Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 15 janvier 2013

La chronique économique : Les agences de notation toujours en question

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 9 janvier 2013
Akram Belkaid, Paris
 
Ce n’est pas encore la révolte générale mais un mouvement de défiance est bel et bien amorcé. Depuis plusieurs mois, de nombreuses entreprises européennes mais aussi des villes, des régions et des collectivités locales ont annoncé leur intention de ne plus être notées par plusieurs agences de notation. C’est le cas de l’assureur français Groupama qui n’accepte de n’être noté que par l’agence Fitch et cela après avoir résilié son contrat avec Standard & Poor’s (S&P).

UN PROCESSUS QUI N’EST PAS OBLIGATOIRE

Cette défiance montante a plusieurs raisons qui rappellent des vérités un peu trop vite oubliées au cours de ces deux dernières décennies où la folie du crédit facile a gangréné l’économie mondiale. La première, c’est qu’il n’existe aucune loi obligeant tel ou tel emprunteur à être noté par une agence. Certes, c’est devenu une obligation de fait, la majorité des prêteurs refusant, de par leurs statuts, d’octroyer des crédits sans l’avis d’une ou deux agences. Mais, encore une fois, rien, en théorie, n’interdit à une entreprise de chercher des financements sans avoir à passer par S&P, Moody’s ou Fitch. La seconde vérité, c’est que le processus de notation a un coût (ce que l’on paye à l’agence pour se faire noter) et, qu’en temps de crise, cela peut s’apparenter à une double punition. En clair, cela revient à payer cher une agence pour ensuite se faire malmener par elle en cas de difficultés financières, fussent-elles temporaires.

Dans le même temps, il est patent qu’aucune leçon de fond n’a été tirée de la crise financière de 2008. On le sait, cette dernière est due, entre autres, à l’explosion de produits financiers basés sur la dette. Or, le plus souvent, ces produits étaient très bien notés par les agences. Ces dernières n’ont donc rien vu de la dangerosité des dérivés de crédits mais aussi de la fragilité du marché des repos (financement à court terme) alors qu’il était de leur responsabilité d’alerter les investisseurs. Plus grave encore, avec le recul de ces quatre dernières années, on se rend compte qu’ayant réalisé leurs erreurs sur le tard, ces agences ont aggravé la crise par des dégradations successives des ratings (Etats, entreprises et collectivités). Incapacité à discerner le risque, réactions intempestives et obsession du court terme, c’est peu dire que l’aura et la crédibilité des agences a été largement entamée.

Au plus fort de la crise, les Etats avaient promis de légiférer pour obliger les agences à plus de maturité et de responsabilité. Aux Etats-Unis, ces dernières peuvent toutefois se réfugier derrière la Constitution puisque le processus de notation est assimilé à l’émission d’une opinion que nul, pas même l’Etat, ne peut contraindre. Par contre, l’Union européenne avait promis un texte ambitieux qui devait faire date. Dans quelques jours, le Parlement européen doit ainsi voter un texte qui exclut les agences de notation des réglementations financières. Une disposition qui n’entrera en vigueur qu’en 2020 et qui ne résoudra pas la question de la création ou non d’une agence transeuropéenne dépendant de la Commission européenne voire de la Banque centrale européenne (BCE).

REPENSER LA PRATIQUE DU CREDIT

De façon générale, les agences de notation posent le problème des ressources internes des prêteurs. Au lieu de développer leurs propres expertises en matière de risques, la majorité des acteurs ont externalisé cette fonction, se reposant presque entièrement sur les agences. Or, il faut se demander si ces dernières ont vraiment la capacité et les moyens de tout suivre, surtout en ces temps de réduction des effectifs. Savoir par exemple que, dans l’une des trois grandes agences de notation, c’est un seul analyste qui suit et note les cinq pays d’Afrique du Nord a de quoi laisser songeur…
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samedi 13 octobre 2012

La chronique économique : Le monde en crise, les dérives de la finance

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 10 octobre 2012
Akram Belkaïd, Paris



Il n’est nul besoin de rappeler que le mot «crise» est l’un des plus employés en ce moment par les médias du monde entier, notamment ceux d’Europe et des Etats-Unis, les deux régions les plus touchées par le ralentissement économique. Mais si ce terme est omniprésent, la compréhension du phénomène est de plus en plus difficile d’autant que cette crise est polymorphe. Elle détraque les économies réelles, creuse les finances publiques et affecte la solvabilité des secteurs bancaire et financier tout en limitant l’investissement mondial à long terme.

UNE CRISE VENUE DE LOIN
Il est donc utile de revenir aux sources de cette crise et d’en comprendre les développements successifs. C’est ce que permet l’ouvrage très détaillé de l’expert international Mustapha Bensahli qui vient d’être publié aux éditions Casbah (*). Spécialiste de finance et de fiscalité, l’auteur décrypte d’abord les «mécanismes déclencheurs de la crise financière», ces derniers résidant essentiellement dans l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis puis en Europe. Mais, on le sait, ce catalyseur que fut l’immobilier n’a pas été la cause structurelle d’une crise qui est loin d’être achevée. Et c’est vers les incroyables dérives de la finance internationale que nous invite à regarder Mustapha Bensahli. Spéculation, obsession du court-terme, sophistication poussée à l’extrême (comme l’a montré le développement spectaculaire de la titrisation et des produits dérivés, à l’image des désormais fameux «Credit Default Swaps» ou CDS) ont miné et la finance mondiale et corrompu l’économie réelle.

Bien entendu, tout cela n’aurait pas été possible sans une dérégulation à tout va, symbolisée par l’abrogation aux Etats-Unis du Glass-Steagall Act, cette loi instaurée après la crise de 1929 pour cloisonner banques d’affaires et banques de détail. Initiée par le duo Reagan-Thatcher, assumée par des gouvernements dits de gauche comme celui de Bill Clinton aux Etats-Unis, de Lionel Jospin en France ou de Tony Blair en Grande-Bretagne, la déréglementation a vu ses effets pervers démultipliés par le contournement des lois restées en vigueur. L’un des meilleurs exemples en la matière a été «l’ingéniosité» des banques à habiller leurs bilans et à passer à travers les mailles du filet des normes comptables internationales. L’auteur détaille aussi les mécanismes de contagion qui ont permis le passage de la crise financière vers l’économie réelle.

Il explique comment cette crise a exigé la mobilisation de capitaux importants, notamment pour se porter au secours des banques, ce qui, au final, a généré une débâcle quasi généralisée des finances publiques européennes mais aussi étasuniennes et japonaises. L’un des chapitres de l’ouvrage dresse, par ailleurs, un panorama détaillé des solutions mises en place pour sortir de la crise ainsi que de leurs conséquences immédiates, à l’image de l’impressionnante série de dégradation des ratings souverains par les agences de notation. Mustapha Bensahli relève aussi le fait que le recours à des dévaluations plus ou moins officielles a été l’un des moyens d’atténuer la crise, ce qui a débouché sur une guerre des grandes monnaies mondiales.

DES SOLUTIONS
L’auteur décrit enfin les différents scénarios de sortie de crise, qu’ils soient conçus par les tenants d’une économie libérale ou par ceux qui défendent un retour en force de l’Etat, non pas comme acteur économique, mais comme force régalienne. Un troisième scénario, plus neutre, est aussi présenté avec, tout de même, ce jugement selon lequel il ne peut y avoir de solution à la crise sans remise en cause ou ajustement en profondeur du dogme du «laisser-faire».
Voilà un ouvrage qui est à la fois didactique et exhaustif et qui a le mérite d’expliciter les mécanismes de ce qui est d’ores et déjà considéré comme étant la grande crise du début du XXIe siècle.

(*) Le monde en crise. Les dérives de la finance. Préface du professeur Hocine Benissad. Casbah Editions.378 pages, 750 dinars (prix indicatif).
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jeudi 8 décembre 2011

La chronique économique : L’EUROPE, LA CROISSANCE ET LES AGENCES DE NOTATION

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 6 décembre 2011
Akram Belkaïd, Paris

Le projet d’accord entre la France et l’Allemagne n’a donc pas évité une nouvelle humiliation aux pays membres de la zone Euro. Alors que l’on en était encore à déchiffrer le contenu de l’accord Sarkozy-Merkel destiné (soi-disant) à relancer la construction européenne, l’agence américaine a fait savoir qu’elle mettait les 17 pays de la zone Euro sous surveillance négative. Pire encore, la France est même menacée d’une dégradation de deux crans, ce qui l’éloignerait pour une très longue durée de la possibilité de regagner son « triple A » (AAA). En effet, il est plus facile de perdre cette note suprême que de la gagner…

DEUX CONTRADICTIONS MAJEURES

Cet accord franco-allemand et la réaction de S&P appellent au moins deux commentaires majeurs. Le premier est d’ordre général et peut permettre de comprendre pourquoi l’agence de notation, dans sa logique, a émis sa menace de dégrader la majorité des pays européens. A bien lire les dispositions du texte, on se rend compte qu’il est une énumération de tout ce que ni la France ni d’autres pays du continent n’ont été capables de faire au cours de ces dernières années. Ainsi, le document prévoit-il des sanctions automatiques pour les pays qui ne respectent pas la « règle d’or budgétaire », disposition qui impose de financer sans emprunt toute dépense de l’Etat (ce qui vise à réduire l’endettement et donc les déficits). Or, on sait bien que la règle d’or ne peut être respectée par les pays qui ont des économies faibles et qui ont toujours besoin de s’endetter. En réalité, l’accord franco-allemand ressemble à une liste de bonnes résolutions dont on sait très bien qu’elles ne seront jamais concrétisées. L’Europe ressemble ainsi à ces cancres qui établissent un planning de révisions ambitieux, tout en sachant qu’ils ne se mettront pas au travail…

L’autre grande remarque est d’ordre structurel. Encore une fois, il semble bien que Paris et Berlin se trompent de diagnostic. Pour rassurer les marchés, les deux gouvernements insistent sur leur détermination à aller vers toujours plus d’austérité et de contrôle des dépenses publiques. Or, et sans faire de jeu de mots douteux, l’Europe ne gagnera pas du poids (sur la scène internationale) en se forçant à maigrir en permanence. En effet, le vrai enjeu pour la zone Euro n’est pas de se contraindre mais bien de gagner plus de croissance. Ce n’est que par une augmentation de l’activité qu’elle créera des emplois et qu’elle parviendra à réduire les déficits (une économie qui repart génère des revenus fiscaux et donc contribue à équilibrer son budget). En s’entêtant à ne privilégier que la voie de la baisse des dépenses publiques sans vraiment réfléchir à une stratégie de croissance, l’Europe prend là le risque d’un vrai déclin.

 UNE LEÇON POUR LE MAGHREB

Par ailleurs, ce qui se passe en Europe est une leçon pour les défenseurs d’un Maghreb intégré. Cela prouve que l’on ne peut bâtir d’union économique durable sans un minimum de convergence politique. La grande erreur des Européens a été de croire que le marché peut tout régler. Aujourd’hui, on sent bien que ce qui manque à l’Europe, c’est une direction politique unifiée qui aille au-delà des agendas nationaux. Des questions comme l’uniformisation fiscale (afin d’éviter que des pays n’encouragent les délocalisations en baissant leurs impôts) et la conception d’une stratégie économique méritent ainsi d’être débattues à l’échelle de l’Union et ne peuvent rester du domaine des compétences nationales. C’est le chemin que doit emprunter l’Europe. C’est celui aussi que le Maghreb unifié devra prendre un jour.
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dimanche 21 août 2011

Akram Belkaïd, journaliste spécialiste des marchés financiers, à «Algérie-Focus.Com» : «On est en train d’atteindre le point haut des contradictions du système néo-libéral»

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Quelle est la nature de la crise de la dette qui frappe l’Europe actuellement ?

Il s’agit d’une crise à plusieurs facettes. Il y a d’abord le fait que les Etats européens font face à des difficultés financières qui les obligent à emprunter sur les marchés financiers pour boucler leur budget. Le problème, c’est que les marchés de la dette commencent à devenir à la fois gourmands et inquiets. Gourmands parce qu’ils aimeraient bien obliger les Etats emprunteurs à payer des taux d’intérêts plus élevés. Inquiets parce qu’ils se demandent si certains Etats ne vont pas être en faillite et décider de ne pas rembourser une partie de leur dette. L’autre aspect de la crise est structurel. On est en train d’atteindre le point haut des contradictions du système néo-libéral.

Si les Etats s’endettent, c’est parce que leurs économies ne sont pas florissantes (ce qui signifie que les entreprises et les particuliers gagnent moins d’argent et paient donc moins d’impôts). Mais, dans le même temps, ces mêmes Etats, comme les Etats-Unis d’ailleurs, n’ont pas cessé de diminuer les impôts des plus riches depuis ces trente dernières années. En renonçant aux rentrées fiscales, les Etats n’ont pas d’autre choix que de s’endetter. C’est pourquoi des personnalités telles que le milliardaire américain Warren Buffet disent qu’il faut que les riches (particuliers mais aussi entreprises) paient plus d’impôts pour équilibrer les comptes des Etats et ne plus s’adresser au marché.

Quel rôle ont joué les agences de notations dans le déclenchement de cette crise ?

Ces agences ont amplifié la crise mais ne l’ont pas déclenchée. Le problème vient d’abord des gouvernements qui n’ont pas cessé de déréguler les marchés financiers et de leur donner de plus en plus de pouvoir. Au lieu d’avoir recours à des politiques néolibérales de diminution des impôts pour les classes les plus aisées, ces gouvernements auraient mieux fait d’éviter de s’endetter autant. En le faisant, ils sont devenus dépendants de l’avis des agences de notation dont chaque décision a pris une tournure exagérée.

C’’est quoi une agence de notation et comment fonctionne-t-elle ?

Une agence de notation évalue les risques que présente un emprunteur de ne pas rembourser sa dette. Cet emprunteur peut être un Etat, une entreprise ou même une collectivité locale. Le mécanisme de fonctionnement est simple. Quand il veut s’endetter sur le marché, l’emprunteur a intérêt à être noté par une agence sinon les investisseurs ne lui prêteront pas d’argent. Dans les faits, c’est l’emprunteur qui demande à être noté et qui paie pour cela. Il s’engage à fournir les informations nécessaires aux analystes de l’agence de notation qui, de manière régulière, font connaître leur avis par une note.

Ainsi le AAA (triple A) signifie que l’emprunteur ne présente aucun risque de défaut. A l’inverse, des notes comme C voire D ou E, signifient qu’il est très risqué de prêter de l’argent c’est pourquoi le marché exige alors d’importants taux d’intérêts. C’est tout l’enjeu de la dégradation. Quand un pays passe de A à B+, cela signifie que, concrètement, il va devoir payer plus pour emprunter. C’est en cela que les agences de notion peuvent torpiller les efforts d’un pays pour stabiliser sa situation financière. Une dernière chose, les Agences de notation ne notent que si elles sont sollicitées par l’emprunteur et payées par ce dernier. De plus, leurs notes sont considérées comme des opinions, du moins aux Etats-Unis, ce qui les rend pratiquement inattaquables sur le plan légal.

L’Algérie est-elle concernée par les élévations des agences de notation telle que Standard and Poor ?

Non. A ma connaissance, l’Algérie n’a pas demandé à être notée. De plus, notre pays a pratiquement réduit sa dette extérieure et ne s’adresse pas au marché obligataire. A l’inverse, la Tunisie a emprunté sur les marchés et sa note a été dégradée au lendemain de la chute de Ben Ali. Cela montre que les agences de notation n’ont qu’une seule obsession : la capacité de remboursement. Le problème au cours de ces dernières années, c’est qu’elles se sont beaucoup trompées. Elles n’ont pas vu venir la crise de l’Internet ni celle des subprimes.
Cela explique leur zèle actuel. Dans un monde parfait, ces agences devraient être encadrées et régulées de manière à ce que la moindre de leur décision ne mette pas le feu aux marchés financiers.

Entretien réalisé par Nassim Brahimi :

Biographie :
Akram Belkaïd, journaliste et essayiste, a travaillé pendant 15 ans au quotidien économique et financier français «La Tribune» où il a notamment suivi les marchés financiers. Il collabore aujourd’hui avec «Le Monde Diplomatique», «SlateAfrique», «Afrique Magazine» et «Le Quotidien d’Oran». Il publie «Etre Arabe Aujourd’hui» aux éditions Carnetsnord (22 septembre).


mercredi 2 février 2011

La chronique économique :Le zèle déplacé de Moody’s

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 2 février 2011


L’affaire a fait couler beaucoup d’encre alors que la révolution tunisienne battait son plein et que débutait la révolte légitime des Egyptiens contre l’ordre dictatorial du président Moubarak. De quoi s’agit-il ? Il y a dix jours, l’agence de notation financière Moody’s a abaissé d’un cran la note souveraine de la Tunisie « en raison des incertitudes économiques et politiques qui pèsent sur le pays en proie à de graves troubles depuis le changement inattendu de régime ». Dans le détail, Moody’s a dégradé de Baa2 à Baa3 la note de la dette souveraine de la Tunisie et a changé la perspective de stable à négative. De leur côté, Fitch et Standard & Poors ont placé la note de la dette souveraine de la Tunisie sous «surveillance négative», ce qui est un moindre mal.

Du zèle formaliste

Moody’s a donc déclenché un tollé général un peu partout dans le monde à commencer par la Tunisie où de nombreux cadres et officiels, notamment ceux de la Banque centrale, ont critiqué une mesure jugée à la fois honteuse et provocatrice. Il est vrai que la première conclusion que l’on peut tirer de cette affaire est que cette agence de notation préfère les dictatures aux démocraties. Pour se défendre, les analystes de Moody’s avancent un seul et même argument. Leur travail n’est pas de faire de la politique ou de juger de la qualité démocratique de tel ou tel pays mais bien de défendre les intérêts des prêteurs. En clair, pour l’agence, il était urgent de signaler à tous ceux qui détiennent de la dette tunisienne que le risque de non-remboursement augmentait du fait des événements et de l’instabilité provoquée par la chute de Ben Ali.
On peut comprendre que Moody’s cherche à démontrer sa capacité d’anticipation et sa volonté de ne pas être débordée par les événements. Souvenons-nous que les agences de notation n’ont rien vu venir des grandes crises récentes à commencer par celle des subprimes dont l’économie mondiale paie encore le prix. En dégradant la note de la Tunisie, Moody’s joue donc pleinement son rôle qui est celui d’être une vigie pour les marchés obligataires internationaux quitte à paraître jeter de l’huile sur le feu.
Reste que cette attitude relève plus du pur formalisme zélé que d’une quelconque rigueur professionnelle. Dans cette affaire, la Tunisie a bon dos, elle qui paie Moody’s pour être notée comme le font tous les Etats qui émettent de la dette. Il y a plusieurs éléments qui auraient dû inciter l’agence de notation à être plus prudente et à se contenter de mettre la note souveraine de la Tunisie sous surveillance sans aller à une dégradation. Il y a d’abord le fait que ce pays a toujours remboursé sa dette et n’a jamais fait défaut. De plus, la proximité avec l’Union européenne et l’existence d’un accord d’association aurait dû plaider pour plus de retenue.
Quel rôle pour les agences de notation ?


Cette affaire remet donc sur le tapis le débat sur la pertinence des agences de notation. Certes, elles sont essentielles car elles permettent à l’investisseur de savoir quel risque il prend quand il acquiert l’obligation souveraine d’un pays. Mais dans le même temps, on voit bien qu’elles ne sont pratiquement jamais à la hauteur dès lors que l’on sort du ronron quotidien de la vie des marchés. Une révolution en Tunisie, demain en Egypte, ne sont pas des événements neutres et mériteraient des procédures exceptionnelles - et plus prudentes - de la part des agences. La chute d’un régime implique peut-être des turbulences à court terme mais dessine de véritables perspectives à long terme. En l’ignorant, Moody’s a fait une erreur d’appréciation qui réduit la portée de son zèle professionnel. Et le marché et les investisseurs le lui reprocheront tôt ou tard.

Akram Belkaïd

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5148775
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