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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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jeudi 28 janvier 2021

La chronique économique : L’année de la Chine

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 13 janvier 2021

Akram Belkaïd, Paris

 

 

Jusqu’où ira la Chine ? Alors que la planète vit encore au rythme de la pandémie de Covid-19 et même au rythme de « l’épidémie dans l’épidémie », comprendre la diffusion fulgurante du variant, ou virus mutant, anglais ; Alors que les yeux sont braqués sur les États-Unis où l’on se demande ce que Donald Trump va bien pouvoir inventer comme nouvelle provocation avant son départ de la Maison-Blanche, les économistes et la presse dans sa grande majorité s’intéressent de nouveau à la Chine, lieu de départ de l’épidémie, faut-il le rappeler.

 

Une croissance vigoureuse

 

Un an après l’annonce du premier mort du Covid-19 et du confinement massif et historique des dix millions d’habitants de la ville de Wuhan, la Chine semble être revenue à un niveau de normalité que lui envient nombre de pays. Après une croissance économique de 2% en 2020 - signe que le pays aura tout de même échappé à la récession, le produit intérieur brut (PIB) devrait croître de 8% en 2021. Dans une série consacrée cette semaine à la Chine, le quotidien français Le Monde estime même que la pandémie a accéléré l’essor économique de ce pays.

 

Il ne s’agit pas simplement du niveau de croissance auquel Pékin a habitué la planète depuis une vingtaine d’années. C’est surtout que le rattrapage vis-à-vis des autres puissances est en phase d’accélération dans un contexte marqué par les conséquences dramatiques de la pandémie. Jusqu’à présent, il était habituel d’affirmer que la Chine ne serait pas au niveau de ses rivaux, dont les États-Unis, avant 2040 voire 2050. Aujourd’hui, si les prévisions économiques restent en l’état, le PIB chinois pourrait atteindre le premier rang mondial d’ici 2030 voire 2028. On imagine les conséquences, ne serait-ce que géostratégiques, d’un tel changement dans la hiérarchie mondiale.

 

Aux États-Unis, le camp républicain, soucieux de se refaire une virginité après la fin chaotique du mandat Trump va y trouver un matériau en or pour attaquer Joe Biden d’ores et déjà accusé de faiblesse à l’égard de Pékin. Les démocrates agitaient le hochet russe pour disqualifier Trump. Les républicains feront la même chose à l’égard du nouveau président américain en l’accusant de ne pas défendre la suprématie américaine vis-à-vis de l’essor croissant de la Chine. Tout cela bien sûr étant relatif car le budget de défense américain continuera encore de surclasser celui de son rival mais, pour le reste, on sent bien que le monde atteint un point de basculement, celui où la grande puissance américaine ne sera plus aussi hégémonique qu’avant. Question : cela augure-t-il d’affrontements armés ?

 

Quelle que soit l’issue, il faut d’abord s’attendre à un durcissement des batailles commerciales entre les deux pays mais la Chine a bien compris qu’il lui fallait profiter des divisions pour continuer à s’imposer. Le brexit mais aussi la brutalité de l’administration Trump à l’égard des Européens ont favorisé les desseins de Pékin. La signature d’accords économiques récents avec Bruxelles et le manque de réaction vigoureuse de l’Union européenne face à la répression à Hong Kong montrent que la situation évolue en faveur du camp chinois.

 

Pays développé ?

 

Rançon du succès, il sera de plus en plus difficile à la Chine de continuer à prétendre qu’elle n’est « qu’un » pays en développement. Dans quelques années, le revenu annuel par habitant sera l’équivalent de celui de pays industrialisés et les diverses dispenses et avantages dont bénéficie Pékin en matière de commerce international, de normes ou de facilités d’accès à certains marchés vont certainement être révoqués. Cela obligera, d’une certaine manière, la Chine à assumer sa position de géant planétaire. L’équilibre géostratégique de la planète en sera alors totalement modifié et une ère d’incertitudes s’ouvrira, largement dépendante de l’acceptation ou non par les Etats-Unis de leur relégation au second rang.

 

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mardi 20 octobre 2015

La chronique économique : Un prix pour le bon sens

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 14 octobre 2015

Akram Belkaïd, Paris


Il arrive parfois que les sciences économiques fassent entrer en concordance leur ésotérisme mathématique et le bon sens... Cette année, c’est d’ailleurs ce dernier que vient de récompenser le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel. Un prix que, par un raccourci regrettable (on le répète chaque année), on continue de désigner par l’expression fausse de Prix Nobel d’Economie (Le « vrai » prix Nobel, décerné en Norvège, ne récompense que la médecine, la littérature, la physique, la chimie et la paix).


La croissance ne garantit pas le développement


Cette année, le Prix des sciences économiques a été attribué à Angus Deaton. Enseignant à l’université de Princeton, cet américano-britannique de 69 ans (il est né en Ecosse) a été récompensé pour ses travaux sur « l’analyse de la consommation, de la pauvreté et du bien-être ». D’une certaine manière, les travaux de Deaton tendent à remettre en cause nombre d’idées défendues par les grandes organisations internationales et les tenants du consensus néolibéral. Ainsi, il a pointé un élément fondamental concernant la croissance du Produit intérieur brut (PIB). Qu’on le veuille ou non, cette dernière, même si elle est forte, ne suffit pas toujours à juguler la pauvreté ou à faire sortir du sous-développement. Cela fait des années que cette réalité est connue, notamment en Afrique où la croissance ne crée que des poches de développement (d’où l’émergence du concept de « croissance inclusive », autrement dit qui concerne tout le monde). Angus Deaton a aussi beaucoup travaillé sur l’Inde et relevé que l’accroissement des richesses n’y résout pas tout.


De même, ses travaux rappellent qu’il serait illusoire de rattraper plusieurs siècles de sous-développement ou, plus encore, de retard de développement. De manière explicite, cela repose la question de l’efficacité de l’aide internationale qui, trop souvent, ne contribue qu’à maintenir ses bénéficiaires à flot sans pour autant les engager dans un cycle de transformation structurelle. Pour être clair et ne pas ouvrir la voie à d’autres interprétations, il ne s’agit pas de ne plus donner mais bien de donner plus pour créer les conditions du développement. Et ce « plus » passe par le capital humain. Des domaines comme la santé, autrement dit le prix des médicaments et des installations sanitaires et de l’éducation soit la formation de cadres, y compris à l’étranger, sont jugées prioritaires par Angus Deaton. A ce titre, ce dernier est favorable à une plus grande souplesse en matière de circulations migratoires, estimant que les jeunes diplômés qui rentrent dans leurs pays peuvent aider à son développement.


Quand revenus et bien-être divergent


Par ailleurs, les travaux de l’économiste sur le bien-être méritent d’être signalés dans un monde où l’on confond trop souvent richesse et bonheur. Certes, l’économiste ne nie pas que l’argent est nécessaire et ses travaux montrent que le bien-être croit avec la richesse. Mais ils prouvent aussi que ce n’est vrai que jusqu’à un certain point. Ainsi, dans les sociétés riches, la courbe du bonheur en fonction des revenus devient plate après 75.000 dollars de ressources annuelles. A partir de là, d’autres facteurs entrent en jeu qui conditionnent le bien-être dont ces fameux éléments non-quantifiables (générosité, rôle social, philanthropie, bénévolat…). Mais il ne faut pas oublier non plus l’existence de certaines caractéristiques humaines comme cette insatisfaction qui peut naître du fait que l’on n’arrive pas à gagner plus que celui qui a la même rémunération…
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