Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : Chroniques du ramadan. Voyage intimiste au coeur du jeûne (Tallandier, 2026).
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mercredi 15 juillet 2020

La chronique économique : Facebook (encore) accusé

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Le Quotidien d'orange, mercredi 1er juillet 2020
Akram Belkaïd, Paris

Une action qui chute de 8,3% par rapport à son cours de la veille. Une capitalisation boursière qui perd en une séance 56 milliards de dollars. Voilà ce qui est arrivé en fin de semaine dernière à Facebook, le plus important des réseaux sociaux, après que plusieurs entreprises ont confirmé leur volonté de ne plus y diffuser de publicités payantes. Les raisons d’un tel boycottage sont liées à l’actualité récente des violences policières et de meurtres d’afro-américains par les forces de l’ordre. 

Appels au boycottage

Depuis plusieurs semaines, des internautes mais aussi des organisations non gouvernementales s’indignent du fait que Facebook ne lutte pas suffisamment contre les propos haineux et racistes qui fleurissent sur ses fils. Malgré les promesses passées, la firme de Menlo Park en Californie ne semble guère pressée pour mettre de l’ordre dans son réseau. C’est ce qui a poussé la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP, association national pour la promotion des gens de couleur) à lancer le mot d’ordre de boycott. Lequel a été entendu par des géants comme Coca Cola, Unilever (dont sa filière Ben & Jerry’s) ou Verizon. C’est ce qui explique les déboires boursiers de l’entreprise directement concernée par le mot d’ordre « stop hate for profit ».

Marck Zuckerberg a eu beau promettre que sa compagnie ferait plus d’efforts pour lutter contre la haine en ligne, les décisions de retrait des budgets publicitaires ont été maintenues. Facebook est donc touché directement au porte-monnaie. Mais il est encore trop tôt pour dire si la crise aura des répercussions à long terme ou s’il s’agit uniquement de difficultés conjoncturelles. En 2018, alors que l’on apprenait que les données privées de 50 millions de « facebookiens » avaient été recueillies de manière illégale par la firme Cambridge Analytica, on pensait déjà que le plus populaire des réseaux ne s’en relèverait pas. Deux ans plus tard, Facebook est toujours là mais, cette fois, ce sont les entreprises qui le mettent en difficulté.

Complaisance coupable

En effet, le modèle économique de Facebook repose avant tout sur la publicité et les perspectives de ciblage de telle ou telle catégorie de consommateurs. Or, des milliers de pages et bien plus encore de messages continuent de stigmatiser des groupes humains pour leur origine, leur religion ou leur orientation sexuelle. Des personnes sont harcelées de manière quotidienne et n’ont pas d’autre choix que de quitter le réseau (ce qui ne met pas fin aux écrits malveillants les concernant). Dans ce genre de situations, les victimes ont du mal à se faire entendre d’autant qu’il faut parfois plusieurs semaines avant qu’un signalement ne soit traité.

Autre reproche adressé au réseau. Il ne fait pas assez pour lutter contre les campagnes de dénigrement et d’influence orchestrées par les États ; faux comptes, robots, perturbateurs ou provocateurs (les fameux trolls), là aussi, c’est la complaisance de Facebook qui est mise en cause. Le boycottage décidé par les entreprises est une première qui ouvre peut-être un nouveau chapitre dans l’évolution du modèle économique des réseaux.
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jeudi 11 juillet 2019

La chronique du blédard : Palestine, que faire ?

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 27 juin 2019
Akram Belkaïd, Paris

Un peuple et ses droits s’achètent-ils comme une vulgaire marchandise ? Le président américain Donald Trump, ses alliés israéliens et ses vassaux du Golfe semblent le penser. En proposant 50 milliards de dollars (sur dix ans) aux Palestiniens, le locataire de la Maison-Blanche vient d’agiter une carotte censée les faire renoncer à leurs revendications politiques. Le sommet de Manama à Bahrein intitulé « de la paix à la prospérité » n’est pas simplement un jeu de dupes où le plus faible (les Palestiniens) est censé accepter cette énième offre « généreuse » dont, d’ailleurs, il reste à cerner les contours. C’est aussi un chantage obscène et une stratégie de communication conçue par Jared Kushner, gendre et conseiller du président Trump mais aussi grand ami d’Israël.

Car on devine déjà le discours des milieux pro-sionistes. Quoi ? Comment ? On leur offre 50 milliards de dollars et ils refusent de capituler ? C’est d’ailleurs le sens d’une tribune de Danny Danon, l’ambassadeur israélien à l’ONU publiée lundi par le New York Times. « Quel est le problème pour les Palestiniens de capituler ? » s’est-il interrogé avant d’ajouter : « Capituler c'est reconnaître que, dans une lutte, continuer se révèlera plus coûteux que se rendre ». Les Palestiniens sont donc sommés de se rendre. Au passage, on notera que l’ambassadeur reconnaît implicitement qu’Israël mène une guerre au peuple palestinien.

En réalité, personne ne croit aux chances de réussite de ce plan. La preuve, aucun grand dirigeant arabe n’était présent à Manama. Mais l’administration Trump s’en moque. Ce qui l’intéresse, c’est de pouvoir disposer d’un argument à l’automne prochain quand sera révélé le volet « politique » du plan Kushner. C’est là que les cartes seront abattues. C’est là que Washington va confirmer ce qui n’est plus un secret pour personne, c’est-à-dire son alignement total sur la position israélienne et la fin des rares lignes rouges que les Américains s’imposaient de ne jamais franchir. L’une d’elles l’a d’ailleurs déjà été avec le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

A quoi faut-il s’attendre d’autre ? Tout simplement à l’abandon de l’idée d’un État palestinien. Une idée, rappelons-le d’ores et déjà impossible à envisager quand on connaît les conséquences de la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Pas d’État palestinien, donc. Et quoi d’autre ? Tout est possible y compris l’annexion pure et simple d’une partie ou de toute la Cisjordanie. Selon des informations ayant fuité du plan Kushner, les principales villes palestiniennes bénéficieraient alors d’un vague autonomie. On comprend bien que tout cela oblige à poser de nombreuses questions. Quel sera le statut des Palestiniens ? Comment Israël justifiera l’apartheid qui existe déjà mais qui sera clairement entériné ? Et comment ne pas s’interroger sur les risques d’une nouvelle Nakba car, disons-le clairement, une expulsion massive de Palestiniens n’est plus du tout impossible. Et si on en doute, il suffit de se poser la question suivante : qui l’empêchera ?

Les Etats-Unis ? Certainement pas. La Chine ou la Russie ? Ces deux pays ne semblent guère concernés par les Palestiniens et tiennent aux bonnes affaires qu’ils réalisent avec Israël. L’Union européenne (UE) qui ne cesse de se faire humilier par Donald Trump et dont le silence est assourdissant ? Comment compter sur cette pauvre Europe qui ne sait plus où elle en est et qui, de toutes les façons, voit grandir en son sein des forces à la fois réactionnaires, néo-facistes mais, dans le même temps, pro-israéliennes ? Qui s’opposera à une réduction à zéro des espérances et revendications Palestiniennes ? Les pays arabes ? Ne rions pas. Les monarchies du Golfe qui sont à la manœuvre au sein de la Ligue arabe sont pressées de normaliser leurs relations avec Israël. Quand on entend certains discours de responsables saoudiens ou émiratis, on réalise à quel point la question palestinienne constitue pour eux un problème bien plus qu’une cause à soutenir. Entre s’allier avec Israël pour combattre l’Iran et défendre les Palestiniens, les chouyoukhs ont déjà choisi…

Bien sûr, il y a encore des ilots de résistance. Les pays scandinaves, d’autres d’Amérique latine (l’Afrique subsaharienne, elle, penche de plus en plus pour Israël). De même, on peut penser que le détachement progressif d’une grande partie des juifs américains vis-à-vis d’Israël pourra permettre à terme un rééquilibrage de la diplomatie étasunienne. Mais, en attendant, il y a urgence à aider les Palestiniens.

Que peuvent faire les Algériens ? La réponse est simple. Continuer de faire du soutien à la cause palestinienne un élément important de leur éthique personnelle. C’est d’autant plus important à l’heure où les chants de la propagande israélienne se font entendre un peu partout, étant relayés en Algérie comme au sein des communautés maghrébines de France (il en est ainsi de « l’imam » Chalghoumi qui organise des voyages à la rencontre de responsables israéliens dont des militaires…). En ces temps de hirak et de contestation du système, il s’agit aussi de continuer à regarder hors de chez soi et de peser sur ce dossier. Il n’est pas normal que des entreprises présentes dans les colonies soient accueillies à bras ouverts en Algérie. Il n’est pas normal que des pays qui ne condamnent pas la colonisation de la Cisjordanie ou les tueries de Gaza soient traités comme si de rien n’était par l’Algérie et sa diplomatie. Brandir des drapeaux palestiniens durant les marches du vendredi, c’est bien, d’autant que cela déplait à l’Arabie saoudite, à Bahreïn, aux Émirats arabes unis et à leur clientèle algérienne. Mais agir sur le plan économique, le seul qui offre des marges de manœuvres, c’est bien mieux. Et c’est même urgent.
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