Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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lundi 9 juillet 2018

Au fil du mondial (25) Quand marquer contre son camp, c’est gagner…

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Le football, c’est aussi une quantité astronomique d’anecdotes, de faits insolites et d’actions de jeu, ou hors du jeu, aussi improbables les unes que les autres. Tout cela contribue à entretenir la légende de ce sport et à alimenter d’interminables discussions où chacun a son récit privilégié à conter. Ici, on parle du fameux « match de la neige » joué en Suède sous des températures polaires. Là, on citera les innombrables irruptions de spectateurs (strickers) sur la pelouse, invasions dont l’un des exemples majeurs reste le fameux France – Algérie (4-1) d’octobre 2001 au stade de France à Saint-Denis.

Sur internet, il existe un nombre impressionnant de vidéos immortalisant ces moments à part : des arbitres qui se mettent à cogner des joueurs, des entraîneurs qui se collètent avec un joueur qui vient de sortir, des animaux qui envahissent le terrain, des policiers qui coursent un gardien coupable d’une bévue, un président de club qui descend sur la pelouse et sort son arme, etc. Non filmé, mais enregistré dans la mémoire familiale du présent chroniqueur, il y a aussi des souvenirs personnels, comme cette rencontre professeurs – élèves à l’école des cadets de Koléa (Algérie) où l’arbitre s’est soudain rendu compte que l’équipe des augustes enseignants comptait un joueur de trop. Penalty et carton rouge pour le remplaçant entré de lui-même sur le terrain car lassé d’attendre sur le banc.

En ce soir de detox, et en attendant la demi-finale de demain (et les derniers soubresauts de la nouvelle polémique autour de Thierry Henry accusé de « trahison » par quelques abrutis ayant droit au micro), j’aimerais donc vous parler d’un match insolite dont toute l’Amérique centrale parle encore. L’idée m’est venue après la chronique sur les tirs aux buts, cette dernière ayant poussé un lecteur à m’interroger à propos de l’abandon de la règle du but en or (le premier qui marque en prolongations est immédiatement qualifié car la rencontre s’arrête).

L’histoire concerne le match du 27 janvier 1994 entre La Barbade et Grenade comptant pour les qualifications de la Gold Cup, l’équivalent de la Coupe des Nations d'Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (10 victoires pour le Mexique, 6 pour les Etats-Unis et 3 pour le Costa-Rica, quelques miettes pour le Canada, le Guatemala et le Honduras).

A quelques minutes de la fin du match, le score est de 2-1 pour La Barbade. La victoire semble assurée mais pas la qualification en raison d’un goal-average encore favorable à Grenade. Pour se qualifier, la Barbade doit absolument l’emporter avec deux buts d’écart. Or, il ne reste pas beaucoup de temps pour marquer un troisième but. C’est donc à ce moment-là que les Barbadiens ont une idée diabolique.

Ils savent alors que, selon le règlement (étrange) de la compétition, un but en or marqué en prolongation compte double. Pour la Barbade, le scénario idéal serait que Grenade égalise et que la période réglementaire du match se termine par un score de 2 à 2. Ensuite, durant les prolongations, il faudrait que les Barbadiens marquent le but en or et le score final ne serait donc pas de 3 à 2 mais de 4 à 2 ce qui ouvrirait la voie à la qualification pour le prochain tour.

Oui, mais voilà, il ne reste que trois minutes à jouer, le score est toujours de 2-1 pour La Barbade et les prolongations ne sont pas en vue car l’équipe de la Grenade sait qu’elle n’a aucun intérêt à égaliser puisque le goal-average est à son avantage. Qu’à cela ne tienne, les joueurs de La Barbade décident donc de… marquer contre leur propre camp à la 87ième minute (aucun règlement n’interdit de marquer de manière délibérée contre son camp…). Le score passe ainsi à 2 à 2 et cela ouvre la voie aux trente minutes de prolongations.

L’affaire, vous vous en doutez, ne s’arrête pas là. Les joueurs de Grenade saisissent la manœuvre et ils comprennent vite qu’ils doivent absolument empêcher les prolongations et éliminer ainsi le risque de subir un but en or « compte double ». Comment faire ? Marquer un but aux adversaires ? Ils n’ont pas assez de temps. La solution est évidente : il leur faut imiter les Barbadiens et scorer contre leur propre camp. Certes, cela les ferait perdre mais avec un seul but d'écart, autrement dit pas de prolongations ni de but en or...

Voilà donc un joueur de Grenade qui s’en va pour marquer contre son gardien. Et qui l’en empêche ? Un attaquant de La Barbade… Pour résumer, on est dans un match complètement fou, où, pour espérer pouvoir se qualifier, une équipe (La Barbade) doit conserver le match nul quitte à empêcher un « auto-goal » adverse. Quant aux joueurs de La Grenade, il leur faut marquer un but à tout prix et dans n’importe quelle cage… Pour la petite histoire, la Barbade réussira à obtenir les prolongations et à se qualifier en marquant le fameux but en or.

Ce match, qui déclencha en son temps la polémique, a inspiré par la suite quelques coachs en mal d’innovation pour concocter des séances d’entraînement originales. L’idée est simple. Il s’agit d’organiser une opposition où une défense composée de cinq à six joueurs doit défendre deux cages à la fois (ce qui lui impose de traverser le terrain à toute vitesse selon la progression du ballon). Quant à l’attaque, elle peut marquer dans chacun des deux buts. Cet exercice crée de la confusion et de la désorientation (ce qui peut arriver en cours de match) mais aussi de l’amusement.

Autre variante, une opposition classique entre deux équipes mais, au sifflet de l’entraîneur, il y a permutation de quelques joueurs qui se retrouvent à évoluer aux côtés de ceux qui étaient leurs adversaires quelques secondes plus tôt. Là aussi, l’idée est de faire travailler la capacité d’adaptation et donner un peu de piment à des séances qui, parfois, lassent les joueurs.

On terminera cette chronique en relevant que le fait de marquer contre son camp pour obtenir les prolongations afin de l’emporter sur écart de points plus large a touché d’autres sports dont le basket-ball. Cela a poussé la fédération internationale de ce sport à interdire les paniers contre son camp.

dimanche 8 juillet 2018

Au fil du mondial (24) : La dure condition de gardien de but

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Quel est le poste le plus maltraité par les journalistes qui suivent le football (mais aussi par le public et les légions de commentateurs) ? La réponse coule de source. C’est celui de gardien de but. Quoi qu’il fasse, on sera toujours plus sévère à son égard que s’il s’agit d’un joueur de champ. Même en cas de victoire, on lui reprochera le but encaissé ou, pire encore, un mauvais renvoi, un coup de « moins bien » dans sa relance, une sortie hasardeuse ou, tout simplement, le fait d’avoir passé un match tranquille et de ne pas avoir « eu l’occasion de s’illustrer ». Dans la pratique des notations, les portiers savent qu’ils n’auront droit à aucune indulgence et c’est injuste. Or, l’un des enseignements des quarts de finale qui viennent de se termine est lié aux performances des quatre gardiens des équipes qualifiées. Et pourtant pas ou peu d’articles à ce sujet…

Etre gardien de but, c’est être à part. C’est déjà jouer autrement que les autres. C’est s’entraîner seul. C’est regarder le jeu au loin tout en sachant que le danger peut vite venir. C’est savoir qu’il suffit d’une erreur, une seule, pour rejoindre la longue liste honteuse des gardiens ayant commis une boulette. Exemple. En 1984, Luis Arconada, gardien de but de l’Espagne, accomplit une excellente Coupe d’Europe des nations. De lui, on parle alors de « lord », de « prince ». Mais en finale, il laisse passer un ballon tiré sur coup-franc par Michel Platini. But et naissance d’une expression que l’on utilise encore aujourd’hui : « faire une Arconada ». Depuis, d’autres gardiens, certains très talentueux, ont fait des bêtises comparables. Le dernier en date est Muslera, le portier de l’Uruguay qui s’est « troué » sur un tir de Griezmann lors du quart de finale France – Uruguay (2-0). Un ballon (de plage) qui flotte, qui dévie soudain de sa trajectoire, et c’est le but gag. Il y a plus d’un mois, c’était Loris Karius, le gardien de Liverpool, qui s’illustrait par deux cagades lors de la finale de la Ligue des champions face au Real de Madrid. Et l’on dit désormais « faire une Karius ». Quoi qu’il fasse, cela le suivra toute sa carrière (et au-delà).

Il est de bon ton de moquer les portiers anglais. David James, qui fut pourtant détenteur, en son temps, du record du plus grand nombre de matchs sans encaisser de buts dans le championnat anglais (Premier League), restera à jamais affublé de son surnom « Calimity James » en raison de quelques bourdes pourtant bien moins nombreuses que ses arrêts exceptionnels. Jordan Pickford, l’actuel « keeper » des Three Lions est encensé par tout le monde, notamment après son match parfait contre la Suède (2-0) et son arrêt à la Gordon Banks (un grand gardien anglais) durant cette rencontre. Mais gageons qu’à la première erreur majeure, on ressortira le cliché éculé du « les gardiens anglais sont capables du pire ».

Dans le football moderne tel qu’il a évolué, un gardien de but ne remportera jamais le Ballon d’or même s’il gagne la Coupe du monde (cf Buffon en 2006 ou Neuer en 2014). Il lui faudrait être invaincu sur toute une saison ou presque… Il lui faudrait répondre à des critères irréels qui lui imposent une exigence de perfection absolue. Il suffit d’entendre certains commentaires journalistiques à propos du magnifique arrêt de Lloris face à l’Uruguay pour le comprendre : « oui, c’était un bel arrêt mais il a tout de même renvoyé le ballon en direction de Godin [joueur uruguayen] ». Accablement…

Le poste de gardien de but a beaucoup évolué au cours de ces vingt dernières années. Désormais, on leur demande d’avoir un bon jeu au pied, d’être capables de faire des relances rapides et même d’endosser le rôle de libéro à l’image de l’Allemand Neuer. On leur demande aussi d’être le patron de leur surface. Le quart de finale entre la Croatie et la Russie a d’ailleurs donné lieu à une séquence échappée du passé footballistique. Gêné à la cuisse, le portier croate Danijel Subašić a laissé le soin à l’un de ses défenseurs de faire une remise en jeu aux six mètres. La chose était fréquente jusqu’au début des années 1990 mais aujourd’hui c’est au gardien que revient cette charge, ce qui exige de lui de la puissance (et de la précision) au dégagement. Sur le plan du gabarit, avoir une taille inférieure à 1m90 est considéré comme un handicap. On semble avoir oublié qu’un Fabien Barthez ne mesurait « que » 1m79 et ne parlons pas du 1m73 de Jean-Luc Ettori… Le Belge Thibaut Courtois, héros du match contre le Brésil (2-1) est l’archétype de cette nouvelle génération de portiers : 1m94 (d’autres statistiques donnent le chiffre de 1m96). Petit plus, la pratique du volley-ball lui a donné un atout certain, celui d’être capable d’aller très vite au sol.

L’une des évolutions du poste dont on parle le moins est la conséquence de la généralisation de l’usage des gants. Le temps des portiers qui jouaient mains nues est terminé. Les gardiens ont désormais des battoirs qui atténuent les chocs des tirs puissants mais qui empêchent aussi des prises fermes de ballons. Le dégagement aux poings, le ballon boxé ou relâché constituent des gestes bien plus fréquents aujourd’hui que par le passé.

On terminera cette chronique en relevant un autre fait. Les gardiens fantasques ont disparu depuis longtemps sans oublier ceux qui marquaient des buts, par penalty ou même grâce à d’impressionnants dégagements (une fantaisie que les entraîneurs n’apprécient guère). Sans parler du colombien René Higuita (allez voir son « coup du scorpion » sur youtube), où sont passés les Jean-Marie Pfaff, José Luis Chilavert ou, les plus âgés s’en souviennent peut-être, l’argentin Hugo Gatti ? Aujourd’hui, les gardiens ne prennent plus de risques (ou ils n’ont plus ce droit). Ils sont trop sérieux, trop lisses : trop conformes aux exigences du football moderne où celui qui gagne doit être celui qui encaisse le moins de buts et non pas celui qui en marque le plus…
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samedi 7 juillet 2018

Au fil du mondial (23) : Spassiba et do svidaniya (merci et au-revoir)

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Il est des matchs de football qui ne valent que par ce qui se passe durant les prolongations voire la séance de tir aux buts. Ce fut le cas pour le match, dit « du siècle » entre l’Italie et la RFA lors de la Coupe du monde de football 1970 au Mexique. Ce fut la fameuse rencontre que le libéro allemand Franz Beckenbauer termina le bras en écharpe (pas de remplacement possible malgré une clavicule cassée). Ce fut aussi le match de la victoire sur le fil de l’Italie, célébrée dans tout le pays comme un rare moment fédérateur. Mais il faut juste rappeler que les premières quatre-vingt-dix minutes furent plutôt ennuyeuses et que les mémoires n’ont finalement retenu que les prolongations et leur incroyable intensité.

Ce scénario s’est répété, dans une bien moindre mesure, durant le très fermé, et bien peu enthousiasmant, Croatie – Russie (2-2, victoire croate par 4 tirs aux buts contre 3). Quatre-vingt-dix minutes peu rythmées puis des prolongations qui nous ont fait vibrer et où l’équipe russe a montré des ressources qu’on ne lui connaissait pas. Bien sûr, ce ne fut pas le match du siècle mais le football doit sa légende à de tels moments dramatiques. Une équipe ouvre le score, l’adversaire égalise puis mène avant de céder à son tour. De quoi constituer les ingrédients d’un match dont des Russes et des Croates parleront pendant longtemps. Des enfants russes étaient dans les tribunes. Leurs pleurs faisaient peine à voir mais tel est le football et ses « pénos » : impitoyable et injuste.

Il est toujours triste de voir l’équipe du pays organisateur sortir de la compétition. Hormis l’Afrique du sud qui fut incapable de passer le premier tour en 2010, tous les pays hôte ont toujours été à la hauteur de l’événement. Les Russes ne nous ont pas enthousiasmé par leur jeu mais il faut leur rendre hommage car ils sont allés bien plus loin que ce qu’on leur prédisait avant le match d’ouverture. Ils ont fait honneur à leur pays et à leur public. A ce sujet, on disait tant de choses alarmistes à propos de ce public russe avant le début de la compétition… Or, tous les témoignages qui nous parviennent disent la même chose : accueil généreux, calme, pas de débordements et hospitalité. On peut faire toutes les plaisanteries (faciles) que l’on souhaite à propos de Vladimir Poutine et des représailles qu’il pourrait infliger à son équipe désormais éliminée, convenons tout de même que la Sbornaïa et ses joueurs ont aussi fait honneur au sport roi et à leurs invités.
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mercredi 4 juillet 2018

Au fil du mondial (20) : Verticalité

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Le football, c’est souvent l’ennui (cf. les rencontres d’hier, mardi 3 juillet, surtout celle entre les Archaïques et les Cafeteros) mais c’est aussi la rareté. Rareté plus ou moins relative des buts. Rareté des belles occasions et du beau jeu (c’est ce que vous diront celles et ceux qui suivent la Ligue 1 française). Mais il n’y a pas que ça. Lors du prochain match, prenez quelques minutes, concentrez-vous et essayez de compter les passes vers l’avant, celles qu’on qualifie de verticales parce qu’elles sont directes et parallèles aux longueurs du rectangle que constitue le terrain de jeu. Par verticalité, et j’insiste là-dessus, j’entends une passe qui ne s’écarte pas de plus de vingt degrés de la ligne longitudinale qui passerait sous les pieds du passeur. Les transversales qui écartent le jeu sont elles aussi précieuses mais ce n’est pas d’elles dont il s’agit ici.

Le match a commencé. Allez-y comptez… En voici une et hop, le ballon est vite perdu, ou alors il revient vers l’arrière ou il peut encore circuler de manière latérale ou transversale. Le stéréotype le plus fréquent est la combinaison suivante : une passe vers l’avant, une passe transversale vers l’arrière puis un long centre vers l’avant…

La verticalité est une prise de risque qui amène le danger dans le camp de l’adversaire mais c’est un art difficile à manier parce que le passeur doit d’abord être précis. Pas question que la trajectoire dévie et que cela provoque une contre-attaque. L’autre raison de son caractère délicat vient du fait que celui qui reçoit le ballon doit être démarqué ou en mouvement. Si les attaquants sont statiques, s’ils sont trop collés à l’adversaire, le porteur de ballon renoncera à les solliciter et il retournera vers l’arrière ou recherchera un coéquipier proche de lui. Cela met en exergue un aspect fondamental du football moderne : c’est le mouvement des attaquants et des milieux offensifs qui favorise la verticalité et peut créer la différence. Il faut « proposer une solution » au passeur.

La verticalité peut aussi être facilitée par le talent de celui qui reçoit le ballon. Ce dernier doit avoir la capacité de résister à la charge de l’inévitable adversaire qui lui tombera sur le dos puis d’enchainer en se retournant pour faire face au but adverse. Quand c’est réussi, cela donne lieu à l’un des plus beaux mouvements du football : réception, contrôle, arc-de-cercle avec la balle au pied, nouvelle passe. Parfois aussi c’est l’avant-centre qui est recherché, son rôle alors étant de remiser « un deuxième ballon » en faveur d’un attaquant en mouvement.

Une passe verticale qui atteint son but peut procurer une émotion esthétique. Il y a comme quelque chose de silencieux qui claque, un peu comme lorsqu’on apprécie l’emboîtement de plusieurs pièces d’un mécanisme. On pourrait comparer cela à l’émotion que déclenche la réussite d’un dégagé ou d’une échappée que l’œil avisé repèrera dans une longue chorégraphie. L’idée, ici, est celle de la fluidité. De la simplicité. Et ce qui est simple est si souvent rare…

Certains milieux ou attaquants font tout pour favoriser la verticalité. Observez ce joueur qui se situe loin de l’action qui se déroule dans son propre camp. Comment se tient-il ? Il regarde ce qu’il se passe dans sa zone mais il ne tourne pas complètement le dos au but adverse. Il est de profil, épaules presque parallèles à la ligne de touche. Cela lui donne la possibilité de recevoir un ballon et d’enclencher immédiatement vers l’avant. Ou bien alors cela peut lui permettre de déclencher la course qui lui permettra de recevoir le ballon « dans la profondeur » (autrement dit pas dans les pieds mais vers l’avant, à charge pour lui d’être plus rapide que les défenseurs).


Un joueur a longtemps incarné cette verticalité. Il s’agit de l’espagnol Cesc Fabregas (période Arsenal où il régalait ses attaquants). Absent de ce mondial, son style du « toujours vers l’avant » n’a que rarement cadré avec celui de son équipe nationale. Certes, la Roja adore les passes, mais il s’agit pour elle de multiplier les longues combinaisons destinées à trouver la faille et nombre d’entre elles vont vers l’arrière ou les côtés. Durant cette coupe du monde, la verticalité n’est pas fréquente (sauf dans le cas de contre-attaques comme celle de la Corée du sud contre l’Allemagne). Lors du match de la France contre l’Argentine, Blaise Matuidi a réalisé quelques belles passes verticales dont deux furent à l’origine d’un but. Quant à la Croatie de Modric, elle a été "verticale" durant le premier tour avant d'oublier son football porté vers l'avant lors des huitièmes de finale (espérons qu'elle saura le retrouver contre la Russie). La verticalité est précieuse mais trop rare.
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mardi 3 juillet 2018

Au fil du mondial (19) : L’ennui, l’éclair et la fin d’une malediction

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Le football, c’est (trop) souvent l’ennui. La leguia pour reprendre un terme algérien. On s’ennuie pendant quatre-vingt-cinq minutes. On baille. Le ballon va, vient, s’élève, revient, sort. Les passes sont ratées, aucun tir ou presque n’est cadré. Le jeu est haché, les coups, mauvais ou francs, se multiplient. Les gardiens de but s’ennuient. Les filets passent une soirée tranquille et « les défenses sont bien en place », pour reprendre l’expression des joueurs de Ligue 1 française qui tentent de trouver quelque raison à leur jeu pauvre. Tant pis pour le spectateur à qui il ne reste plus qu’à faire la ola pour passer le temps. Au passage, relevons que cette dernière devrait être au football ce que sont les merguez au couscous : une hérésie. Mais, grande faim ou jeu mièvre, c’est selon, il est tout de même des circonstances atténuantes que l’on saura prendre en compte.

Ce qui précède a été illustré aujourd’hui par la rencontre entre la Colombie et l’Angleterre. Quel ennui… Mais quel ennui… Et puis… Et puis, alors que la fin de partie approche, il y a l’action à part. Soudain, l’éclair, le coup de génie. Un tir de loin (génial Uribe). Cadré. Le second depuis le début du match. La Colombie obtient un corner. Pour elle, le premier de la partie. Tir direct. Pas de combinaison « à la rémoise » qui permet de limiter les risques en cas de perte de balle. Tir donc, et but de la tête. Contre des Anglais, il faut arriver à le faire... L’égalisation. L’exploit venu de nulle part. « Trente minutes de calvaire supplémentaire » me dit une mauvaise langue dont le jetlag a été aggravé par le spectacle insipide.

Pendant les prolongations, on a compris qu’on allait avoir l’occasion de compléter la chronique consacrée aux penalties, pardon aux tirs aux buts. Cette dernière était trop longue, le présent chroniqueur avait sommeil, et il n’a donc pas abordé un aspect irrationnel du football. En effet, concernant les tirs aux buts, il existait une malédiction anglaise puisque cette équipe avait perdu la presque totalité des séances auxquelles elle a été confrontée depuis la fin des années 1980. Signe indien ? Peut-être. Selon des chercheurs qui se sont penchés sur la question, l’explication relevait surtout de la psychologie. Ainsi, chaque échec alimentait le suivant et confortait les joueurs anglais qu’ils étaient les plus mauvais dans cet exercice.

Des psychologues ont donc été appelés à la rescousse. Des consultants en motivation ont été mobilisés, des entrainements spécifiques ont été imaginés avec des sonos restituant l’ambiance de stades hostiles. Objectif, gommer la certitude que l’équipe nationale perdra toujours aux penalties. Avec l’élimination d’une bien décevante Colombie, la mission a donc été réussie. L’Angleterre a vaincu le signe indien. Parions qu’on parlera certainement longtemps du programme psychologique qui leur a permis d’en finir avec la malédiction des tirs aux buts.
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