Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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dimanche 11 avril 2021

"Salvator Mundi", 450 millions de dollars pour un faux ?

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Dans sa dernière livraison l’hebdomadaire L’Obs, consacre un passionnant article à la controverse entourant le tableau « Salvator Mundi » acheté 450 millions de dollars par le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman dit « MBS ». La problématique est simple : un temps attribué à Léonard de Vinci, ce tableau représente le Christ, « sauveur du monde, avec sa main droite qui bénit et sa main gauche qui tient un orbe » écrit David Caviglioli qui rappelle qu’il s’agit d’une « représentation du Christ commune à la Renaissance. » Las, une grande majorité d’experts de l’art conteste que ce tableau ait été peint par le Grand maître. Selon l’avis le plus répandu, « le plus grand des hommes » n’aurait que partiellement contribué à cette peinture vraisemblablement exécutée par les membres de son atelier dont Giovanni Antonio Boltraffio. 

Bref, l’hypothèse que MBS ait dépensé 450 millions de dollars pour une toile qui vaudrait vingt à trente fois moins que ce montant est très probable. Comme l’indique l’article, France 5 diffusera le 13 avril un documentaire du réalisateur Antoine Vitkine qui a enquêté deux ans sur cette affaire qui mêle histoire de l’art, géopolitique, tractations diplomatiques (entre la France et l’Arabie saoudite) et escroqueries.

En attendant, deux pépites relevées dans l’article de Caviglioli méritent d’être signalées :

- A propos de l’achat, anonyme, du tableau par MBS, une cadre de Christie’s commente ainsi les surenchères du prince à coup de vingtaines de millions de dollars : « C’est ça qui m’a choquée. Que des gens puissent prendre plaisir à balancer de l’argent comme ça, sans être même vus. » Si MBS ne s’était pas caché derrière plusieurs intermédiaires, les choses n’auraient donc pas été choquantes…

- Début 2017, le tableau ne trouve toujours pas d’acquéreur. Ses propriétaires de l’époque en demandent entre 125 et 190 millions de dollars. Après plusieurs déconvenues, ces mêmes propriétaires, écrit Caviglioli, se tournent « vers des fortunes plus récentes, plus ignorantes des disputes entre historiens d’art. Les Chinois, les Arabes. Les Texans. » No comment...


Pour lire l'article complet : https://www.nouvelobs.com/culture/20210407.OBS42386/exclusif-le-tableau-le-plus-cher-de-l-histoire-etait-un-faux-leonard-de-vinci.html

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lundi 19 octobre 2015

Ai Weiwei à propos de la nature du pouvoir chinois

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Extraits d’un entretien accordé par l’artiste chinois à L’Obs (24 septembre 2015)

L’Obs.- Vous n’aimez pas être présenté comme un dissident…
Ai Weiwei.- J’ai toujours dit et répété que je n’étais pas un artiste dissident. Je considère que c’est le gouvernement chinois qui est un gouvernement dissident. Voilà ma position. Je souhaite que la situation change en Chine, même si actuellement tout est fait pour qu’elle ne change pas. Seules les sociétés où la liberté existe peuvent générer des valeurs communes fondées sur l’imagination, la créativité, l’échange. On ne peut pas développer un pays où l’on propose comme seul but aux gens de s’enrichir. Gagner de l’argent, ce n’est pas donner un sens à la vie.

L’Obs.- Considérez-vous que la Chine est un pays communiste ?
Ai Weiwei.- La Chine est dirigée par le Parti communiste, mais elle n’est pas du tout communiste. D’ailleurs, plus personne ne sait ce que signifie ce mot. De fait, le gouvernement est une structure qui ne vit que par elle-même, avec ses luttes de clans, de pouvoir. Même si elle maintient une chape de plomb sur le pays, elle n’en est pas moins fragile, parce que cette structure ne nourrit aucune croyance, aucun idéal.
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lundi 21 septembre 2015

Hybridation, design, arts et âge hypermoderne

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Extrait de « L’Esthétisation du monde », de Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, Gallimard, 2013.
« On ne compte plus les objets qui se présentent comme des hybrides (…) Avec le design de Xavier Moulin et Aldo Cibic, meubles de maison et appareils sportifs peuvent s’échanger (…) Même l’automobile n’échappe plus à cette logique : la Smart présente un look de BD, elle est une voiture-jouet, tout à la fois pratique, ludique et écologique. (…) au principe des nouvelles hybridations se trouvent avant tout la volonté et l’exigence de surprendre le consommateur ‘blasé’. (…)
« Cette dynamique n’est pas propre au design. Partout s’affirment les esthétiques de l’hybridation, le mixage des catégories et des genres, des pratiques, des matières et des cultures. (…) Les métissages musicaux prolifèrent ; la cuisine fusion mixe tous les aliments et toutes les saveurs. Les architectures de Frank Gehry ressemblent à de fantastiques sculptures poétiques. Les croisements entre le théâtre et la danse (Pina Bausch), théâtre, peinture et cinéma (Bob Wilson) s’intensifient. Les émissions à la télévision se multiplient qui mélangent les genres, qui mêlent culture et divertissement, politique et mode, écrivains et top-modèles, philosophes et chanteurs de variétés, sérieux et trivialité, haute culture et culture populaire. L’âge hypermoderne est contemporain des créations croisées, répondant au vœu de John Cage d’« une interpénétration sans obstruction ». Comme l’a dit Andrea  Branzi, l’hybridation est le maître mot de notre seconde modernité.
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lundi 29 septembre 2014

Bruno Dumont et le cinéma

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L'hebdomadaire L'Express a eu la bonne idée d'interviewer Bruno Dumont, cinéaste discret mais exigeant - certains diront hermétique -, et ancien prof de philo.
Extraits :

L'Express : A quoi sert le cinéma ?
Bruno Dumont : A sortir de la vie. Le cinéma est un art et l'art élargit le spectre de notre pensée. C'est un lieu de réflexion, de méditation, de distraction. Mais il est devenu trop récréatif. L'industrie n'en fait que ça. Ou presque. C'est pourtant un art majeur, dont il faut accepter les épines. Les épines font partie de la rose. Il y a quarante ans, un film de Bergman créait l'événement. Aujourd'hui, il sortirait en salles en faisant moins de bruit. Ce cinéma-là circule davantage dans les festivals, mais a du mal à vivre dans le commerce. (...)

Qu'est-ce qui différencie le cinéma des autres arts ?
Il fait prendre conscience de l'altérité, connaître les autres, les autres pays, les autres mœurs. Il possède une fonction d'apprentissage. C'est un art populaire qui donne une ouverture d'esprit. Il nous fait grandir, apprendre, accepter, comprendre. Le cinéma est le témoin du mystère humain, ce que l'on est. L'art possède une puissance cathartique évidente (...) Je sors meilleur d'un film, parce que j'y ai compris quelque chose de mes instincts (...)

N'est-ce pas très égocentrique de déclarer au monde "voilà ce que j'ai à dire" ?
(...) Le pire des auteurs est celui qui pense au public. Le public vous sera gré, je pense, de votre sincérité. Le désir de plaire, c'est de la démagogie. C'est insupportable. Marcel Proust a toujours dit qu'il écrivait pour lui. C'est la seule façon de dire son respect au public. Les films faits pour le public sont médiocres, parce qu'ils veulent s'adresser à tous. C'est le consensus plat. Et l'industrie fonctionne ainsi.
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Sur sa propre vision de la vie, Bruno Dumont a ces mots : " (...) Je ne crois pas que l'amour soit éternel mais je crois à l'amour. Je crois au miracle de l'instant. Il faut jouir du présent. Mais il faut être conscient et lucide sur la nature de notre existence. Ne pas dire qu'on va changer le monde. La perfection n'existe pas. Le pire, c'est la cohérence. La vérité, c'est le clair-obscur. Et c'est bien. Il faut être joyeux de ça. La vraie nature des êtres, c'est l'ambivalence. Et j'en suis heureux.
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