Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mardi 8 juillet 2014

L'écrivain sud-africain Mark Behr à propos de Nelson Mandela

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Mark Behr est un écrivain sud-africain (il écrit en anglais et en afrikaner). Il a été soldat et a combattu en Angola.

 
- « Si Nelson Mandela était considéré comme un terroriste par l’Afrique du Sud blanche, d’autres en faisaient autant. Trois ans avant sa libération, après vingt-sept années d’enfermement, Margaret Thatcher, première ministre britannique, parlait encore de l’ANC, dont il était le leader comme d’un ‘’exemple typique d’organisation terroriste’’.  (…)
- Maintenant que le nom de Mandela est universellement célébré, il est gênant de se rappeler que, il y a peu, c’était nous, les gens prétendument civilisés, qui utilisions ce langage pour justifier notre politique et nos guerres ; nous, dont les privilèges, le silence et les actes ont maintenu des gens comme Nelson Mandela en prison, et la majorité des Noirs d’Afrique en situation d’infériorité et de servitude légale. Nous étions des racistes. C’était même sans doute nous, les Blancs – moi compris – les vrais terroristes. (…)
- Sa [Nelson Mandela] volonté d’humaniser l’adversaire et tous ceux qui s’opposaient encore à l’égalité raciale et à la démocratie a changé la nature du discours politique à tout jamais. (…)
- Par ses paroles et ses actes, Nelson Mandela suggère que l’imagination et la responsabilité morale sont au cœur de toute démarche vertueuse. Chez Nelson Mandela, comme chaque jour dans ce pays, nous avons assisté à une libération du potentiel humain sous des formes qui obligent à se demander, parfois avec remords, honte et un sentiment nouveau de responsabilité, ce qu’aurait pu être l’Afrique du Sud – et le monde aussi, d’ailleurs – si l’on n’avait pas laissé le fléau du racisme souiller l’histoire de l’humanité pendant cinq siècles.
- La démocratie ne peut s’épanouir qu’au sein de civilisations ne fuyant pas le dialogue : un dialogue ancré dans le présent, mais qui cherche néanmoins à saisir les rapports entre passé et présent. (…)
- Nelson Mandela nous lègue la certitude que, sans cette forme d’empathie absolue – cet effort d’imagination pour se mettre à la place des autres, les marginaux, les pauvres, ceux qui n’ont toujours pas voix au chapitre, qui possèdent le moins -, il ne pourra y avoir aucun changement personnel, social ou politique, et, à coup sûr, aucune justice.

In Le Monde, 8 décembre 2013 (traduction de l’anglais par France Camus-Pichon)
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vendredi 4 octobre 2013

La chronique économique : Les x-nomics

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Le Quotidien d'Oran, mercredi 2 octobre 2013
Akram Belkaïd, Paris

Connaissez-vous les « abenomics » ? Ce terme est aujourd’hui omniprésent dans la presse spécialisée dès lors qu’il s’agit du Japon. Pour être plus précis, c’est un mot-valise qui désigne les principales orientations de la politique économique appliquée par le Premier ministre japonais Shinzo Abe depuis son retour au pouvoir en décembre 2012. De quoi s’agit-il ? C’est un cocktail qui mêle plan de relance avec un assouplissement monétaire (maintien à un niveau bas des taux d’intérêts) le tout adossé à une nouvelle stratégie de croissance où un yen faible dope les exportations. Dans le même temps, Shinzo Abe tente de relancer la consommation par une hausse des salaires tandis que l’augmentation prévue de la taxe sur la valeur ajoutée (tva) a été moins importante que prévu pour ne pas briser la timide reprise de l’activité.

De Reagan à Thaksin

A force d’être martelées, expliquées, décortiquées, les grandes lignes de la politique économique d’Abe ont donc mérité le label « nomics ». Il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas d’un jugement de valeur ou d’une quelconque forme de validation mais juste d’un constat selon lequel la dite politique est cohérente et, surtout, qu’elle est concrète. Le premier homme politique à avoir bénéficié de cette catégorisation est bien entendu Ronald Reagan, président des Etats-Unis de 1980 à 1988. Concoctés par l’économiste Milton Friedman, les « reaganomics » ont façonné nombre de programmes économiques dans les années 1980 et 1990 et continuent d’ailleurs d’influencer les doctrines de la majorité des institutions financières. Réduction des dépenses publiques, réduction des impôts, dérégulation et, enfin, recours à la politique monétaire pour combattre l’inflation : voilà ce que furent les quatre piliers des « reaganomics ». On sait que l’ancien acteur devenu président s’est fortement inspiré de la ligne économique suivie par Margaret Thatcher. Mais, pour cette dernière, il n’a (presque) jamais été question de « thatchernomics ». En effet, on parlait plus de Thatcherisme, ce « isme » tendant à prouver que l’influence de la dame de fer a été le socle majeur et prépondérant de toutes les politiques néolibérales.

D’autres responsables ont eu droit eux aussi à leur « nomics ». Certains sont plus ou moins oubliés à l’image de Roger Douglass, ministre néo-zélandais des finances (1984-1990). Appartenant au Parti travailliste, il a tout de même mis en place des mesures libérales – les « rogernomics » - avec des privatisations, une baisse des subventions et un soutien au libre-échange commercial. A l’opposé, les « thaksinomics » du Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra (2001-2006) étaient un mélange de relance keynésienne destinée à définitivement effacer les effets de la crise asiatique de 1997 (grands travaux, soutiens à la consommation, aides au monde rural avec un moratoire sur certaines dettes) le tout mâtiné de quelques privatisations pour ne pas trop fâcher le Fonds monétaire international (FMI). Enfin, Bill Clinton est le dernier président américain dont la politique économique a été jugé suffisamment consistante pour être appelée « clintonomics » : discipline budgétaire pour réduire les déficits, taux d’intérêts bas, soutien au libre-échangisme et développement des marchés financiers, notamment par la dérégulation, en ont été les grandes orientations (inspirées, entre autre, par Robert Rubin et Lawrence Summers). A l’inverse, l’expression « obamanomics » est à prendre avec des pincettes, ayant été utilisées par les républicains pour en moquer le manque de consistance et pour faire la rime avec « kremlinomics », une manière comme une autre de persuader l’électeur américain que Barack Obama n’est qu’un dangereux communiste…

Les « zéronomics »

Et l’Algérie dans tout ça ? Rentier incapable de diversifier son économie, il y a bien longtemps que ce pays n’a plus bénéficié de politique économique cohérente. Le terme n’existait pas dans les années 1970 mais l’on aurait peut-être pu parler de « boumenomics » voire d’« abdessnomics ». Une décennie plus tard, il aurait été possible, réformes obligent, d’évoquer les « hamrounomics ». Mais, depuis, plus rien. Car qui peut aujourd’hui trouver la moindre ligne directrice et la moindre logique rationnelle dans les semblants de politiques économiques suivies en Algérie depuis plus de vingt ans ? Peut-être, d’ailleurs, faudrait-il parler à ce sujet de « zéronomics »…
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