémiques à propos de la double-nationalité de certains joueurs de football.

Et voilà que Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France, vient de décider de demander la nationalité belge ce qui, curieusement, ne semble guère choquer les personnalités politiques françaises qui réclament l’interdiction de la double nationalité. Au dire de certains, cette naturalisation annoncée serait le prélude à un exil fiscal en réponse au projet de François Hollande de taxer les plus hauts revenus à 75%. Voilà qui rappelle la ridicule débandade des plus fortunés en 1981 (ils étaient persuadés que les « rouges » les saigneraient en place publique) et qui posera d’une autre manière la question de la loyauté à l’égard de la France.

Car qu’est-ce qu’un « bon Français » ou, pour éviter de s’engager de nauséabonds chemins, qu’est-ce qu’un bon citoyen sinon celui qui, entre autre, s’acquitte de ses impôts (d’ailleurs, on ne peut être naturalisé français sans être en règle avec l’administration fiscale) ? Or, que dire de ces Français qui s’expatrient, qui en Belgique, qui en Suisse, pour justement échapper au fisc de leur pays ? Un pays qui les a vu naître, qui leur a donné une éducation, qui les a soignés (souvent pour presque rien). Parmi cette catégorie d’égoïstes on trouve bien évidemment les sportifs de haut niveau. Il y a quelques mois, l’un d’eux, le footballeur Nicolas Anelka, a eu des mots durs à l’égard de son pays, l’accusant de ne pas aimer les riches et de ne chercher qu’à les taxer, oubliant au passage que sa formation – gratuite – de jeune sportif devait beaucoup à l’effort fiscal de ses concitoyens.

Mais il n’y a pas que les sportifs. Patrons d’entreprises, hommes d’affaires, écrivains, artistes, nombreux sont celles et ceux qui s’exilent sans pour autant rompre avec leur pays, ce dernier, brave bête, leur offrant toujours le moyen de rayonner et de développer leurs activités. Ils n’y paient pas l’impôt mais s’arrangent pour y être soignés (ce qui se fait sur le dos des contribuables qui, eux, paient leur écot) ou pour y être aidés par le pouvoir politique afin de développer leur business sur le plan international. 

De ces gens qui quittent la France parce qu’ils n’aiment pas son système fiscal, la droite ne dit rien ou presque. Elle leur trouve même des excuses et, ceci expliquant sûrement cela, les sollicite pour financer ses campagnes électorales avec la promesse d’une amnistie fiscale ou d’une baisse des prélèvements sur le revenu (la campagne présidentielle de 2007 en est le meilleur exemple). C’est ainsi qu’il est devenu plus grave de siffler la Marseillaise ou de porter une casquette en parlant le verlan que de refuser de participer à l’effort national en ces temps de crise…

L’existence d’expatriés fiscaux installés en Belgique ou en Suisse mais profitant encore de la France ainsi que les discours tendant à trouver cette situation normale démontrent le niveau de régression atteint en matière d’équité fiscale. Depuis les années 1980, l’impôt payé par les plus riches n’a fait que diminuer au nom de l’efficacité économique prônée par le libéralisme (s’il paie moins d’impôts, le riche serait plus enclin à créer des emplois). A cela s’ajoute le fait qu’une industrie de « l’optimisation fiscale » s’est développée pour exploiter tous les moyens plus ou moins légaux pour diminuer l’impôt (les banques suisses et les paradis fiscaux n’étant pas les derniers à pratiquer ce jeu…). Que cela fragilise des Etats confrontés à la baisse de leurs recettes budgétaires, que cela augmente les inégalités et les frustrations sociales, que cela mine la démocratie et conforte les courants populistes, tout cela ne semble guère gêner les principaux concernés ce qui en dit long sur leur tendance à se couper du reste de la société.

Dans son dernier livre à propos de la nécessité, très stimulante, de renouer avec l’espérance d’un monde meilleur (1), l’essayiste Jean-Claude Guillebaud rappelle cette phrase de l’écrivain Claude Roy au lendemain de la chute du mur de Berlin (et de la fin du communisme) : « C’est très bien. Mais qui va donc faire peur aux riches maintenant ? ». Après plusieurs décennies de réformes libérales et de remise en cause insidieuse des pactes sociaux, il est évident que les riches n’ont plus peur de rien puisqu’ils se permettent même de défier ouvertement les dirigeants issus des urnes. Ce qui se passe en France est donc un moment clé dans le bras de fer que se livrent le pouvoir politique et celui de l’argent. Et, dans l’affaire, tout nouveau recul du premier sera une nouvelle défaite pour la démocratie.

Cette problématique vaut aussi pour nombre de pays arabes, y compris en Algérie, où la question fiscale est rarement abordée sous l’angle des institutions. Or, comme l’ont compris les premiers réformateurs du dix-neuvième siècle en Egypte, en Tunisie, au Liban et même en Iran, il n’y a pas d’Etat digne de ce nom sans un système fiscal juste et cohérent obligeant chaque citoyen à participer à l’effort national et cela à la hauteur de ses revenus.

(1) Une autre vie est possible, L’Iconoclaste, 214 pages, 14 euros.
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