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jeudi 5 janvier 2012

La chronique économique : Triste anniversaire pour l'euro

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 4 janvier 2012

L’euro est-il condamné ? Va-t-il disparaître ? Va-t-il s’effondrer face au dollar ou aux autres devises (yen, won ou même yuan) ? Dix ans après la mise en circulation, sous forme fiduciaire de la monnaie unique européenne (elle était en usage dès janvier 1999, notamment sur les marchés financiers), ces questions sont plus que jamais d’actualité. Certes, les dirigeants européens adoptent un discours rassurant et mettent en avant les efforts diplomatiques et institutionnels, déployés depuis plusieurs mois pour faire sortir l’Europe de la crise. Il n’empêche, ce qui se joue actuellement n’est ni plus ni moins que la survie de cette devise, confrontée à la défiance des marchés, dans une conjoncture marquée par une grave crise de la dette des Etats.

LA CHUTE DE L'EURO SEMBLE INELUCTABLE


Un indicateur résume à lui seul l’état d’esprit des investisseurs. Selon la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), l’instance de marché aux Etats-Unis qui régule les marchés dérivés, le nombre de contrats « shortant » l’euro, c’est-à-dire pariant sur sa baisse par rapport au dollar, a atteint un record (au 27 décembre 2011) de 127.900. La CFTC ne supervise qu’une part infime des flux sur le marché euro-dollar (ce dernier représente le tiers des transactions mondiales sur les devises) mais ses données sont un excellent indicateur, sur la tendance globale des marchés de change. Ces derniers connaissent donc une défiance de plus en plus grande, des fonds spéculatifs (ou hedge funds), à l’égard de l’euro. Il faut rappeler que ces fonds ont perdu beaucoup d’argent en 2011, en pariant (en vain) sur la chute de la monnaie unique. Le fait qu’ils maintiennent leurs positions courtes démontre qu’ils restent persuadés que la devise européenne va dévisser en 2012.

Plusieurs facteurs pourraient leur donner raison. Il y a d’abord la persistance de la crise grecque. De nombreux économistes sont désormais convaincus qu’Athènes va faire défaut sur sa dette, au premier semestre 2012. En annonçant son incapacité à faire face à ses échéances de remboursement, le gouvernement grec pourrait ainsi allumer un incendie qui se propagerait aux quatre coins de la zone euro. Une autre menace sur l’euro est la situation des finances publiques espagnoles. Madrid vient en effet, d’annoncer que son déficit public pour cette année sera de 8% du Produit intérieur brut (PIB) et non pas de 6%. En clair, cela veut dire que l’Espagne va devoir emprunter plus que prévu et à des taux plus élevés. Le troisième nuage sur l’euro est l’Italie, pays qui n’est toujours pas tiré d’affaire et qui va devoir mobiliser 430 milliards d’euros en 2012, dans un contexte marqué par une entrée en récession de son économie.

C’est donc un bien sombre anniversaire que les Européens ont célébré le 1er janvier dernier. A bien des égards, la crise de la dette semble hors de contrôle puisque le dernier chiffre des besoins des pays de la zone euro atteint désormais 900 milliards de dollars soit deux fois plus que ce que peut mobiliser le Fonds européen de stabilisation financière. De fait, chaque jour qui passe augmente les besoins de financement des pays européens ce qui met leur devise sous pression au point que de nombreux experts se demandent si la meilleure solution n’est pas tout simplement de revenir aux monnaies nationales (lesquelles seraient, pensent-ils, soumises à moins de contraintes, en matière de finances publiques).

L'ÉCHEC DES EUROCRATES

Cette crise de l’euro marque donc l’échec des politiciens et des experts qui pensaient que la création d’une monnaie unique pouvait être exemptée d’une réflexion sur les convergences fiscales et sociales en Europe. Faute d’avoir mis en place une politique économique commune, adossée à des règles fiscales partagées par tous ses membres, la zone euro est désormais en danger. Bien sûr, l’euro peut encore résister durant des années, ne serait-ce que parce que l’Allemagne continue de le défendre. Pourtant, les doutes entourant sa viabilité vont perdurer ce qui va aggraver les difficultés de financement des pays européens. Or, c’est bien pour l’inverse que l’euro a été créé. D’atout, la devise européenne est en train de se transformer en handicap.



Akram Belkaïd
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jeudi 8 décembre 2011

La chronique économique : L’EUROPE, LA CROISSANCE ET LES AGENCES DE NOTATION

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 6 décembre 2011
Akram Belkaïd, Paris

Le projet d’accord entre la France et l’Allemagne n’a donc pas évité une nouvelle humiliation aux pays membres de la zone Euro. Alors que l’on en était encore à déchiffrer le contenu de l’accord Sarkozy-Merkel destiné (soi-disant) à relancer la construction européenne, l’agence américaine a fait savoir qu’elle mettait les 17 pays de la zone Euro sous surveillance négative. Pire encore, la France est même menacée d’une dégradation de deux crans, ce qui l’éloignerait pour une très longue durée de la possibilité de regagner son « triple A » (AAA). En effet, il est plus facile de perdre cette note suprême que de la gagner…

DEUX CONTRADICTIONS MAJEURES

Cet accord franco-allemand et la réaction de S&P appellent au moins deux commentaires majeurs. Le premier est d’ordre général et peut permettre de comprendre pourquoi l’agence de notation, dans sa logique, a émis sa menace de dégrader la majorité des pays européens. A bien lire les dispositions du texte, on se rend compte qu’il est une énumération de tout ce que ni la France ni d’autres pays du continent n’ont été capables de faire au cours de ces dernières années. Ainsi, le document prévoit-il des sanctions automatiques pour les pays qui ne respectent pas la « règle d’or budgétaire », disposition qui impose de financer sans emprunt toute dépense de l’Etat (ce qui vise à réduire l’endettement et donc les déficits). Or, on sait bien que la règle d’or ne peut être respectée par les pays qui ont des économies faibles et qui ont toujours besoin de s’endetter. En réalité, l’accord franco-allemand ressemble à une liste de bonnes résolutions dont on sait très bien qu’elles ne seront jamais concrétisées. L’Europe ressemble ainsi à ces cancres qui établissent un planning de révisions ambitieux, tout en sachant qu’ils ne se mettront pas au travail…

L’autre grande remarque est d’ordre structurel. Encore une fois, il semble bien que Paris et Berlin se trompent de diagnostic. Pour rassurer les marchés, les deux gouvernements insistent sur leur détermination à aller vers toujours plus d’austérité et de contrôle des dépenses publiques. Or, et sans faire de jeu de mots douteux, l’Europe ne gagnera pas du poids (sur la scène internationale) en se forçant à maigrir en permanence. En effet, le vrai enjeu pour la zone Euro n’est pas de se contraindre mais bien de gagner plus de croissance. Ce n’est que par une augmentation de l’activité qu’elle créera des emplois et qu’elle parviendra à réduire les déficits (une économie qui repart génère des revenus fiscaux et donc contribue à équilibrer son budget). En s’entêtant à ne privilégier que la voie de la baisse des dépenses publiques sans vraiment réfléchir à une stratégie de croissance, l’Europe prend là le risque d’un vrai déclin.

 UNE LEÇON POUR LE MAGHREB

Par ailleurs, ce qui se passe en Europe est une leçon pour les défenseurs d’un Maghreb intégré. Cela prouve que l’on ne peut bâtir d’union économique durable sans un minimum de convergence politique. La grande erreur des Européens a été de croire que le marché peut tout régler. Aujourd’hui, on sent bien que ce qui manque à l’Europe, c’est une direction politique unifiée qui aille au-delà des agendas nationaux. Des questions comme l’uniformisation fiscale (afin d’éviter que des pays n’encouragent les délocalisations en baissant leurs impôts) et la conception d’une stratégie économique méritent ainsi d’être débattues à l’échelle de l’Union et ne peuvent rester du domaine des compétences nationales. C’est le chemin que doit emprunter l’Europe. C’est celui aussi que le Maghreb unifié devra prendre un jour.
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